:storygreen: :s1: 🇾🇰 Le vent de Bari : confessions de Giuseppe Colombani

Réponse aux lecteurs

@Julian-merci, ça fait plais’ !

@CaptainAmericka suicide, comme tu y vas, la Slovaquie, c’est joli !

@alexgavi Un peu de jeunesse, on va essayer !

@toopil On a bien eu la ligue 1 mac Donald !

- Une soirée sans giuseppe colombani -

Bari, mars 2066.

— Tu as regardĂ© ses archives vidĂ©o aujourd’hui pendant quatre heures et trente-deux minutes.

Chiara leva les yeux de son écran.

— Bonjour à toi aussi.

— Bonjour.

Pause.

— Quatre heures et trente-deux minutes.

— Merci, Iana.

— De rien.

Le portrait de Giuseppe Colombani occupait toujours un coin de l’écran. Une capture d’image vieille de quarante ans, chemise mal repassĂ©e, barbe approximative et regard inquiet, le futur grand entraĂźneur ressemblait davantage Ă  un Ă©tudiant perdu qu’à un technicien professionnel.

— Tu l’observes beaucoup.

— C’est mon travail.

— C’est aussi ce que tu disais à propos d’Elena.

— Iana.

— Oui ?

— Ferme-la.

— RĂ©ponse enregistrĂ©e.

Chiara sourit malgrĂ© elle. Depuis six ans, Iana avait appris Ă  reconnaĂźtre les moments oĂč elle devait se taire et ceux oĂč elle ne devait surtout pas.

L’écran afficha soudain une notification.

SOFIA

« Tu es vivante ? Â»

Chiara souffla puis rĂ©pondit. « Malheureusement. Â» La rĂ©ponse arriva immĂ©diatement.

« Parfait. Je passe te chercher Ă  20h. Â»

— Tu sors ?

— Apparemment.

— IntĂ©ressant.

— Pourquoi ?

— Je commençais Ă  considĂ©rer ton appartement comme ton habitat naturel.

— Trùs drîle.

— Merci.


À vingt heures prĂ©cises, Sofia sonnait dĂ©jĂ , comme toujours, ponctuelle. Chiara n’avait jamais compris comment son amie pouvait ĂȘtre aussi ponctuelle tout en vivant dans un chaos absolu.

— Tu fais peur.

déclara Sofia en entrant.

— Bonsoir à toi aussi.

— Non sĂ©rieusement. Tu as une tĂȘte de journaliste qui enquĂȘte sur un meurtre depuis trois mois.

— J’écris une biographie.

— Exactement.


Une heure plus tard, elles traversaient le centre de Bari. La nuit Ă©tait douce, les terrasses dĂ©bordaient de monde et les rues vibraient d’une Ă©nergie que Chiara avait oubliĂ©e.

— On retrouve quelques amis.

— Quelques ?

— Six.

— Sofia


— Sept avec toi.

Le groupe occupait dĂ©jĂ  une grande table lorsqu’elles arrivĂšrent. Des rires, des verres, des discussions qui s’entrecroisaient et une Ă©nergie immĂ©diatement perceptible et naturelle.

Paulo fut le premier à se lever. Grand, brun, sourire facile, un joli garçon manifestement informé.

— La fameuse Chiara.

— La fameuse ?

— Sofia parle beaucoup.

— Sofia parle trop.

Paulo rit. Il avait ce genre de rire qui met les gens Ă  l’aise, le problĂšme Ă©tant qu’il le savait. Mais Ă©tait-ce vraiment un problĂšme ?

Mais ce ne fut pas lui qui attira réellement son attention, ce fut Joana. Joana ne semblait impressionnée par rien. Ni par Sofia, ni par les autres, ni par elle.

Elle avait les cheveux courts, une veste de cuir et un sourire insolent. Elle posait sur vous ce regard direct qui donnait l’impression qu’elle n’avait jamais demandĂ© la permission de faire quoi que ce soit de sa vie.

— Alors c’est toi qui frĂ©quentes un entraĂźneur de quatre-vingt-treize ans ?

Chiara éclata de rire.

— Soixante-treize. VoilĂ  une entrĂ©e en matiĂšre originale.

— Merci. Je travaille mes introductions.

La soirĂ©e dĂ©marra comme ça, simplement. Quelqu’un commanda une tournĂ©e, puis une autre, puis ce fut un autre bar, puis encore un autre.

À minuit, Chiara avait cessĂ© de penser Ă  son livre. À une heure du matin, elle avait cessĂ© de penser Ă  Elena. À deux heures, elle avait cessĂ© de penser tout court. Et c’était merveilleux.

Paulo continuait de lui parler, avec douceur, avec attention, avec sincĂ©ritĂ© mĂȘme. Il Ă©tait charmant, vraiment. Mais chaque fois que Chiara relevait les yeux
 elle trouvait Joana.

Au bar, sur la piste, dans un éclat de rire, dans une discussion. Joana était toujours en mouvement, toujours vivante, toujours rayonnante.


À un moment, Sofia vint se pencher vers elle.

— Alors ?

— Alors quoi ?

— Paulo.

— Trùs gentil.

— Et ?

— Trùs gentil.

Sofia éclata de rire et regarda discrÚtement dans une autre direction, vers Joana.

— Ah.

Chiara termina son verre puis un autre. La musique Ă©tait devenue plus forte, les lumiĂšres plus floues, les conversations moins importantes. Et pour la premiĂšre fois depuis longtemps, elle ne pensait plus Ă  ce qu’elle devait faire, Ă  ce qu’elle aurait dĂ» faire, Ă  ce qu’elle regrettait.

Elle dansait, elle riait, elle vivait. Et quelque part entre le troisiĂšme bar et le quatriĂšme
 entre un Ă©clat de rire de Sofia, une attention de Paulo et un regard de Joana
 Chiara prit une dĂ©cision. Une dĂ©cision probablement stupide, certainement impulsive, qu’elle analyserait sans doute pendant des semaines ensuite.

Mais pour une fois
 elle n’avait plus envie d’analyser, plus envie de comprendre, plus envie de contrĂŽler. Elle avait simplement envie d’agir et cela faisait bien trop longtemps que cela ne lui Ă©tait pas arrivĂ©.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 16 -
- Le problùme c’est que ça continuait -
- Chapitre 18 -
- Robert Sevcik avait un plan -
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Ça va finir en tagada tagada tsoin tsoin ça, ni une ni deux et BOUM ! :collision:
L’alcool fait des ravages :rofl:

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Entre deux rĂ©cits d’un autre temps, elle s’amuse la petite journaliste :grin:

Il faut bien que jeunesse se fasse, du moment que Paulo comprend que Chiara n’a d’yeux que pour Joana :grin:

Réponse aux lecteurs

@CaptainAmericka Je suis interdit de Tagada Ă  la maison, euh de fraises Tagada, pour le tsoin tsoin
 bref, je m’égare !

@Rhino Elle aurait tort de se priver !

@alexgavi Les mecs en 2066 n’ont pas beaucoup changĂ©, ce ne sont toujours pas des lumiĂšres !

- Robert Sevcik avait un plan -

— Quand as-tu compris que Robert Sevcik Ă©tait plus ambitieux qu’il ne le disait ?

Chiara venait de refermer son carnet. Depuis plusieurs semaines, Giuseppe racontait ses dĂ©buts, les premiers entraĂźnements, les dĂ©couvertes, les doutes, les premiĂšres rencontres officielles. Une chose Ă©tait certaine : le dĂ©but de saison dĂ©passait toutes les attentes du club, mais rarement il n’avait Ă©voquĂ© ses relations avec son prĂ©sident.

Giuseppe esquissa un sourire.

— Trùs tît.

Puis il secoua la tĂȘte.

— Non
 J’ai compris trĂšs vite qu’il Ă©tait intelligent, seulement un peu plus tard qu’il Ă©tait dangereux.

Chiara leva un sourcil.

— Dangereux ?

— Dans le meilleur sens du terme : les hommes dangereux sont ceux qui arrivent Ă  vous convaincre qu’un rĂȘve est parfaitement raisonnable.

La rencontre eut lieu pendant une coupure du calendrier, quelques jours sans match. Une éternité pour le Giuseppe de trente-trois ans, qui vivait alors exclusivement au rythme des entraßnements.

Robert lui donna rendez-vous dans un petit restaurant, Ă  quelques kilomĂštres de RimavskĂĄ Sobota, de l’autre cĂŽtĂ© de la frontiĂšre, cĂŽtĂ© hongrois.

Une bĂątisse basse, toute en bois sombre, oĂč les conversations se faisaient autant en hongrois qu’en slovaque. Des nappes Ă  carreaux, une soupe de goulasch qui cuisait depuis des heures, du paprika jusque dans l’air. Le genre d’endroit oĂč les habituĂ©s n’avaient pas besoin de commander. Le patron savait dĂ©jĂ .

— J’étais arrivĂ© avec mon carnet, Ă©videmment. Je pensais qu’on allait parler football. Je voulais lui expliquer pourquoi il nous fallait un kinĂ©, pourquoi certains joueurs tiraient dĂ©jĂ  sur la corde et pourquoi il fallait absolument renforcer le groupe cet hiver si l’on voulait rester compĂ©titif. Je m’étais prĂ©parĂ© Ă  dĂ©fendre mon dossier.

Robert arriva avec dix minutes de retard, sans s’excuser. Il serra la main de tout le monde dans la salle et appela le serveur par son prĂ©nom puis s’assit.

— Giuseppe.

— PrĂ©sident.

— Tu as faim ?

— Oui.

— Alors mangeons, on parlera aprùs.

Giuseppe éclata de rire.

— J’ai compris immĂ©diatement que je n’allais pas mener cette discussion. Le repas dura presque une heure. On parla de tout, de la ville, de Bari, de la pluie, de la difficultĂ© d’apprendre le slovaque.

Jamais du dernier match, jamais du classement, jamais de football ce qui, Ă  l’époque, me semblait presque inquiĂ©tant, puis Robert posa enfin sa fourchette et changea lĂ©gĂšrement de ton, trĂšs lĂ©gĂšrement mais suffisamment pour que je m’en souvienne encore cinquante ans plus tard.

— Tu fais du bon travail.

— Merci.

— Les joueurs aussi.

— Merci.

— Mais cela ne suffira pas.

Je me souviens trĂšs bien de ce que j’ai pensĂ©. « Il va me parler du maintien. Â» Je me trompais complĂštement. Robert se pencha lĂ©gĂšrement vers moi.

— Ce club a vĂ©cu bien mieux que ça. Il peut vivre bien mieux que ça encore. Je ne veux pas simplement sauver le MSK, je veux le reconstruire.

Le silence s’installa. À cet instant-lĂ , je l’ai regardĂ© autrement, parce que je connaissais le club. Douze professionnels, un centre de formation fermĂ©, des infrastructures modestes, trĂšs peu de moyens et lui parlait d’avenir avec une sĂ©rĂ©nitĂ© dĂ©sarmante.

— Je veux une acadĂ©mie. Je veux une cellule de recrutement. Je veux que les meilleurs jeunes de la rĂ©gion aient envie de venir ici. Je veux que ce club existe encore quand toi et moi ne serons plus lĂ .

Chiara resta silencieuse, puis demanda :

— Tu y as cru ?

Giuseppe éclata de rire.

— Pas une seconde. Je me suis dit : « Le pauvre
 il est aussi optimiste que moi. Â»

Il reprit plus calmement.

— Ce que je n’avais pas compris
 c’est qu’il ne parlait jamais au hasard. Quand Robert disait quelque chose, il avait dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  le construire. Il sortit alors une feuille de son porte-documents : trois noms y figuraient. Le premier Ă©tait barrĂ©, le deuxiĂšme entourĂ©, le troisiĂšme soulignĂ©.

— Tu ne connais pas le football slovaque.

— Non.

— Tu ne connais pas les agents.

— Non.

— Tu ne connais pas les clubs.

— Non.

— C’est normal, alors je vais te trouver quelqu’un qui connaüt tout cela.

Il posa son doigt sur un nom. Richard Trutz. À l’époque, ce nom ne m’évoquait absolument rien. Aujourd’hui encore, je souris en y repensant, parce que tous les Slovaques prĂ©sents dans cette piĂšce auraient immĂ©diatement compris ce que moi j’ignorais.

— Il a bĂąti le Slovan, l’équipe championne depuis 6 ans non stop. Il connaĂźt tout le monde et tout le monde le connaĂźt. S’il accepte de venir, Ă©coute-le.

— Pourquoi accepterait-il ?

Robert prit une gorgée de vin puis répondit avec un calme déconcertant.

— Parce que je vais lui proposer un projet. Pas un salaire, un projet.

Le vieux Giuseppe sourit.

— Cette phrase-là
 je ne l’ai comprise que des annĂ©es plus tard. Les grands dirigeants recrutent rarement avec de l’argent, mais avec une vision. Avant de partir, Robert sortit un petit carnet noir et le posa devant moi.

— Fais-moi une liste.

— Une liste de joueurs ?

— Non. Des besoins. Les joueurs
 Richard les trouvera.

Il remit sa veste, salua une derniÚre fois le patron puis disparut. Je suis resté seul quelques minutes devant mon café, avec ce petit carnet. Je regardais les pages blanches et je me suis surpris à réfléchir différemment.

Pour la premiĂšre fois, je ne pensais plus seulement au prochain match, je pensais au prochain hiver, Ă  la saison suivante, aux jeunes et Ă  ce que pourrait devenir ce club.

Giuseppe leva les yeux vers Chiara.

— Tu sais
 On dit souvent qu’un entraĂźneur construit une Ă©quipe. Ce jour-lĂ , j’ai compris qu’il fallait d’abord construire un club. Et Robert Sevcik, lui
 avait dĂ©jĂ  commencĂ© bien avant mon arrivĂ©e.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 17 -
- une soirée sans Giuseppe Colombani -
- Chapitre 19 -
- Les bonnes habitudes -
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Le projet prend forme

Ca prendra du temps mais ça avance. Petit à petit, pierre aprÚs pierre.

Je trouve ça trĂšs bien. Il vaut mieux un prĂ©sident qui chercher avancer, plutĂŽt qu’un autre qui freine des quatre fers :smiley:

Réponse aux lecteurs

@Rhino @CaptainAmericka Oui, ça prend forme, plus qu’à voir ce que ça va donner et si ils auront les moyens de leurs ambitions

@alexgavi Oui, Robert aime les paris, et il veut avoir son retour sur investissement

- Les bonnes habitudes -

— Quand as-tu commencĂ© Ă  regarder le classement ?

Chiara leva les yeux.

— Parce que jusque-lĂ , Ă  t’écouter, on dirait que tu refusais presque de regarder oĂč vous Ă©tiez.

— C’est exactement ce qui se passait.

— Vraiment ?

— Absolument. Je regardais les blessures, la rĂ©cupĂ©ration, les entraĂźnements et les matchs suivants. Mais le classement
 Non. Le classement, c’était dangereux.

Le vieux coach attrapa son carnet. Septembre 2026. Les feuilles Ă©taient plus nombreuses dĂ©sormais, les notes plus dĂ©taillĂ©es, les dessins tactiques aussi et l’écriture devenait de plus en plus nerveuse.

Giuseppe sourit.

— J’avais toujours peur que quelqu’un dĂ©couvre la supercherie.

— Quelle supercherie ?

— Moi.

Chiara éclata de rire. Et Giuseppe enchaßna.

— Je suis sĂ©rieux. On gagnait, les joueurs progressaient, le vestiaire vivait bien. Mais dans ma tĂȘte, j’étais toujours un entraĂźneur qui apprenait son mĂ©tier. Le premier rendez-vous du mois s’appelait OFK MalĆŸenice, une Ă©quipe dangereuse, plus dangereuse que ne le disait le classement.

Je me souviens avoir trouvĂ© leur jeu trĂšs intĂ©ressant. Tout passait dans l’axe. Ils cherchaient constamment Ă  crĂ©er du surnombre, Ă  attirer puis combiner. Je n’aimais pas ça du tout.

— Pourquoi ?

— Parce que je dĂ©teste courir aprĂšs le ballon. Et ce soir-lĂ , ils Ă©taient meilleurs que nous pour le garder. Le match dĂ©marra pourtant parfaitement. Une accĂ©lĂ©ration de GembickĂœ, un exploit individuel, un but magnifique mais trompeur. Le match devenait compliquĂ©.

Giuseppe consulta quelques lignes.

— J’ai reculĂ© le bloc, resserrĂ© les lignes et demandĂ© Ă  nos milieux de dĂ©fendre plus prĂšs de nos centraux. Et ça a fonctionnĂ©. Pour la premiĂšre fois, j’ai eu la sensation de modifier rĂ©ellement le cours d’une rencontre, pas de survivre, ni de rĂ©agir, mais d’influencer.

C’est peut-ĂȘtre le premier soir oĂč je me suis dit : « J’ai aidĂ©. Â» Petran ajouta un coup franc superbe et GembickĂœ s’offrit un doublĂ©. Victoire 3-1.

5/9/2026 3-1 Gembicky 1’, 60’ Petran 40’ Kotlar 50’

— Et puis il y a eu la Coupe.

Son sourire s’élargit immĂ©diatement.

— Ah
 La Coupe.

MĂȘme cinquante ans plus tard, quelque chose brillait encore dans son regard.

— Tu aimes toujours autant les coupes ?

— Plus que les championnats. Toujours. Les championnats rĂ©compensent les meilleures Ă©quipes. Les coupes rĂ©compensent les rĂȘveurs. Et puis ce frisson que ça s’arrĂȘte d’un coup.

Le tirage leur offrit Dukla Banskå Bystrica, neuviÚme de Fortuna Liga. Une vraie équipe de premiÚre division.

— Les garçons Ă©taient impressionnĂ©s. Je pouvais le voir. Ils les regardaient comme on regarde la tĂ©lĂ©vision.

La premiĂšre pĂ©riode confirma leurs craintes. Les visiteurs menaient, logiquement. À la pause, Giuseppe resta inhabituellement calme.

— Je leur ai simplement dit : « ArrĂȘtez de les regarder jouer. Â» Puis : « Allez leur faire mal. Â»

Le vieux coach éclata de rire.

— C’était probablement moins poĂ©tique en anglais. Ferletak Ă©galisa, puis BanskĂĄ Bystrica reprit l’avantage sur penalty, puis Ferletak encore, puis Ferletak toujours. Le gamin a fait le match de sa vie. Le stade explosa, son premier triplĂ© et probablement l’une des plus belles soirĂ©es de ma carriĂšre.

— MĂȘme aujourd’hui ?

— MĂȘme aujourd’hui. Parce qu’on ne devait jamais gagner ce match.

Il resta silencieux quelques secondes.

— J’adore les coupes.

9/9/2026 3-2 Ferletak 49’, 83’, 86’ Alves 10’, Hanes 75’ (P)

Puis vint SamorĂ­n et le visage de Giuseppe se ferma.

— Ah. Samorín.

Le simple nom semblait encore l’agacer. Onze jours sans compĂ©tition, quelques jours de repos. L’équipe commençait Ă  lire les journaux, Ă  entendre les compliments, Ă  recevoir des messages.

— Moi aussi d’ailleurs.

Le vieux coach soupira.

— C’est un piĂšge. Quand on gagne beaucoup, on croit parfois que ce qu’on fait devient normal. Le match fut catastrophique. Trois cadeaux, trois erreurs, trois buts. 3-0 Ă  la pause. Le silence du vestiaire Ă©tait lourd.

C’était la premiĂšre fois que je me suis vraiment mis en colĂšre. Pas besoin de maĂźtriser le slovaque pour leur montrer que je fulminais.

— Une grande gueulante italienne ?

— Oh oui, une authentique, avec les bras, les mains, le regard, les insultes à leur mùre, Santa Maria pardonnez-moi. Tout.

— Ils comprenaient ce que tu disais ?

— Pas sĂ»r. Mais ils comprenaient parfaitement que je n’étais pas content. La seconde pĂ©riode fut meilleure. Fajčík sauva l’honneur. 3-1. DĂ©faite.

20/9/2026 3-1 Pavuk 29’ Weber 38’ Varga 40’ Fajcik 56’

Curieusement, Giuseppe se souvenait davantage de ce match que de certaines victoires.

— Pourquoi ?

— Parce que j’ai compris quelque chose.

Il referma doucement son carnet.

— Les victoires crĂ©ent de la confiance. Les dĂ©faites rĂ©vĂšlent les ambitions.

Il regarda quelques secondes la couverture usée.

— À la sortie du stade, j’étais furieux. Pas parce que nous avions perdu, ça arrive.

Il marqua une pause.

— J’étais furieux parce que je voulais gagner, vraiment gagner. Le maintien, les bonnes surprises, les compliments. Tout ça ne suffisait plus. Et c’était probablement Ă  ce moment-lĂ  que le problĂšme avait commencĂ©.

— Quel problùme ?

Giuseppe s’arrĂȘta et fixa Chiara de ses yeux noisettes.

— Celui qui m’a accompagnĂ© toute ma carriĂšre.

Son regard se fit dur et déterminé.

— Je commençais à avoir faim.


Clt Club MJ V N D BP BC +/- Pts
1er Ćœilina 10 9 1 0 26 3 23 28
2e Barr. Matador PĂșchov 9 8 0 1 25 7 18 24
3e Slovan Bratislava B 10 7 1 2 14 7 7 22
4e RimavskĂĄ Sobota 9 6 1 2 18 11 7 19
5e PovaĆŸskĂĄ Bystrica 9 5 0 4 19 15 4 15
6e Ć amorĂ­n 10 4 3 3 13 12 1 15
7e Pohronie 10 4 1 5 15 15 0 13
8e PetrĆŸalka 9 4 1 4 11 15 -4 13
9e Zlaté Moravce 10 3 3 4 14 17 -3 12
10e Spartak Myjava 11 3 3 5 11 18 -7 12
11e Inter Bratislava 10 3 0 7 13 24 -11 9
12e StarĂĄ Äœubovƈa 9 2 2 5 5 12 -7 8
13e LiptovskĂœ MikulĂĄĆĄ 10 2 1 7 8 15 -7 7
14e MalĆŸenice 9 1 3 5 10 16 -6 6
14e LokomotĂ­va Zvolen 9 1 0 8 10 25 -15 3

leaders statistiques

Buteurs

Nom MJ :groot_scored:
:1st_place_medal: Jan Ferletak 10 5
:2nd_place_medal: Matej Vargic 10 4
:2nd_place_medal: Matheus Saturnino 9(1) 4
4e Sebastian gembicky 10 3
5e Denis Kralovic 6(2) 2
5e Peter Petran 10 2

Passeurs

Nom MJ :groot_assist:
:1st_place_medal: Sebastian gembicky 10 3
:2nd_place_medal: Matheus Saturnino 9(1) 2
:2nd_place_medal: Denis Kralovic 6(2) 2
:2nd_place_medal: Peter Petran 10 2
:2nd_place_medal: Boris Novak 10 2
- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 18 -
- Robert sevcik avait un plan -
- Chapitre 20 -
- Bari n’avait pas changĂ© -
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Quel club, le Slovan! MĂȘme leur B est devant :sarko:

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Pour un club qui joue sa survie et vu les conditions, tu t’en sors vraiment bien !

Belle exploit en coupe, avec beaucoup de confiance accumulĂ©e, peut-ĂȘtre trop. DerriĂšre, il y a une dĂ©faite rageante. Mais c’est bien de savoir quel est le goĂ»t de la dĂ©faite, pour ne pas avoir envie d’y regoĂ»ter :grin:

Réponse aux lecteurs

@toopil sacré morceau le Slovan, oui !

@alexgavi @CaptainAmericka On n’accumule jamais assez de confiance. Oui, un Ă©norme dĂ©but de saisoon compte tenu des moyens et de l’effectif. AprĂšs, un championnat trĂšs homogĂšne au final, et deux Ă©quipes qui surnagent au-dessus de la mĂȘlĂ©e.

- Bari n’avait pas changĂ© -

— Giuseppe


Chiara releva les yeux.

— Tu rentrais parfois en Italie ?

Le vieil homme répondit en plissant ses yeux malicieusement.

— Dùs que j’avais quarante-huit heures. Bari me manquait, pas la ville, les gens.

Le trajet lui semblait toujours plus court dans ce sens-lĂ . La frontiĂšre, Budapest, l’avion. Puis l’odeur, la mer, les scooters, les gens qui parlent fort, les cafĂ©s oĂč trois hommes dĂ©battent pendant une heure pour savoir si le latĂ©ral gauche du Bari devait jouer cinq mĂštres plus haut.

— J’étais chez moi.


— Les Slovaques sont des gens adorables mais mais ils parlent peu. Ou je ne les comprends pas assez
 Nous
 nous faisons exactement l’inverse, mĂȘme quand nous n’avons rien Ă  dire.

Ma mĂšre m’attendait toujours avec quelque chose Ă  manger, toujours beaucoup trop. Mon pĂšre faisait semblant de regarder la tĂ©lĂ©vision puis coupait le son dĂšs qu’il entendait la porte.

— Tu maigris.

Comme Ă  chaque fois. Je prenais trois kilos Ă  Bari. J’en reperdais quatre en Slovaquie. L’équilibre alimentaire version Colombani.

Puis venait le repas du dimanche, mon frĂšre, ma belle-sƓur, leurs enfants, le bruit, les disputes pour savoir qui aurait la derniĂšre part de tiramisu de maman, mon neveu qui voulait absolument savoir si les joueurs obĂ©issaient vraiment Ă  leur oncle.

« â€” Ils t’écoutent ? Â» m’avait demandĂ© le petit. J’avais rĂ©pondu : « Pas toujours. Â»

Il avait rĂ©flĂ©chi, puis il avait dit : « Comme maman. Â»

Giuseppe éclata de rire.

— C’était un garçon trĂšs lucide pour un gamin de 7 ans et demi.

Puis, inévitablement
 la conversation glissait vers ma vie. Pas le football, ma vie.

« â€” Alors ? Tu rencontres du monde lĂ -bas ? Â»

Je rĂ©pondais toujours la mĂȘme chose. « Oui. Plein. Â» Mon frĂšre levait les yeux au ciel. « Je parle en dehors du stade. Â»

Silence. La vĂ©rité  c’est que je ne rencontrais presque personne. Je passais mes journĂ©es au centre d’entraĂźnement, mes soirĂ©es devant des vidĂ©os ou Ă  essayer d’apprendre trois mots de slovaque avant de m’endormir.

Ma professeure de langue Ă©tait probablement la personne avec qui je discutais le plus
 aprĂšs mes joueurs. C’est dire. Elle s’appelait Martina. Une femme d’une quarantaine d’annĂ©es, trĂšs Ă©lĂ©gante, trĂšs drĂŽle, mariĂ©e et persuadĂ©e que j’allais mourir seul si elle ne faisait rien.


— Giuseppe
 tu travailles trop. Il faut voir des gens.

Je répondais toujours que je voyais des gens. Elle répondait toujours :

— Les dĂ©fenseurs centraux ne comptent pas.

Elle avait dĂ©cidĂ© de me sauver sans jamais me demander mon avis. TrĂšs vite, elle commença Ă  m’inviter Ă  boire un cafĂ© avec ses amis. Puis Ă  dĂźner, puis Ă  des soirĂ©es. Elle connaissait tout le monde Ă  RimavskĂĄ Sobota.

— Tu dois pratiquer la langue.

Je n’étais pas complĂštement idiot. Je savais trĂšs bien que le slovaque n’était qu’un prĂ©texte.

Chiara sourit.

— Elle essayait de te caser.

— Avec un enthousiasme admirable. Je finis mĂȘme par rencontrer Katarina, une jolie brune d’une trentaine d’annĂ©es, professeure des Ă©coles, drĂŽle et patiente. Le genre de femme qui riait facilement et qui ne semblait pas dĂ©rangĂ©e par mon slovaque catastrophique.

Nous avons dĂźnĂ© plusieurs fois. Nous mĂ©langions anglais, italien, quelques mots de slovaque, des gestes, beaucoup de gestes. Étrangement
 on arrivait toujours Ă  se comprendre.

Elle Ă©tait curieuse, posait des questions et s’intĂ©ressait sincĂšrement Ă  ce que je faisais. Elle m’emmenait dĂ©couvrir des endroits que je n’aurais jamais trouvĂ©s seul. Un petit cafĂ© cachĂ©, un lac, une fĂȘte de village. Elle me faisait dĂ©couvrir la Slovaquie autrement que par les terrains de football. Je suis tombĂ© amoureux de la rĂ©gion.

— Alors ?

Giuseppe baissa les yeux.

— Alors rien.

— Rien ?

— Rien.

Le vieux coach éclata de rire.

— Avec quarante ans de recul
 je crois que cette pauvre femme m’envoyait tous les signaux possibles. Moi
 je lui parlais de notre pressing.

Chiara était pliée en deux.

— Tu es sĂ©rieux ?

— ComplĂštement. Elle me demandait quels Ă©taient mes rĂȘves. Je lui rĂ©pondais que j’avais trouvĂ© une nouvelle animation sur les coups de pied arrĂȘtĂ©s.

Il secoua la tĂȘte.

— J’étais irrĂ©cupĂ©rable.

— Elle te plaisait ?

— Oui. Beaucoup. Elle Ă©tait belle, intelligente, avait de l’humour. Elle rompait ma solitude, et s’intĂ©ressait Ă  moi. J’étais bien avec elle, vraiment bien.

Il réfléchit.

— Mais je ne regardais jamais trĂšs loin. Je vivais la semaine suivante, le prochain match, la prochaine sĂ©ance, le prochain dĂ©placement.

Puis il ajouta plus doucement :

— Et il y avait Giulia.

Le silence s’installa.


— Tu pensais à elle ?

— Plus que je ne voulais bien l’admettre. Pas consciemment, enfin
 pas toujours, mais elle occupait dĂ©jĂ  une place Ă©trange.

Il sourit.

— Le plus drĂŽle
 c’est que je n’avais aucune idĂ©e de ce que ressentait Giulia. Elle gardait toujours la bonne distance, toujours professionnelle, parfois taquine, parfois presque tendre. Puis elle redevenait immĂ©diatement mon agente, comme si rien ne s’était passĂ©.

Elle venait me chercher Ă  l’aĂ©roport. Nous allions dĂźner, nous parlions mercato, contrats, Robert, le club. Jamais vraiment de nous. A dire vrai, il n’y avait pas lieu. Une fois pourtant
 j’essayai.

— Et toi ? En dehors du travail ?

Elle leva un sourcil.

— Moi quoi ?

— Tu fais quoi ?

Elle sourit. Ce sourire
 que j’apprendrais plus tard Ă  reconnaĂźtre. Celui qui disait : *« Tu peux essayer, Giuseppe. Tu n’iras pas plus loin aujourd’hui. Â»

— J’ai une sƓur. Je lis beaucoup et je travaille avec un entraüneur italien beaucoup trop bavard.

— C’est tout ?

— Pour aujourd’hui.

Elle refermait toujours la porte avec Ă©lĂ©gance, sans jamais donner l’impression de repousser qui que ce soit.

— Elle savait que tu Ă©tais amoureux d’elle ?

Giuseppe fit non de la tĂȘte.

— Je n’en sais rien. Enfin
 si. Probablement, j’étais discret comme un Ă©lĂ©phant dans un couloir.

Mon frĂšre, lui, n’était pas dupe. Le soir oĂč Giulia vint me rĂ©cupĂ©rer, il m’avait lancĂ© devant toute la famille :

— Belle femme
 tu n’as rien à nous dire ?

J’ai failli m’étouffer avec mes orecchiette. Il n’y avait rien Ă  dire. Ou peut-ĂȘtre trop.

Je croyais encore que la Slovaquie n’était qu’une Ă©tape, que j’allais rĂ©ussir, puis rentrer en Italie, trouver un banc et continuer Ă  grimper. Je ne pensais pas construire une vie lĂ -bas, je construisais seulement une carriĂšre.

Il resta silencieux quelques instants.

— Avec le recul
 je comprends surtout une chose. Katarina reprĂ©sentait peut-ĂȘtre ce que je disais vouloir : une vie simple, une compagne aimante, une famille peut-ĂȘtre. Et pourtant
 je regardais ailleurs, vers une femme qui gardait soigneusement ses distances, un fantasme presque. Et vers mon mĂ©tier qui occupait dĂ©jĂ  toute la place.

Il sourit tristement.

— À trente-trois ans, je croyais qu’on pouvait remettre le bonheur personnel Ă  plus tard, qu’il m’attendrait gentiment pendant que je poursuivais mon rĂȘve. La vie
 ne signe jamais ce genre d’accord.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 19 -
- Les bonnes habitudes -
- Chapitre 21 -
- Richard Trutz débarque dans la partie -
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je me suis lancĂ©e dans ta story aujourd’hui !!

Belle histoire !
beaux resultats

Un truc dingue, tu écris les nombres en lettres, il me faut quelques secondes de plus pour faire la conversion en nombres belges

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Grimper dans quel sens? :sac:

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Nous avons un Giuseppe mordu par son métier, qui ne voit pas certains signaux évidents. Beaucoup se reconnaitraient en lui :sweat_smile:
Il se pourrait qu’il ait plus de choix qu’il ne le pense !

Réponse aux lecteurs

@celiavalencia ravie que ça te plaise et que tu es tout lu avec plaisir ! Vais-je devoir faire une traduction pour nos amis wallons et helvÚtes ?

@toopil vu que pour le moment, notre Giuseppe ne grimpe pas vraiment aux rideaux, on va dire qu’il aimerait un jour trouvĂ© un banc en Italie et qu’il aurait l’impression que sa carriĂšre grimpe !

@alexgavi clairement, autant il sait dĂ©celer une faiblesse tactique en face, ou le talent cachĂ© d’un joueur, autant il ne voit pas des choses Ă©videntes transmises par la gente fĂ©minine.

- Richard Trutz débarque dans la partie -

— Tu as souvent parlĂ© de Richard Trutz.

Chiara feuilletait les carnets.

— Beaucoup plus que des autres dirigeants.

Giuseppe resta silencieux quelques secondes.

— C’est vrai.

— Tu l’admirais ?

Le vieil homme réfléchit.

— Je le respectais Ă©normĂ©ment. Ce n’est pas tout Ă  fait la mĂȘme chose.

Puis un sourire apparut.

— Et, trĂšs honnĂȘtement
 je l’ai trouvĂ© insupportable pendant les dix premiĂšres minutes.

Richard Trutz dĂ©barqua Ă  RimavskĂĄ Sobota un matin de septembre dans une vieille Mercedes gris mĂ©tallisĂ©, une sacoche en cuir Ă©limĂ©e Ă  la main. Il portait un costume qui avait connu des jours meilleurs et cette maniĂšre de marcher des gens qui n’ont pas besoin qu’on leur ouvre les portes. Il poussa celle du bureau de Giuseppe sans attendre qu’on l’y invite.


— Tout le monde le connaissait. Moi, j’avais Ă©videmment entendu parler de lui. Au Slovan Bratislava, c’était une institution. Sept ans directeur sportif, quatre titres de champion, des dizaines d’internationaux recrutĂ©s.

Le genre d’homme qui connaissait le prĂ©nom du pĂšre d’un gamin de seize ans jouant troisiĂšme division autant que le numĂ©ro personnel de la moitiĂ© des agents du pays. Mais ce n’était pas son rĂ©seau qui impressionnait le plus, c’était sa rĂ©putation.

Richard ne promettait jamais rien mais lorsqu’il donnait sa parole
 l’affaire Ă©tait rĂ©glĂ©e. À l’inverse, si tu lui donnais la tienne et que tu revenais dessus
 tu disparaissais de son univers. Sans esclandre, sans cris : tu cessais simplement d’exister.

— Radical.

— TrĂšs, je crois mĂȘme qu’il prĂ©fĂ©rait perdre un bon joueur que travailler avec quelqu’un qu’il estimait peu fiable. Ça lui a coĂ»tĂ© quelques postes mais ça lui a aussi valu un respect immense.

Personne ne comprenait pourquoi un homme de cette stature acceptait de venir dans un promu de deuxiĂšme division, moi encore moins. J’avais demandĂ© Ă  Robert.

— Pourquoi lui ?

Robert avait souri longuement puis il avait simplement répondu :

— Parce qu’il aime construire.

Je trouvais ça un peu pompeux. Aujourd’hui
 je pense que c’était exactement ça.


Notre premiĂšre rĂ©union dura prĂšs de trois heures. Enfin
 deux heures cinquante-cinq. Les cinq premiĂšres furent
 brutales. Richard ouvrit le dossier de l’effectif le parcourut rapidement, trĂšs rapidement, mĂȘme si je sais qu’il faisait comme s’il dĂ©couvrait le dossier, puis il leva les yeux.

— Bon. Ton gardien. Trùs bien mais s’il se casse une jambe demain ?

Je n’eus pas le temps de rĂ©pondre.

— Voilà. Tu n’as personne. Premier problùme. Je suppose que tu en avais conscience ?

Il tourna une page.

— Novak. Brave garçon. Il centre ?

— Pas vraiment.

— Donc il ne centre pas.

Une autre page.

— Kisiev. Sympathique. Bon dans les duels, rapide. Mais sur un corner
 je prends l’attaquant.

Je me souviens avoir pensĂ© : « Quel type dĂ©testable. Â» Dix minutes plus tard : « Quel type brillant. Â» Une heure plus tard : « Bon
 il est toujours dĂ©testable. Â»

Chiara éclata de rire.

— Tu ne l’as pas trĂšs bien vĂ©cu.

— Pas du tout. Moi, j’arrivais avec mon enthousiasme, mes idĂ©es, mes convictions et ce parfait salaud dĂ©montait mĂ©thodiquement tout ce que j’avais sous les yeux, sans une once de mĂ©chancetĂ© mais simplement parce que c’était son mĂ©tier.

Puis il arriva sur Petran.

— Quarante-cinq ans. Titulaire, adjoint, capitaine. Tu fais un bingo ?

Je souris.

— Non. Je collectionne les hommes de confiance.

Il resta impassible.

— Ça ne rĂ©pond pas Ă  la question.

Je lui expliquai que Petran Ă©tait encore excellent techniquement, qu’il lisait les situations avant tout le monde, que ses jambes ne suivaient plus toujours et que je voulais progressivement le faire glisser dans l’axe ou devant la dĂ©fense lĂ  oĂč son intelligence compterait davantage que sa vitesse. Cette fois
 Richard nota quelque chose puis releva la tĂȘte.

— Continue.

J’ouvris mon carnet. Celui que Robert m’avait offert. Richard le regarda.

— Tu notes tout ?

— Oui.

— Tu relis tout ?

— Aussi.

Il souffla.

— C’est maladif.

— Je sais.

Il haussa les épaules.

— Tant mieux. Les entraüneurs normaux m’inquiùtent.

Je repris.

— Il nous faut un deuxiĂšme gardien. Un latĂ©ral gauche offensif. Deux dĂ©fenseurs centraux. Un latĂ©ral droit plus jeune. Un milieu capable de faire avancer le ballon. Un avant-centre. Et surtout
 des joueurs rapides. On est beaucoup trop vieux. Dans un monde idĂ©al, j’aimerai un groupe de seize joueurs. Pas douze.

Richard leva un doigt.

— Pourquoi un neuf ? Tu as GembickĂœ.

— Justement. Je veux le sortir de l’axe. Le laisser attaquer les espaces et le rendre imprĂ©visible. Si je lui colle un dĂ©fenseur dans le dos pendant quatre-vingt-dix minutes, je perds son meilleur football.

Richard réfléchit puis demanda calmement :

— Donc tu veux surtout un autre organisateur pour libĂ©rer Vargic.

Je souris.

— Exactement.

Il poursuivit.

— Et Vasilko ?

— Je le monte d’un cran Ă  son poste naturel, en 6. Saturnino pourra davantage casser les lignes, Vuantu deviendra une rotation. Petran sĂ©curisera l’équilibre.

Richard referma alors le carnet.

— Ton diagnostic est bon.

Je me redressai presque puis il ajouta immédiatement :

— Tes solutions
 nous allons en discuter.

Je retombai aussi sec. Il ne faisait jamais durer les compliments. C’était contre sa religion.


Nous parlĂąmes ensuite pendant prĂšs de deux heures. Recrutement, formation, Ăąge, profils, mentalitĂ©, budget, Ă©quilibres. Nous Ă©tions d’accord sur beaucoup de choses mais pas sur tout, loin de lĂ . À un moment, je lui dis :

— J’aime beaucoup Kisiev. C’est un type formidable. Toujours le premier à aider, toujours positif. Le vestiaire l’adore.

Richard me regarda trÚs sérieusement.

— J’en suis ravi. Mais je ne recrute pas le gendre idĂ©al. Je recrute des dĂ©fenseurs.

J’ai dĂ» faire une drĂŽle de tĂȘte parce qu’il ajouta aussitĂŽt :

— Ne fais pas cette tĂȘte. Toi, tu construis un vestiaire. Moi, je construis un effectif. Ce ne sont pas exactement les mĂȘmes mĂ©tiers.

Cette phrase
 je ne l’ai comprise que plusieurs annĂ©es plus tard. À l’époque, elle m’avait presque choquĂ©. Aujourd’hui, je sais qu’il avait partiellement raison comme souvent.

Avant de partir, Richard remit sa veste puis il se retourna.

— Une derniùre chose.

J’attendis.

— Continue à me dire quand tu n’es pas d’accord. Si un entraüneur commence à me donner raison sur tout
 je m’inquiùte.

Je souris.

— Ça ne risque pas d’arriver.

Il eut un léger rictus. Le premier de la journée.

— Tant mieux.

Chiara referma doucement son ordinateur.

— Finalement
 vous vous ressembliez un peu.

Giuseppe éclata de rire.

— Mon Dieu, non. Richard dĂ©cidait avec sa tĂȘte, moi avec mon cƓur. Lui remplaçait un joueur sans hĂ©siter, moi, j’avais besoin d’une nuit pour culpabiliser. Lui voyait un club, moi, je voyais d’abord les hommes.

Il resta silencieux quelques secondes, le regard perdu vers la fenĂȘtre.

— Mais il avait une qualitĂ© rare. Il ne cherchait jamais Ă  avoir raison. Il cherchait Ă  comprendre pourquoi tu pensais autrement et quand tu avais travaillĂ© ton sujet
 il t’écoutait vraiment.

Un sourire discret apparut.

— Nous n’étions pas souvent d’accord, nous n’en avions pas besoin. Quand j’avais une dĂ©cision difficile Ă  prendre, des annĂ©es plus tard, il m’arrivait encore de l’appeler. Une conversation de vingt minutes puis chacun reprenait sa route.

Je raccrochais rarement convaincu. Mais je raccrochais toujours un peu meilleur qu’avant d’avoir composĂ© son numĂ©ro.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 20 -
- bari n’avait pas changĂ© -
- Chapitre 22 -
- la passion du football -
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Je l’aime bien ce Richard ! Trùs bon dans son domaine.

On voit qu’il a du mĂ©tier le Richard

Pas commode le garçon :joy: