:storyred: :s1: 🇬đŸ‡Ș :fc_aragvi_dusheti: Les Vacances de Georgi

Les vacances de Georgi



CHAPITRE VI - Les premiers pas

Le lendemain, Georgi se rĂ©veilla avec une impression Ă©trange : celle d’ĂȘtre devenu un vĂ©ritable entraĂźneur de « soccer Â», mais aussi celle de n’ĂȘtre qu’un touriste Ă©garĂ© en GĂ©orgie, un pays dont il n’avait encore jamais entendu parler. A peine avait-il ouvert les yeux que ses parents entrĂšrent dans sa chambre, sa mĂšre semblait avoir un sourire radieux accrochĂ© aux lĂšvres.

« Alors mon fils, ta premiĂšre journĂ©e s’est bien passĂ©e ? » demanda-t-elle.

Georgi , encore Ă  moitiĂ© endormi, hocha la tĂȘte avec un large sourire
« Maman, tu ne vas pas le croire ! Hier, Ă  l’entraĂźnement, ils m’écoutaient tous. J’avais l’impression d’ĂȘtre.. je n’sais pas.. un crack du soccer ! »

Sa mÚre tapa dans ses mains, ravie de la réponse de son fils.
« Je le savais, mon fils. Tu as toujours eu quelque chose de spĂ©cial, malgrĂ© ta.. paresse. Regarde, mĂȘme dans un pays que tu ne connais pas, les gens reconnaissent ton talent. »

En entendant cette réponse, Georgi se mit à pouffer de rire.
« Bon, d’accord, j’avoue.. J’ai peut-ĂȘtre racontĂ© un peu n’importe quoi hier, mais c’était juste pour paraĂźtre crĂ©dible. Mais si tu avais vu leurs tĂȘtes ! J’ai l’impression qu’ils me prennent vraiment pour un gĂ©nie ! »

Son pĂšre Ă©tait installĂ© dans le canapĂ© du salon. Il semblait ĂȘtre beaucoup plus sur la rĂ©serve que sa femme, car il savait bien que son fils n’était pas un gĂ©nie du football.
« Un gĂ©nie.. ou un imposteur. Georgi, tu sais que tu n’as jamais jouĂ© au football de toute ta vie, tu ne connais rien Ă  ce sport. Je sais que c’est nous qui t’avons poussĂ© dans cette situation, mais je me dois d’ĂȘtre honnĂȘte avec toi. Un jour ou l’autre, ils vont s’en rendre compte. »

Georgi sourit Ă  son pĂšre. Il n’avait que trĂšs rarement eu ce sentiment, mais aujourd’hui il se sentait fier de lui. Il se sentait capable de gĂ©rer la situation.
« T’inquiĂštes Papa, je t’assure que je vais gĂ©rer. AprĂšs tout, la meilleure attaque c’est la dĂ©fense ! »

Son pĂšre fronça les sourcils, ne comprenant pas ce que son fils voulait dire par lĂ . Mais il prĂ©fĂ©ra ne pas le contredire, sachant Ă  quel point son fils pouvait ĂȘtre susceptible. Georgi quitta ensuite la piĂšce afin d’aller prendre une bonne douche, persuadĂ© d’avoir marquĂ© un point auprĂšs de ses parents, mĂȘme s’il ne savait pas tout Ă  fait quel point il avait bien pu marquer.

Barre de séparation

L’aprĂšs-midi Ă  l’entraĂźnement, Georgi comprit trĂšs rapidement qu’il n’avait aucune idĂ©e de ce qu’il Ă©tait censĂ© demander aux joueurs. Les exercices semblaient s’enchaĂźner par habitude, avec des coups de sifflets, des consignes prĂ©cises et une routine que lui seul ne semblait pas ĂȘtre en capacitĂ© de comprendre.

Il tenta de prendre en main l’entraĂźnement. Il demanda Ă  ses joueurs d’enchaĂźner les courses, de sauter sur place ou encore de tirer du milieu de terrain. Les joueurs semblaient complĂštement perdu. AprĂšs quelques minutes de flottement gĂȘnant et d’exercices qui ne faisaient aucun sens, il trouva un Ă©chappatoire.

« Giorgi, lança-t-il Ă  son adjoint, montre moi un peu comment tu organises tout ça. Je veux voir vos habitudes d’entraĂźnement afin de comprendre comment est-ce que vous procĂ©der. »

L’entraĂźneur adjoint, Giorgi Vardosanidze, leva un sourcil, surpris de la demande de son supĂ©rieur hiĂ©rarchique, mais finit par prendre le relais. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi Georgi lui demandait de prendre les rĂȘnes, alors que c’était lui l’entraĂźneur principal, mais il s’exĂ©cuta sans discuter.

TrĂšs rapidement, les joueurs s’alignĂšrent afin d’écouter les consignes de l’entraĂźneur adjoint. Les passes s’enchainaient, les ballons fusaient et les filets tremblaient sans cesse. Georgi Ă©tait dĂ©passĂ© par ce qu’il voyait sur le terrain, si bien qu’il se contenta de marcher en hochant la tĂȘte, comme s’il Ă©tait l’inspecteur des travaux finis et qu’il avait tout orchestrĂ©.

« TrĂšs bien, on continue ! » rĂ©pĂ©tait-il toutes les deux minutes, sans mĂȘme savoir ce qu’il approuvait.

Barre de séparation

Quand la sĂ©ance d’entraĂźnement se termina, Georgi prit une grande inspiration. Dans quelques jours, un match amical devait se tenir face Ă  une Ă©quipe semi-professionnelle, qui jouait dans les basses divisions gĂ©orgiennes. C’était donc le moment pour lui de dĂ©voiler sa premiĂšre composition d’équipe. Il savait qu’il Ă©tait attendu au tournant concernant sa premiĂšre tactique, il avait donc passĂ© la soirĂ©e sur des gĂ©nĂ©rateurs de tactique, qu’il avait trouvĂ© sur internet. Il savait donc comment les joueurs devaient ĂȘtre placĂ©s sur le terrain.. mais il ignorait toujours qui devait jouĂ© Ă  tel ou tel poste.

Les joueurs s’assirent dans le vestiaire, encore transpirants et fatiguĂ©s de la sĂ©ance d’entraĂźnement, tandis que l’entraĂźneur adjoint sortit un carnet afin de prendre des notes.
Georgi tapa dans ses mains, afin d’obtenir le silence le plus complet.

« Ok les gars ! Dans deux jours nous avons notre premier match amical. J’ai prĂ©parĂ© notre premiĂšre composition d’équipe, Ă©coutez bien. »

Un murmure parcourut la piĂšce, mais Georgi resta imperturbable et continua.
« En gardien : Giorgi Kutateladze. DĂ©solĂ© Lasha, mais Giorgi a un trop beau prĂ©nom pour rester sur le banc » lança-t-il, tentant un petit trait d’humour pour apaiser la tension.

« Tout en bas, nous aurons de gauche à droite : Apakidze, Maisashvili, Nemsadze et Meliava. »

Les joueurs concernĂ©s se contentĂšrent d’hocher la tĂȘte.

« Au milieu, on aura : Davit Lomtadze et Omar Toradze ! »

Omar Toradze semblait totalement perdu. Il Ă©tait ĂągĂ© de 30 ans, venait tout juste d’arriver au club et voilĂ  qu’un entraĂźneur qui sortait de nul part le changeait totalement de poste. Lui, qui avait passĂ© plus de 15 ans Ă  jouer en tant qu’ailier. Il demanda alors des comptes Ă  son entraĂźneur, qui lui rĂ©pondit :
« Tu es l’un des plus rapides de l’équipe, je t’ai vu courir tout Ă  l’heure. En partant de plus bas, tu seras un peu comme une fusĂ©e qui part de loin pour arriver Ă  tout exploser ensuite ! »

Omar ne savait pas quoi répondre. Il ouvrit la bouche, hésita, puis finit par hausser les épaules.
Georgi continua d’annoncer le reste de l’équipe.

« Sur les cĂŽtĂ©s en haut, Tengiz Bregvadze et Revaz Getsadze. Quant Ă  ceux qui devront marquer des buts, j’ai choisi Dimitri Tatanashvili et Guram Adamadze. »

Le vestiaire explosa de rires et de protestations. Guram Adamadze Ă©tait un dĂ©fenseur central et sĂ»rement le meilleur dĂ©fenseur de l’équipe.
« Mais coach, je suis défenseur central ! » lança-t-il.
« Justement ! rĂ©pondit Georgti, trĂšs sĂ»r de lui. « Ne dit-on pas toujours que la meilleure attaque c’est la dĂ©fense ? Tu es un mur devant nos cages, tu seras dorĂ©navant un mur devant le but adverse ! »

Omar Toradze resta bouche bĂ©e. Il marmonna quelque chose en gĂ©orgien, que Georgi choisit d’ignorer. Mais il n’était pas le seul Ă  ĂȘtre totalement dĂ©boussolĂ© par la composition annoncĂ©e par Georgi, l’entraĂźneur adjoint Ă©tait tout proche de s’étouffer en relisant sa feuille.
« Coach, vous vous rendez compte de ce que vous faites ? » demanda-t-il.
« Bien sĂ»r ! C’est une rĂ©volution tactique, comme ont pu le faire tous les grands de ce sport.. Regardez Cristiano Ronaldo ! » s’exclama Georgi.

Cristiano Ronaldo, Georgi avait lu son nom la veille, lors de ses recherches internet sur le football et sa façon de le pratiquer. Malheureusement pour lui, il n’avait pas su voir que Cristiano Ronaldo Ă©tait un joueur, pas un entraĂźneur.

Les joueurs Ă©changĂšrent des regards, perpexles. Certains ricaient, d’autres commençaient Ă  douter sĂ©rieusement et firent part de leurs inquiĂ©tudes Ă  Georgi. Celui-ci se contenta de leur lancer un sourire confiant, disant qu’ils devaient avoir confiance en lui s’ils voulaient que le projet fonctionne.

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Il a une maniĂšre spĂ©ciale d’imaginer son plan de jeu le p’tit Georgi :sac:

Tout le monde est en train de voir qu’il est un imposteur :sac:

mdr ! quel tacticien ! :rofl:

Georgi rend un bel homme au LOSC sous Bielsa avec sa compo bancale !

Futur génie incompris ?

J’annonce Adamadze meilleur buteur du championnat :joy:

LĂ , si la suite de l’histoire est rĂ©aliste, le coach se mange un score de rugby pour son premier match :sac:

On dirait un Ă©tudiant qui dĂ©couvre son sujet de partiel, sans avoir Ă©tĂ© en cours du semestre, et sans avoir connaissance de la matiĂšre qu’il allait passer :joy:

Doit bien y avoir un livre qui s’intitule « Le foot pour les nuls ! Â». Qu’il se le procure, ça ne pourra lui ĂȘtre que bĂ©nĂ©fique :rofl:

Les vacances de Georgi



CHAPITRE VII - LE BAPTEME DU FEU

Georgi n’avait pas fermĂ© l’Ɠil de la nuit, tant il Ă©tait impatient et stressĂ© en mĂȘme temps. Le 5 FĂ©vrier 2023, jour de son premier match officiel en tant qu’entraĂźneur Ă©tait arrivĂ© Ă  grands pas. Certes, il ne s’agissait « que Â» d’un match amical face Ă  Bakhtrioni, une modeste Ă©quipe des basses divisions gĂ©orgiennes, mais pour lui c’était l’équivalent d’une finale de NBA. Ou plutĂŽt, d’une finale de Ligue des Champions, comme disent les amateurs de Soccer.

Pour l’occasion, ses parents Ă©taient prĂ©sents dans les petites tribunes du Stade Maracana, qui n’avait de Maracana que le nom. Ils n’auraient manquĂ© ce moment pour rien au monde. Sa mĂšre, toute sourire, agitait une pancarte de fortune, un vulgaire bout de carton sur lequel elle avait Ă©crit le prĂ©nom de son fils. Une preuve qu’elle croyait en lui, comme s’il s’était dĂ©couvert un talent d’entraĂźneur qu’il n’avait pas. Ou du moins, pas encore.

Son pĂšre, lui, continuait d’adopter une posture rĂ©servĂ©e. Les bras croisĂ©s, il lĂącha en soufflant :
« Tu sais Georgi, gagner ou perdre ce n’est pas si important. Mais Ă©vite au moins de devenir la risĂ©e de toute la GĂ©orgie. »

Georgi tenta de rire, mais cela sonnait un peu trop faux pour que son pĂšre le prenne au sĂ©rieux. Il avait dĂ©jĂ  cette boule au ventre, celle qui mĂ©langeait l’adrĂ©naline et la peur de vivre une catastrophe.

Barre de séparation

Quelques heures Ă  peine avant le coup d’envoi, une mauvaise nouvelle arriva aux oreilles de Georgi : Andro Nemsadze s’était blessĂ©. Le diagnostic n’était pas vraiment rassurant, puisque le joueur allait ĂȘtre absent pour une durĂ©e allant entre deux Ă  cinq semaines. Un coup dur pour l’équipe et pour Georgi, car Andro Ă©tait l’un des Ă©lĂ©ments clĂ©s de la dĂ©fense centrale. Il fallut bricoler Ă  la hĂąte et c’est Archil Basaria, qui Ă©voluait jusqu’à lors dans les Ă©quipes rĂ©serves, qui fut propulsĂ© au rang de titulaire.

Le match dĂ©marra sous de mauvais auspices. Si Aragvi se voulait conquĂ©rant, c’est bien Bakhtrioni qui allait frapper en premier. DĂšs la 10Ăšme minute, un corner parfaitement tirĂ© trouva la tĂȘte de leur attaquant, mais le ballon vint s’écraser sur la barre transversale de Giorgi Kutateladze, qui Ă©tait totalement battu.

Les visiteurs dominaient trĂšs nettement et, Ă  la 23Ăšme minute, ils se procurĂšrent une seconde occasion. Tugushi fila en profondeur, prit de vitesse toute la dĂ©fense d’Aragvi et se trouva seul face au gardien. Cette fois-ci, Kutateladze sortit une parade miraculeuse, repoussant en corner sous les applaudissements de la dizaine de supporters prĂ©sents aux abords de la pelouse.

Alors qu’on approchait de la mi-temps, contre le cours du jeu Aragvi parvint Ă  trouver l’ouverture. Suite Ă  une mauvaise relance adverse, Toradze intercepta le ballon et servit Bregvadze. A l’entrĂ©e de la surface, ce dernier dĂ©cocha une frappe surpuissante alla se loger en pleine lucarne. 1-0.

De retour de la pause, les joueurs semblaient galvanisĂ©s. Il ne fallut attendre que cinq petites minutes pour creuser l’écart : Getsadze transmit le ballon Ă  Apakidze, qui dĂ©clencha une frappe somptueuse, impossible Ă  arrĂȘter pour le gardien adverse. 2-0.

Le match semblait pliĂ© mais les joueurs de Bakhtrioni refusaient d’abdiquer. A 20 minutes de la fin, Adamia dĂ©bordait sur son cĂŽtĂ© droit avant de centrer pour Tughushi. Cette fois-ci, l’attaquant ne manqua pas sa chance et trompa le gardien d’Aragvi, d’une frappe croisĂ©e. 2-1.

La fin de rencontre fut tendue, mais plus aucun but ne vint modifier le score et Aragvi venait de signer sa toute premiùre victoire sous l’ùre Georgi Morrow.

Barre de séparation

Dans le couloir du vestiaire, Georgi croisa Toradze, repositionnĂ© milieu de terrain par le nouvel entraĂźneur. Georgi le regarda dans les yeux, gonflĂ© d’orgueil et lui lança d’un ton triomphant :
« Tu vois, j’avais raison ! T’as Ă©tĂ© excellent ce soir, une vraie fusĂ©e ! »

Toradze haussa les sourcils, peu convaincu. Il savait qu’il avait fait un bon match statistiquement, mais physiquement il avait Ă©tĂ© dĂ©passĂ© par la jeunesse et la fougue des milieux adverses. Cependant, il hocha poliment la tĂȘte.

Un peu plus loin, son adjoint Giorgi Vardosanidze l’attendait, visiblement bien moins enthousiaste.
« Coach, nos attaquants ont Ă©tĂ© catastrophiques, il y a un vrai problĂšme. Et ce n’est pas une surprise, ce sont des dĂ©fenseurs que vous avez mis devant. On a peinĂ© Ă  battre une Ă©quipe largement infĂ©rieure, comment pouvez-vous ĂȘtre satisfait ? »

Georgi lui adressa un petit sourire condescendant, comme si les critiques glissaient sur lui.
« Regarde le tableau, nous avons gagnĂ©, non ? Et pourtant, ça n’était que mon premier match. Je crois que ça prouve que mes choix ne sont pas si mauvais. »

L’adjoint le regarda, avec un mĂ©lange d’exaspĂ©ration et de colĂšre. Finalement, il lĂącha un soupir et murmura :
« Si vous continuez comme ça, on va se faire massacrer en championnat
 »

Malheureusement pour lui, Georgi n’écoutait dĂ©jĂ  plus ce qu’il lui disait, comme s’il Ă©tait dĂ©jĂ  happĂ© par l’idĂ©e de sa premiĂšre victoire et qu’il pensait avoir trouver la recette secrĂšte pour faire gagner cette Ă©quipe.

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Il a pris un peu le melon le Georgi :grin:

hate de voir le championnat !

Mais c’est qu’il devient arrogant en plus

Allez Georgi, t’as bien raison d’ĂȘtre confiant ! N’écoutes pas tes joueurs, ni ton adjoint, toi seul a raison :grin:

Il se prend pour Mourinho. Ha ben non, il ne doit pas le connaitre :joy:

J’y Ă©tais presque quand j’avais imaginĂ© le gardien en avant centre :rofl:

Par contre la premiùre victoire c’est GG !

Pardon, mais pourquoi tu me parles toi ? Et d’abord, t’es qui ?
confused swag GIF

Comme on dit : 80% du succùs consiste à se montrer, et pour l’instant Georgi
se montre bien :kappa:

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REPONSES AUX LECTEURS

Merci Ă  tous pour vos commentaires !
C’est clair qu’il a pris un sacrĂ© melon, notre petit Georgi. Mais est-ce qu’il va finir par redescendre de son nuage ?

J’ai hĂ©sitĂ© en plus, mais je me suis dis que c’était un peu trop et que la diffĂ©rence de maillot Ă©tait trop Ă©vidente pour qu’il soit idiot Ă  ce point. :sac:

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CHAPITRE VIII - RETOUR SUR TERRE

Dans le vestiaire, juste avant le coup d’envoi de ce deuxiĂšme match amical, cette fois-ci face Ă  l’équipe de Turan, Georgi faisait les cent pas, l’air sĂ»r de lui. Ses lunettes mal ajustĂ©es glissaient rĂ©guliĂšrement sur le bout de son nez, mais il s’en moquait complĂštement : il Ă©tait dans son rĂŽle de « coach Â» et il ne voulait rien laisser transparaĂźtre. Ses joueurs, eux, restaient assis, l’air fatiguĂ©s avant mĂȘme que le match ne soit commencĂ©.

« Bon les gars, soyons honnĂȘtes
 La derniĂšre fois, vous pensiez que j’étais fou, hein ? Avouez ! »

Un silence gĂȘnĂ© s’installa. Quelques sourcils se haussĂšrent, des regards se croisĂšrent et quelques soufflements se firent entendre. Georgi, qui n’attendait pas rĂ©ellement de rĂ©ponse, continua, l’air gonflĂ© Ă  bloc.
« Mais finalement, qui a eu raison ? Nous avons gagné ! »

Une fois de plus, aucun joueur ne prit la peine de rĂ©pondre, pourtant ce n’était pas l’envie qui manquait, mais aprĂšs tout avait-il vraiment tort ? Ils avaient rĂ©ussi Ă  s’imposer pour leur premier match amical de la saison, certes sans avoir brillĂ©s, mais ils avaient gagnĂ© quand mĂȘme. Georgi claqua des doigts, comme s’ils venaient de rĂ©soudre une Ă©nigme.

« Nous avons gagnĂ© ! Alors pourquoi changer ? On garde la mĂȘme dynamique, Adamadze reste tout devant, Toradze sera toujours notre fusĂ©e. On ne change pas une Ă©quipe qui gagne ! »

Au fond de la piĂšce, Getsadze leva discrĂštement les yeux au ciel. Adamadze, le nouveau « dĂ©fenseur-buteur Â» s’enfonça dans son survĂȘtement aux couleurs du club, comme s’il voulait disparaĂźtre. Quant Ă  Giorgi Vardosanidze, l’adjoint, il ne dit rien mais ses mĂąchoires serrĂ©es en disaient long.

Barre de séparation

Pour ce deuxiĂšme match amical, nouveau coup dur. AprĂšs la blessure de Nemsadze avant le premier match, cette fois-ci c’est au tour d’un autre dĂ©fenseur central d’ĂȘtre sur la touche. En effet, Nika Apakidze, qui prĂ©tendait Ă  une place de titulaire, souffre d’une hernie abdominale et devrait ĂȘtre absent pour une durĂ©e de 5 semaines.

A l’image du dĂ©but de match prĂ©cĂ©dent, Aragvi sentait que celui-ci commençait plutĂŽt mal et que la soirĂ©e serait compliquĂ©e. AprĂšs seulement 28 minutes de jeu, une perte de balle au milieu de terrain offrit Ă  l’adversaire un face-Ă -face immanquable. 0-1.

Douze minutes aprĂšs l’ouverture du score, sur un corner mal dĂ©gagĂ©, le ballon termine Ă  nouveau au fond des filets, sur une trĂšs belle frappe de JĂŽ, Ă  l’entrĂ©e de la surface. Les tribunes, oĂč Ă©taient prĂ©sents quasiment 300 personnes, Ă©taient devenues muettes. 0-2.

Deux minutes plus tard, une lueur d’espoir surgit. Tatanashvili, parti seul sur le cĂŽtĂ© droit, envoya un centre parfait. Adamadze, le « dĂ©fenseur-buteur Â», s’éleva plus haut que tout le monde et envoya le ballon de la tĂȘte au fond des cages du gardien adverse. 1-2.

Au retour des vestiaires, Aragvi semblait danjs de meilleurs dispositions, mais Ă  la 64Ăšme minute, Jemal Gogiashvili prit un deuxiĂšme carton jaune, synonyme d’expulsion. Alors qu’ils semblaient ĂȘtre revenu dans le match, les joueurs d’Aragvi se retrouvait alors Ă  10 contre 11.

Paradoxalement, c’est Ă  ce moment-lĂ  que l’équipe retrouva un semblant d’énergie. A la 70Ăšme minute, Bregvadze glissa une superbe passe en profonde Ă  Toradze. L’ailier de mĂ©tier placĂ© au milieu de terrain par le nouvel entraĂźneur, se plaça au point de penalty et envoya une frappe surpuissante au fond des filets. 2-2, Ă©galisation de la « fusĂ©e Â» d’Aragvi.

Malheureusement pour les supporters d’Aragvi, l’histoire tourna au cauchemar. A la 94Ăšme minute, alors que tout le monde pensait que le match allait se terminer sur un score de paritĂ©, Turan lança une contre-attaque fatale. La dĂ©fense, lessivĂ©e, ne parvint pas Ă  rattraper Alex Serrano et le laisser filer au but, avant qu’il ne trompe Girgio Kutateladze d’une frappe croisĂ©e. 2-3, fin du match.

Barre de séparation

Dans les vestiaires, le silence Ă©tait pesant. La plupart des joueurs regardaient leurs chaussures, l’air dĂ©pitĂ© comme s’ils venaient de perdre en finale de la coupe nationale. Certains secouaient la tĂȘte, ne comprenant pas les choix de l’entraĂźneur. L’entraĂźneur adjoint dĂ©cida de prendre la parole.

« Coach, soyons clairs. Cette composition ne peut pas fonctionner. Vous avez mis un dĂ©fenseur en pointe et un ailier au milieu.. C’est du putain de bricolage, on ne peut pas continuer comme ça ! »

DiscrĂštement, certains joueurs semblaient acquiescer mais aucun ne prit rĂ©ellement la parole. Georgi ne broncha pas. Il inspira profondĂ©ment, puis pointa du doigt son tableau d’affichage, qu’il avait rempli avant le match afin de confirmer sa composition.

« Excusez-moi, mais.. qui a marqué ce soir ? »

Georgi marqua un temps de pause, tandis que la salle était plongée dans le silence.
« Adamadze, mon dĂ©fenseur-buteur. Toradze, mon ailier-milieu. VoilĂ , ceux qui ont bien jouĂ©. Les autres ? Rien. Alors oui, on a perdu, mais mes choix ne sont pas mauvais. Si demain je dĂ©cide de tout changer, vous devrez me suivre parce que ça fonctionne. C’est comme ça. »

Les joueurs Ă©changĂšrent des regards lourds, des regards dĂ©pitĂ©s. Mais certains d’entre eux semblaient tout de mĂȘme ĂȘtre prĂȘts Ă  se sacrifier pour l’équipe, c’est ainsi que Getsadze dĂ©cida de prendre la parole.
« On donnera tout, coach ! Pour l’équipe. »

Georgi Ă©tait ravi de cette prise de parole, mais il sentait que toute l’équipe n’était pas derriĂšre lui, mĂȘme s’il ne comprenait pas pourquoi car ses choix semblaient rĂ©ellement fonctionner. Etait-il incapable de comprendre que le football n’est pas un sport fait d’individualitĂ©, mais un sport collectif ? En tout cas, une fissure venait de s’ouvrir. Une fissure minuscule, mais bel et bien rĂ©elle.

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