Rien ne sâeffondre.
Pourtant, tout recommence Ă trembler.
Quatre victoires.
Trois Ă lâextĂ©rieur.
Une Ă domicile.
Le dĂ©part est solide. Presque idĂ©al. Le premier match Ă la maison sâest bien passĂ©. Le stade avait rĂ©pondu prĂ©sent. Les sourires aussi. Pendant quelques jours, tout semblait enfin sâinstaller naturellement. Comme si la confiance allait suivre le rythme des rĂ©sultats.
Puis Tottori est arrivé.
Le deuxiĂšme match Ă domicile nâa pas confirmĂ©. Il a interrogĂ©.
Je le savais pourtant. Ils aiment le ballon. Ils le gardent. Ils imposent leur tempo. Nous avions prĂ©parĂ© ce scĂ©nario. Accepter de moins toucher le cuir. Attendre. Ătre patients.
Mais dĂšs les premiĂšres minutes, quelque chose ne tourne pas rond.
Nous subissons.
Nous ne concédons pas grand-chose, mais nous ne construisons rien.
Le stade est plein, mais plus silencieux quâau premier match. Pas hostile. Juste attentif. Exigeant.
Nous concĂ©dons lâouverture du score.
Watanabe peine. Il dĂ©croche moins. Il pĂšse moins. Quand je dĂ©cide de le sortir, il ne le vit pas bien. Je le vois. Je le sens. Câest la premiĂšre fois que ça arrive. Et ça me touche plus que je ne veux lâadmettre.
Pour la premiĂšre fois depuis le dĂ©but de la saison, nous sommes menĂ©s. Ă domicile. Le doute sâinstalle, lentement. Pas dans les tribunes. En moi.
Ryuhei Yamamoto, joueur de rĂ©serve, entre Ă la 80e minute Ă la place dâOsaki.
Sur son premier ballon, il centre. Tsubasa Ando égalise en fin de match.
Un but important. Mérité.
Mais il nây a pas dâexplosion. Pas de soulagement franc. Juste une respiration.
Le coup de sifflet final laisse une sensation étrange.
Pas une contre-performance.
Mais une alerte.
Les jours suivants, lâeuphorie sâestompe.
Je travaille. Je regarde. Je réfléchis davantage. Les résultats sont là , mais je ressens autre chose autour. Pas des encouragements. PlutÎt une forme de recul. Comme à mon arrivée.
Je nâĂ©tais pas encore un leader.
Et le rappel nâa pas tardĂ©.
Le calendrier, lui, nâattend pas.
Avant le déplacement à Kitakyushu, je prends plusieurs décisions.
Watanabe est écarté du groupe.
Suzuki est de retour.
Et Tanaka démarre.
Dix-huit ans.
Titulaire face Ă un concurrent direct.
Je mesure ce que cela implique. Pour le vestiaire. Pour le vĂ©tĂ©ran. Pour moi. Il ne sâagit plus de respect. Il sâagit de courage. Du courage de trancher sans savoir si le filet va suivre.
DĂšs la deuxiĂšme minute, Tanaka marque.
Je ne célÚbre pas.
Je reste figé.
Parce que je comprends que ce choix-lĂ ne pourra plus ĂȘtre un retour en arriĂšre.
Il manque le penalty du 2-0. Le match se tend. Nous concĂ©dons lâĂ©galisation. Mais le groupe ne rompt pas. Taki apporte sur son cĂŽtĂ©. Tsubasa conclut. Yamaguchi encore passeur.
Victoire.
Dans le vestiaire, ce nâest pas lâeuphorie. Câest autre chose. Une forme de sĂ©rieux nouveau. Comme si chacun avait compris que les places ne se donnaient plus. Quâelles se prenaient.
Sur le chemin du retour, je repense Ă Tottori.
Ă ce match nul.
à ce regard différent.
Je comprends enfin.
Gagner ne suffit plus.
On mâattend ailleurs.
Et pour la premiÚre fois depuis mon arrivée, je sens que ce que je fais commence à avoir un poids.
Ce nâest plus seulement une adaptation.
Câest une prise de responsabilitĂ©.



