:storygreen: :s1: 🇸🇰 :msk_rimavska_sobota: Le vent de Bari : confessions de Giuseppe Colombani

Réponse aux lecteurs

@toopil sacré morceau le Slovan, oui !

@alexgavi @CaptainAmericka On n’accumule jamais assez de confiance. Oui, un énorme début de saisoon compte tenu des moyens et de l’effectif. Après, un championnat très homogène au final, et deux équipes qui surnagent au-dessus de la mêlée.

- Bari n’avait pas changé -

— Giuseppe…

Chiara releva les yeux.

— Tu rentrais parfois en Italie ?

Le vieil homme répondit en plissant ses yeux malicieusement.

— Dès que j’avais quarante-huit heures. Bari me manquait, pas la ville, les gens.

Le trajet lui semblait toujours plus court dans ce sens-là. La frontière, Budapest, l’avion. Puis l’odeur, la mer, les scooters, les gens qui parlent fort, les cafés où trois hommes débattent pendant une heure pour savoir si le latéral gauche du Bari devait jouer cinq mètres plus haut.

— J’étais chez moi.


— Les Slovaques sont des gens adorables mais mais ils parlent peu. Ou je ne les comprends pas assez… Nous… nous faisons exactement l’inverse, même quand nous n’avons rien à dire.

Ma mère m’attendait toujours avec quelque chose à manger, toujours beaucoup trop. Mon père faisait semblant de regarder la télévision puis coupait le son dès qu’il entendait la porte.

— Tu maigris.

Comme à chaque fois. Je prenais trois kilos à Bari. J’en reperdais quatre en Slovaquie. L’équilibre alimentaire version Colombani.

Puis venait le repas du dimanche, mon frère, ma belle-sœur, leurs enfants, le bruit, les disputes pour savoir qui aurait la dernière part de tiramisu de maman, mon neveu qui voulait absolument savoir si les joueurs obéissaient vraiment à leur oncle.

« â€” Ils t’écoutent ? Â» m’avait demandĂ© le petit. J’avais rĂ©pondu : « Pas toujours. Â»

Il avait rĂ©flĂ©chi, puis il avait dit : « Comme maman. Â»

Giuseppe éclata de rire.

— C’était un garçon très lucide pour un gamin de 7 ans et demi.

Puis, inévitablement… la conversation glissait vers ma vie. Pas le football, ma vie.

« â€” Alors ? Tu rencontres du monde lĂ -bas ? Â»

Je rĂ©pondais toujours la mĂŞme chose. « Oui. Plein. Â» Mon frère levait les yeux au ciel. « Je parle en dehors du stade. Â»

Silence. La vérité… c’est que je ne rencontrais presque personne. Je passais mes journées au centre d’entraînement, mes soirées devant des vidéos ou à essayer d’apprendre trois mots de slovaque avant de m’endormir.

Ma professeure de langue était probablement la personne avec qui je discutais le plus… après mes joueurs. C’est dire. Elle s’appelait Martina. Une femme d’une quarantaine d’années, très élégante, très drôle, mariée et persuadée que j’allais mourir seul si elle ne faisait rien.


— Giuseppe… tu travailles trop. Il faut voir des gens.

Je répondais toujours que je voyais des gens. Elle répondait toujours :

— Les défenseurs centraux ne comptent pas.

Elle avait décidé de me sauver sans jamais me demander mon avis. Très vite, elle commença à m’inviter à boire un café avec ses amis. Puis à dîner, puis à des soirées. Elle connaissait tout le monde à Rimavská Sobota.

— Tu dois pratiquer la langue.

Je n’étais pas complètement idiot. Je savais très bien que le slovaque n’était qu’un prétexte.

Chiara sourit.

— Elle essayait de te caser.

— Avec un enthousiasme admirable. Je finis même par rencontrer Katarina, une jolie brune d’une trentaine d’années, professeure des écoles, drôle et patiente. Le genre de femme qui riait facilement et qui ne semblait pas dérangée par mon slovaque catastrophique.

Nous avons dîné plusieurs fois. Nous mélangions anglais, italien, quelques mots de slovaque, des gestes, beaucoup de gestes. Étrangement… on arrivait toujours à se comprendre.

Elle était curieuse, posait des questions et s’intéressait sincèrement à ce que je faisais. Elle m’emmenait découvrir des endroits que je n’aurais jamais trouvés seul. Un petit café caché, un lac, une fête de village. Elle me faisait découvrir la Slovaquie autrement que par les terrains de football. Je suis tombé amoureux de la région.

— Alors ?

Giuseppe baissa les yeux.

— Alors rien.

— Rien ?

— Rien.

Le vieux coach éclata de rire.

— Avec quarante ans de recul… je crois que cette pauvre femme m’envoyait tous les signaux possibles. Moi… je lui parlais de notre pressing.

Chiara était pliée en deux.

— Tu es sérieux ?

— Complètement. Elle me demandait quels étaient mes rêves. Je lui répondais que j’avais trouvé une nouvelle animation sur les coups de pied arrêtés.

Il secoua la tĂŞte.

— J’étais irrécupérable.

— Elle te plaisait ?

— Oui. Beaucoup. Elle était belle, intelligente, avait de l’humour. Elle rompait ma solitude, et s’intéressait à moi. J’étais bien avec elle, vraiment bien.

Il réfléchit.

— Mais je ne regardais jamais très loin. Je vivais la semaine suivante, le prochain match, la prochaine séance, le prochain déplacement.

Puis il ajouta plus doucement :

— Et il y avait Giulia.

Le silence s’installa.


— Tu pensais à elle ?

— Plus que je ne voulais bien l’admettre. Pas consciemment, enfin… pas toujours, mais elle occupait déjà une place étrange.

Il sourit.

— Le plus drôle… c’est que je n’avais aucune idée de ce que ressentait Giulia. Elle gardait toujours la bonne distance, toujours professionnelle, parfois taquine, parfois presque tendre. Puis elle redevenait immédiatement mon agente, comme si rien ne s’était passé.

Elle venait me chercher à l’aéroport. Nous allions dîner, nous parlions mercato, contrats, Robert, le club. Jamais vraiment de nous. A dire vrai, il n’y avait pas lieu. Une fois pourtant… j’essayai.

— Et toi ? En dehors du travail ?

Elle leva un sourcil.

— Moi quoi ?

— Tu fais quoi ?

Elle sourit. Ce sourire… que j’apprendrais plus tard Ă  reconnaĂ®tre. Celui qui disait : *« Tu peux essayer, Giuseppe. Tu n’iras pas plus loin aujourd’hui. Â»

— J’ai une sœur. Je lis beaucoup et je travaille avec un entraîneur italien beaucoup trop bavard.

— C’est tout ?

— Pour aujourd’hui.

Elle refermait toujours la porte avec élégance, sans jamais donner l’impression de repousser qui que ce soit.

— Elle savait que tu étais amoureux d’elle ?

Giuseppe fit non de la tĂŞte.

— Je n’en sais rien. Enfin… si. Probablement, j’étais discret comme un éléphant dans un couloir.

Mon frère, lui, n’était pas dupe. Le soir où Giulia vint me récupérer, il m’avait lancé devant toute la famille :

— Belle femme… tu n’as rien à nous dire ?

J’ai failli m’étouffer avec mes orecchiette. Il n’y avait rien à dire. Ou peut-être trop.

Je croyais encore que la Slovaquie n’était qu’une étape, que j’allais réussir, puis rentrer en Italie, trouver un banc et continuer à grimper. Je ne pensais pas construire une vie là-bas, je construisais seulement une carrière.

Il resta silencieux quelques instants.

— Avec le recul… je comprends surtout une chose. Katarina représentait peut-être ce que je disais vouloir : une vie simple, une compagne aimante, une famille peut-être. Et pourtant… je regardais ailleurs, vers une femme qui gardait soigneusement ses distances, un fantasme presque. Et vers mon métier qui occupait déjà toute la place.

Il sourit tristement.

— À trente-trois ans, je croyais qu’on pouvait remettre le bonheur personnel à plus tard, qu’il m’attendrait gentiment pendant que je poursuivais mon rêve. La vie… ne signe jamais ce genre d’accord.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 19 -
- Les bonnes habitudes -
- Chapitre 21 -
- Richard Trutz débarque dans la partie -
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