Le lendemain, Georgi se rĂ©veilla avec une impression Ă©trange : celle dâĂȘtre devenu un vĂ©ritable entraĂźneur de « soccer », mais aussi celle de nâĂȘtre quâun touriste Ă©garĂ© en GĂ©orgie, un pays dont il nâavait encore jamais entendu parler. A peine avait-il ouvert les yeux que ses parents entrĂšrent dans sa chambre, sa mĂšre semblait avoir un sourire radieux accrochĂ© aux lĂšvres.
« Alors mon fils, ta premiĂšre journĂ©e sâest bien passĂ©e ? » demanda-t-elle.
Georgi , encore Ă moitiĂ© endormi, hocha la tĂȘte avec un large sourire
« Maman, tu ne vas pas le croire ! Hier, Ă lâentraĂźnement, ils mâĂ©coutaient tous. Jâavais lâimpression dâĂȘtre.. je nâsais pas.. un crack du soccer ! »
Sa mÚre tapa dans ses mains, ravie de la réponse de son fils.
« Je le savais, mon fils. Tu as toujours eu quelque chose de spĂ©cial, malgrĂ© ta.. paresse. Regarde, mĂȘme dans un pays que tu ne connais pas, les gens reconnaissent ton talent. »
En entendant cette réponse, Georgi se mit à pouffer de rire.
« Bon, dâaccord, jâavoue.. Jâai peut-ĂȘtre racontĂ© un peu nâimporte quoi hier, mais câĂ©tait juste pour paraĂźtre crĂ©dible. Mais si tu avais vu leurs tĂȘtes ! Jâai lâimpression quâils me prennent vraiment pour un gĂ©nie ! »
Son pĂšre Ă©tait installĂ© dans le canapĂ© du salon. Il semblait ĂȘtre beaucoup plus sur la rĂ©serve que sa femme, car il savait bien que son fils nâĂ©tait pas un gĂ©nie du football.
« Un gĂ©nie.. ou un imposteur. Georgi, tu sais que tu nâas jamais jouĂ© au football de toute ta vie, tu ne connais rien Ă ce sport. Je sais que câest nous qui tâavons poussĂ© dans cette situation, mais je me dois dâĂȘtre honnĂȘte avec toi. Un jour ou lâautre, ils vont sâen rendre compte. »
Georgi sourit Ă son pĂšre. Il nâavait que trĂšs rarement eu ce sentiment, mais aujourdâhui il se sentait fier de lui. Il se sentait capable de gĂ©rer la situation.
« TâinquiĂštes Papa, je tâassure que je vais gĂ©rer. AprĂšs tout, la meilleure attaque câest la dĂ©fense ! »
Son pĂšre fronça les sourcils, ne comprenant pas ce que son fils voulait dire par lĂ . Mais il prĂ©fĂ©ra ne pas le contredire, sachant Ă quel point son fils pouvait ĂȘtre susceptible. Georgi quitta ensuite la piĂšce afin dâaller prendre une bonne douche, persuadĂ© dâavoir marquĂ© un point auprĂšs de ses parents, mĂȘme sâil ne savait pas tout Ă fait quel point il avait bien pu marquer.
LâaprĂšs-midi Ă lâentraĂźnement, Georgi comprit trĂšs rapidement quâil nâavait aucune idĂ©e de ce quâil Ă©tait censĂ© demander aux joueurs. Les exercices semblaient sâenchaĂźner par habitude, avec des coups de sifflets, des consignes prĂ©cises et une routine que lui seul ne semblait pas ĂȘtre en capacitĂ© de comprendre.
Il tenta de prendre en main lâentraĂźnement. Il demanda Ă ses joueurs dâenchaĂźner les courses, de sauter sur place ou encore de tirer du milieu de terrain. Les joueurs semblaient complĂštement perdu. AprĂšs quelques minutes de flottement gĂȘnant et dâexercices qui ne faisaient aucun sens, il trouva un Ă©chappatoire.
« Giorgi, lança-t-il Ă son adjoint, montre moi un peu comment tu organises tout ça. Je veux voir vos habitudes dâentraĂźnement afin de comprendre comment est-ce que vous procĂ©der. »
LâentraĂźneur adjoint, Giorgi Vardosanidze, leva un sourcil, surpris de la demande de son supĂ©rieur hiĂ©rarchique, mais finit par prendre le relais. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi Georgi lui demandait de prendre les rĂȘnes, alors que câĂ©tait lui lâentraĂźneur principal, mais il sâexĂ©cuta sans discuter.
TrĂšs rapidement, les joueurs sâalignĂšrent afin dâĂ©couter les consignes de lâentraĂźneur adjoint. Les passes sâenchainaient, les ballons fusaient et les filets tremblaient sans cesse. Georgi Ă©tait dĂ©passĂ© par ce quâil voyait sur le terrain, si bien quâil se contenta de marcher en hochant la tĂȘte, comme sâil Ă©tait lâinspecteur des travaux finis et quâil avait tout orchestrĂ©.
« TrĂšs bien, on continue ! » rĂ©pĂ©tait-il toutes les deux minutes, sans mĂȘme savoir ce quâil approuvait.
Quand la sĂ©ance dâentraĂźnement se termina, Georgi prit une grande inspiration. Dans quelques jours, un match amical devait se tenir face Ă une Ă©quipe semi-professionnelle, qui jouait dans les basses divisions gĂ©orgiennes. CâĂ©tait donc le moment pour lui de dĂ©voiler sa premiĂšre composition dâĂ©quipe. Il savait quâil Ă©tait attendu au tournant concernant sa premiĂšre tactique, il avait donc passĂ© la soirĂ©e sur des gĂ©nĂ©rateurs de tactique, quâil avait trouvĂ© sur internet. Il savait donc comment les joueurs devaient ĂȘtre placĂ©s sur le terrain.. mais il ignorait toujours qui devait jouĂ© Ă tel ou tel poste.
Les joueurs sâassirent dans le vestiaire, encore transpirants et fatiguĂ©s de la sĂ©ance dâentraĂźnement, tandis que lâentraĂźneur adjoint sortit un carnet afin de prendre des notes.
Georgi tapa dans ses mains, afin dâobtenir le silence le plus complet.
« Ok les gars ! Dans deux jours nous avons notre premier match amical. Jâai prĂ©parĂ© notre premiĂšre composition dâĂ©quipe, Ă©coutez bien. »
Un murmure parcourut la piĂšce, mais Georgi resta imperturbable et continua.
« En gardien : Giorgi Kutateladze. DĂ©solĂ© Lasha, mais Giorgi a un trop beau prĂ©nom pour rester sur le banc » lança-t-il, tentant un petit trait dâhumour pour apaiser la tension.
« Tout en bas, nous aurons de gauche à droite : Apakidze, Maisashvili, Nemsadze et Meliava. »
Les joueurs concernĂ©s se contentĂšrent dâhocher la tĂȘte.
« Au milieu, on aura : Davit Lomtadze et Omar Toradze ! »
Omar Toradze semblait totalement perdu. Il Ă©tait ĂągĂ© de 30 ans, venait tout juste dâarriver au club et voilĂ quâun entraĂźneur qui sortait de nul part le changeait totalement de poste. Lui, qui avait passĂ© plus de 15 ans Ă jouer en tant quâailier. Il demanda alors des comptes Ă son entraĂźneur, qui lui rĂ©pondit :
« Tu es lâun des plus rapides de lâĂ©quipe, je tâai vu courir tout Ă lâheure. En partant de plus bas, tu seras un peu comme une fusĂ©e qui part de loin pour arriver Ă tout exploser ensuite ! »
Omar ne savait pas quoi répondre. Il ouvrit la bouche, hésita, puis finit par hausser les épaules.
Georgi continua dâannoncer le reste de lâĂ©quipe.
« Sur les cĂŽtĂ©s en haut, Tengiz Bregvadze et Revaz Getsadze. Quant Ă ceux qui devront marquer des buts, jâai choisi Dimitri Tatanashvili et Guram Adamadze. »
Le vestiaire explosa de rires et de protestations. Guram Adamadze Ă©tait un dĂ©fenseur central et sĂ»rement le meilleur dĂ©fenseur de lâĂ©quipe.
« Mais coach, je suis défenseur central ! » lança-t-il.
« Justement ! rĂ©pondit Georgti, trĂšs sĂ»r de lui. « Ne dit-on pas toujours que la meilleure attaque câest la dĂ©fense ? Tu es un mur devant nos cages, tu seras dorĂ©navant un mur devant le but adverse ! »
Omar Toradze resta bouche bĂ©e. Il marmonna quelque chose en gĂ©orgien, que Georgi choisit dâignorer. Mais il nâĂ©tait pas le seul Ă ĂȘtre totalement dĂ©boussolĂ© par la composition annoncĂ©e par Georgi, lâentraĂźneur adjoint Ă©tait tout proche de sâĂ©touffer en relisant sa feuille.
« Coach, vous vous rendez compte de ce que vous faites ? » demanda-t-il.
« Bien sĂ»r ! Câest une rĂ©volution tactique, comme ont pu le faire tous les grands de ce sport.. Regardez Cristiano Ronaldo ! » sâexclama Georgi.
Cristiano Ronaldo, Georgi avait lu son nom la veille, lors de ses recherches internet sur le football et sa façon de le pratiquer. Malheureusement pour lui, il nâavait pas su voir que Cristiano Ronaldo Ă©tait un joueur, pas un entraĂźneur.
Les joueurs Ă©changĂšrent des regards, perpexles. Certains ricaient, dâautres commençaient Ă douter sĂ©rieusement et firent part de leurs inquiĂ©tudes Ă Georgi. Celui-ci se contenta de leur lancer un sourire confiant, disant quâils devaient avoir confiance en lui sâils voulaient que le projet fonctionne.





