:storygreen: :s1: 🇾🇰 Le vent de Bari : confessions de Giuseppe Colombani

- Le vent de Bari : confessions de Giuseppe Colombani -

:slovakia:


Par Chiara Moretti

Je ne connais presque rien au football. C’est prĂ©cisĂ©ment pour cette raison qu’on m’a confiĂ© Giuseppe Colombani.

Les rédactions fonctionnent parfois de maniÚre étrange. Lorsque le sujet est trop vaste, trop célÚbre ou trop complexe, on évite les spécialistes. Ils arrivent avec des certitudes. Ils cherchent des réponses.

Moi, je suis arrivée avec des questions. La premiÚre était simple.

Qui est vraiment Giuseppe Colombani ?

Je connaissais son nom, Ă©videmment. Comme tout le monde. J’avais lu des articles. Vu des photographies. Entendu des anecdotes contradictoires racontĂ©es avec une conviction Ă©gale.

Selon les versions, il Ă©tait un visionnaire, un opportuniste, un romantique, un pragmatique, un croyant, un cynique ou un menteur particuliĂšrement douĂ©. Parfois tout cela dans la mĂȘme phrase.

Lorsque je l’ai rencontrĂ© pour la premiĂšre fois, il m’a accueillie avec un verre de vin Ă  la main et un sourire qui semblait annoncer une catastrophe dans sa charmante demeure au milieu des Pouilles, face Ă  la mer.

Puis il a parlĂ©. Pendant trois heures. Je n’ai posĂ© que quatre questions. J’ai compris assez vite que le vĂ©ritable dĂ©fi ne serait pas de le faire parler. Le vĂ©ritable dĂ©fi serait de savoir quand l’arrĂȘter.

Aujourd’hui encore, je ne sais pas exactement si Giuseppe travaille toujours ou s’il est Ă  la retraite. Je ne suis mĂȘme pas certaine qu’il le sache lui-mĂȘme. Il esquive la question avec le talent d’un homme qui a passĂ© sa vie devant les journalistes.

En revanche, je sais une chose. Son histoire commence loin des stades prestigieux et des tribunes pleines.

Elle commence Ă  Bari. Le 3 juillet 1993. Avec un homme qui n’avait aucune raison de croire qu’un jour quelqu’un Ă©crirait un livre sur lui. C’est probablement pour cela que j’ai acceptĂ© ce projet. Les histoires les plus intĂ©ressantes sont rarement celles que l’on attend.

Et Giuseppe Colombani est, de trĂšs loin, l’homme le moins prĂ©visible que j’aie jamais rencontrĂ©.

Je vous laisse dĂ©sormais en sa compagnie. Pour ma part, j’ignore encore oĂč cette histoire nous mĂšnera. Lui prĂ©tend le savoir. Mais aprĂšs plusieurs semaines passĂ©es Ă  l’écouter, j’ai appris une rĂšgle essentielle :

Il ne faut jamais croire Giuseppe Colombani lorsqu’il affirme ĂȘtre certain de quelque chose.


Configuration de la partie

Mods :

  • TrueSim 1.5

Base de données :

  • Real fixtures 25-26 & results 25-26
  • Data transferts Ă  jour au 2 juin 2026 (sortitoutsi)
  • DĂ©part au 25 mai 2026
Données de parties
Pays sĂ©lectionnĂ©s :france: :spain: :belgium: :scotland: :england: :italy: :latvia: :serbia: :slovakia: :greece: :portugal: :netherlands: :germany: :poland: :tĂŒrkiye: :hungary: :bulgaria: :denmark: :sweden: :norway: :austria: :czechia: :croatia: :romania: :switzerland: :ukraine: :slovenia:
Mode de jeu originel
1er mercato désactivé
Attributs cachés
8 « J'aime »
- Intro -
- Le vent de Bari -
- Chapitre 1 -
- Figlio di Bari -
- Chapitre 2 -
- Alors, fais-le ! -
- Chapitre 3 -
- Le problĂšme, c’était moi -
- Chapitre 4 -
- Un homme que je n’avais jamais rencontrĂ© -
- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 5 -
- Trois-cent-vingt-cinq euros par semaine -
- Chapitre 6 -
- Le club que personne ne regarde -
- Chapitre 7 -
- MĆ K RimavskĂĄ Sobota -
- Chapitre 8 -
- La question oubliée -
- Chapitre 9 -
- effectif 2026 -
- Chapitre 10 -
- Les nations unies de deuxiĂšme division -

Statistiques et palmarĂšs

Historique

Oh Bari ! J’aime Bari !!

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Je suis intrigué par cette introduction :slight_smile:

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Original

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Réponse aux lecteurs

@alexmilano La Puglia, quelle belle région !

@Rhino c’est dĂ©jĂ  un dĂ©but !

@Tiien c’est dĂ©jĂ  çà !

- Figlio di Bari -


— Vous avez conscience que la moitiĂ© de ce que vous racontez est probablement faux ?

La question tomba moins de dix minutes aprĂšs le dĂ©but de l’entretien.

Giuseppe Colombani sourit immĂ©diatement. Pas un sourire offensĂ©. Pas un sourire surpris. Le sourire d’un homme qui venait d’entendre exactement ce qu’il espĂ©rait entendre.

Depuis son arrivĂ©e, Chiara Moretti avait remarquĂ© plusieurs choses. D’abord la voix. Elle Ă©tait plus grave qu’elle ne l’avait imaginĂ©e. Lente. TraĂźnante. Avec cet accent du sud de l’Italie qui semblait adoucir chaque phrase, mĂȘme lorsqu’elle contenait une critique fĂ©roce.

Ensuite le regard. Un regard vif. Beaucoup trop vif pour un homme de son Ăąge. Enfin, cette maniĂšre particuliĂšre qu’il avait d’occuper l’espace. Non pas physiquement. La terrasse Ă©tait vaste. Lui-mĂȘme paraissait presque dĂ©tendu dans son fauteuil.

Mais dĂšs qu’il ouvrait la bouche, tout semblait s’organiser autour de lui. La conversation. Le rythme. L’attention. MĂȘme le bruit de la mer. Comme certains entraĂźneurs occupent un vestiaire. Comme certains acteurs occupent une scĂšne.
Ou comme certains vieux Italiens occupent simplement une terrasse lorsqu’ils ont dĂ©cidĂ© qu’on allait les Ă©couter.

Et Giuseppe Colombani adorait manifestement ĂȘtre Ă©coutĂ©.

— Faux ? rĂ©pĂ©ta-t-il.

Il leva son verre.

— Non. Embelli, peut-ĂȘtre. Nuance fondamentale.

Chiara ne rĂ©pondit pas immĂ©diatement. Elle consulta ses notes. Une habitude qu’elle avait prise lorsqu’elle rencontrait des personnalitĂ©s rĂ©putĂ©es difficiles. Les silences Ă©taient souvent plus utiles que les questions.

— Vous avez dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  embellir alors que l’enregistreur n’est allumĂ© que depuis huit minutes.

Cette fois, il rit franchement.

- Toute autobiographie est un mensonge organisĂ©. La seule diffĂ©rence entre un Ă©crivain et un politicien, c’est la qualitĂ© du vocabulaire.

— Et dans votre cas ?

— Je possùde un excellent vocabulaire.

Il attendit visiblement une réaction.

Elle leva les yeux. Il semblait satisfait. Comme un professeur venant de réussir une démonstration particuliÚrement élégante.

La maison dominait l’Adriatique. Les oliviers descendaient jusqu’à la pente rocheuse. Au loin, la mer se confondait presque avec le ciel. À l’intĂ©rieur, visible depuis la terrasse, une petite statue de la Vierge occupait une niche murale.

Chiara l’avait remarquĂ©e dĂšs son arrivĂ©e. Elle avait Ă©galement remarquĂ© les deux mĂ©dailles suspendues Ă  cĂŽtĂ©. Et le chapelet soigneusement posĂ© sur un meuble.
Des objets qui paraissaient utilisés.

— Vous ĂȘtes croyant ? demanda-t-elle.

La question sembla l’amuser.

— Je suis des Pouilles.

— Ce n’est pas exactement la mĂȘme chose.

— Chez nous, parfois si.

Il contempla quelques secondes la mer. Puis poursuivit.

— Ma mĂšre priait pour tout. Les examens. Les rĂ©coltes. Les Ă©lections. Les rĂ©sultats de Bari. Je crois qu’elle considĂ©rait la Sainte Vierge comme une sorte de service administratif capable de traiter toutes les urgences.

Chiara nota la formule. Elle nota surtout autre chose. À chaque fois qu’il parlait de sa mùre, son ton changeait imperceptiblement. Comme s’il ralentissait. Comme s’il choisissait davantage ses mots.

— Et vous ?

— Moi ?

Il haussa les épaules.

— Je prie lorsque j’ai besoin d’aide.

— C’est pratique.

— C’est italien.

Le sourire revint. Le mĂȘme sourire. Celui qui apparaissait chaque fois qu’il sentait une formule rĂ©ussie.

Chiara commençait à comprendre pourquoi tant de gens avaient accepté de lui raconter leur version de Giuseppe Colombani. Le personnage était séduisant. Dangereusement séduisant. Pas au sens romantique.

Ou peut-ĂȘtre pas uniquement. Il possĂ©dait surtout le talent des grands conteurs. Celui qui donne envie de croire une histoire avant mĂȘme de savoir si elle est vraie. Et Giuseppe racontait admirablement bien. Peut-ĂȘtre trop bien.

— Reprenons depuis le dĂ©but.

— Le dĂ©but.

Il secoua la tĂȘte.

— VoilĂ  une obsession de journaliste. Vous pensez tous que les histoires commencent quelque part. Quelle absurditĂ©. Les histoires commencent toujours avant nous. Toujours.

Puis il commença Ă  parler de Bari. De son pĂšre. Du stade San Nicola. D’Antonio Cassano. De son enfance. Des livres qu’il prĂ©fĂ©rait aux ballons. Des processions religieuses. Des dimanches en famille. Des rĂȘves qu’il n’avait pas encore formulĂ©s.

Les phrases s’enchaĂźnaient naturellement. Sans hĂ©sitation. Sans effort apparent. Comme si elles avaient Ă©tĂ© rĂ©pĂ©tĂ©es cent fois. Ou peut-ĂȘtre comme si elles Ă©taient inventĂ©es au moment mĂȘme.

Chiara n’aurait pas su le dire. C’était peut-ĂȘtre cela, le problĂšme. Ou le talent. Par moments, elle avait l’impression d’écouter un tĂ©moin. À d’autres, un avocat plaidant sa propre cause. Parfois mĂȘme un romancier. La frontiĂšre demeurait floue.

Et Giuseppe semblait prendre un plaisir Ă©vident Ă  l’entretenir.

— Donc Ă  trente-trois ans, vous avez dĂ©cidĂ© de tout abandonner ?

Pour la premiĂšre fois depuis le dĂ©but de l’entretien, il marqua une vĂ©ritable pause. Une seconde. Peut-ĂȘtre deux.

Son regard glissa vers la mer.

— Non.

Le sourire disparut. Pas complĂštement. Juste assez.

— C’est lĂ  que la lĂ©gende commence Ă  mentir.

Chiara leva légÚrement un sourcil. Il reprit.

— Les gens adorent les grands tournants. Les rĂ©vĂ©lations. Les signes du destin. Les voix divines. La vĂ©ritĂ© est beaucoup plus embarrassante. À trente-trois ans, j’étais au chĂŽmage.

Le silence qui suivit fut bref. Mais réel. Le premier de la matinée.

Puis le sourire revint. Naturellement. Comme un acteur retrouvant son rĂŽle favori.

Chiara jeta un coup d’Ɠil Ă  ses notes. Elle savait quelle serait sa prochaine question. Tout le monde lui avait parlĂ© de cette femme. Des anciens dirigeants. Des joueurs. Des journalistes. MĂȘme des adversaires.

D’une maniĂšre ou d’une autre, tous finissaient par prononcer le mĂȘme prĂ©nom.

Giulia.

— Et cette agente dont tout le monde parle ?

Cette fois, Giuseppe éclata de rire. Un rire franc. Presque jeune.

Puis il leva les yeux vers le ciel comme un homme hésitant entre une priÚre et une plainte.

— Ah


Le mot s’étira.

— La catastrophe. La bĂ©nĂ©diction. L’ouragan. Certaines personnes entrent dans votre vie pour la transformer. D’autres pour la dĂ©truire. Giulia Bellanova avait trouvĂ© le moyen de faire les deux.

Et pour la premiĂšre fois depuis le dĂ©but de l’entretien, Chiara eut la certitude qu’il ne plaisantait pas.

- Saison 1 - 26/27 -
- Intro -
- Le vent de Bari -
- Chapitre 2 -
- Alors, fais-le ! -
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TrÚs intéressant ce début!

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Et dire que c’est lĂ  que je pars cet Ă©tĂ©. Dans le mille Émile !

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Réponse aux lecteurs

@toopil faut espérer que ça le reste !

@scala-manager trÚs bon souvenir que mon séjour en Puglia. Quelle belle région !

Alors, fais-le !


— Et cette agente dont tout le monde parle ?

Pour la premiĂšre fois depuis le dĂ©but de l’entretien, Giuseppe Colombani ne rĂ©pondit pas immĂ©diatement. Le verre s’immobilisa Ă  quelques centimĂštres de ses lĂšvres.

Son regard quitta la journaliste. La mer. Les oliviers. Quelque chose de plus lointain encore.

Puis un sourire apparut. Pas celui qu’il utilisait lorsqu’il venait de rĂ©ussir une formule particuliĂšrement Ă©lĂ©gante. Un autre. Plus discret. Presque nostalgique.

— Ah


Le mot s’échappa lentement. Comme un souvenir que l’on dĂ©poussiĂšre.

— Giulia Bellanova.

Il secoua doucement la tĂȘte.

— Je pourrais probablement raconter toute ma carriĂšre comme une succession de catastrophes qu’elle a transformĂ©es en opportunitĂ©s. Ou d’opportunitĂ©s qu’elle a transformĂ©es en catastrophes. Avec Giulia, la frontiĂšre Ă©tait souvent floue.

Le silence s’installa quelques secondes. Puis Giuseppe leva un doigt. Comme s’il venait de se rappeler un dĂ©tail important.

— Enfin non. Ce n’est pas tout à fait vrai. Avant Giulia, il y a eu Nicola.

Chiara releva immédiatement les yeux. Giuseppe le remarqua.

— Voilà. Tu vois. Tout le monde pose toujours la question sur Giulia. Jamais sur Nicola. Alors que sans Nicola, il n’y aurait probablement jamais eu de Giulia.

Le vieil homme se cala davantage dans son fauteuil.

— Nicola Ventola n’a jamais Ă©tĂ© mon mentor. Je tiens Ă  le prĂ©ciser. Les journalistes adorent les mentors. Ça rend les histoires plus propres. La rĂ©alitĂ© est gĂ©nĂ©ralement plus dĂ©sordonnĂ©e.

Il réfléchit quelques secondes.

— Mon pùre connaissait sa famille depuis longtemps. Bari est une grande ville pour les touristes. Pour les habitants, c’est un village. Tout le monde connaüt quelqu’un qui connaüt quelqu’un.

Et un soir, je me suis retrouvĂ© assis Ă  la mĂȘme table qu’un homme dont le poster dĂ©corait ma chambre lorsque j’étais adolescent. Un ancien attaquant du Bari. Puis de l’Inter. Un joueur que toute une gĂ©nĂ©ration de gamins des Pouilles avait admirĂ©. Y compris moi.

Le sourire revint.

— C’était dans un restaurant prĂšs du port. Je me souviens parfaitement du restaurant. Les nappes Ă©taient blanches. Le vin mĂ©diocre. Le poisson excellent. Comme souvent chez nous.

Ma mĂšre Ă©tait encore lĂ . Mon pĂšre aussi. Mes oncles. Mes cousins. Une moitiĂ© de l’arbre gĂ©nĂ©alogique des Colombani. Et moi. À expliquer le football Ă  un ancien footballeur professionnel.

Il éclata de rire.

— Avec le recul, c’est dĂ©jĂ  une scĂšne formidable. Nous parlions football. Enfin, eux mangeaient. Moi, je parlais. J’avais un avis sur tout. Les entraĂźneurs. Les systĂšmes. Les prĂ©sidents. Les supporters. Le football moderne. Le football ancien. Le football qui n’existait pas encore.

J’étais insupportable. Ma famille me le rĂ©pĂ©tait rĂ©guliĂšrement. Nicola a fini par poser sa fourchette. Il m’a regardĂ©. Et il a dit :

« Tu as rĂ©ponse Ă  tout. Â»

Je lui ai rĂ©pondu que c’était une qualitĂ©. Il m’a rĂ©pondu que c’était surtout fatigant. Je crois que toute la table a approuvĂ©. MĂȘme ma mĂšre. Et ça, c’était blessant.

Chiara esquissa un sourire. Giuseppe poursuivit.

— Puis il m’a demandĂ© si je croyais vraiment Ă  toutes ces choses. Je lui ai rĂ©pondu que oui. Bien sĂ»r que oui. Je croyais qu’on pouvait jouer un beau football sans ĂȘtre naĂŻf. Je croyais qu’un club appartenait Ă  sa ville. Je croyais qu’un entraĂźneur devait convaincre avant de commander. Je croyais qu’on pouvait ĂȘtre romantique et pragmatique Ă  la fois.

Je lui ai servi un discours magnifique. Probablement le meilleur de ma vie. Quand j’ai terminĂ©, Nicola a attendu quelques secondes. Puis il a simplement dit :

« Alors fais-le. Â»

Je lui ai demandĂ© quoi. Il m’a regardĂ© comme si la rĂ©ponse Ă©tait Ă©vidente.

« Le mĂ©tier. Â»

Le mĂ©tier. Comme ça. Deux mots. Et soudain toute ma famille a dĂ©cidĂ© que devenir entraĂźneur Ă©tait une idĂ©e formidable. Mon pĂšre trouvait cela gĂ©nial. Ma mĂšre a commencĂ© Ă  prier pour ma future carriĂšre. Mes oncles me demandaient dĂ©jĂ  oĂč j’allais entraĂźner. Personne n’avait la moindre idĂ©e de ce dont il parlait.

Moi non plus.

Mais Ă  partir de ce soir-lĂ , je n’avais plus vraiment la possibilitĂ© de reculer. Quelques semaines plus tard, Nicola m’appelle. Il me dit qu’il ne peut rien promettre. Qu’il ne va pas me trouver un club. Qu’il n’est pas magicien. Puis il ajoute qu’il connaĂźt quelqu’un.

En Italie, tout commence toujours par quelqu’un. Et cette quelqu’un s’appelait Giulia Bellanova.

Cette fois, lorsqu’il prononça son nom, le sourire revint immĂ©diatement. Comme un rĂ©flexe. Comme un souvenir. Comme quelque chose de beaucoup plus compliquĂ© qu’il ne le reconnaĂźtrait jamais.

— Nicola m’avait prĂ©venu.

« Elle est brillante. Elle est efficace. Â»

Il avait raison. Puis il avait ajouté :

« Et surtout, que Dieu te protĂšge. Â»

Là aussi, il avait raison. Probablement plus que sur tout le reste. Giulia travaillait alors pour une petite agence de représentation basée à Lecce. Trois bureaux. Deux ordinateurs. Et un climatiseur qui fonctionnait uniquement les années bissextiles.

Elle reprĂ©sentait quelques joueurs obscurs, un entraĂźneur de gardiens albanais dont mĂȘme sa mĂšre ignorait probablement l’existence, et dĂ©sormais
 moi.

Enfin, « reprĂ©sentait Â» est un grand mot. Lors de notre premiĂšre rencontre, elle a surtout entrepris de dĂ©molir mĂ©thodiquement toutes les illusions que j’entretenais sur le mĂ©tier. Et croyez-moi, j’en avais beaucoup.

À l’époque, j’étais au chĂŽmage depuis plusieurs mois. J’envoyais des candidatures partout. LittĂ©ralement partout. La gĂ©ographie du football europĂ©en Ă©tait devenue mon livre de chevet.

Le matin, je me rĂ©veillais Ă  Bari. Le soir, j’avais visitĂ© trois pays sans quitter mon appartement.

Et c’est là que commence vraiment cette histoire.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 1 -
- - Figlio di Bari - -
- Chapitre 3 -
- - Le problĂšme, c’était moi - -
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Le retour !!
Quel dĂ©but d’histoire trĂšs bien Ă©crit, comme la prĂ©cĂ©dente avec Truro :smiling_face_with_three_hearts:
L’Italie, la classe Ă  l’état pur, les histoires des anciens, les souvenirs, les lĂ©gendes
 On est bercĂ© d’entrĂ©e avec ton introduction !

HĂąte de lire la suite ! :heart_eyes:

Réponse aux lecteurs

@CaptainAmericka Content que ça te plaise !

@scala-manager Je vois que tu bosses tes classiques pour cet été !

- Le ProblĂšme, c’était moi -


Giuseppe reprit presque aussitĂŽt. Comme si la phrase prĂ©cĂ©dente n’avait jamais rĂ©ellement pris fin. Comme si, quelque part dans sa mĂ©moire, l’annĂ©e 2026 attendait simplement qu’on lui ouvre la porte.

Le vent venu de l’Adriatique faisait doucement bouger les branches des oliviers. Devant lui, la mer scintillait sous le soleil des Pouilles. Mais son regard semblait dĂ©sormais fixĂ© beaucoup plus loin.

Quarante ans plus loin.

— Quand je dis que j’envoyais des candidatures partout, il faut comprendre partout.

Un sourire passa sur son visage.

— À un moment, je connaissais mieux les divisions infĂ©rieures d’Europe centrale que les membres de ma propre famille.

Je pouvais te rĂ©citer les effectifs de clubs slovaques dont mĂȘme les supporters ignoraient l’existence. Je savais quels prĂ©sidents Ă©taient ruinĂ©s, quels directeurs sportifs Ă©taient sur le dĂ©part, quels entraĂźneurs allaient probablement ĂȘtre licenciĂ©s avant NoĂ«l.

Je vivais à Bari, mais mentalement j’habitais dans un rayon de deux mille kilomùtres.

Il secoua la tĂȘte.

— Le chĂŽmage produit parfois des compĂ©tences trĂšs spĂ©cifiques.

Pendant quelques secondes, il sembla revoir cet homme de trente-trois ans qu’il avait Ă©tĂ©. Puis il sourit.

— J’avais construit un tableau Excel. Magnifique. Absolument inutile. Magnifique quand mĂȘme. Une vĂ©ritable Ɠuvre administrative.

Les clubs contactĂ©s. Les rĂ©ponses. Les refus. Les refus polis. Les refus agressifs. Les refus qui arrivaient tellement vite qu’ils donnaient l’impression que personne n’avait lu le message.

Et puis ma catégorie préférée


Il leva un doigt.

— Celle-lĂ  Ă©tait de loin la plus remplie. Parce qu’un refus reste une rĂ©ponse. Le silence, lui, laisse encore de la place Ă  l’illusion. Et Ă  trente-trois ans, je possĂ©dais un stock d’illusions pratiquement industriel.

Le sourire s’élargit.

— Aujourd’hui, les jeunes entraĂźneurs regardent des vidĂ©os tactiques sur des plateformes spĂ©cialisĂ©es. Moi, je passais mes soirĂ©es Ă  Ă©tudier les championnats polonais, lettons, bulgares, serbes, hongrois et slovaques comme si ma vie en dĂ©pendait.

Ce qui Ă©tait plus ou moins le cas. Je connaissais les difficultĂ©s financiĂšres de certains clubs mieux que leurs propres comptables. Ma mĂšre trouvait cela inquiĂ©tant. Mon pĂšre trouvait cela pathĂ©tique. Moi, j’appelais ça du travail de prĂ©paration. Avec le recul, ils avaient tous les deux raison.

Il laissa échapper un petit rire.

— Puis Giulia est arrivĂ©e. Et soudain quelqu’un a commencĂ© Ă  prendre ma folie au sĂ©rieux. C’était dĂ©jĂ  beaucoup. Son premier miracle fut de dĂ©crocher un entretien avec un club polonais de division 2, le Pogon Grodzisk Mazowiecki. Mon premier vĂ©ritable entretien. Le premier oĂč quelqu’un allait m’écouter plus de cinq minutes avant de raccrocher.

Je me souviens parfaitement de la veille. J’avais prĂ©parĂ© un dossier de prĂšs de cent pages. Cent. Je vois ton expression, Chiara. Oui, cent. MĂȘme aujourd’hui, cela me paraĂźt absurde.

Des analyses statistiques. Des rapports sur l’effectif. Des projections budgĂ©taires. Des schĂ©mas tactiques. Des propositions de recrutement. Je crois mĂȘme avoir ajoutĂ© une partie consacrĂ©e au dĂ©veloppement de l’identitĂ© culturelle du club. Pour une Ă©quipe qui ne savait probablement mĂȘme pas si elle allait payer ses salaires le mois suivant.

Il éclata de rire.

— J’étais insupportable. Giulia regardait les documents comme un boucher examinerait un poĂšme. Avec une profonde incomprĂ©hension. Puis elle m’a demandĂ© :

« Tu crois vraiment qu’ils vont lire ça ? Â»

J’ai rĂ©pondu par l’affirmative. Elle a hochĂ© la tĂȘte.

« Alors tu es encore plus naĂŻf que je le pensais. Â»

Le lendemain, visioconférence. Mon premier entretien international. Mon anglais était acceptable. Disons que je pouvais survivre. Shakespeare, en revanche, ne risquait rien.

Au dĂ©but, tout se passe bien. Je parle football. Je parle pressing. Je parle formation. Je parle identitĂ© de jeu. Je parle tellement que l’un des dirigeants finit par regarder sa montre. À l’époque, j’interprĂšte cela comme de l’admiration. Aujourd’hui, je sais reconnaĂźtre un homme qui cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment une sortie de secours.

Le sourire revint.

— Puis arrive la question des diplĂŽmes. Et lĂ , je fais ce que je faisais trĂšs souvent Ă  cet Ăąge-lĂ . J’ai raison. Et c’est une catastrophe. Je leur explique que je vais Ă©videmment suivre les formations officielles. Je prĂ©cise mĂȘme que le club pourrait participer au financement.

Je vois immĂ©diatement les visages changer. Les sourires disparaissent. La tempĂ©rature de la piĂšce chute de dix degrĂ©s. Le club traverse une crise financiĂšre. Et moi, l’homme sans expĂ©rience, sans diplĂŽme et sans rĂ©sultat, je viens demander un investissement.

L’entretien est terminĂ©. Simplement, personne ne me l’a encore annoncĂ©. Quand la connexion s’est coupĂ©e, Giulia m’a regardĂ© pendant quelques secondes. Puis elle a dĂ©clarĂ© :

« Tu as un vĂ©ritable avenir dans la nĂ©gociation. Â»

J’ai cru Ă  un compliment. C’était une erreur rĂ©currente Ă  l’époque. Deux jours plus tard, mĂȘme scĂ©nario en Lettonie, Ă  Riga. Le FK Metta. Cette fois, l’entretien est excellent. Vraiment excellent.

Je suis calme. StructurĂ©. Les dirigeants sont intĂ©ressĂ©s. Je le sens. MĂȘme aujourd’hui, je suis convaincu qu’ils Ă©taient intĂ©ressĂ©s.

Puis nous revenons sur les diplĂŽmes. Encore. Toujours. Comme un chien qui retourne exactement au mĂȘme endroit pour se cogner contre le mĂȘme mur.

Cette fois, Giulia a Ă©clatĂ© de rire avant mĂȘme la fin de l’appel. Je l’ai regardĂ©e avec indignation. Elle a levĂ© les mains.

« Je suis dĂ©solĂ©e. Â»

Elle ne l’était pas du tout. Puis elle a ajoutĂ© :

« Tu es extraordinaire. Â»

J’ai encore cru à un compliment. Deuxiùme erreur.

« Tu trouves systĂ©matiquement le seul sujet capable de faire Ă©chouer une candidature. Â»

Le vent souffla doucement entre les oliviers. Giuseppe observait toujours l’horizon. Comme si le jeune homme qu’il avait Ă©tĂ© se tenait encore quelque part lĂ -bas.

— Pendant plusieurs semaines, cela a continuĂ©. Pologne : GKS Jastrzebie. Refus. Bulgarie : Spartak Varna. Beroe Stara Zagora. SFC Etar Veliko Tarnovo. Refus. Serbie : FK Novi Pazar. FK Mladost Lučani. Refus. Hongrie : SoroksĂĄr SC. Refus. Autriche : FC Dornbirn 1913. Refus. Roumanie : CSM Flacăra Moreni. Refus. Belgique : Crossing Schaerbeek FC. Refus.

À un moment, mĂȘme les refus ont cessĂ©. Et c’est pire. Le silence possĂšde une sonoritĂ© particuliĂšre lorsqu’on cherche du travail. Il ressemble Ă  une porte qui ne s’ouvre jamais. Ou Ă  un tĂ©lĂ©phone qui ne sonne pas.

Chaque matin, je vérifiais mes messages. Chaque soir, je vérifiais mes messages. Entre les deux, je vérifiais mes messages. Je développais une relation émotionnelle complexe avec ma boßte mail.

Le narrateur eut l’impression que mĂȘme aujourd’hui, quarante ans plus tard, cette pĂ©riode conservait encore une lĂ©gĂšre capacitĂ© Ă  l’agacer. Puis le sourire revint.

— Et un jour, Giulia m’a convoquĂ©. Pas appelĂ©. ConvoquĂ©. Il existe une diffĂ©rence fondamentale. Lorsqu’une agente vous appelle, il reste de l’espoir. Lorsqu’elle vous convoque, il est dĂ©jĂ  trop tard. Elle a posĂ© mon CV sur la table. Puis elle l’a fait glisser vers moi.

« Lis-le. Â»

J’ai rĂ©pondu : « Je l’ai Ă©crit. Â»

« Justement. Â»

Je n’ai pas aimĂ© le ton. Je n’allais pas aimer la suite davantage. Elle a attendu. Puis elle a demandĂ© :

« Tu sais ce que je vois ? Â»

J’ai rĂ©pondu immĂ©diatement. « Un entraĂźneur. Â» Elle a secouĂ© la tĂȘte.

« Non. Â»

« Alors quoi ? Â»

Cette fois, elle s’est penchĂ©e vers moi. Et sa voix a changĂ©. Plus de plaisanterie. Plus de sarcasme. Rien. Juste la vĂ©ritĂ©. La vĂ©ritĂ© nue. La plus dĂ©sagrĂ©able de toutes.

« Je vois un homme qui veut qu’on lui fasse confiance avant d’avoir donnĂ© une seule raison de le faire. Â»

Le silence s’étira. MĂȘme quarante ans plus tard, Giuseppe marqua une pause avant de poursuivre.

— J’ai dĂ©testĂ© cette phrase. Vraiment. Je l’ai dĂ©testĂ©e avec une intensitĂ© remarquable. Parce qu’au fond de moi, je savais dĂ©jĂ  qu’elle avait raison.

Je pensais comme un futur entraĂźneur. Les clubs pensaient comme des investisseurs. Moi, je parlais de vision. Eux parlaient de risque. Moi, je demandais qu’on croie en moi. Eux cherchaient des garanties. Et un homme de trente-trois ans sans expĂ©rience n’est pas une garantie. C’est un pari.

Il contempla la mer quelques secondes. Puis reprit plus doucement.

— Le plus humiliant, c’est qu’elle n’essayait mĂȘme pas d’ĂȘtre mĂ©chante. Elle essayait de m’aider. Elle a pointĂ© le CV. Puis elle a dit :

« Accepte n’importe quoi. Â»

Je lui ai demandĂ© ce qu’elle voulait dire. Elle a rĂ©pondu :

« N’importe quoi. Â»

Adjoint. Analyste. Recruteur. Responsable vidĂ©o. Intendant, si nĂ©cessaire. Entre dans le mĂ©tier. Prouve que tu sais travailler. Prouve que tu sais survivre. Les diplĂŽmes viendront aprĂšs. La rĂ©putation viendra aprĂšs. Tout vient aprĂšs. D’abord, entre.

Il hocha lentement la tĂȘte.

— Je l’ai dĂ©testĂ©e pendant cinq minutes. Puis j’ai compris. Le problĂšme n’était pas mon CV. Le problĂšme n’était pas le marchĂ©. Le problĂšme n’était pas la concurrence. Le problĂšme, c’était moi.

Pour la premiÚre fois depuis le début de ce souvenir, le sourire disparut complÚtement.

— Et c’est probablement la leçon la plus importante de toute ma carriĂšre. Parce qu’elle m’a appris quelque chose que le football confirme chaque semaine. Le talent ouvre parfois une porte. L’humilitĂ© vous permet de la franchir.

Le silence retomba sur la terrasse. Puis, lentement, le sourire revint.

— Heureusement pour moi, pendant que je recevais cette leçon de vie, quelque part en Europe, un homme que je n’avais jamais rencontrĂ© Ă©tait en train de lire mon dossier. Le destin. Le hasard. Dieu. Les priĂšres de maman Ă  la Sainte Vierge. Choisissez ce qui vous arrange.

À l’époque, personnellement, je prenais tout ce qui acceptait encore de rĂ©pondre Ă  mes e-mails. Et sans le savoir, ma chance venait enfin de commencer.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 2 -
- Alors, fais-le ! -
- Chapitre 4 -
- Un homme que je n’avais jamais rencontrĂ© -
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Ce n’est pas ce que dit ma nana :sac:

Réponse aux lecteurs

@Toopil Ta nana aussi semble se bercer d’illusions :innocent:

- Un homme que je n’avais jamais rencontrĂ© -


Giuseppe resta silencieux quelques secondes. Comme s’il regardait encore cet homme de trente-trois ans assis face à Giulia Bellanova. Puis il reprit.

— Le plus agaçant dans cette histoire, c’est que Giulia avait raison.

Un sourire apparut.

— Ce qui arrive beaucoup trop souvent dans mes souvenirs.

Le vent faisait doucement bouger les oliviers au-dessus de la mer.

— J’étais encore occupĂ© Ă  digĂ©rer sa leçon lorsque le tĂ©lĂ©phone a sonnĂ©. Enfin
 ce n’est pas tout Ă  fait vrai. Le tĂ©lĂ©phone avait dĂ©jĂ  sonnĂ©. Je ne le savais simplement pas encore. Quelque part entre les Pouilles et la Slovaquie, un homme que je n’avais jamais rencontrĂ© Ă©tait en train de se demander si j’étais complĂštement fou. Heureusement pour moi, il n’a jamais obtenu de rĂ©ponse dĂ©finitive.

Le sourire s’élargit.

— Finalement, Nicola Ventola ne m’a jamais trouvĂ© de travail. Il m’a simplement offert une opportunitĂ©. Ce qui est beaucoup plus prĂ©cieux. Les emplois disparaissent. Les opportunitĂ©s changent des vies.

Nicola Ă©tait en vacances dans les Pouilles. Robert Sevcik aussi. L’un travaillait dĂ©sormais comme consultant pour Abu Dhabi Media Network. L’autre cherchait dĂ©sespĂ©rĂ©ment un entraĂźneur pour son club slovaque. Entre deux cafĂ©s, plusieurs conversations et probablement quelques verres de vin, mon nom est apparu.

Voilà. Toute ma carriÚre internationale commence ainsi. Pas grùce à mon talent. Pas grùce à mon travail. Parce que deux hommes en vacances ont parlé football. Le football est un métier ridicule.

Le vieil homme crut percevoir un sourire sur le visage de Chiara. Giuseppe poursuivit.

— Giulia, elle, a immĂ©diatement compris que c’était sĂ©rieux. Moi, j’ai commencĂ© Ă  rĂȘver. Elle a commencĂ© Ă  travailler. Comme souvent.

Elle m’a appelĂ© Ă  sept heures du matin. Personne de normalement constituĂ© n’appelle Ă  sept heures du matin. À l’exception des agents sportifs. Et parfois des huissiers. Les deux professions partagent d’ailleurs certaines mĂ©thodes.

Il rit seul.

— L’entretien Ă©tait fixĂ© au 6 juillet. Et pendant trois jours, elle m’a transformĂ© en candidat prĂ©sentable.

Chaque matin. Chaque soir. Questions. RĂ©ponses. Questions. RĂ©ponses. Elle jouait le rĂŽle du prĂ©sident. Du directeur sportif. Du journaliste hostile. Du supporter furieux. À un moment, j’ai mĂȘme eu l’impression qu’elle jouait le rĂŽle de ma mĂšre. Ce qui Ă©tait probablement le plus terrifiant.

Le souvenir semblait encore l’amuser.

— Je passais mon temps Ă  essayer de l’impressionner. Pourquoi ? Aucune idĂ©e. Peut-ĂȘtre parce qu’elle Ă©tait brillante. Peut-ĂȘtre parce qu’elle croyait en moi. Peut-ĂȘtre parce que j’avais trente-trois ans et le discernement Ă©motionnel d’un labrador. Ou peut-ĂȘtre que je réécris un peu l’histoire. AprĂšs tout, les souvenirs sont des menteurs professionnels.

Son regard glissa un instant vers Chiara. Puis repartit vers l’horizon.

— Le 6 juillet, Robert Sevcik est arrivĂ©. Un homme calme. Prudent. Le genre d’homme qui lit probablement deux fois les contrats avant de signer. J’aurais dĂ» prendre exemple.

Nous nous sommes installĂ©s Ă  une terrasse face Ă  la mer. Il m’a observĂ© quelques secondes. Puis il a dit :

« On me dit que vous cherchez plusieurs clubs. »

J’ai rĂ©pondu : « Je cherche du travail. » Il a souri. Alors j’ai ajoutĂ© : « Mais si vous pensez que je dois me consacrer uniquement au vĂŽtre, je retire immĂ©diatement toutes mes autres candidatures. »

Cette fois, il a cessĂ© de sourire. Il m’observait. Comme s’il essayait de dĂ©terminer si j’étais ambitieux ou simplement inconscient. Avec le recul, la rĂ©ponse Ă©tait probablement : les deux.

Le prĂ©sident me parla du club. Du maintien. Des difficultĂ©s financiĂšres. Des limites. Des dettes. Des problĂšmes. Puis d’autres problĂšmes. À un moment, j’ai cru qu’il essayait de me dĂ©courager. Puis j’ai compris qu’il dĂ©crivait simplement la situation. Il me dit :

« Nous n’avons pas un rond. »

Je lui ai rĂ©pondu : « Parfait. » Aujourd’hui encore, cette rĂ©ponse me paraĂźt ridicule. À l’époque, je la trouvais brillante.

L’entretien dura plus de deux heures. Je lui exposai ma vision. Le terrain. Le recrutement. L’implication des joueurs. Du staff. Des supporters. Je voulais que tout le monde participe Ă  la reconstruction. Je croyais sincĂšrement qu’un club pouvait ĂȘtre une communautĂ© avant d’ĂȘtre une entreprise. Je le crois encore. Robert Ă©couta jusqu’au bout. Puis il dit :

« Si vous descendez, vous partez. »

Je rĂ©pondis : « Cela me paraĂźt raisonnable. » Il hocha la tĂȘte. Puis vint la question des diplĂŽmes. Encore. Toujours. Je commençai Ă  expliquer mon projet de formation. Il me coupa immĂ©diatement.

« Faites vos preuves d’abord. »

Pour une fois, je me tus. Giulia aurait Ă©tĂ© fiĂšre. L’entretien prit fin peu aprĂšs. Robert repartit. Je restai dans les Pouilles. À attendre. Une semaine. Sept jours. Ce n’est rien. C’est interminable. Le temps possĂšde une vitesse particuliĂšre lorsqu’une rĂ©ponse peut changer votre existence.

Puis Giuseppe s’interrompit. Son regard resta fixĂ© sur la mer. Comme s’il observait encore ce tĂ©lĂ©phone qui refusait de sonner.

— Et cette semaine-là
 J’ai probablement battu le record mondial de consultation de boüte mail.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 3 -
- Le problĂšme, c’était moi -
- Chapitre 5 -
- Trois-cent-vingt-cinq euros par semaine -
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Et dire que tu nous as fait croire à Bari
 Bah super :joy:

Question ? Qu’est devenue Giulia aujourd’hui ? Morte ou tout proche ? :hoho:

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C’est un dĂ©fi? :pasrire:

Réponse aux lecteurs

@CaptainAmericka Comment ça je vous ai trompĂ©s ? Giulia, Giulia : bon heureusement, nous ne sommes pas dans une story de @Groot donc normalement, elle n’a pas eu de mort violente, mais qui sait ? Wait & see !

@Toopil Appelle-ça comme tu veux, mais Giuseppe rafraßchit !

- Trois cent vingt-cinq euros par semaine -


— Puis l’appel est arrivĂ©.

Le sourire revint immédiatement. Celui-là semblait avoir survécu quarante ans.

— Je me souviens exactement oĂč j’étais. Je me souviens de la chemise que je portais. Je me souviens mĂȘme du bruit du ventilateur. En revanche, je serais incapable de te dire ce que j’avais mangĂ© ce jour-lĂ . La mĂ©moire est une chose Ă©trange.

Il se pencha vers la table. Puis ouvrit un vieux dossier de cuir. Chiara releva les yeux. Giuseppe en sortit plusieurs feuilles jaunies. Il les lui tendit.

— Premier contrat professionnel.

Le papier semblait avoir traversé plusieurs décennies, quelques déménagements et au moins une catastrophe naturelle.

— 11 mois. Trois cent vingt-cinq euros par semaine. Logement de fonction. Voiture prĂȘtĂ©e. Repas inclus. Cent pour cent football. Cent pour cent folie.

Il éclata de rire.

— J’ai signĂ© sans nĂ©gocier une seule ligne. Heureusement que Giulia existait. Sans elle, j’aurais probablement acceptĂ© de payer pour entraĂźner. Le contrat signĂ©, tout s’est accĂ©lĂ©rĂ©. Comme toujours.

Je quittai Brindisi avant l’aube. Giulia conduisait. Une vieille BMW qui produisait suffisamment de bruit pour rĂ©veiller plusieurs villages des Pouilles. Pendant le trajet, elle gĂ©rait dĂ©jĂ  les derniers dĂ©tails. Le logement. La voiture. Les primes. Les clauses.

Moi, je regardais simplement la route. J’essayais de comprendre ce qui m’arrivait. À trente-trois ans, j’allais devenir entraĂźneur professionnel. MĂȘme aujourd’hui, cela me paraĂźt lĂ©gĂšrement irresponsable.

Le vol passa par Rome. Puis Budapest. Giulia nĂ©gociait encore avec Robert pendant que je contemplais les nuages comme un philosophe particuliĂšrement inutile. À l’atterrissage, un taxi m’attendait. Direction la frontiĂšre slovaque.

Puis Rimavská Sobota. Vingt-quatre mille habitants. Ancienne capitale d’un comitat hongrois. Trois cents kilomùtres de Bratislava. Beaucoup plus proche de Budapest que de tout ce que je connaissais.

Je regardais dĂ©filer les paysages derriĂšre la vitre. Chaque kilomĂštre m’éloignait de Bari. Chaque kilomĂštre me rapprochait de quelque chose d’inconnu.

Et soudain, nous étions arrivés. Le chauffeur désigna une rue. Puis un bùtiment. Puis le stade. Voilà. Mon nouveau monde.

Giuseppe marqua une pause. Puis son sourire s’élargit.

— J’ai dĂ©couvert mon effectif le mĂȘme jour. Dix joueurs sous contrat. Dix. Plus deux joueurs en rĂ©serve, allez comprendre pourquoi. J’ai vĂ©rifiĂ© plusieurs fois. Le chiffre ne changeait pas.

Un adjoint qui était aussi joueur. Deux semaines avant le début du championnat. Et une mission maintien.

Le prĂ©sident m’accueillit avec un enthousiasme qui ressemblait beaucoup Ă  du soulagement. Il fallait signer quelqu’un. N’importe qui. Pas cher. Et ce quelqu’un, finalement


Il leva son verre.

— C’était moi.

Le vent soufflait doucement sur la terrasse. Au loin, la mer demeurait calme. Giuseppe contempla l’horizon quelques secondes. Puis un sourire apparut. Plus discret cette fois.

— Je croyais ĂȘtre arrivĂ© au dĂ©but de mon histoire. En rĂ©alitĂ©, je venais simplement d’arriver au dĂ©but des problĂšmes.

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- Chapitre 4 -
- Un homme que je n’avais jamais rencontrĂ© -
- Chapitre 6 -
- Le club que personne ne regarde -
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- Le club que personne ne regarde -


Chiara Moretti rentra chez elle peu avant vingt-deux heures. La chaleur avait fini par quitter les ruelles de Bari, remplacĂ©e par cette douceur marine que les habitants des Pouilles considĂ©raient comme un droit naturel. Les navettes autonomes glissaient silencieusement le long du front de mer. Les touristes occupaient encore les terrasses. Les pĂȘcheurs aussi.

Certaines choses avaient changĂ© depuis 2026. D’autres semblaient avoir signĂ© un pacte avec l’éternitĂ©. Son appartement s’illumina lorsqu’elle franchit la porte.

— Bonsoir Chiara.

— Bonsoir Iana.

La voix provenait discrĂštement des enceintes murales. Son assistant personnel l’accompagnait depuis prĂšs de six ans maintenant. Assez longtemps pour dĂ©velopper une personnalitĂ©. Ou du moins une imitation convaincante de personnalitĂ©.

— Entretien terminĂ© ?

— Temporairement.

— Monsieur Colombani a-t-il rĂ©pondu Ă  une question aujourd’hui ?

Chiara posa son sac sur une chaise.

— Non.

— Je m’amĂ©liore dans la comprĂ©hension du personnage.

Elle sourit malgrĂ© elle. C’était le problĂšme avec Giuseppe Colombani. MĂȘme lorsqu’elle quittait sa maison, elle continuait Ă  penser Ă  lui. À ses histoires. À ses silences. À ses contradictions.

Chaque anecdote semblait parfaitement construite. Chaque souvenir arrivait au bon moment. Chaque réplique possédait exactement le rythme nécessaire. Ce qui constituait généralement un trÚs mauvais signe pour la journaliste.

Les gens ne se souviennent pas de leur vie comme d’un roman. Ils hĂ©sitent. Ils mĂ©langent les dates. Ils oublient.

Giuseppe, lui, paraissait parfois se souvenir de conversations vieilles de quarante ans avec la prĂ©cision d’un script de cinĂ©ma. Et lorsqu’il oubliait quelque chose, c’était presque toujours un dĂ©tail susceptible de l’embarrasser. CoĂŻncidence remarquable.

Chiara retira ses chaussures. Puis s’installa devant la baie vitrĂ©e. Le vieux Bari brillait au loin. Elle ouvrit son carnet. Relut quelques notes.

« Toute autobiographie est un mensonge organisé. Les souvenirs sont des menteurs professionnels. Les opportunités changent des vies. »

Elle secoua la tĂȘte. MĂȘme ses mensonges Ă©taient bien formulĂ©s.

— Tu l’aimes bien.

Chiara leva les yeux.

— Qui ?

— Colombani.

— C’est faux.

— Tu as utilisĂ© son prĂ©nom cinquante-deux fois aujourd’hui.

— C’est le sujet du livre.

— Bien sĂ»r.

Le ton d’Iana ressemblait dangereusement Ă  de l’ironie. Le silence retomba. Pendant quelques secondes. Puis quelques minutes. Assez longtemps pour que d’autres pensĂ©es reviennent. Celles qu’elle parvenait gĂ©nĂ©ralement Ă  tenir Ă  distance lorsqu’elle travaillait.

L’appartement paraissait encore trop grand. Certaines habitudes avaient la vie dure. Le deuxiĂšme mug dans la cuisine. Une veste oubliĂ©e derriĂšre une porte. Une playlist qu’elle n’écoutait plus.

Trois mois dĂ©jĂ . Trois mois depuis le dĂ©part d’Elena. Trois mois durant lesquels Chiara s’était rĂ©fugiĂ©e dans le travail avec l’enthousiasme mĂ©thodique d’une personne refusant soigneusement de rĂ©flĂ©chir. Jusqu’ici, la stratĂ©gie fonctionnait relativement bien. Le problĂšme avec les soirĂ©es silencieuses, c’est qu’elles finissent toujours par rattraper les gens.

Une notification se déclencha dans son oreille.

MESSAGE DE SOFIA

« Tu rumines encore ? »

Chiara sourit. Son amie possédait un talent presque surnaturel pour détecter ces moments-là. Elle tapa une réponse.

« Peut-ĂȘtre. »

La réaction arriva moins de cinq secondes plus tard.

« Bien. Je suis dans le vieux Bari. Viens boire une biÚre avant de devenir aussi insupportable que tes écrivains. »

Chiara éclata de rire.

— J’approuve cette proposition

— Personne ne t’a demandĂ© ton avis.

— C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui rend mon avis prĂ©cieux.

Elle referma son carnet. Attrapa sa veste. Puis se dirigea vers la porte.

— Iana. PrĂ©pare-moi un dossier sur le MĆ K RimavskĂĄ Sobota.

— Niveau de dĂ©tail ?

Chiara réfléchit quelques secondes.

— Suffisant pour comprendre pourquoi un Italien de trente-trois ans a acceptĂ© d’aller entraĂźner lĂ -bas.

Une légÚre pause.

— Cela rĂ©duit considĂ©rablement le nombre d’hypothĂšses raisonnables.

— Merci, Iana.

Quelques minutes plus tard, Chiara marchait dans les ruelles du vieux Bari. Autour d’elle, les restaurants dĂ©bordaient sur les pavĂ©s. Des enfants jouaient encore au ballon. Des habitants discutaient aux fenĂȘtres. La mer n’était jamais trĂšs loin.

Pour la premiÚre fois de la journée, Giuseppe Colombani quittait progressivement ses pensées. Pas complÚtement. Jamais complÚtement. Mais suffisamment pour laisser de la place à une biÚre fraßche. Et à une amie.

Le dossier pouvait attendre quelques heures. L’histoire de Giuseppe avait dĂ©jĂ  attendu quarante ans.

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- Chapitre 5 -
- Trois-cent-vigt-cinq euros par semaine -
- Chapitre 7 -
- MĆ K RimavskĂĄ Sobota -
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