Les vacances de Georgi
CHAPITRE V - Les présentations
Une fois les prĂ©sentations terminĂ©es, le propriĂ©taire du club invita Georgi Ă visiter la totalitĂ© des installations ainsi quâĂ rencontrer une partie de lâĂ©quipe et du staff technique, spĂ©cialement conviĂ©s pour lâoccasion. AprĂšs tout, ce nâĂ©tait pas tous les jours quâun entraĂźneur amĂ©ricain dĂ©barquait pour prendre en charge une petite Ă©quipe gĂ©orgienne. Georgi ne savait pas trop Ă quoi sâen tenir, mais il constata au moins une chose : il y avait des cages, des filets et un grand rectangle vert.
« Bon, bah câest bien du soccer » pensa-t-il.
Le propriĂ©taire, fier de lui, guida Georgi vers un petit groupe de personnes rassemblĂ©es prĂšs du terrain. Tous portaient un survĂȘtement rouge et blanc, frappĂ© du logo du club.
« Mes amis, voici votre nouvel entraßneur.. tout droit débarqué des United States of America ! » lança-t-il dans un anglais hésitant et approximatif.
Des murmures parcoururent le groupe. Quelques rires Ă©touffĂ©s Ă©clatĂšrent quand Georgi leva maladroitement la main dans le but de les saluer, laissant apparaĂźtre la manche de son sweat tĂąchĂ©e de sauce ketchup. Sa barbe mal taillĂ©e et ses cheveux un peu gras nâaidaient pas non plus Ă donner lâimage dâun meneur dâhommes charismatique.
Il prit une grande inspiration, bien décidé à se montrer convaincant :
« Bonjour, lâĂ©quipe. Je suis Georgi, votre coach de.. euh.. soccer ! Je suis trĂšs passionnĂ© et jâai beaucoup de choses Ă vous transmettre. »
Son sourire crispĂ© trahissait complĂštement sa nervositĂ©. AprĂšs quelques secondes dâun silence pesant, il ajouta maladroitement :
« Faites moi confiance, nous allons marquer.. beaucoup de paniers ! Nous serons les champions en la matiÚre ! »
Le prĂ©sident tira une drĂŽle de tĂȘte, mais tenta de camoufler ses interrogations par un sourire hĂ©sitant. Lâun des joueurs Ă©clata de rire, tandis que lâentraĂźneur adjoint leva les yeux au ciel et que le reste de lâĂ©quipe Ă©changea des regards dubitatifs.
Georgi dĂ©cida ensuite de serrer la main de chacun. Certains lui rĂ©pondirent par une accolade maladroite, dâautres par un geste traditionnel quâil ne comprit pas. Deux ou trois baragouinĂšrent un timide « hello coach », mais la plupart restĂšrent silencieux, se contentant dâobserver. En les regardant, Georgi tenta de deviner les postes de chacun. Le plus grand, en maillot bleu, devait forcĂ©ment ĂȘtre gardien. Mais pour les autres ? MystĂšre total. A ses yeux, ils avaient tous la mĂȘme tĂȘte, la mĂȘme tenue et probablement la mĂȘme mission : marquer des buts.

A peine les prĂ©sentations terminĂ©es, le propriĂ©taire invita tout le monde dans une salle de rĂ©union. Georgi fut surpris par la modernitĂ© relative des lieux : la piĂšce Ă©tait petite mais Ă©quipe dâune grande tĂ©lĂ©vision, de plusieurs paperboards et dâun mur fraĂźchement repeint en blanc. Il se dit que, finalement, ce nâĂ©tait pas si lugubre que ce quâil avait imaginĂ© avant dâarriver ici. En tout cas, il Ă©tait bien lojn de lâinsalubritĂ© du bĂątiment dans lequel il avait passĂ© la nuit.
« Coach, please. Can you tell to us what is your vision ? » demanda le propriétaire, toujours dans un anglais catastrophique.
Georgi sentit ses mains devenir moites. Jamais encore il nâavait Ă©tĂ© aussi mal Ă lâaise et pourtant, il en avait connu des moments de malaise. Il se souvenait encore de la fois oĂč, poussĂ© par les sportifs de son universitĂ©, il avait tentĂ© dâobtenir un rencard avec la plus belle fille de lâĂ©cole, sans sâapercevoir que les sportifs lui avaient collĂ© dans le dos une affiche sur laquelle Ă©tait Ă©crit « je suis un loser ». Mais lĂ , câĂ©tait diffĂ©rent. Ce nâĂ©tait pas comme ses soirĂ©es de tryhard sur League of Legends : cette fois, il nâavait absolument aucun plan. Mais il Ă©tait lĂ et il fallait bien dire quelque chose.
Il attrapa un marqueur et commença Ă tracer des schĂ©mas sur lâun des tableaux. Des flĂšches se croisaient dans tous les sens, des zones improbables et mĂȘme un demi-cercle mal tracĂ© avec un « QB » inscrit Ă lâintĂ©rieur, rĂ©flexe hĂ©ritĂ© de ses rares souvenirs de football amĂ©ricain.
Les joueurs se regardĂšrent, perplexes. Lâadjoint soupira, puis reprit la parole en gĂ©orgien pour tenter dâexpliquer quelque chose de vaguement logique, en essayant de sâappuyer sur les schĂ©mas de Georgi. Quant Ă lui, il souriait intĂ©rieur. Il avait lâimpression dâavoir donnĂ© une vĂ©ritable leçon tactique, sans mĂȘme avoir compris la moindre chose inscrite sur son tableau.
La rĂ©union terminĂ©e, il sortit dans le froid. MalgrĂ© quâil avait lâimpression dâavoir Ă©tĂ© Ă la hauteur, il Ă©tait extĂ©nuĂ© et semblait perdu. Il souffla un grand coup et se dit :
« Bon.. je sais que le ballon est rond et quâil faut marquer plus que lâautre Ă©quipe pour gagner. Câest dĂ©jĂ un bon dĂ©but. »