Cela fait prÚs de deux heures et quart que je patiente dans mon bureau que le Ministre Urso prenne mon appel, le regard esprit plongé dans les premiÚres décisions que je dois prendre en vue du début de saison de Formule 1.
Je fais partir quelques mails Ă mes Ă©quipes de maintenance car plusieurs installations nĂ©cessitent dâĂȘtre remises Ă neuf. Jâaurais prĂ©fĂ©rĂ© Ă©viter de devoir dĂ©bourser une telle somme dâargent, mais si je souhaite pouvoir rapidement me reposer sur les infrastructures pour le dĂ©veloppement de la monoplace, autant le faire pendant la pĂ©riode creuse.
Câest ainsi quâune enveloppe de 7,5 millions dâeuros est utilisĂ©e pour le centre de conception, le simulateur mĂ©caniques des fluides et le simulateur de suspension. Un dĂ©lai dâenviron un mois est requis pour ces travaux de remise aux normes, ce qui devrait nous permettre de pouvoir en faire Ă nouveau lâusage quelques semaines avant le dĂ©but du Championnat.
Enfin⊠la voix dâAdolfo Urso rĂ©sonne dans le bureau.
- Monsieur Maserati, dĂ©solĂ© pour lâattente.
Le premier Ă©change est tout sauf formel, je lui souhaite une bonne annĂ©e et espĂšre que les fĂȘtes de fin dâannĂ©e se sont bien passĂ©es pour lui. Il fait de mĂȘme.
Puis, je ne tarde pas Ă rentrer dans le vif du sujet en lui demandant sâil a pĂ» jeter un oeil Ă la proposition que je lui ai faite avant les fĂȘtes.
- Je suis assez mitigĂ© pour ĂȘtre honnĂȘte. Les discussions rĂ©centes avec le reprĂ©sentant de Stellantis vont dans le sens qui convient au gouvernement, orchestrer un rachat de Maserati ne me semble pas totalement pertinent en lâĂ©tat.
- Je ne vais pas remettre en cause votre analyse de la situation, monsieur le Ministre, tout comme je ne vais pas sciemment Ă©mettre des hypothĂšses sur ce que peut ou ne pourra pas faire Stellantis. Toutefois, que le gouvernement italien travail de consort avec le plus grand groupe automobile du monde est logique. Cela ne dĂ©nature pas pour autant le besoin de ce mĂȘme gouvernement de sauver un de ses fleurons de lâautomobile de luxe.
Stellantis pouvait bien continuer Ă vendre ses Peugeot et Fiat sur le sol italien, et lâĂtat pouvait participer Ă cet effort industriel pour sauver des milliers, voir des dizaines de milliers dâemplois directs et indirects. Mais si la stratĂ©gie appliquĂ©e Ă Maserati nâĂ©tait pas la bonne, toutes les subventions publiques nây changeraient rien. Câest ce que je mâefforce de plaider devant Urso.
- Par ailleurs, plusieurs contacts mâont indiquĂ© que les syndicats de Stellantis se refusaient de croire aux discours rĂ©cents. LâinquiĂ©tude est dâautant plus prĂ©sente que Maserati qui a vu prĂšs deux cents employĂ©s ĂȘtre licenciĂ©s et plus dâun millier se faire relocaliser ou ĂȘtre mis au chĂŽmage technique.
Au sein de groupe Stellantis, il y avait des marques qui se muait beaucoup plus facilement avec les nouvelles directives. Maserati nâĂ©tait pas lâune dâentre elles. Le Trident ne pouvait pas purement et simplement devenir la Tesla italienne. Cela ne collait pas Ă son essence, et surtout le marchĂ© nâexistait pas en lâĂ©tat et Ă ces tarifs lĂ .
- Je respecte votre dĂ©vouement Ă votre marque familiale, mais je ne peux forcer le conseil de Stellantis Ă vous vendre lâune de ses marques.
- Mais ce nâest pas ce que je vous demande monsieur le Ministre. Mon offre dâachat sera remise au conseil qui sera libre de lâaccepter ou non. Mais pour que cette offre ait du sens, jâai besoin de deux choses. Le soutien des syndicats.
Aucune entreprise ne souhaite avoir des syndicats mécontents !
- Et lâaccord de votre MinistĂšre pour lâutilisation du GEPI. Jâai dĂ©jĂ le premier. Il ne manque donc plus que vous monsieur le Ministre.
- Vous avez obtenu lâaccord des syndicats malgrĂ© votre plan de rĂ©munĂ©ration ?
- Jâai sous les yeux un courrier du SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral de lâUilm, je peux vous le faire parvenir dans les cinq minutes. Tous le monde est prĂȘt Ă se retrousser les manches pour sauver la marque. Ce dont on a besoin maintenant câest de notre indĂ©pendance.
Dans de telle circonstances, plusieurs secondes de silence paraissent une éternité.
- Jâavais beaucoup de mal Ă soutenir un projet qui prĂ©voit des baisses de salaire, mais si vous avez obtenu lâaccord des principaux intĂ©ressĂ©s⊠Le GEPI vous soutiendra.
- MERCI ! Merci beaucoup monsieur le Ministre, vous ne le regretterez pas.
- Gardez bien Ă lâesprit que lâon observera avec beaucoup dâattention vos agissements et que je nâhĂ©siterai pas Ă ordonner une nationalisation si jâen estime le besoin.
Prenant note de ce dĂ©tail, je conclu cet appel par de nouveaux remerciement et reçois comme nous lâavions convenu, une trace Ă©crite stipulant avec prĂ©cision la maniĂšre dont Ă©tĂ© structurĂ©e lâoffre que je ferais prochainement passer Ă un membre du conseil dâadministration. Le tout, tamponnĂ© du cachet du MinistĂšre du Commerce.
ĂpuisĂ© par cette journĂ©e, je quitte lâusine pour rentrer Ă la maison oĂč je retrouve Chiara qui me fĂ©licite et mâĂ©treint de toutes ses forces.
Jâaurais souhaitĂ© lâemmener elle et Enzo fĂȘter cela au restaurant, mais je nâen ai plus la force. On dĂ©cide de se faire livrer Ă domicile quelques plats asiatiques avant que je ne mâĂ©croule de fatigue.
Une bonne nuit de sommeil me sera bénéfique, car la journée de demain sera elle aussi forte en intensité.











