Réponse aux lecteurs
@CaptainAmericka Comment ça je vous ai trompés ? Giulia, Giulia : bon heureusement, nous ne sommes pas dans une story de @Groot donc normalement, elle n’a pas eu de mort violente, mais qui sait ? Wait & see !
@Toopil Appelle-ça comme tu veux, mais Giuseppe rafraîchit !
— Puis l’appel est arrivé.
Le sourire revint immédiatement. Celui-là semblait avoir survécu quarante ans.
— Je me souviens exactement où j’étais. Je me souviens de la chemise que je portais. Je me souviens même du bruit du ventilateur. En revanche, je serais incapable de te dire ce que j’avais mangé ce jour-là . La mémoire est une chose étrange.
Il se pencha vers la table. Puis ouvrit un vieux dossier de cuir. Chiara releva les yeux. Giuseppe en sortit plusieurs feuilles jaunies. Il les lui tendit.
— Premier contrat professionnel.
Le papier semblait avoir traversé plusieurs décennies, quelques déménagements et au moins une catastrophe naturelle.
— 11 mois. Trois cent vingt-cinq euros par semaine. Logement de fonction. Voiture prêtée. Repas inclus. Cent pour cent football. Cent pour cent folie.
Il éclata de rire.
— J’ai signé sans négocier une seule ligne. Heureusement que Giulia existait. Sans elle, j’aurais probablement accepté de payer pour entraîner. Le contrat signé, tout s’est accéléré. Comme toujours.
Je quittai Brindisi avant l’aube. Giulia conduisait. Une vieille BMW qui produisait suffisamment de bruit pour réveiller plusieurs villages des Pouilles. Pendant le trajet, elle gérait déjà les derniers détails. Le logement. La voiture. Les primes. Les clauses.
Moi, je regardais simplement la route. J’essayais de comprendre ce qui m’arrivait. À trente-trois ans, j’allais devenir entraîneur professionnel. Même aujourd’hui, cela me paraît légèrement irresponsable.
Le vol passa par Rome. Puis Budapest. Giulia négociait encore avec Robert pendant que je contemplais les nuages comme un philosophe particulièrement inutile. À l’atterrissage, un taxi m’attendait. Direction la frontière slovaque.
Puis Rimavská Sobota. Vingt-quatre mille habitants. Ancienne capitale d’un comitat hongrois. Trois cents kilomètres de Bratislava. Beaucoup plus proche de Budapest que de tout ce que je connaissais.
Je regardais défiler les paysages derrière la vitre. Chaque kilomètre m’éloignait de Bari. Chaque kilomètre me rapprochait de quelque chose d’inconnu.
Et soudain, nous étions arrivés. Le chauffeur désigna une rue. Puis un bâtiment. Puis le stade. Voilà . Mon nouveau monde.
Giuseppe marqua une pause. Puis son sourire s’élargit.
— J’ai découvert mon effectif le même jour. Dix joueurs sous contrat. Dix. Plus deux joueurs en réserve, allez comprendre pourquoi. J’ai vérifié plusieurs fois. Le chiffre ne changeait pas.
Un adjoint qui était aussi joueur. Deux semaines avant le début du championnat. Et une mission maintien.
Le président m’accueillit avec un enthousiasme qui ressemblait beaucoup à du soulagement. Il fallait signer quelqu’un. N’importe qui. Pas cher. Et ce quelqu’un, finalement…
Il leva son verre.
— C’était moi.
Le vent soufflait doucement sur la terrasse. Au loin, la mer demeurait calme. Giuseppe contempla l’horizon quelques secondes. Puis un sourire apparut. Plus discret cette fois.
— Je croyais être arrivé au début de mon histoire. En réalité, je venais simplement d’arriver au début des problèmes.
