Les victoires n’effacent rien.
Elles déplacent simplement les questions.
Je me lève sans urgence particulière.
C’est jour de match, mais je n’y pense pas encore comme tel. À l’hôtel, tout est calme. Les mêmes visages, les mêmes habitudes. On me reconnaît désormais. Pas comme un étranger. Pas encore comme quelqu’un d’ici. Je descends prendre un café.
La réceptionniste me souhaite bonne chance.
Elle ne précise pas pour quoi.
Je la remercie. C’est suffisant.
Trois victoires à l’extérieur.
C’est ce que tout le monde voit.
Moi, je vois autre chose. La fatigue qui commence à s’installer. Les détails qui se répètent. Les corps qui tirent un peu plus. Les regards aussi. Plus directs. Plus exigeants.
Dimanche 26 mars.
Coup d’envoi à 14h.
Premier match Ă domicile.
Je marche un peu avant de rejoindre le stade. L’air est froid, mais sec. Devant l’entrée, quelques supporters sont déjà là . Pas de chants. Pas de banderoles. Une présence tranquille. Ils observent. Comme s’ils attendaient de voir ce que nous allons faire de ce début de saison.
Je ressens une appréhension légère.
Pas de peur.
Une responsabilité nouvelle.
À l’intérieur, l’atmosphère est différente des déplacements. Plus dense. Plus lourde aussi. Les joueurs arrivent par petits groupes. Les habitudes changent à peine, mais suffisamment pour que je le remarque.
Je fais les derniers choix.
Nonomura avait une opportunité. Il ne l’a pas saisie à l’entraînement. Une semaine difficile. Une note qui ne trompe pas. On en a parlé. Il a reconnu. Il s’est engagé à faire plus. Aujourd’hui, ce n’est pas contre lui. C’est simplement trop tôt.
Je protège encore.
J’observe toujours.
Sur le terrain, le match ne ressemble pas aux précédents. La possession est plus équilibrée. Miyazaki ne nous regarde pas jouer. Ils jouent aussi. Pourtant, les occasions sont là . Nous restons patients. Organisés.
Watanabe marque encore. Sur penalty.
Yamaguchi est juste. Buteur et passeur.
Kiyama répond présent.
Shimura aussi.
Les entretiens ont laissé des traces. Discrètes. Utiles.
Quand le match se termine, je ne ressens ni soulagement, ni euphorie. PlutĂ´t une confirmation. Que ce que nous faisons tient debout. Victoire 4-2.
L’après-midi se prolonge autrement.
Le mercato touche à sa fin. Il reste quelques jours. Avec Paulinho, on s’installe dans un café. Les téléphones vibrent souvent. Agents. Intermédiaires. Propositions. Certains profils sont sérieux. D’autres moins. Je lis des rapports. Je regarde des vidéos. Je prends des notes.
Je n’ai pas envie de bouleverser.
Mais je vois les manques.
La profondeur.
Les doublures.
Les équilibres fragiles.
Un gardien arrive pour compléter le groupe : Takumi Yamanoi
Il connaît son rôle.
Il jouera en coupe.
Rien de plus. Rien de moins.
Je m’implique davantage. Sans annonce. Sans déclaration. Paulinho ajuste. Il comprend. Il sait que je suis là . Vraiment.
Je rentre à l’hôtel en fin de journée.
Je n’y vis pas encore.
Mais je n’y suis plus simplement de passage.
Ce soir-là , en regardant la ville depuis la fenêtre, une pensée me traverse.
Je n’ai jamais autant travaillé.
Et je n’ai jamais été aussi sûr d’une chose.
Je suis Ă ma place.
MĂŞme si personne ne le sait encore.
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