Le Grand Prix dâAbu Dhabi nâĂ©tait fini que depuis quelques heures, nous profitions des festivitĂ©s propres au protocole en cĂ©lĂ©brant les titres obtenues par Antonelli et Lindblad.
Mets, entremets, boissons, la FIA pensait Ă tout tout en restant dans le sĂ©rieux. Pour lâeffusion, cela se passerait aprĂšs lorsque les journalistes et officiels auraient rangĂ© leurs matĂ©riels et quittĂ© les Emirats. AprĂšs une victoire somptueuse, il ne fallait pas gĂącher la fĂȘte avec des drama futils, je lâavais bien fait comprendre Ă mes jeunes pilotes, mais bon⊠Il fallait aussi que jeunesse se fasse et surtout quâAndrea et Arvid dĂ©compressent aprĂšs une saison faute dâintensitĂ©.
Dans la poche de mon costume je sens mon tĂ©lĂ©phone vibrer. Jâavais reçu plĂ©thores de SMS fĂ©licitant lâĂ©quipe et moi-mĂȘme et songea donc Ă nouveau Ă cela lorsque je constata quâil sâagissait du numĂ©ro de ma mĂšre.
-Dino, enfin tu dĂ©croches⊠Câest ton pĂšre, il est Ă lâhĂŽpital.
Des appels, elle mâen avait passĂ© des dizaines sans que je ne les ententes avec toutes ces Ă©mulations protocolaires. Cette nouvelle me ramena Ă la dure rĂ©alitĂ© et je quitta prĂ©cipitamment les lieux.
GIUSEPPE MASERATI 1950 - 2028
Une crise cardiaque. Aussi foudroyante quâun Ă©clair avait emportĂ© mon pĂšre, Giuseppe Maserati, nĂ© en 1950, Ă lâĂąge de 78 ans.
Lorsque lâavion quittant Abu Dhabi arriva sur le sol italien, il Ă©tait dĂ©jĂ trop tard. Il sâen Ă©tait allĂ© rejoindre les Ă©toiles et les pilotes de renom quâil avait supportĂ© tout au long de sa vie.
La tristesse mâenvahissait de nâavoir pas pu lui parler, le voir une derniĂšre fois, tout sâĂ©tait terminĂ© lors de notre dernier Ă©change quelques heures avant le dĂ©but de la course.
Il mâavait souhaitĂ© bonne chance, mâavait dit quâil mâaimait et puis plus rien. Rien que lâessentiel. Ce que chaque personne souhaite entendre mĂȘme sâil nâen fait pas la dĂ©monstration quotidienne.
La gorge nouĂ©e, ma mĂšre mâavait racontĂ© ses derniers instants, cĂ©lĂ©brant en chantant comme un italien une victoire qui comptait plus particuliĂšrement encore pour lui.
La tristesse Ă©tait lĂ , sâagrippant de toute ses force Ă mon coeur, mais je devais rester debout, ne pas plier le genoux, ne serait-ce que pour ma mĂšre qui avait vu son Ăąme soeur sâĂ©crouler dans la cuisine, et pour Enzo, mon fiston, qui Ă 5 ans ne comprend pas vraiment tout ce qui est en train de se passer.
Enfin, la journĂ©e des funĂ©railles. Longue, pĂ©nible, oĂč lâon passe le plus clair de son temps Ă serrer des mains et Ă recevoir des condolĂ©ances alors que lâon voudrait ĂȘtre partout ailleurs sauf ici.
Beaucoup de personnes de lâentreprise ont fait acte de prĂ©sence, dâautres se sont associĂ©es Ă travers des messages groupĂ©s. Mes plus proches partenaires Ă©taient lĂ , WachĂ©, les frĂšres Ferrara, la famille Pininfarina, et mĂȘme les Costantino, Gavio et Rossi. Du mon de la Formule 1, il y en avait aussi. Plus par soutien que par connaissance envers le dĂ©funt.
Mes pilotes aussi étaient là et avait été sympa dans le marasme étouffant de signer des autographes pour Enzo. Fred Vasseur aussi avait fait le déplacement depuis Maranello témoignant du respect qui nous lié toujours malgré les distances prises par Ferrari ces derniers mois.
Et puis quand tout fut terminĂ©, ce fut le silence absolu qui sâinstalla, Ă©puisĂ©e par ces derniers jours, ma mĂšre Ă©tait restĂ©e avec nous, chez nous, mais jâavais eu besoin de me retirer. De me retrouver seul. Dans la chambre parentale, les yeux rivĂ©s dans le vide Ă travers la baie vitrĂ©s, ces derniers, pour la premiĂšre fois, sâembrouillent et les larmes perlent le long de mes joues. Mes poings se serrent et la frustration mâenvahit. OĂč Ă©tais-je depuis tout ce temps ?
Des mains bien connues vinrent alors sâagripper dans mon dos en silence. Chiara⊠Depuis toujours, elle avait Ă©tĂ© lĂ . Dâune aide prĂ©cieuse en toute circonstance mĂȘme face au mur les plus infranchissables.
- Je suis Ă©puisé⊠Jâen ai marreâŠ
- Tu as le droit de te reposer. Tu peux tout arrĂȘter.
- Tu as peut-ĂȘtre raisonâŠ
Pour la premiĂšre fois depuis bien longtemps, je ne savais pas dans quelle direction aller.
Pour la premiĂšre fois depuis bien longtemps, jâavais lâimpression dâavoir dĂ©jĂ perduâŠ
Pour la premiĂšre fois depuis bien longtemps, je voulais faire une pause.