Je n’ai pas changé de système.
Mais j’ai choisi un homme.
Dimanche 5 mars.
11 heures. Coup d’envoi 16 heures.
Le train a quitté Matsumoto en fin de matinée. Un peu plus de trois heures de trajet. Assez pour laisser le paysage changer lentement. Les montagnes s’éloignent, la ville reprend de la place. Les joueurs sont répartis dans le wagon. Le groupe est calme. Certains dorment. D’autres regardent dehors.
Je m’installe un peu à l’écart.
À l’arrivée, le stade se découvre. Nara. Un terrain, des tribunes autour d’une piste d’athlétisme bleue. Et surtout, une chose qui me surprend encore : du vert, déjà . Beaucoup de vert. Plus de huit cents supporters ont fait le déplacement. Ils chantent avant même que nous soyons sortis du bus.
Je les entends.
Les joueurs aussi.
Dans le vestiaire, l’atmosphère est simple. Concentrée. Je rappelle deux ou trois choses. Rien de plus. Le plan est clair depuis plusieurs jours. Je regarde Watanabe. Il est là . Calme. Disponible. Prêt.
J’ai longtemps hésité.
Suzuki était une option évidente. Plus jeune. Plus coté. Mais aujourd’hui, j’ai choisi autrement. Par respect. Par intuition aussi. Parce que ce groupe avait besoin de repères plus que de promesses.
Le match démarre.
Nous avons le ballon. Beaucoup. Trop, peut-être. Nara nous laisse jouer, mais attend la moindre erreur. Le jeu s’installe. Les circuits fonctionnent. Des recrues répondent présent. Osaki est juste. Tsubasa Ando se projette.
Et Watanabe travaille.
Il décroche. Il presse. Il parle. Il gêne. Il ne triche pas.
Quand il marque une première fois, je reste calme. Un hochement de tête. Rien de plus. Le match est encore long.
Mais le deuxième but…
Celui-là est différent.
Il arrive sans bruit. Une action simple. Une présence au bon endroit. Un geste sûr. Pas spectaculaire. Juste ce qu’il faut.
Je serre le poing.
Un seul instant.
Pour lui.
Pour ce choix-lĂ .
Je le regarde revenir vers le rond central. Il ne célèbre pas vraiment. Il court. Il se replace. Comme si rien n’était fait.
À ce moment précis, je sais.
Pas que nous allons gagner.
Pas que la saison sera réussie.
Mais que ce vestiaire a compris une chose essentielle : ici, le statut ne suffit pas.
Le match se termine. Victoire 1-3. Soulagement. Sourires contenus. Dans le vestiaire, l’ambiance est saine. Presque légère. Je félicite. Je tempère. Je rappelle que ce n’est qu’un début.
Avant de sortir, je croise Watanabe. Nos regards se croisent. Pas besoin de mots. Il sait. Moi aussi.
Sur le chemin du retour, le train est plus bruyant. Pas beaucoup. Juste ce qu’il faut.
Ce soir, je repense aux tribunes.
À leur présence.
À ce qu’elle implique.
Ce n’était que le premier match.
Mais ils étaient là .
Et maintenant, ils savent.
Moi aussi.
