Je suis Ă PortimĂŁo depuis trop longtemps.
Au début, ça devait être une étape. Un endroit calme pour réfléchir, préparer la suite. Le Portugal cochait toutes les cases. Avec le temps, il est surtout devenu un endroit où je restais.
Les journées se répètent. Le même café le matin. Toujours trop chaud. Le port en contrebas. Des discussions qui n’aboutissent pas, ou trop tard. J’ai longtemps pensé que mon parcours suffirait. En réalité, il ne protège de rien.
La séparation a laissé plus de place au silence. J’ai essayé de faire autrement. Passer de l’autre côté. Travailler en coulisses. Aider un ami. Le transfert de Nakajima à Porto s’est fait. Le contexte n’a aidé personne. Covid. Saisons coupées. Instabilité permanente. Il n’est jamais vraiment revenu dans le projet du club.
J’ai fait ce que j’ai pu. J’ai accompagné. J’ai servi de relais. Le dossier est allé au bout, mais l’histoire n’a pas pris. Dans ce milieu, on ne juge pas l’effort. On regarde le résultat. Et quand ça ne fonctionne pas, le crédit disparaît sans prévenir.
Moins d’appels. Moins d’intérêt.
Paulinho m’a appelé à ce moment-là .
Il n’a pas parlé de football tout de suite. Il m’a demandé comment j’allais. J’ai répondu comme on répond quand on n’a pas envie d’entrer dans les détails. Il n’a pas insisté.
Il m’a parlé du Japon. Pas celui que j’avais quitté. Celui d’aujourd’hui. Des clubs qui écoutent, mais ne rappellent pas. Tokyo Verdy. Nagasaki. Des entretiens corrects, sans suite. Le crédit européen ne suffit plus. Pas sans réussite récente.
Puis il a parlé de Matsumoto.
J3 League. Une ville loin de Tokyo. Un club fatigué. Un vestiaire marqué par les habitudes. Un effectif déséquilibré. Il n’a rien cherché à embellir.
« Là -bas, personne ne t’attend. »
Je crois que c’est cette phrase qui a compté.
Matsumoto ne promettait rien. Pas de raccourci. Pas de statut. Juste un groupe à tenir, et du temps à mériter. Paulinho venait d’y prendre un rôle de recruteur. Officieusement, plus que ça. Il connaissait les limites. Les tensions. Ce qu’on ne voit pas de l’extérieur.
J’ai hésité. Revenir par la J3 League, c’est accepter de descendre. D’être regardé autrement. Mais à Portimão, je n’étais déjà plus vraiment dans le jeu.
Quelques jours plus tard, j’ai pris un billet pour Tokyo.
Sans enthousiasme particulier. Sans certitude non plus. Juste avec cette impression que je n’essayais plus de sauver quoi que ce soit.
Matsumoto n’était pas une opportunité.
Juste un endroit oĂą recommencer.