Ou il va juste se consoler avec son immense fortune ![]()

Putain, il est dĂ©barrassĂ© de sa femme! Le rĂȘve de tout homme! Il chiale juste pour les gosses!
Réponses aux lecteurs
@Rhino Ce sera surement long câest certain.
@celiavalencia clairement horrible, sâen remettra tâil seulement.
@Tiien tu regardes trop de films ![]()
@Rhino lâargent nâachĂštes pas tout. En plus les salaires de coach Ă FM ![]()
@toopil mdrrr tâes horrible ![]()
Quelques jours plus tard, Viana do Castelo nâĂ©tait plus tout Ă fait une ville. CâĂ©tait un silence habitĂ©.
Un silence Ă©pais, presque organique, qui semblait sâĂȘtre accrochĂ© aux façades blanches, aux pavĂ©s encore tiĂšdes, aux balcons dâoĂč pendaient des drapeaux devenus trop lourds Ă porter. Le vent de lâAtlantique passait sans bruit, comme sâil avait lui aussi appris Ă se taire.
Lâhommage public rendu Ă la famille GuimarĂŁes ne ressemblait Ă rien de connu. Rien de ce que le football, la politique ou mĂȘme la mort avaient lâhabitude dâorganiser.
Pas de protocole. Pas de tapis. Pas dâordre Ă©tabli.
Il nây avait ni estrade ni micro central. Seulement un cercle imparfait, dessinĂ© par les corps. Des habitants de Viana venus Ă pied, des employĂ©s du club encore vĂȘtus de leurs polos bleu roi, des membres du staff, des joueurs, des anonymes, des figures du football mondial. Tous mĂ©langĂ©s, sans hiĂ©rarchie, sans rang. Comme si, pour une fois, la cĂ©lĂ©britĂ© et le pouvoir avaient acceptĂ© de sâagenouiller devant quelque chose de plus grand quâeux.
Au centre, une table simple. Quatre bougies. Quatre cadres vides. La cĂ©rĂ©monie dĂ©buta sans signal. Une voix sâĂ©leva. Puis une autre.
Basse. CassĂ©e. Humaine. Les noms furent lus un par un. Lentement. Comme si chaque syllabe devait ĂȘtre pesĂ©e avant dâĂȘtre offerte Ă lâair.
Yessica GuimarĂŁes. 57 ans.
Ăpouse. MĂšre. Actrice. Femme de lumiĂšre et dâombre. Celle qui avait traversĂ© les continents sans jamais lĂącher la main de lâhomme quâelle aimait. Celle qui avait connu les vestiaires de province, les palais europĂ©ens, les tournages Ă Rio, les hĂŽtels anonymes, les nuits dâattente et les matins de victoire.
Un murmure parcourut la foule. Pas un sanglot. Juste un souffle retenu.
Isabel GuimarĂŁes. 13 ans.
NĂ©e Ă Rio de Janeiro, quand son pĂšre croyait encore que le football pouvait tout rĂ©parer. Adolescente trop jeune pour comprendre pourquoi son nom apparaissait dans les journaux, trop grande dĂ©jĂ pour ignorer le poids de lâhĂ©ritage. Une enfant qui avait appris Ă vivre sous les projecteurs sans jamais les demander.
Puis vinrent les deux derniers noms. Les plus difficiles.
LuĂsa GuimarĂŁes. et Pedro GuimarĂŁes. 7 ans.
Les jumeaux. Ils venaient de fĂȘter leur anniversaire quelques semaines plus tĂŽt, avant lâEuro. Des photos avaient circulĂ©. Des gĂąteaux trop grands. Des sourires pleins de chocolat. La vie, encore intacte. Ă lâĂ©noncĂ© de leurs prĂ©noms, quelque chose se brisa enfin.
Pas chez AnĂbal. Dans la foule.
Des Ă©paules sâaffaissĂšrent. Des mains se serrĂšrent. Des parents baissĂšrent les yeux vers leurs propres enfants. La mort, soudain, nâĂ©tait plus une abstraction. Elle avait un Ăąge. Elle avait un visage. Elle avait un rire interrompu.
LâassemblĂ©e Ă©tait immense. Il y avait Viana tout entiĂšre. Le club de Vianense, au complet. Le groupe portugais encore marquĂ© par la victoire europĂ©enne quâils nâavaient jamais cĂ©lĂ©brĂ©e. Le prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration. Le prĂ©sident de la RĂ©publique, venu sans discours, sans escorte visible.
Il y avait aussi ceux qui avaient partagĂ© la vie dâAnĂbal en dehors des trophĂ©es. Hugo. Ruben. JosĂ©. Des visages usĂ©s par le temps, les combats et les compromis. Des hommes qui avaient vu AnĂbal tomber, se relever, gagner, perdre, puis gagner encore. Des hommes qui, pour la premiĂšre fois, ne savaient plus quoi lui dire.
Un peu en retrait, presque dissimulé par la foule, se tenait Victor. Son fils. Le seul encore en vie. Celui que le destin avait épargné par une coïncidence cruelle : une convocation internationale, un autre maillot, une autre frontiÚre. Il était là , droit, figé, les yeux rougis mais secs. Trop jeune pour porter autant de morts sur ses épaules, trop vieux pour faire semblant de ne pas comprendre.
Ă ses cĂŽtĂ©s, Ganso. Le fils spirituel. Celui quâAnĂbal avait accueilli chez lui comme un second enfant, autrefois. Saldanha, son pĂšre, se tenait lĂ©gĂšrement en arriĂšre, une main posĂ©e sur lâĂ©paule de son fils, comme pour lui rappeler quâil Ă©tait encore lĂ , lui.
Plus loin, des silhouettes familiĂšres. Paulo Fonseca. Ronaldo NazĂĄrio. Des entraĂźneurs, des dirigeants, des anciens joueurs venus de toutes les Ă©poques. Simon Moya, celui qui avait prĂ©sentĂ© AnĂbal et Yessica, celui par qui tout avait commencĂ©. Tiago Sousa.
Renato Sanches. Joaquin Fernandez. EstevĂŁo, Rafael, Juan Sebastian Anaya, Deivid Washington, Rodrigo, Marvin Wattiau, LĂ©o. Dâanciens capitaines, des soldats de lâombre, des hommes façonnĂ©s par la mĂ©thode GuimarĂŁes. Tous lĂ . Tous silencieux. Plus dâune centaine dâanciens joueurs parfois encore en activitĂ© avait fait le dĂ©placement.
Et AnĂbal.
Il nâĂ©tait ni au centre, ni au premier rang. Il Ă©tait Ă lâĂ©cart. PrĂ©sent sans lâĂȘtre vraiment.
Son visage Ă©tait fermĂ©, presque figĂ©. Les traits tirĂ©s, les yeux perdus dans un point que personne ne pouvait voir. Il ne pleurait pas. Il ne parlait pas. Il respirait Ă peine. Comme si son corps continuait par habitude, alors que lâessentiel avait dĂ©jĂ quittĂ© les lieux.
On lui proposa de prendre la parole.
Un organisateur sâapprocha. Une main hĂ©sitante. Une phrase murmurĂ©e. AnĂbal secoua lentement la tĂȘte. Non. Il nâavait rien Ă dire. Ou plutĂŽt, il avait tout Ă dire, mais aucun mot nâĂ©tait assez fort pour survivre Ă ce quâil avait perdu.
Alors ce fut JosĂ© Soares qui sâavança. Lâami de toujours. Celui qui lâavait amenĂ© Ă Viana, des annĂ©es plus tĂŽt, quand tout nâĂ©tait encore quâune promesse fragile.
Celui qui avait vu naĂźtre lâentraĂźneur, lâhomme, le mythe et qui voyait aujourdâhui lâhomme seul. JosĂ© ne parla pas longtemps. Il ne chercha pas lâĂ©loquence. Il parla de Yessica. De son rire. De sa patience. De sa capacitĂ© Ă rendre AnĂbal humain quand le football voulait en faire une machine.
Il parla des enfants. De leurs dessins dans la villa. Des jouets oubliĂ©s dans le jardin. Des lendemains quâils nâauraient jamais. Il conclut simplement, la voix tremblante :
« Ils ne sont pas absents. Ils sont devenus le silence qui nous oblige à regarder autrement. »
Quand la cĂ©rĂ©monie sâacheva, personne nâapplaudit. Personne ne bougea tout de suite. AnĂbal resta immobile. Certains crurent, Ă cet instant prĂ©cis, que lâhistoire sâarrĂȘtait lĂ .
Que tout ce qui avait Ă©tĂ© racontĂ© depuis tant dâannĂ©es trouvait ici son Ă©pilogue naturel. La chute du hĂ©ros. La fin du voyage. Le football avait gagnĂ©, puis perdu toute importance. Il ne restait que les absents.
Et un homme encore debout, mais déjà profondément brisé.
Il exagÚre. Une bonne victoire contre Carlos Tevez et on oublie tout ça ![]()
Message au corbeauâŠ

Tournure bien sombre cette histoire⊠Quâest-ce que la suite nous rĂ©serve ?
La suite logique est que Vianense va tout arracher encore une fois. Ou peut-ĂȘtre un changement de pays, pour oublier ? mais si il reste a Vianense ça va ĂȘtre compliquĂ© dâoublier. Peut-ĂȘtre des menaces encore ? une obligation de faire gagner la LDC a un club x ? je sais pas⊠on sait pas⊠nous sommes tous dans le doute. Ce qui est sur, câest que si tu restes tu vas tout exploser encore.
une suite ? ça ferait bizarre
Réponses aux lecteurs
@toopil faudrait déjà que Carlito retrouve un poste ce con ![]()
@gwendil35 bel hommage.
@CaptainAmericka il faudra de la patience pour le découvrir.
@Manuel99FG on pas encore fait le deuil que tâes dĂ©jĂ dans le sportif ![]()
@celiavalencia lâhistoire ne sâarrĂȘtera pas lĂ mais on va pas faire 25 saisons de plus non plus ![]()
Le retour de Victor Ă Viana ne fit aucun bruit. Pas de camĂ©ras. Pas dâarticles. Pas de communiquĂ©. La nouvelle circula pourtant vite, comme tout ce qui touche aux GuimarĂŁes depuis lâincendie. On sut simplement que lâenfant prodige Ă©tait rentrĂ©. Vivant. Debout. Mais dĂ©jĂ brisĂ©.
AprĂšs lâĂ©limination de lâEspagne face au Portugal en demi-finale de lâEuro, Victor nâĂ©tait pas rentrĂ© avec la dĂ©lĂ©gation. Il nâen avait pas eu la force. La dĂ©faite avait Ă©tĂ© violente, presque cruelle, Ă©liminĂ© par le pays de son pĂšre, par les hommes quâil connaissait, par ceux quâil aurait pu reprĂ©senter. Mais cela nâavait Ă©tĂ© quâun prĂ©lude.
Il avait pris un avion seul, direction la GĂ©orgie, chez la famille de sa mĂšre biologique. LĂ -bas, dans les montagnes et les silences Ă©pais, il avait tentĂ© de se reconnecter Ă quelque chose de plus ancien que le football. Des repas simples. Des regards francs. Une langue quâil comprenait sans toujours la parler. Il avait cherchĂ© un refuge, sans savoir que le monde quâil fuyait allait sâeffondrer derriĂšre lui.
Quand la nouvelle Ă©tait tombĂ©e, elle avait traversĂ© les murs comme une dĂ©flagration. Le feu. La villa. Les morts. Victor avait coupĂ© court. Il nâavait prĂ©venu personne. Il avait simplement pris le premier vol, le regard vide, les mains tremblantes. Ă lâaĂ©roport, personne ne lâattendait. Ă Viana, personne ne savait comment lâaccueillir.
Il arriva juste avant lâenterrement. Trop tard pour les adieux. Trop tĂŽt pour le deuil. Son pĂšre ne lui parla pas. AnĂbal nâavait parlĂ© Ă personne, Ă vrai dire. Ni Ă Hugo. Ni Ă Ruben. Ni mĂȘme Ă JosĂ©. Il se contentait dâexister, quelque part entre deux respirations, incapable dâaccorder un mot Ă qui que ce soit. Victor le vit de loin, une fois, une silhouette dans le jardin de la villa de JosĂ©. Ils se croisĂšrent sans se croiser. Aucun signe. Aucun geste.
Alors Victor sortit. Le soir mĂȘme, on le vit dans un bar de Viana. Un endroit discret, Ă lâĂ©cart du centre, frĂ©quentĂ© dâordinaire par des habituĂ©s qui savaient quand se taire. Il commanda un verre. Puis un autre. Puis un autre encore. Lâalcool ne faisait pas oublier. Il rendait simplement les questions plus bruyantes.
Pourquoi moi ? Pourquoi avais-je Ă©tĂ© Ă©pargnĂ© ? Pourquoi ses deux sĆurs, LuĂsa et Isabel, pourquoi Pedro, son petit frĂšre, pourquoi Yessica celle qui lâavait Ă©levĂ©, aimĂ©, protĂ©gĂ© comme si le sang nâavait jamais comptĂ© Ă©taient-ils partis, et pas lui ? Il se sentait illĂ©gitime dâĂȘtre vivant. Comme sâil avait pris la place de quelquâun dâautre.
Autour de lui, les conversations continuaient, maladroites, Ă©vitant son regard. Certains le reconnaissaient. Dâautres dĂ©tournaient les yeux. Victor vida son verre dâun trait, la gorge en feu, le cĆur plus lourd encore. Les images revenaient en boucle : la maison, les rires, les anniversaires rĂ©cents, les appels manquĂ©s.
Et surtout, le silence de son pĂšre. Ce fut le patron du bar qui appela. DiscrĂštement. Sans alerter la presse. Sans bruit. Il composa un numĂ©ro quâil connaissait par cĆur. JoĂŁo Infante.
Quand JoĂŁo arriva, il comprit immĂ©diatement. Victor Ă©tait affalĂ© sur le comptoir, les yeux rougis, la mĂąchoire serrĂ©e, lâorgueil brisĂ© par lâalcool et la douleur. JoĂŁo ne dit rien. Il posa simplement une main ferme sur son Ă©paule.
« Viens. On rentre. »
Victor ne résista pas.
Dans la voiture, le silence sâinstalla. Pas un silence pesant. Un silence nĂ©cessaire. JoĂŁo connaissait Victor depuis quâil Ă©tait gamin. Depuis les premiers entraĂźnements au centre, les retours tardifs, les repas improvisĂ©s chez lui quand AnĂbal Ă©tait Ă lâĂ©tranger. Il avait Ă©tĂ© un Ă©ducateur, un confident, parfois un grand frĂšre. Il nâavait jamais cherchĂ© Ă remplacer qui que ce soit. Il avait juste Ă©tĂ© lĂ .
Chez lui, JoĂŁo le fit sâasseoir. Un verre dâeau. Une couverture. Rien de plus.
La gueule de bois fut rude. Mais la discussion le fut davantage.
« Tu sais pourquoi tu es encore là , Victor ? » demanda João doucement.
Victor secoua la tĂȘte, les yeux humides.
« Non⊠et câest ça le pire. »
João inspira profondément.
« Parce que tu dois lâĂȘtre. Ce nâest pas une dette. Ce nâest pas une faute. Câest une responsabilitĂ©. »
Victor releva la tĂȘte.
Mon pĂšre ne mâa mĂȘme pas regardé⊠murmura-t-il.
« Parce quâil ne sait plus regarder le monde sans les perdre encore une fois, » rĂ©pondit JoĂŁo. « Mais crois-moi⊠sâil y a une chose qui peut encore le maintenir en vie, câest toi. »
Victor éclata enfin.
Les larmes quâil retenait depuis des jours jaillirent sans retenue. JoĂŁo le laissa faire. Il savait que ce moment viendrait. Il savait aussi que Victor devait comprendre une chose essentielle.
« AnĂbal nâa plus la force de se battre pour lui-mĂȘme » conclut-il. « Mais il se battra toujours pour ses enfants. MĂȘme brisĂ©. MĂȘme silencieux. »
Victor resta longtemps immobile, le regard perdu. Puis il hocha lentement la tĂȘte. Il ne savait pas encore comment aider son pĂšre. Il ne savait pas sâil en aurait la force. Mais pour la premiĂšre fois depuis lâincendie, une certitude sâimposa Ă lui : Il nâĂ©tait pas vivant par erreur. Il Ă©tait vivant pour quelque chose.

Anibal Ă©tait au sommet du monde. Et le monde sâest Ă©croulĂ© dâun coup. Le pire, câest que je ne suis pas certain quâil ait touchĂ© le fond. Il reste Ă dĂ©couvrir qui est derriĂšre tout ça ![]()
Ăa va pas ĂȘtre simple de remonter la pente pour la familleâŠ
Ou ce quâil en reste ![]()
Réponses aux lecteurs
@toopil faut le soutenir chef.
@alexgavi lâavenir nous le dira.
@CaptainAmericka clairement pas.
@toopil il lui reste un fils ![]()
Trois semaines avaient passé.
Trois semaines sans notion de temps, sans rythme, sans saison. LâĂ©tĂ© sâĂ©tait installĂ© sur Viana do Castelo comme une prĂ©sence indiffĂ©rente, lumineuse, presque insultante. AnĂbal et Victor avaient quittĂ© la villa calcinĂ©e pour sâinstaller dans une rĂ©sidence ultra-sĂ©curisĂ©e, Ă quelques kilomĂštres de la ville, nichĂ©e derriĂšre des grilles, des camĂ©ras, des protocoles pensĂ©s pour Ă©loigner le danger. Mais on ne sĂ©curise pas le vide. La maison Ă©tait parfaite. Neuve. Blanche. Silencieuse. Trop silencieuse.
Elle nâavait rien Ă dire.
Pas de photos sur les murs. Pas de rires incrustĂ©s dans les couloirs. Aucun objet posĂ© lĂ par habitude, aucun dĂ©sordre vivant. Rien qui racontait une histoire. Elle ressemblait davantage Ă un lieu de transit quâĂ un foyer. Une coquille sans Ăąme, Ă lâimage de celui qui lâhabitait.
AnĂbal sây perdait. Il passait des heures assis dans le salon, face Ă la baie vitrĂ©e, le regard plantĂ© dans le jardin parfaitement entretenu. Il ne lisait plus. Il ne regardait plus la tĂ©lĂ©vision. Les chaĂźnes sportives dĂ©filaient parfois sans quâil ne les voie vraiment, jusquâĂ ce quâil les coupe dâun geste las. Le football avait disparu de son monde. Pas rejetĂ©. EffacĂ©.
Il ne parlait presque plus.
Hugo Viana et Ruben Amorim avaient repris du service, officieusement. Ils avaient retrouvĂ© les bureaux de Vianense comme on retourne sur un champ de bataille aprĂšs lâorage. PrĂ©parer la saison. Organiser le mercato. ProtĂ©ger ce qui pouvait encore lâĂȘtre. Ils agissaient sans lui, pour lui. Sans jamais le dire Ă voix haute.
JosĂ© Ă©tait en dĂ©placement. Quelques jours encore. Des rendez-vous quâil avait repoussĂ©s trop longtemps. Des affaires quâil fallait conclure, mĂ©caniquement, parce que la vie insistait. Il appelait AnĂbal chaque soir. La conversation ne durait jamais longtemps. Quelques banalitĂ©s. Des silences. Puis la fin.
Victor, lui, errait dans cette maison trop grande.
Il faisait des efforts. Se levait tĂŽt. PrĂ©parait parfois le petit-dĂ©jeuner. Proposait de sortir, de marcher, dâaller au centre dâentraĂźnement. AnĂbal acceptait parfois. Ils mangeaient ensemble. Se croisaient dans les couloirs. Ăchangeaient quelques phrases fonctionnelles. Mais jamais ils ne se retrouvaient.
Ils partageaient la mĂȘme douleur sans parvenir Ă la toucher ensemble.
Victor nâosait pas dĂ©ranger son pĂšre. Il sentait cette fragilitĂ© nouvelle, presque dangereuse. Lâhomme invincible quâil avait connu nâexistait plus. Ă sa place, il y avait une silhouette amaigrie, le regard Ă©teint, les traits tirĂ©s par des nuits sans sommeil. Victor retournait souvent dans sa chambre avec lâimpression dâavoir Ă©chouĂ© Ă quelque chose dâessentiel, sans savoir quoi.
AnĂbal, lui, avait abandonnĂ© le football sans mĂȘme sâen rendre compte.
La prĂ©paration de la nouvelle saison avait commencĂ© sans lui. Les rĂ©unions sâenchaĂźnaient Ă Vianense. Les premiers tests physiques. Les retours de prĂȘt. Les appels de joueurs. Les dĂ©cisions urgentes. Tout se faisait Ă distance. Il ne demandait rien. Ne validait rien. Il laissait faire.
Comme si ce monde-lĂ ne lui appartenait plus.
Il avait maigri. Son visage sâĂ©tait creusĂ©. Sa barbe, autrefois soigneusement entretenue, Ă©tait devenue irrĂ©guliĂšre. Les nuits Ă©taient longues, hachĂ©es par des rĂ©veils brutaux. Il se levait parfois au milieu de la nuit, traversait la maison pieds nus, ouvrait des placards vides. Les refermait aussitĂŽt.
Puis José revint. Il comprit en une seconde.
Il nây eut pas de reproches. Pas de grands discours. JosĂ© connaissait AnĂbal depuis trop longtemps pour croire aux mots dans ce genre de moments. Il observa la maison. Les murs nus. Lâabsence de vie. Il posa sa valise sans un bruit.
Le lendemain matin, il prit Victor Ă part.
« Tu reprends lâentraĂźnement. DĂšs demain, » lui dit-il doucement mais fermement.
« Mais⊠»
« Pas de mais. Tu as besoin de respirer ailleurs. Lui aussi. »
Victor comprit. Il nâinsista pas. Il embrassa son pĂšre sur la joue. AnĂbal hocha la tĂȘte, sans vraiment rĂ©agir. La porte se referma. La maison retrouva son silence.
Alors JosĂ© passa Ă lâaction.
Il contacta la famille de Yessica. En Colombie. En Espagne. Ă Valladolid. LĂ oĂč ils avaient vĂ©cu. LĂ oĂč ils avaient Ă©tĂ© heureux. Il demanda des objets. Rien de spectaculaire. Rien de sacralisĂ©. Des photos. Des livres. Un foulard. Des dessins dâenfants.
Une vieille playlist gravĂ©e sur une clĂ© USB. (sans Vera Lynn) Un cadre jauni dâune victoire ancienne, quand tout semblait encore possible.
Il ne voulait pas faire de cette maison un mausolée. Il voulait lui redonner une mémoire.
Les cartons arrivĂšrent quelques jours plus tard.
José les ouvrit lentement, méthodiquement. Il disposa les objets sans ordre apparent, comme on le fait dans une vraie maison. Un cadre sur une étagÚre. Une photo dans un couloir. Un parfum oublié dans une salle de bain.
AnĂbal observa dâabord de loin. Puis il sâapprocha.
Ses doigts frĂŽlĂšrent un dessin dâenfant. Une photo de Valladolid. Yessica, souriante, Ă ses cĂŽtĂ©s, bien avant les triomphes, bien avant la lĂ©gende. Son souffle se coupa un instant.
Il ne pleura pas. Mais quelque chose bougea. Ce nâĂ©tait pas encore une flamme. Ă peine une braise.
Et pour la premiĂšre fois depuis lâincendie, la maison sembla moins vide.
Tu vas bien finir par nous faire chialer
Câest vrai quâavec la maison qui est partie en brasier, tous les souvenirs ont brĂ»lĂ© en mĂȘme temps !
Une partie de lui est morte en mĂȘme temps que sa famille. Sa mise en retrait est logique.
Réponses aux lecteurs
@Rhino merde câest pas encore le cas ? ![]()
@alexgavi Jâai essayĂ© de faire un truc pour relĂ©guer un peu le sportif au second plan mais pas facile.
Vianense avait repris sa route. Sans lui. Le banc Ă©tait restĂ© vide, comme une chaise laissĂ©e volontairement inoccupĂ©e Ă une table trop grande. Officiellement, AnĂbal GuimarĂŁes Ă©tait toujours lâentraĂźneur du club. Officieusement, il nâĂ©tait nulle part. Les premiers matchs de reprise sâĂ©taient jouĂ©s sans ses internationaux, sans ses cadres, sans sa voix. Une dĂ©faite contre le Feyenoord, sĂšche, presque brutale. Puis un nul terne face Ă la Lazio de Rome, sans relief, sans intention.
Deux matchs. Deux signaux. Il nâen fallut pas plus.
Le monde du football, qui nâattend jamais vraiment, sâengouffra dans la brĂšche avec un appĂ©tit fĂ©roce. Les mĂ©dias internationaux flairaient la fin dâun rĂšgne. Les titres se succĂ©daient, cruels, dĂ©finitifs.
« Vianense sur le déclin »
« AnĂbal GuimarĂŁes Ă la retraite »
« Le naufrage de la dynastie des Cavaleiros »
« Des chevaliers sans monture »
Chaque matin apportait sa sentence. Chaque édition son requiem anticipé.
Au Portugal, au BrĂ©sil, en Colombie, le ton restait diffĂ©rent. Les journalistes connaissaient lâhomme. Ils connaissaient son histoire. Ils mesuraient lâampleur de la blessure. On parlait de respect, de temps, de silence nĂ©cessaire. On se refusait Ă accabler la bĂȘte blessĂ©e.
Mais au-delĂ de la pĂ©ninsule ibĂ©rique, la compassion nâavait pas cours.
On parlait de club maudit. On murmurait que Vianense payait enfin ses excĂšs. Que la rĂ©ussite avait un prix. Que les dynasties finissaient toujours par sâeffondrer.
Les rumeurs prenaient corps. Les agents hĂ©sitaient. Certains joueurs, pourtant ciblĂ©s, repoussaient les discussions. Dâautres, plus grave encore, faisaient mine de ne pas rĂ©pondre. Quelques cadres traĂźnaient des pieds. Certains avaient mĂȘme sĂ©chĂ© la prĂ©paration, invoquant des blessures, des raisons personnelles, des incertitudes contractuelles.
Le doute sâinstallait. Pendant ce temps, AnĂbal se reconstruisait dans lâombre.
Il nâavait pas remis les pieds au centre dâentraĂźnement. Pas encore. Il suivait de loin, par fragments. Un message de JosĂ©. Un compte rendu de Victor. Un appel rapide de la direction. Il Ă©coutait. Il notait. Il gardait tout pour lui.
La flamme était revenue. Faible. Instable. Mais présente.
Restait la question la plus simple et la plus cruelle : avait-il encore la force ?
Un soir, autour dâune pizza partagĂ©e presque machinalement, il retrouva Hugo Viana et Ruben Amorim. Deux amis. Deux anciens dirigeants. Deux retraitĂ©s qui avaient refusĂ© de tourner le dos quand le club en avait le plus besoin. Ils parlaient peu du football. Ou alors Ă mots couverts. Ils parlaient surtout de Yessica. De ce quâelle aurait dit. De ce quâelle avait toujours voulu.
« Tu voulais finir sur un dernier run » glissa Hugo, presque à voix basse.
« CâĂ©tait aussi son idĂ©e » ajouta Ruben. « Elle y croyait plus que toi. »
AnĂbal ne rĂ©pondit pas tout de suite. Il regardait sa part de pizza refroidir. Le goĂ»t ne lui disait rien. Plus rien nâavait de goĂ»t.
« Je nâai plus faim de victoire » finit-il par murmurer.
Le silence pesa. Il avait appelĂ© Rafaela Pimienta quelques jours plus tĂŽt. Son agente historique. Celle qui lâavait accompagnĂ© Ă travers les continents, les scandales, les triomphes et les chutes. Il lui avait demandĂ© de prĂ©parer un communiquĂ©. Simple. Digne. Une annonce de retraite, si jamais il nâarrivait pas Ă franchir le pas.
Rafaela nâavait pas insistĂ©. Elle savait. Puis arriva le 22 juillet.
La date aurait dĂ» ĂȘtre une fĂȘte. Lâanniversaire dâIsabel. Quatorze ans. Une journĂ©e quâAnĂbal redoutait sans vraiment lâavoir formulĂ©e. Il Ă©tait restĂ© chez lui, les volets Ă demi fermĂ©s, dans une tentative maladroite de se protĂ©ger du monde.
Et pourtant, le monde vint à lui. La direction du club. Le staff. Les joueurs. Les anciens. Les supporters historiques. Ceux qui avaient connu la montée, les doutes, les titres, les nuits européennes. Tous se présentÚrent devant la villa, en silence. Pas de banderoles. Pas de chants. Juste des regards. Des fleurs. Des mots simples. Des preuves de respect.
Ils ne demandaient rien. Ils étaient là .
AnĂbal resta longtemps immobile. Victor Ă ses cĂŽtĂ©s. JosĂ© un pas derriĂšre. Il sentit alors quelque chose se briser en lui. Ou peut-ĂȘtre se reformer. Une Ă©vidence douloureuse.
Il ne le faisait plus pour les trophĂ©es. Il ne le faisait plus pour les records. Il le faisait parce quâil le devait. Ă elle. Ă eux.
Ă ce club quâil avait façonnĂ©. Ă cette histoire quâil ne pouvait pas laisser inachevĂ©e.
Il ne lâannonça pas encore.
Mais ce soir-lĂ , au plus profond de lui, AnĂbal GuimarĂŁes avait pris sa dĂ©cision. Il restait Ă franchir le pas.
Oh putaing, quelle décision ?!

Les temps sont durs pour lui⊠Ăa laisse un sacrĂ© vide en soi ce genre dâĂ©vĂ©nementâŠ
il fait comme Toopil
nous laisser en attente
Il a une sacrĂ©e marge sur ce point, @Groot âŠ



