Réponses aux lecteurs
@CaptainAmericka rassuré ?
@celiavalencia faut bien patienter un peu, ça dure jamais très longtemps (l’attente) avec moi ![]()
@gwendil35 sur ce récit j’essaye de m’astreindre à 1 post / jour ![]()
La maison était enfin silencieuse. Pas le silence lourd des premiers jours, pas celui qui écrasait la poitrine et empêchait de respirer. Un silence différent. Plus fragile. Presque respectueux. Aníbal Guimarães était assis dans le salon, face à la baie vitrée qui donnait sur l’océan. Le jour tombait lentement sur Viana do Castelo, teintant le ciel de nuances orangées, comme si le monde refusait obstinément de devenir totalement sombre.
Il repensait aux visages. Aux mains tendues. À cette foule venue sans prévenir le jour de l’anniversaire d’Isabel.
Il n’avait rien oublié. Il n’avait rien pardonné non plus. Mais quelque chose avait changé. Une certitude sourde, née non pas de la colère ou de l’orgueil, mais d’un devoir intime, presque sacré.
Ce soir-là, il avait rejoint Ilaix Moriba au centre d’entrainement.
Le nouveau directeur sportif de Vianense arriva sans escorte, sans formalisme. Il connaissait l’homme. Il avait été son soldat à Valladolid et l’avait suivi après sa carrière à Viana. Ilaix n’était pas venu en costume, ni en dirigeant. Il était venu comme on rend visite à un frère blessé. Lorsqu’il entra, Aníbal se leva lentement. Ils se serrèrent la main, puis s’étreignirent brièvement, sans mots inutiles.
Ils s’assirent face à face.
« Je ne vais pas tourner autour du pot », finit par dire Aníbal, la voix plus rauque que d’habitude. « J’ai beaucoup réfléchi. »
Ilaix hocha la tête, sans l’interrompre. Il savait que chaque phrase coûterait. Il s’était préparé à l’annonce de retraite d’Anibal.
« J’ai pensé à arrêter. Sérieusement. »
« Je m’en doutais », répondit Ilaix doucement.
« Et j’ai même préparé le terrain pour le faire. Mais ce serait… incomplet. »
Il chercha ses mots. Ce n’était pas un discours. Ce n’était pas une conférence de presse. C’était une confession.
« Je ne reviens pas pour moi. Plus pour l’égo. Plus pour les records. Tout ça est terminé. »
« Alors pourquoi ? À quoi bon Ani. » demanda Ilaix respectueusement.
Aníbal se leva et se dirigea vers une étagère encore trop vide de son bureau. Il y avait posé quelques objets arrivés récemment : une photo de Valladolid, une médaille, un dessin d’enfant envoyé depuis la Colombie, une vieille paire de crampons usés.
« Pour que tout ait un sens », répondit-il sans se retourner.
« Pour la dynastie. Pour ce club. Pour ce groupe qui m’attend sans me le demander. »
« Et pour eux, pour elle. » laissant échapper un sanglot.
Il n’avait pas besoin de préciser.
Ils restèrent un instant silencieux. Puis Aníbal revint s’asseoir, planta son regard dans celui d’Ilaix, et prononça enfin la phrase qu’il retenait depuis des semaines.
« Ce sera ma dernière saison. »
Ilaix inspira profondément. Il n’avait pas souri. Il n’avait pas protesté. Il avait simplement acquiescé.
« Alors on la fera comme il faut. »
« Sans compromis », ajouta Aníbal.
« Sans peur », conclut Ilaix.
Ils parlèrent ensuite du groupe. Des départs inévitables. De ceux qui reviendraient non pas pour l’argent, mais pour l’histoire. Des jeunes à protéger. Des anciens à rappeler. D’une saison à part. Une saison de combat. Une saison presque mystique.
« On ne cherchera pas à convaincre tout le monde », dit Aníbal. « Ceux qui doutent peuvent partir. Ceux qui restent doivent être prêts à tout donner. »
« Même à perdre ? »
« Surtout à gagner », corrigea-t-il calmement. « Mais sans jamais oublier pourquoi. »
Lorsque Ilaix se leva pour partir, la nuit était tombée. Avant de franchir la porte, il se retourna une dernière fois.
« Tu sais qu’ils te suivront. »
« Je le sais. »
« Et toi ? »
« Moi… je tiendrai. Jusqu’au bout. Pour elle »
Une fois seul, Aníbal resta longtemps immobile. Il ne ressentait ni soulagement, ni exaltation. Seulement une étrange paix mêlée de douleur. Il avait fait un serment. Pas à la victoire. Pas aux trophées.
À la fin.
Et cette fin, il la voulait droite. Entière. Inoubliable.


