Réponse aux lecteurs
@Toopil Ta nana aussi semble se bercer d’illusions ![]()
Giuseppe resta silencieux quelques secondes. Comme s’il regardait encore cet homme de trente-trois ans assis face à Giulia Bellanova. Puis il reprit.
— Le plus agaçant dans cette histoire, c’est que Giulia avait raison.
Un sourire apparut.
— Ce qui arrive beaucoup trop souvent dans mes souvenirs.
Le vent faisait doucement bouger les oliviers au-dessus de la mer.
— J’étais encore occupé à digérer sa leçon lorsque le téléphone a sonné. Enfin… ce n’est pas tout à fait vrai. Le téléphone avait déjà sonné. Je ne le savais simplement pas encore. Quelque part entre les Pouilles et la Slovaquie, un homme que je n’avais jamais rencontré était en train de se demander si j’étais complètement fou. Heureusement pour moi, il n’a jamais obtenu de réponse définitive.
Le sourire s’élargit.
— Finalement, Nicola Ventola ne m’a jamais trouvé de travail. Il m’a simplement offert une opportunité. Ce qui est beaucoup plus précieux. Les emplois disparaissent. Les opportunités changent des vies.
Nicola était en vacances dans les Pouilles. Robert Sevcik aussi. L’un travaillait désormais comme consultant pour Abu Dhabi Media Network. L’autre cherchait désespérément un entraîneur pour son club slovaque. Entre deux cafés, plusieurs conversations et probablement quelques verres de vin, mon nom est apparu.
Voilà . Toute ma carrière internationale commence ainsi. Pas grâce à mon talent. Pas grâce à mon travail. Parce que deux hommes en vacances ont parlé football. Le football est un métier ridicule.
Le vieil homme crut percevoir un sourire sur le visage de Chiara. Giuseppe poursuivit.
— Giulia, elle, a immédiatement compris que c’était sérieux. Moi, j’ai commencé à rêver. Elle a commencé à travailler. Comme souvent.
Elle m’a appelé à sept heures du matin. Personne de normalement constitué n’appelle à sept heures du matin. À l’exception des agents sportifs. Et parfois des huissiers. Les deux professions partagent d’ailleurs certaines méthodes.
Il rit seul.
— L’entretien était fixé au 6 juillet. Et pendant trois jours, elle m’a transformé en candidat présentable.
Chaque matin. Chaque soir. Questions. Réponses. Questions. Réponses. Elle jouait le rôle du président. Du directeur sportif. Du journaliste hostile. Du supporter furieux. À un moment, j’ai même eu l’impression qu’elle jouait le rôle de ma mère. Ce qui était probablement le plus terrifiant.
Le souvenir semblait encore l’amuser.
— Je passais mon temps à essayer de l’impressionner. Pourquoi ? Aucune idée. Peut-être parce qu’elle était brillante. Peut-être parce qu’elle croyait en moi. Peut-être parce que j’avais trente-trois ans et le discernement émotionnel d’un labrador. Ou peut-être que je réécris un peu l’histoire. Après tout, les souvenirs sont des menteurs professionnels.
Son regard glissa un instant vers Chiara. Puis repartit vers l’horizon.
— Le 6 juillet, Robert Sevcik est arrivé. Un homme calme. Prudent. Le genre d’homme qui lit probablement deux fois les contrats avant de signer. J’aurais dû prendre exemple.
Nous nous sommes installés à une terrasse face à la mer. Il m’a observé quelques secondes. Puis il a dit :
« On me dit que vous cherchez plusieurs clubs. »
J’ai répondu : « Je cherche du travail. » Il a souri. Alors j’ai ajouté : « Mais si vous pensez que je dois me consacrer uniquement au vôtre, je retire immédiatement toutes mes autres candidatures. »
Cette fois, il a cessé de sourire. Il m’observait. Comme s’il essayait de déterminer si j’étais ambitieux ou simplement inconscient. Avec le recul, la réponse était probablement : les deux.
Le président me parla du club. Du maintien. Des difficultés financières. Des limites. Des dettes. Des problèmes. Puis d’autres problèmes. À un moment, j’ai cru qu’il essayait de me décourager. Puis j’ai compris qu’il décrivait simplement la situation. Il me dit :
« Nous n’avons pas un rond. »
Je lui ai répondu : « Parfait. » Aujourd’hui encore, cette réponse me paraît ridicule. À l’époque, je la trouvais brillante.
L’entretien dura plus de deux heures. Je lui exposai ma vision. Le terrain. Le recrutement. L’implication des joueurs. Du staff. Des supporters. Je voulais que tout le monde participe à la reconstruction. Je croyais sincèrement qu’un club pouvait être une communauté avant d’être une entreprise. Je le crois encore. Robert écouta jusqu’au bout. Puis il dit :
« Si vous descendez, vous partez. »
Je répondis : « Cela me paraît raisonnable. » Il hocha la tête. Puis vint la question des diplômes. Encore. Toujours. Je commençai à expliquer mon projet de formation. Il me coupa immédiatement.
« Faites vos preuves d’abord. »
Pour une fois, je me tus. Giulia aurait été fière. L’entretien prit fin peu après. Robert repartit. Je restai dans les Pouilles. À attendre. Une semaine. Sept jours. Ce n’est rien. C’est interminable. Le temps possède une vitesse particulière lorsqu’une réponse peut changer votre existence.
Puis Giuseppe s’interrompit. Son regard resta fixé sur la mer. Comme s’il observait encore ce téléphone qui refusait de sonner.
— Et cette semaine-là … J’ai probablement battu le record mondial de consultation de boîte mail.
