Réponse aux lecteurs
@Julian-merci, ça fait plaisâ !
@CaptainAmericka suicide, comme tu y vas, la Slovaquie, câest joli !
@alexgavi Un peu de jeunesse, on va essayer !
@toopil On a bien eu la ligue 1 mac Donald !
Bari, mars 2066.
â Tu as regardĂ© ses archives vidĂ©o aujourdâhui pendant quatre heures et trente-deux minutes.
Chiara leva les yeux de son écran.
â Bonjour Ă toi aussi.
â Bonjour.
Pause.
â Quatre heures et trente-deux minutes.
â Merci, Iana.
â De rien.
Le portrait de Giuseppe Colombani occupait toujours un coin de lâĂ©cran. Une capture dâimage vieille de quarante ans, chemise mal repassĂ©e, barbe approximative et regard inquiet, le futur grand entraĂźneur ressemblait davantage Ă un Ă©tudiant perdu quâĂ un technicien professionnel.
â Tu lâobserves beaucoup.
â Câest mon travail.
â Câest aussi ce que tu disais Ă propos dâElena.
â Iana.
â Oui ?
â Ferme-la.
â RĂ©ponse enregistrĂ©e.
Chiara sourit malgrĂ© elle. Depuis six ans, Iana avait appris Ă reconnaĂźtre les moments oĂč elle devait se taire et ceux oĂč elle ne devait surtout pas.
LâĂ©cran afficha soudain une notification.
« Tu es vivante ? »
Chiara souffla puis répondit. « Malheureusement. » La réponse arriva immédiatement.
« Parfait. Je passe te chercher à 20h. »
â Tu sors ?
â Apparemment.
â IntĂ©ressant.
â Pourquoi ?
â Je commençais Ă considĂ©rer ton appartement comme ton habitat naturel.
â TrĂšs drĂŽle.
â Merci.
Ă vingt heures prĂ©cises, Sofia sonnait dĂ©jĂ , comme toujours, ponctuelle. Chiara nâavait jamais compris comment son amie pouvait ĂȘtre aussi ponctuelle tout en vivant dans un chaos absolu.
â Tu fais peur.
déclara Sofia en entrant.
â Bonsoir Ă toi aussi.
â Non sĂ©rieusement. Tu as une tĂȘte de journaliste qui enquĂȘte sur un meurtre depuis trois mois.
â JâĂ©cris une biographie.
â Exactement.
Une heure plus tard, elles traversaient le centre de Bari. La nuit Ă©tait douce, les terrasses dĂ©bordaient de monde et les rues vibraient dâune Ă©nergie que Chiara avait oubliĂ©e.
â On retrouve quelques amis.
â Quelques ?
â Six.
â SofiaâŠ
â Sept avec toi.
Le groupe occupait dĂ©jĂ une grande table lorsquâelles arrivĂšrent. Des rires, des verres, des discussions qui sâentrecroisaient et une Ă©nergie immĂ©diatement perceptible et naturelle.
Paulo fut le premier à se lever. Grand, brun, sourire facile, un joli garçon manifestement informé.
â La fameuse Chiara.
â La fameuse ?
â Sofia parle beaucoup.
â Sofia parle trop.
Paulo rit. Il avait ce genre de rire qui met les gens Ă lâaise, le problĂšme Ă©tant quâil le savait. Mais Ă©tait-ce vraiment un problĂšme ?
Mais ce ne fut pas lui qui attira réellement son attention, ce fut Joana. Joana ne semblait impressionnée par rien. Ni par Sofia, ni par les autres, ni par elle.
Elle avait les cheveux courts, une veste de cuir et un sourire insolent. Elle posait sur vous ce regard direct qui donnait lâimpression quâelle nâavait jamais demandĂ© la permission de faire quoi que ce soit de sa vie.
â Alors câest toi qui frĂ©quentes un entraĂźneur de quatre-vingt-treize ans ?
Chiara éclata de rire.
â Soixante-treize. VoilĂ une entrĂ©e en matiĂšre originale.
â Merci. Je travaille mes introductions.
La soirĂ©e dĂ©marra comme ça, simplement. Quelquâun commanda une tournĂ©e, puis une autre, puis ce fut un autre bar, puis encore un autre.
Ă minuit, Chiara avait cessĂ© de penser Ă son livre. Ă une heure du matin, elle avait cessĂ© de penser Ă Elena. Ă deux heures, elle avait cessĂ© de penser tout court. Et câĂ©tait merveilleux.
Paulo continuait de lui parler, avec douceur, avec attention, avec sincĂ©ritĂ© mĂȘme. Il Ă©tait charmant, vraiment. Mais chaque fois que Chiara relevait les yeux⊠elle trouvait Joana.
Au bar, sur la piste, dans un éclat de rire, dans une discussion. Joana était toujours en mouvement, toujours vivante, toujours rayonnante.
Ă un moment, Sofia vint se pencher vers elle.
â Alors ?
â Alors quoi ?
â Paulo.
â TrĂšs gentil.
â Et ?
â TrĂšs gentil.
Sofia éclata de rire et regarda discrÚtement dans une autre direction, vers Joana.
â Ah.
Chiara termina son verre puis un autre. La musique Ă©tait devenue plus forte, les lumiĂšres plus floues, les conversations moins importantes. Et pour la premiĂšre fois depuis longtemps, elle ne pensait plus Ă ce quâelle devait faire, Ă ce quâelle aurait dĂ» faire, Ă ce quâelle regrettait.
Elle dansait, elle riait, elle vivait. Et quelque part entre le troisiĂšme bar et le quatriĂšme⊠entre un Ă©clat de rire de Sofia, une attention de Paulo et un regard de Joana⊠Chiara prit une dĂ©cision. Une dĂ©cision probablement stupide, certainement impulsive, quâelle analyserait sans doute pendant des semaines ensuite.
Mais pour une fois⊠elle nâavait plus envie dâanalyser, plus envie de comprendre, plus envie de contrĂŽler. Elle avait simplement envie dâagir et cela faisait bien trop longtemps que cela ne lui Ă©tait pas arrivĂ©.










