Deux mois aprĂšs:
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Etc, etc⊠![]()
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Il a fini par dire :
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Tout le monde était perdu là -dedans ![]()
@alexgavi ça câest sĂ»r que Petran, câest le patron sur le terrain.
@toopil Un vrai dialogue de sourds !
@CaptainAmericka Pas difficile lâanglais honnĂȘtement pourtant !
â Et comment tu entraĂźnais tout ce petit monde ?
Chiara releva les yeux de ses notes.
â Parce que jusque-lĂ , ce que tu me racontes ressemble beaucoup Ă un homme qui improvise avec douze joueurs et une feuille de papier.
Giuseppe éclata de rire.
â Câest parce que câest exactement ce qui se passait.
Il reprit son carnet.
â Juillet 2026. Les jours qui suivirent le jubilĂ© de Matej furent Ă la fois exaltants et inquiĂ©tants. Pour la premiĂšre fois, jâavais lâimpression dâapercevoir quelque chose. Une identitĂ©, une organisation, des principes. Mais je commençais aussi Ă entendre gronder autre chose, pas dans les tribunes.
Ă lâentraĂźnement, chez mes joueurs. Ils rĂąlaient, pas ouvertement, jamais non. Le groupe Ă©tait trop poli pour ça, trop respectueux aussi. Mais suffisamment pour que je le remarque.
â Et ils avaient raison.
Le ton avait changĂ©. Moins dâhumour. Plus de luciditĂ©.
â JâĂ©tais un trĂšs jeune entraĂźneur qui comprenait dĂ©jĂ certaines choses tactiquement. Je savais observer un joueur. Je savais construire une idĂ©e de jeu. Je savais convaincre. Je savais vendre un projet. Mais construire des sĂ©ances dâentraĂźnement ?
CâĂ©tait autre chose. Je bricolais, je lisais, jâimprovisais, parfois le matin mĂȘme. Jâavais lâimpression dâĂȘtre en permanence un Ă©tudiant qui prĂ©parait un exposĂ© pour le lendemain. Petran mâaidait Ă©normĂ©ment mais il restait avant tout un excellent latĂ©ral droit de quarante-cinq ans, ce qui est une compĂ©tence admirable mais relativement spĂ©cifique.
Chiara sourit.
â Et câest lĂ que tu commences Ă recruter ?
â Ă essayer de recruter. Nuance.
Il tourna quelques pages.
â Parce que personne ne voulait venir. Et je les comprends. Je nâavais aucun rĂ©seau. Aucun. Pas dâanciens collĂšgues. Pas dâagents, Giulia reprĂ©sentait mes intĂ©rĂȘts certes mais nâĂ©tait aussi quâune jeune agente aux dents longues. Pas de prĂ©parateurs. Pas de staff. Rien.
JâĂ©tais un entraĂźneur inconnu dans un club inconnu dâune deuxiĂšme division slovaque que mĂȘme les Slovaques avaient parfois du mal Ă situer sur une carte. Alors jâai fait ce que font les gens dĂ©sespĂ©rĂ©s. Jâai passĂ© des annonces.
Chiara éclata de rire.
â Des annonces ?
â LittĂ©ralement. Je cherchais des compĂ©tences. Nâimporte oĂč. PrĂ©parateurs physiques, kinĂ©s, analystes, scientifiques du sport, psychologues, mĂ©decins. Jâaurais probablement recrutĂ© un vĂ©tĂ©rinaire si son CV avait Ă©tĂ© suffisamment convaincant.
Il consulta ses notes.
â Et la premiĂšre personne qui a rĂ©pondu sâappelait Bence JĂĄmbor. Vingt-neuf ans. Hongrois. Un chercheur en sciences du sport sans expĂ©rience dans le football professionnel ni expĂ©rience tout court dâailleurs, mais il avait quelque chose que jâaimais bien : il semblait plus intelligent que moi.
â Ce qui nâĂ©tait pas trĂšs difficile selon tes propres souvenirs.
â Exactement.
Le vieux coach sourit.
â DĂšs les premiĂšres discussions, jâai compris quâil regardait les choses diffĂ©remment. Moi, je pensais football. Lui, il pensait charge de travail, rĂ©cupĂ©ration, fatigue, blessures. Et quand on possĂšde un effectif dont lâĂąge moyen ressemble davantage Ă celui dâun conseil municipal quâĂ celui dâune Ă©quipe professionnelle⊠ça devient important. TrĂšs important.
Giuseppe relut une note puis ajouta :
â Tiens. Jâavais Ă©crit : « PrioritĂ© absolue : empĂȘcher les vieux de casser. »
Chiara éclata de rire.
â Câest une formulation Ă©tonnamment scientifique.
â CâĂ©tait pourtant exactement la mission. Nous avions douze professionnels. Deux blessĂ©s. Des joueurs de trente-sept, trente-neuf et quarante-cinq ans. Le maintien passerait dâabord par leur disponibilitĂ©. Bence a Ă©tĂ© mon premier recrutement, pas parce quâil Ă©tait le meilleur candidat mais bien parce quâil Ă©tait le seul.
Il marqua une pause.
â Je cherchais toujours un kinĂ© Ă ce moment-lĂ et jâai continuĂ© Ă chercher longtemps, sans succĂšs. Personne ne voulait venir, ou alors le club nâavait pas les moyens. Parfois les deux.
Puis son visage sâĂ©claira.
â Et ensuite arrive Cristian.
â Cristian Taberna ?
â Cristian Taberna. Le premier adulte de mon staff.
Chiara nota immédiatement la formule.
â Tu exagĂšres.
â Pas du tout. Cristian avait quarante-neuf ans. Un argentin, ancien entraĂźneur des gardiens du Gymnasia, passĂ© par la Colombie, actuel coach des gardiens de la sĂ©lection du Nicaragua, poste quâil occupait conjointement avec celui quâil occupait chez nous. Des sĂ©lections nationales, des clubs professionnels, il savait exactement ce quâil faisait. CâĂ©tait une expĂ©rience totalement nouvelle pour moi.
Le vieux coach sourit.
â Pour la premiĂšre fois, quelquâun dans mon staff pouvait me regarder et me dire : « Non Giuseppe, ça câest une mauvaise idĂ©e. »
â Et comment est-il arrivĂ© jusquâĂ toi ?
Le sourire sâĂ©largit.
â GrĂące Ă Antonio.
â Antonio ?
â Antonio Cassano.
Chiara cligna plusieurs fois des yeux.
â Antonio Cassano ?
â Le vrai. Lâancien attaquant. Mon idole quand jâĂ©tais adolescent. Je lui avais parlĂ© plusieurs fois grĂące Ă Nicola et Ă Giulia. Antonio adorait les paris absurdes. Et mon aventure slovaque lui paraissait extrĂȘmement absurde, donc forcĂ©ment intĂ©ressante.
Giuseppe éclata de rire.
â Il avait pariĂ© avec Nicola que je rĂ©ussirais. Personne ne sait exactement pourquoi, probablement parce quâil trouvait ça plus drĂŽle. Toujours est-il quâun soir il appelle Giulia et lui dit : « Jâai un entraĂźneur des gardiens pour votre fou. » Puis quelques jours plus tard : « Jâai aussi un prĂ©parateur physique. »
Chiara souriait désormais.
â Comme ça ?
â Comme ça. Parce quâAntonio Cassano fonctionnait selon des rĂšgles mystĂ©rieuses qui Ă©chappent encore Ă la science moderne.
Le vieux coach se renfonça dans son fauteuil.
â Et ce prĂ©parateur sâappelait Txus Pinedo. LĂ , par contre, jâai compris immĂ©diatement. MĂȘme moi. MĂȘme avec mon inexpĂ©rience. Je savais qui câĂ©tait. Le Basque avait travaillĂ© Ă Bilbao, au Dynamo Kiev, au Qatar, aux Ămirats, Ă Chypre, en AzerbaĂŻdjan puis en Irak. Partout., littĂ©ralement partout. Je me souviens avoir regardĂ© son CV plusieurs fois pour vĂ©rifier quâil nây avait pas une erreur.
â Et il accepte ?
â Il voulait revenir en Europe. Moi, je voulais survivre. Nous avons trouvĂ© un terrain dâentente.
Il rit.
â Quand Txus est arrivĂ© au premier entraĂźnement, il a regardĂ© mes exercices puis il mâa regardĂ©, puis il a regardĂ© les exercices puis il mâa regardĂ© de nouveau. Je crois quâil a immĂ©diatement compris lâampleur du chantier.
Chiara éclata de rire.
â Il tâa dit quelque chose ?
â Non. Et câĂ©tait probablement pire : le silence de ce basque taiseux, son regard dĂ©solĂ©, lâespĂšce de compassion professionnelle. CâĂ©tait comme un chirurgien qui dĂ©couvre quâon a tentĂ© une opĂ©ration avec des tutoriels internet.
Il referma doucement son carnet.
â Mais ces deux hommes mâont Ă©normĂ©ment aidĂ©. Cristian a professionnalisĂ© le travail des gardiens. Txus a structurĂ© toute la prĂ©paration physique. Bence nous a aidĂ©s Ă comprendre comment prĂ©server notre effectif. Et Petran continuait de faire tourner le club. Pour la premiĂšre fois depuis mon arrivĂ©e, jâavais lâimpression de disposer dâun vrai staff.
Il réfléchit quelques secondes puis ajouta :
â En rĂ©alitĂ©, jâai probablement davantage appris durant ce mois auprĂšs dâeux que pendant toutes mes annĂ©es prĂ©cĂ©dentes Ă observer sans comprendre les entrainements dâĂ©quipes pros.
Chiara leva les yeux.
â Tu Ă©tais leur patron pourtant.
Giuseppe sourit, longuement.
â Officiellement. Mais parfois, les meilleurs patrons sont simplement les gens qui apprennent le plus vite. Et Ă cette Ă©poque-là ⊠jâapprenais trĂšs vite.
Toujours aussi plaisant Ă lire
LâĂ©quipe de baroudeurs ! Jâsuis joueur perso, jâdis oui Ă tout ce quâils disent ![]()
@Rhino Content que ça te plaise ! Jâaime aussi beaucoup ta story sur le Werder, elle est Ă©galemet trĂšs inspirante !
@CaptainAmericka Les Avengers !
â Tu te souviens de ton premier match professionnel ?
Chiara posa la question en sachant dĂ©jĂ la rĂ©ponse. Bien sĂ»r quâil sâen souvenait. Giuseppe Ă©clata immĂ©diatement de rire.
â Je me souviens surtout de tout ce qui sâest passĂ© avant.
Il ouvrit son carnet. La page Ă©tait couverte dâune Ă©criture nerveuse. Bien plus que dâhabitude.
â Ăa, câest toujours mauvais signe.
â LâĂ©criture ?
â Oui. Quand je suis stressĂ©, mon Ă©criture ressemble Ă une ordonnance de cardiologue.
Il ajusta ses lunettes.
â Premier match officiel. Jâavais attendu ce moment toute ma vie. Et quand il est arrivĂ©, je nâavais quâune seule envie : quâil soit dĂ©jĂ terminĂ©. La semaine avait Ă©tĂ© interminable. Chaque sĂ©ance dâentraĂźnement me semblait rĂ©vĂ©ler un nouveau problĂšme. Un joueur fatiguĂ©. Un autre qui boitait. Une incomprĂ©hension tactique. Un exercice mal prĂ©parĂ©. Un dĂ©tail oubliĂ©.
Et chaque soir, Giuseppe rentrait chez lui avec la conviction que tout allait sâeffondrer puis revenait le lendemain avec la conviction inverse. Ă trente-trois ans, ses certitudes changeaient toutes les six heures, parfois moins.
â Jâavais lâimpression de prĂ©parer une opĂ©ration militaire, alors quâen rĂ©alitĂ© nous jouions un match de deuxiĂšme division slovaque devant quelques centaines de personnes.
Chiara sourit.
â Tu dramatisais ?
â Je suis des Pouilles. Nous appelons ça vivre normalement.
La veille du match, il dormit Ă peine. Enfin⊠il resta allongĂ© dans un lit pendant plusieurs heures. Ce qui est diffĂ©rent. Vers deux heures du matin, il vĂ©rifia la composition, puis les licences, puis les numĂ©ros, puis les licences, puis les licences une troisiĂšme fois. Il Ă©tait persuadĂ© quâun document manquait, quâun joueur nâĂ©tait pas qualifiĂ©, quâun rĂšglement obscur allait apparaĂźtre, quâil avait oubliĂ© quelque chose.
Il avait oubliĂ© beaucoup de choses dans sa vie. Alors pourquoi pas celle-lĂ ? Vers quatre heures du matin, il finit par se lever et traversa son appartement. Il sâarrĂȘta devant la petite statue de la Vierge que sa mĂšre lui avait offerte avant son dĂ©part. Il sourit.
â Santa Maria. Ma pauvre mĂšre. Elle Ă©tait persuadĂ©e que la Vierge pouvait rĂ©soudre absolument tous les problĂšmes. Le football compris.
Il regarda Chiara.
â Pour ĂȘtre honnĂȘte, cette nuit-lĂ , moi aussi.
Elle éclata de rire.
â Tu as priĂ© ?
â Bien sĂ»r. Jâai demandĂ© la protection divine. Pour mes joueurs, pour le club, pour ma carriĂšre, pour mon systĂšme tactique. Je crois mĂȘme avoir demandĂ© un peu dâaide sur les coups de pied arrĂȘtĂ©s.
Le vieux coach leva les épaules.
â Santa Maria. Il faut mettre toutes les chances de son cĂŽtĂ©, nâest-ce pas ? Le matin du match arriva enfin et avec lui une nouvelle dĂ©couverte. Le bus.
â Le bus ?
â Personne ne parle jamais du bus. Pourtant câest lĂ que les choses deviennent rĂ©elles. Ă lâentraĂźnement, tu joues encore au coach. Dans le bus, tu es le coach. Plus personne ne peut te sauver.
Il relut une note.
â Tiens. Jâavais Ă©crit : « Ne pas oublier de respirer. »
Chiara éclata de rire.
â SĂ©rieusement ?
â TrĂšs sĂ©rieusement. Je me rappelle parfaitement avoir eu lâimpression dâĂ©touffer. Les joueurs, eux, Ă©taient parfaitement dĂ©tendus. Petran racontait des blagues que je ne comprenais pas. Vargic mangeait tranquillement une banane. Gembicky Ă©coutait de la musique. Tout le monde semblait vivre une journĂ©e normale. Sauf moi.
Moi, jâĂ©tais convaincu que lâavenir du football mondial se jouait dans les prochaines deux heures. Le trajet dura un peu plus dâune heure.
Giuseppe passa la moitiĂ© du voyage Ă regarder dĂ©filer les paysages. Lâautre moitiĂ© Ă relire ses notes. Encore, et encore, et encore.
â Ă un moment, Petran a fini par me retirer le carnet des mains.
â Vraiment ?
â Oui. Il mâa regardĂ©. Et il a dit en anglais :
« Enough. »
Puis il a fermĂ© le carnet. Et me lâa rendu aprĂšs le match. Probablement la meilleure dĂ©cision tactique de toute la journĂ©e.
Le stade apparut finalement. Petit, modeste, bruyant, parfaitement anonyme et pourtant Giuseppe ressentit une Ă©motion Ă©trange. Il sâarrĂȘta quelques secondes devant lâentrĂ©e. Juste quelques secondes, parce quâil venait de comprendre quelque chose. Depuis lâenfance, depuis Bari, depuis les terrains poussiĂ©reux, depuis les matchs regardĂ©s avec son pĂšre, depuis les aprĂšs-midi passĂ©s Ă observer les entraĂźnements, depuis les rĂȘves, il voulait devenir entraĂźneur.
Et pour la premiĂšre fois⊠il lâĂ©tait rĂ©ellement.
â Puis est arrivĂ©e la feuille de match.
Chiara sourit.
â La feuille de match ?
â Le moment le plus terrifiant de ma carriĂšre.
â Tu exagĂšres.
â Pas du tout. JâĂ©tais persuadĂ© dâavoir oubliĂ© quelquâun. Pourtant, câest pas comme si je croulais sous les joueurs. Je me suis aperçu que le rĂšglement demandait un U21 comme titulaire en championnat. Une des petites lignes que je nâavais pas vue. Nouvelle surprise, jâai dĂ» aligner le handballeur dâemblĂ©e, Denis Kralovic.
JâĂ©tais persuadĂ© dâavoir mis un numĂ©ro incorrect ou dâavoir enfreint une nouvelle rĂšgle que jâignorais. Je relisais chaque ligne comme si je relisais un contrat dâassurances.
Il éclata de rire.
â Quand lâarbitre lâa finalement validĂ©e, jâai ressenti davantage de soulagement que lors de certaines victoires. Le coup dâenvoi approchait, les joueurs terminaient leur Ă©chauffement. Txus observait les derniers exercices, Cristian discutait avec Slaniniak. Petran ajustait les placements. Tout le monde semblait savoir exactement ce quâil faisait. Tout le monde sauf moi.
â Tu te sentais imposteur ?
Giuseppe réfléchit.
â Non. Pas imposteur. Imposteur, câest quelquâun qui ne mĂ©rite pas sa place. Je pensais la mĂ©riter. Je travaillais pour ça. Jâavais tout quittĂ© pour ça. Jâavais rĂȘvĂ© de ça. Je me sentais simplement⊠complĂštement inexpĂ©rimentĂ©. Ce qui Ă©tait beaucoup plus difficile Ă contester.
Quelques minutes avant le coup dâenvoi, il sâisola. Seul. Comme il le faisait toujours depuis. Un rituel qui naissait ce jour-lĂ , pas de tĂ©lĂ©phone, pas de carnet, pas de discussion. Juste quelques secondes et une derniĂšre pensĂ©e.
â Pour la Vierge ?
Giuseppe éclata de rire.
â Ăvidemment. Pour la Vierge, pour ma mĂšre, pour Giulia, Nicola, pour moi aussi.
Puis il se leva.
â Et tu sais ce que jâai Ă©crit juste avant le match ?
Il tourna son carnet et montra une phrase soulignĂ©e trois fois. Chiara lut. « Nous sommes prĂȘts. » Elle releva les yeux.
â Vous lâĂ©tiez ?
Giuseppe sourit longuement, puis secoua la tĂȘte.
â Absolument pas.
Le vieux coach referma le carnet. Ses yeux brillaient encore légÚrement.
â Mais parfois⊠on nâa pas besoin dâĂȘtre prĂȘt. On a seulement besoin dâavoir le courage de commencer. Le reste vient aprĂšs ou pas dâailleurs.
Il regarda la mer puis sourit de nouveau.
â Heureusement pour moi⊠ce jour-lĂ , le reste est venu aprĂšs.
Et pour la premiĂšre fois de sa carriĂšre, Giuseppe Colombani sâassit sur un banc professionnel.
Le match dâouverture du championnat pouvait enfin commencer.
Les grandes premiĂšres sont toujours angoissantes ![]()
Wah⊠franchement, je suis sur le cul
! Ton rĂ©cit mâa complĂštement embarquĂ©.
DĂ©jĂ , le fait de tout raconter au passĂ©, câest pas Ă©vident du tout, et pourtant ça paraĂźt tellement naturel quand on te lit
. Ăa apporte vraiment quelque chose Ă lâambiance et Ă lâimmersion.
Et la façon dont tout sâest mis en placeâŠ
SĂ©rieux, câest magnifique. Tu as une façon de raconter qui donne envie de lire sans sâarrĂȘter.
Bref, chapeau ! Je suis complĂštement conquis et jâattends la suite avec une impatience de dingue.
LâĂ©motion du grand saut arrive !!
Il se fout de sa gueule en plus!
Ce dĂ©but dâaventure est une galĂšre pas possible. Mais, il y a des choses qui avancent, petit Ă petit. Il y les nouveaux membres du staff, le match qui sâannonce.
Cette Ă©quipe sent le cambouis, et jâaime ça ![]()
@Rhino @CaptainAmericka Oui, finies les insomnies, ca y est, Giuseppe y est. Il faut vivre le moment désormais pour lui.
@Manuel99FG et bah merci beaucoup, je vais tùcher de garder le récit captivant.
@toopil le vieux Giuseppe, non, jamais ![]()
@alexgavi câest en forgeant quâon devient forgeron. Ca va pas lui tomber tout cuit dans le bec non plus ?
â Attends.
Chiara leva les yeux de ses notes.
â Tu gagnes ton premier match professionnel. TrĂšs bien, câest une belle histoire.
Puis elle fit défiler quelques lignes sur sa tablette.
â Mais le deuxiĂšme ?
Giuseppe éclata immédiatement de rire.
â Ah. Le deuxiĂšme est beaucoup plus intĂ©ressant.
â Pourquoi ?
â Parce quâaprĂšs le premier, tout le monde trouve une explication. AprĂšs le deuxiĂšme, les gens commencent Ă ĂȘtre gĂȘnĂ©s.
Le vieux coach attrapa son carnet. Une autre page. Quelques jours plus tard. Toujours juillet 2026. Toujours Rimavskå Sobota. Toujours douze professionnels. Toujours pas de kiné. Toujours aucune idée de ce qui allait arriver ensuite.
â Ma premiĂšre rencontre, câĂ©tait presque un rĂȘve. Je nâavais mĂȘme pas eu le temps de rĂ©aliser que jâĂ©tais entraĂźneur professionnel. On part Ă Zvolen. Jâavais pu faire la composition sans rĂ©flĂ©chir, puisque je nâavais que 10 pros valides, et les gars pour faire le nombre sur le banc.
Chiara regarda Giuseppe avec insistance.
â Tu exagĂšres.
â Pas du tout. Si quelquâun avait attrapĂ© un rhume dans le vestiaire avant le coup dâenvoi, jâaurais probablement dĂ» jouer arriĂšre gauche. Pourtant, ce jour-lĂ , tout avait fonctionnĂ©. Le 4-2-3-1 mis en place pendant la prĂ©paration avait tenu. LâĂ©quipe avait Ă©tĂ© gĂ©nĂ©reuse, disciplinĂ©e, solidaire. Et surtout Ă©tonnamment calme, bien plus que moi qui mâagitait sur mon banc. Lâitalien qui parle avec les mains, ce clichĂ© Ă©tait littĂ©ralement vrai avec moi.
Nous gagnons 2-0 Ă lâextĂ©rieur, sans jamais vraiment ĂȘtre mis en danger. Petran avait marquĂ©, Ă quarante-cinq ans. Mon adjoint, mon latĂ©ral droit, mon traducteur officieux, mon assistant tactique. Lâhomme faisait dĂ©jĂ trois mĂ©tiers, il a dĂ©cidĂ© dâen ajouter un quatriĂšme.
Il leva les yeux de son carnet.
â Tu sais quâil est devenu ce jour-lĂ le plus vieux buteur de lâhistoire de la deuxiĂšme division slovaque, record qui tient sans doute encore aujourdâhui ?
â SĂ©rieusement ?
â Quarante-cinq ans et quatre-vingt-dix-huit jours. Je nâavais mĂȘme pas encore remportĂ© deux matchs comme entraĂźneur et mon adjoint battait dĂ©jĂ des records nationaux. CâĂ©tait un dĂ©but cohĂ©rent avec le reste de lâaventure.
Pourtant, lorsque lâeuphorie retomba, Giuseppe recommença immĂ©diatement Ă sâinquiĂ©ter. Comme toujours. Quatre jours seulement sĂ©paraient les deux rencontres. Quatre jours. Pas assez pour travailler, pas assez pour rĂ©cupĂ©rer, pas assez pour comprendre rĂ©ellement ce qui sâĂ©tait passĂ©.
â Jâai relu mes notes de lâĂ©poque : câest fascinant. AprĂšs une victoire 2-0 Ă lâextĂ©rieur, je nâai quasiment rien Ă©crit sur les buts. Par contre jâai rempli trois pages sur les risques de blessure.
Chiara sourit.
â Tu Ă©tais dĂ©jĂ obsĂ©dĂ© par ça ?
â Avec notre effectif ? Bien sĂ»r. Je regardais Txus et Bence comme un patient regarde ses mĂ©decins avant une opĂ©ration. Le moindre pĂ©pin pouvait faire sâĂ©crouler toute la maison.
Les jours prĂ©cĂ©dant Zlate Moravce furent presque plus importants que le match lui-mĂȘme. Pour la premiĂšre fois, Giuseppe avait lâimpression dâentraĂźner rĂ©ellement. Pas de survivre, dâentraĂźner. Il prĂ©parait des sĂ©ances, corrigeait des placements, Ă©changeait avec Petran et Vargic et essayait surtout de comprendre pourquoi certaines choses avaient marchĂ©.
â Jâavais une qualitĂ© Ă lâĂ©poque. Une seule. Je nâĂ©tais pas assez compĂ©tent pour croire que jâĂ©tais intelligent. Alors je regardais beaucoup, jâĂ©coutais beaucoup et je prenais Ă©normĂ©ment de notes.
Il montra une page du carnet. Une phrase soulignĂ©e. « Vargic voit les espaces avant quâils nâexistent. »
â Celle-lĂ , je lâavais Ă©crite aprĂšs le Lokomotiva Zvolen. Et elle est restĂ©e vraie toute la saison.
Autour du club aussi, quelque chose changeait. Pas grand-chose, juste quelques dĂ©tails. Les bĂ©nĂ©voles saluaient avec un peu plus dâenthousiasme. Les supporters sâattardaient davantage aprĂšs les entraĂźnements. Les journalistes locaux posaient quelques questions supplĂ©mentaires.
â Jâai dĂ©couvert un phĂ©nomĂšne Ă©trange. Quand une Ă©quipe annoncĂ©e relĂ©gable gagne son premier match⊠tout le monde considĂšre cela comme un accident. Mais quand elle gagne le deuxiĂšme⊠les gens commencent Ă chercher une raison.
Le jour de Zlate Moravce arriva. Premier match Ă domicile et premier vrai contact avec les supporters. Premier match oĂč Giuseppe avait le sentiment que lâon attendait quelque chose de lui mĂȘme modestement, mĂȘme inconsciemment.
â Jâai moins mal dormi. Pas beaucoup moins. Mais suffisamment pour ne prier la Vierge quâune seule fois avant le petit-dĂ©jeuner. Je progressais.
Le match lui-mĂȘme reste un de ses meilleurs souvenirs. Pas forcĂ©ment le plus spectaculaire, mais lâun des plus satisfaisants.
â Parce que pour la premiĂšre fois, jâai eu lâimpression de reconnaĂźtre mon Ă©quipe. Zlate Moravce arrivait pourtant avec une rĂ©putation bien supĂ©rieure Ă la nĂŽtre. Un effectif plus riche et plus profond, plus talentueux sur le papier.
Mais dĂšs le dĂ©but du match, nous avons Ă©tĂ© meilleurs, tout simplement meilleurs. Nous avons dominĂ© la premiĂšre pĂ©riode, pressĂ© haut, rĂ©cupĂ©rĂ© vite et créé des occasions. Et surtout nous avons jouĂ© avec une confiance qui me surprenait moi-mĂȘme.
Le premier but arriva par Saturnino, le BrĂ©silien, notre milieu Ă tout faire. Probablement le joueur le plus complet de lâeffectif. Il savait dĂ©fendre, faire les bons dĂ©placements dans le bon tempo pour crĂ©er le surnombre, conserver le ballon, comprendre le jeu. 3 poumons ce garçon.
Ă lâĂ©poque dĂ©jĂ , Giuseppe considĂ©rait quâil Ă©tait le vĂ©ritable moteur de lâĂ©quipe.
â Si Vargic Ă©tait notre cerveau, Saturnino Ă©tait notre cĆur. Quelques minutes plus tard, Kralovic marquait de la tĂȘte. Le jeune Kralovic, le handballeur licenciĂ© pour faire le nombre. Un de ces garçons que lâon fait signer parce quâil faut remplir une feuille de match et qui dĂ©cide parfois dâĂ©crire sa propre histoire. Deux buts avant la pause. Deux Ă zĂ©ro. Encore.
La seconde pĂ©riode fut trĂšs diffĂ©rente, moins spectaculaire, mais peut-ĂȘtre plus rĂ©vĂ©latrice.
â LĂ , jâai dĂ©couvert une autre rĂ©alitĂ© du mĂ©tier. Quand ton effectif est vieux, tu ne gĂšres pas seulement un score, tu gĂšres de lâĂ©nergie. Je regardais lâhorloge comme un trader regarde la bourse. Je calculais tout, chaque course, chaque sprint, chaque remplacement.
Nous avons commencĂ© Ă faire entrer les remplaçants. Les troufions, comme je les appelais affectueusement. Pas parce quâils Ă©taient moins bons, mais parce quâils Ă©taient lĂ pour permettre aux autres de survivre.
Lâobjectif Ă©tait simple : tenir, fermer la boutique. ProtĂ©ger les jambes, prĂ©server les organismes. Et cela fonctionna.
AprĂšs le match vint la confĂ©rence de presse. Une autre dĂ©couverte, une autre source dâangoisse.
â Mon anglais Ă©tait dĂ©jĂ approximatif. Le leur aussi. Ce qui crĂ©ait parfois des conversations surrĂ©alistes. Un journaliste voulait absolument me faire dire que nos 38 % de possession Ă domicile Ă©taient insuffisants. Je me souviens encore de la question. Jâai probablement compris la moitiĂ© des mots, mais jâai compris lâidĂ©e.
Giuseppe sourit.
â Alors jâai commencĂ© Ă construire mon discours, mon premier vrai discours dâentraĂźneur devant les mĂ©dias. Montrer de lâassurance et de lâaplomb comme jâavais su le faire devant Nicola. La possession ne mâintĂ©ressait pas, la maĂźtrise oui. Nous avions concĂ©dĂ© trĂšs peu dâoccasions, nous nous Ă©tions créés les meilleures situations. Nous avions contrĂŽlĂ© les espaces. Le public ne sây Ă©tait pas trompĂ©. Parfois, le football est plus simple que les statistiques.
Peu avant le soir et la fin de cette journée, Giuseppe relut encore son carnet, comme toujours puis il montra une ligne à Chiara. Une seule phrase, écrite aprÚs le coup de sifflet final.
« Peut-ĂȘtre que nous sommes meilleurs que prĂ©vu. »
Le vieil homme éclata de rire.
â Peut-ĂȘtre. Regarde cette prudence, cette retenue, cette incroyable modestie.
â Câest ironique ?
â Ăvidemment. Ă lâintĂ©rieur, jâĂ©tais dĂ©jĂ persuadĂ© dâavoir dĂ©couvert quelque chose. Ă trente-trois ans, deux victoires suffisent parfois Ă vous transformer en prophĂšte.
Chiara consulta alors le classement de lâĂ©poque et releva lentement les yeux.
â Attends. Vous ĂȘtes premiers.
Giuseppe regarda le document comme sâil le dĂ©couvrait lui aussi puis il sourit.
| Clt | Club | MJ | V | N | D | +/- | Pts | ||
| 1er | Ćœilina | 2 | 2 | 0 | 0 | 7 | 6 | ||
| 2e | Barr. | RimavskĂĄ Sobota | 2 | 2 | 0 | 0 | 4 | 6 | |
| 3e | Spartak Myjava | 2 | 1 | 1 | 0 | 1 | 4 | ||
| 4e | Matador PĂșchov | 1 | 1 | 0 | 0 | 2 | 3 | ||
| 5e | LiptovskĂœ MikulĂĄĆĄ | 2 | 1 | 0 | 1 | 1 | 3 | ||
| 6e | StarĂĄ ÄœubovĆa | 2 | 1 | 0 | 1 | 0 | 3 | ||
| 7e | Slovan Bratislava B | 2 | 1 | 0 | 1 | 0 | 3 | ||
| 8e | Ć amorĂn | 2 | 1 | 0 | 1 | 0 | 3 | ||
| 9e | LokomotĂva Zvolen | 2 | 1 | 0 | 1 | - 1 | 3 | ||
| 10e | Inter Bratislava | 2 | 1 | 0 | 1 | - 4 | 3 | ||
| 11e | MalĆŸenice | 2 | 0 | 2 | 0 | 0 | 2 | ||
| 12e | Zlaté Moravce | 2 | 0 | 1 | 1 | - 2 | 1 | ||
| 13e | PetrĆŸalka | 1 | 0 | 0 | 1 | - 1 | 0 | ||
| 14e | PovaĆŸskĂĄ Bystrica | 2 | 0 | 0 | 2 | - 3 | 0 | ||
| 15e | Pohronie | 2 | 0 | 0 | 2 | - 4 | 0 |
â Oui. Je crois bien.
â Le promu annoncĂ© relĂ©gable.
â Exact.
â Douze professionnels.
â Toujours.
â Pas de kinĂ©.
â Toujours pas.
â Un entraĂźneur qui nâavait jamais dirigĂ© un match officiel quelques semaines plus tĂŽt.
â Câest exact aussi.
Le silence dura quelques secondes puis le vieil homme éclata de rire.
â Tu sais ce qui est le plus drĂŽle ?
â Quoi ?
â Personne nây croyait. Ni les journalistes, ni les dirigeants, ni les autres clubs, ni mĂȘme moi.
Il regarda une derniÚre fois le classement. Deux matchs. Deux victoires. Six points. Et quelque part entre les sourires du vestiaire, les applaudissements du public et les notes griffonnées dans un carnet déjà usé, une idée commençait doucement à naßtre.
Peut-ĂȘtre que RimavskĂĄ Sobota nâĂ©tait pas simplement en train de rĂ©ussir son dĂ©but de saison. Peut-ĂȘtre que cette Ă©quipe Ă©tait rĂ©ellement capable de surprendre son monde. Mais pour lâinstant, personne nâosait encore le dire Ă voix haute, pas mĂȘme son entraĂźneur.
Solide ![]()
Quoi quâon en dise, cette Ă©quipe professionnelle, bĂątie comme une Ă©quipe amateur, gagne sur le terrain. On ne peut pas lui enlever ça ![]()
Ăa part bien!
@Rhino @toopil Oui, gros dĂ©but de saison, bien mieux quâespĂ©rĂ©.
@alexgavi De bric et de broc, mais tout de mĂȘme quelques bons petits joueurs pour ce niveau
â Ă quel moment as-tu commencĂ© Ă croire que ce nâĂ©tait pas un accident ?
Giuseppe sourit.
â Je vais te dĂ©cevoir, je nây ai jamais cru.
â Jamais ?
â Pas en aoĂ»t, certainement pas.
Il attrapa son carnet. Le mois dâaoĂ»t 2026 occupait dĂ©sormais des pages entiĂšres, les notes Ă©taient plus longues, les schĂ©mas tactiques plus nombreux, les observations plus prĂ©cises parce quâentre-temps, une chose dangereuse sâĂ©tait produite : il avait commencĂ© Ă se sentir entraĂźneur.
â AprĂšs deux journĂ©es, nous Ă©tions leaders, six points, deux victoires, aucun but encaissĂ©. Je relis mes notes aujourdâhui et câest assez amusant, je ne parle quasiment jamais du classement. Je parle des blessures, des sĂ©ances, de la rĂ©cupĂ©ration, des vieux, toujours des vieux.
Chiara sourit.
â Une obsession.
â Une nĂ©cessitĂ© : quand ton latĂ©ral droit a quarante-cinq ans et que ton meneur de jeu en a trente-sept, tu regardes davantage les genoux que le classement. Le troisiĂšme match nous emmenait Ă Myjava, lâautre promu, une Ă©quipe qui nous ressemblait beaucoup. Peu de moyens, un effectif court, des joueurs qui avaient quelque chose Ă prouver.
Je me mĂ©fiais Ă©normĂ©ment de cette rencontre. Beaucoup plus que de certaines affiches contre des favoris parce que les promus jouent souvent avec le couteau entre les dents ; et câest exactement ce qui sâest passĂ©. Le match fut serrĂ©, tendu, accrochĂ©, une vraie rencontre de deuxiĂšme division. Personne ne voulait cĂ©der. Personne ne voulait perdre. Heureusement, il y avait Saturnino.
Le vieux coach continua.
â Ah⊠Matheus. Ă cette Ă©poque-lĂ , il Ă©tait au-dessus de tout le monde physiquement et mentalement, dans lâintelligence de jeu, ses dĂ©placements. Techniquement, pas maladroit, mais dans la moyenne. Mais il jouait clairement comme si la division Ă©tait trop petite pour lui.
Câest lui qui sert Gembicky pour lâouverture du score. Le premier but de la saison de notre ailier, puis Myjava Ă©galise. Une volĂ©e venue dâailleurs de leur ailier Halabrin. Et pendant quelques minutes, je sens le match mâĂ©chapper. Je regarde le terrain, je regarde leurs milieux, je regarde les nĂŽtres et je prends probablement ma premiĂšre vraie dĂ©cision de coach.
â Câest-Ă -dire ?
â JâarrĂȘte dâavoir peur. Jâai trouvĂ© mes joueurs plus frais, ce que me confirme Pinedo. Je les ai sentis capables de tenir davantage le rythme, alors jâai demandĂ© de monter Ă la mi-temps. Plus haut, plus agressif, pressing total.
On a commencĂ© Ă gagner les seconds ballons, Ă rĂ©cupĂ©rer plus vite, Ă les asphyxier progressivement. Aujourdâhui cela paraĂźt banal, Ă lâĂ©poque, pour moi, câĂ©tait une prise de risque immense. Je dĂ©couvrais encore le mĂ©tier.
Puis arriva la 90e minute. Saturnino rĂ©cupĂšre le ballon dans notre moitiĂ© de terrain, combine avec Gembicky puis Petran, puis notre BrĂ©silien qui a poursuivi son action est trouvĂ© dans lâespace. Frappe, but. 2-1. Une illustration parfaite de lâactivitĂ© de Matheus, Ă la rĂ©cupĂ©ration, gĂ©nĂ©reux, et Ă la conclusion aprĂšs un sprint de 60 mĂštres.
Victoire, le premier vrai moment dâĂ©motion de ma carriĂšre. Pas la joie, lâexplosion, la vraie, le genre oĂč tu oublies momentanĂ©ment que tu es censĂ© ĂȘtre lâadulte responsable.
â Tu as cĂ©lĂ©brĂ© ?
â Comme un imbĂ©cile. Je crois avoir couru trente mĂštres avant de me rappeler que les entraĂźneurs sont censĂ©s rester dignes. RimavskĂĄ Sobota Ă©tait deuxiĂšme Ă Ă©galitĂ© avec Ćœilina, le grand favori, le monstre annoncĂ©. Une phrase qui semblait toujours absurde lorsquâon la prononçait Ă voix haute.
â Quelques jours plus tard arrivait LiptovskĂœ MikulĂĄĆĄ. Et ce match reste un de mes prĂ©fĂ©rĂ©s, parce quâil rĂ©sume parfaitement cette Ă©quipe. Nous ouvrons le score aprĂšs deux minutes par Ferletak. Parfait.
Puis nous encaissons une demi-volĂ©e magnifique Ă vingt mĂštres , puis un but sur corner. 1-2, Ă domicile : le scĂ©nario idĂ©al pour paniquer. Sauf que nous ne paniquons pas, nous Ă©tions bien en place, nous prenons un but exceptionnel, et un coup de pied arrĂȘtĂ©, mais dans le jeu, nous rĂ©pondions prĂ©sent.
Vargic Ă©galise par une belle combinaison, dĂ©calĂ© par Saturnino, montĂ© encore une fois faire le surnombre. Une action travaillĂ©e, une action qui ressemblait exactement Ă ce que nous rĂ©pĂ©tions Ă lâentraĂźnement. Puis arrive lâinstant que je raconte encore cinquante ans plus tard, Kralovic. Notre Kralovic national, le joueur de 18 ans venu pour faire le nombre alignĂ© sur le flanc gauche, le handballeur, le remplaçant du remplaçant.
Sur un coup franc excentrĂ© de Petran, il reçoit le ballon aux 20 mĂštres et dĂ©clenche une reprise de volĂ©e, une vraie. Ă la Pavard, le joueur français contre lâArgentine. Une folie absolue. Je crois ĂȘtre restĂ© plusieurs secondes sans comprendre ce qui venait de se produire.
â CâĂ©tait le but de lâannĂ©e ?
â De trĂšs loin, et probablement le meilleur but de sa courte carriĂšre. Puis Basa entre, marque de la tĂȘte sur corner. 4-2.
Et soudain les journalistes commencent Ă dĂ©barquer en confĂ©rence de presse, beaucoup plus nombreux, beaucoup trop nombreux Ă mon goĂ»t. Les questions devenaient diffĂ©rentes, on ne parlait plus maintien, on parlait systĂšme, mĂ©thode, organisation, projet. Comme si jâavais rĂ©flĂ©chi Ă tout cela.
Le vieux coach éclata de rire.
â Je passais mes soirĂ©es Ă chercher comment Ă©viter que mes joueurs de trente-sept ans terminent sur les rotules. Mais eux cherchaient une rĂ©volution tactique.
â Puis arriva PĂșchov, et la rĂ©alitĂ©. Enfin. Une vraie claque, pas une humiliation, pas une catastrophe. Une leçon. PĂșchov Ă©tait meilleur que nous, tout simplement. Leur 4-4-2 nous a Ă©touffĂ©s. Leur attaquant nous marque un but rapidement de la tĂȘte, puis un second but arrive presque immĂ©diatement. Et pendant une heure, nous courons aprĂšs le ballon.
Je me souviens encore de cette sensation, lâimpuissance. Pas la peur, lâimpuissance. Saturnino rĂ©duit lâĂ©cart, magnifique but. Et pendant quelques minutes⊠jây crois. Le momentum tourne, nous poussons. Et puis ce penalty, un peu litigieux. Je ressens de lâinjustice et toujours cette impuissance.
3-1, rideau. Le plus difficile fut la confĂ©rence de presse, parce que pour la premiĂšre fois, je devais admettre une Ă©vidence : je mâĂ©tais trompĂ©. Pas les joueurs, moi, mon plan, mes choix. Et câĂ©tait important : jâapprenais lâhumilitĂ©. Ă trente-trois ans, ce nâest jamais agrĂ©able.
â La semaine suivante, nous recevions Pohronie. Un match frustrant, trĂšs frustrant. Peut-ĂȘtre plus que la dĂ©faite, parce que nous Ă©tions les meilleurs sur le terrain. MĂȘme encore aujourdâhui, ce nâest pas de lâarrogance de le dire. Vraiment meilleurs. Mais nous concĂ©dons naĂŻvement un contre. Le doute me traverse cette fois. Ma bonne Ă©toile, je touche ma mĂ©daille de la Vierge.
Vargic Ă©galise sur penalty puis Ferletak vendange, encore, et encore. Je le maudis en italien : je me souviens dâailleurs de notre conversation aprĂšs le match. Je ne lâai pas engueulĂ©. Je ne lâai pas accablĂ©, câĂ©tait quasiment le seul 9 que jâavais sous la main de toute maniĂšre. Je savais ce quâil ressentait : les attaquants vivent de confiance. Je lui ai simplement dit de continuer. Les occasions, il les avait.
Puis arrive la derniĂšre minute. Penalty pour nous. Vargic, notre maĂźtre Ă jouer, notre cerveau, notre garantie. La Santa Maria mâexauçait⊠Il le manque.
â Tu Ă©tais furieux ?
â Non, déçu, parce que je savais quâil lâĂ©tait davantage que moi. Cette rencontre eut toutefois une excellente nouvelle, le retour de Tomas FajÄĂk, blessĂ© aux ligaments pendant la prĂ©paration, lâun des rares joueurs capables dâapporter de la vitesse et de la percussion sur lâaile Ă cette Ă©quipe.
Je lâai rĂ©introduit doucement, comme on manipule un vase prĂ©cieux. Et pendant ce temps-lĂ , une autre question revenait constamment : Saturnino, toujours Saturnino. Les journalistes voulaient dĂ©jĂ savoir combien de temps nous allions rĂ©ussir Ă le garder, parce quâil crevait lâĂ©cran, parce quâil semblait jouer un autre football, parce quâil Ă©tait devenu impossible Ă ignorer.
â Enfin, nous retrouvons StarĂĄ ÄœubovĆa. Cette fois, le contexte est diffĂ©rent, les supporters regardent le classement, les cafĂ©s parlent football, les gens commencent Ă attendre quelque chose. Et cela mâinquiĂšte davantage que les dĂ©faites.
Je dĂ©cide dâinnover. Saturnino est diminuĂ© alors je replace Petran au milieu. Je lance Lesko derriĂšre, je densifie lâaxe et impose un bloc mĂ©dian. Pas de profondeur dans notre dos, je veux contrĂŽler les espaces, pas le ballon.
FajÄĂk est titularisĂ© malgrĂ© son manque de rythme. Je sais quâil ne tiendra pas tout le match, mais je veux lui rendre du temps de jeu, lui rendre confiance. Et cette fois⊠tout fonctionne, parfaitement.
Vargic rĂ©alise probablement son meilleur match depuis mon arrivĂ©e. Un but, puis un penalty transformĂ© Ă©vacuant les doutes de Pohronie. 2-0, une domination presque totale. Le plan sâest dĂ©roulĂ© exactement comme prĂ©vu, ce qui, dans ma carriĂšre, nâarrivera finalement pas si souvent.
AprĂšs le coup de sifflet final, je suis allĂ© voir Vargic. Je lâai fĂ©licitĂ©, simplement. Il mâa regardĂ©, a souri. Et jâai eu lâimpression quâil commençait Ă croire en moi, peut-ĂȘtre mĂȘme avant que je ne croie complĂštement en moi-mĂȘme.
Au soir de la septiĂšme journĂ©e, RimavskĂĄ Sobota occupait la troisiĂšme place, Ćœilina Ă©crasait tout, les favoris restaient favoris. Lâordre naturel du championnat existait toujours, mais un intrus sâĂ©tait invitĂ© Ă leur table. Un promu sans argent, un effectif minuscule, un handballeur auteur du but de lâannĂ©e, un adjoint de quarante-cinq ans devenu recordman national, un BrĂ©silien qui semblait pouvoir jouer dans des championnats bien plus prestigieux, et un entraĂźneur qui apprenait encore son mĂ©tier.
Le plus inquiĂ©tant, finalement, nâĂ©tait pas que RimavskĂĄ gagnait, le plus inquiĂ©tant, câest que cela continuait.
| Clt | Club | MJ | V | N | D | BP | BC | +/- | Pts | ||
| 1er | Matador PĂșchov | 6 | 6 | 0 | 0 | 18 | 5 | 13 | 18 | ||
| 2e | Barr. | Ćœilina | 6 | 5 | 1 | 0 | 19 | 3 | 16 | 16 | |
| 3e | RimavskĂĄ Sobota | 7 | 5 | 1 | 1 | 14 | 7 | 7 | 16 | ||
| 4e | Slovan Bratislava B | 7 | 4 | 1 | 2 | 7 | 4 | 3 | 13 | ||
| 5e | PetrĆŸalka | 6 | 3 | 1 | 2 | 9 | 10 | -1 | 10 | ||
| 6e | Spartak Myjava | 7 | 2 | 3 | 2 | 8 | 9 | -1 | 9 | ||
| 7e | Inter Bratislava | 7 | 3 | 0 | 4 | 12 | 17 | -5 | 9 | ||
| 8e | Ć amorĂn | 7 | 2 | 2 | 3 | 8 | 10 | -2 | 8 | ||
| 9e | LiptovskĂœ MikulĂĄĆĄ | 7 | 2 | 1 | 4 | 7 | 9 | -2 | 7 | ||
| 10e | Pohronie | 6 | 2 | 1 | 3 | 9 | 11 | -2 | 7 | ||
| 11e | MalĆŸenice | 6 | 1 | 3 | 2 | 9 | 10 | -1 | 6 | ||
| 12e | Zlaté Moravce | 7 | 1 | 3 | 3 | 6 | 10 | -4 | 6 | ||
| 13e | PovaĆŸskĂĄ Bystrica | 6 | 2 | 0 | 4 | 10 | 11 | -1 | 6 | ||
| 14e | StarĂĄ ÄœubovĆa | 6 | 1 | 1 | 4 | 2 | 9 | -7 | 4 | ||
| 14e | LokomotĂva Zvolen | 7 | 1 | 0 | 6 | 7 | 20 | -13 | 3 |
| Nom | MJ | ||
| Matej Vargic | 7 | 4 | |
| Matheus Saturnino | 6(1) | 4 | |
| Denis Kralovic | 6(1) | 2 | |
| Jan Ferletak | 7 | 2 |
| Nom | MJ | ||
| Matheus Saturnino | 6(1) | 2 | |
| Denis Kralovic | 6(1) | 2 | |
| Peter Petran | 7 | 2 | |
| Boris Novak | 7 | 2 |
Vraiment un gros gros kiff ce dĂ©but de story! Câest trĂšs bien rĂ©digĂ©, le style du rĂ©cit fonctionne Ă la perfection, le championnat apporte de lâexotisme et on sâattache dĂ©jĂ autant Ă cette Ă©quipe de prĂ©-retraitĂ©s quâĂ Giuseppe.
Des dĂ©buts plutĂŽt idylliques pour ce coach en manque cruel de confiance. MĂȘme si ça ressemble Ă un suicide, pour le moment ça gagne
Enorme ce dĂ©but de saison ! Ăa parait presque irrĂ©el vu les conditions. Si Giuseppe est une lĂ©gende, il faut bien que ça commence par des exploits ![]()
Bon, il faudra peut-ĂȘtre un peu de jeunesse lĂ -dedans !
Monacobet, ça me fait rire ![]()