Réponse aux lecteurs
@celiavalencia A ton avis ?
@alexgavi oui, y’avait clairement besoin d’un peu de rotation dans cette équipe. C’est déjà miraculeux d’avoir obtenu de tels résultats avec un effectif aussi court. Quant à Giuseppe, je crois que tu as compris à peu prêt l’idée ![]()
@CaptainAmericka Une vraie question à laquelle je ne répondrai pas
@toopil Je ne connaissais pas cette maxime ! C’est la façon de procéder de Tenuanua ça non ?
Chiara avait prévu de travailler. C’était, en tout cas, ce qu’elle avait annoncé à IANA.
— Je veux comprendre son évolution tactique.
Un silence puis la voix d’IANA :
— Tu veux dire : tu veux comprendre pourquoi il a changé trois joueurs de place sans t’ennuyer pendant vingt minutes ?
— C’est exactement ça.
— Alors nous sommes face à un défi majeur.
Chiara leva les yeux au ciel.
— IANA.
— Chiara.
— Sois sérieuse.
— Je suis toujours sérieuse.
— Non.
— C’est une interprétation subjective de mes paramètres comportementaux.
— Tu as littéralement soupiré.
— Une simulation de soupir n’est techniquement pas un soupir..
— Tu es insupportable.
— Six ans d’apprentissage.
Chiara sourit malgré elle. Cela faisait six ans qu’IANA l’accompagnait. Au début, elle n’était qu’un formidable outil de travail. Avec le temps, elle avait appris à savoir quand Chiara faisait semblant de comprendre quelque chose. La tactique du football était précisément l’un de ces domaines.
— Très bien. Explique-moi Colombani après le mercato.
— Avec plaisir.
Une représentation tactique apparut sur l’écran.
— Avant la trêve, Colombani utilisait principalement un 4-3-3.
— Ça, je sais.
— Félicitations.
— IANA.
— Pardon.
Le schéma changea.
— Slaniniak reste titulaire. Novak était latéral gauche. Vasilko et Kisiev formaient la charnière. Petran occupait le côté droit.
— Petran, c’est le capitaine ?
— Oui.
— Celui de quarante-cinq ans ?
— Oui. Petran est le vieux joueur polyvalent, coach adjoint.
IANA fit apparaître le nouveau système.
— Après le mercato, Colombani ne révolutionne pas son organisation. Il la densifie.
— Traduction ?
— Il ne change pas de maison. Il déplace les murs.
Chiara réfléchit.
— Ça, je comprends.
— Le nouveau dispositif conserve une structure de 4-3-3, mais avec davantage de polyvalence et surtout une meilleure répartition des tâches.
Vasilko monte. Saturnino garde le même rôle où ses qualités physiques sontt si bien mises en valeur. Vargic continue d’organiser le jeu. Mais devant eux, les choses changent. Vasil’ joue plus près de Gomez à gauche ou à droite, selon l’ailier aligné. Luptak à gauche, ou Gembicky à droite. Gomez occupe la pointe et dévore les espaces.
— Donc Vasil’ est attaquant ?
— Par moments.
— Et milieu ?
— Par moments.
— Et ailier ?
— Oui.
— C’est compliqué.
— Pour toi, oui.
— IANA.
— Pour les défenseurs adverses également.
Chiara sourit. IANA poursuivit.
— L’autre véritable changement se situe derrière. Petran peut jouer défenseur central ou milieu. Vasilko peut protéger la défense ou avancer pour utiliser son jeu aérien. Petran apporte de la polyvalence. Vasil’ permet d’ajouter de la créativité. Et surtout, Vargic est progressivement libéré.
— Pourquoi c’est important ?
— Parce que Vargic est le cerveau.
— Ça, Giuseppe me l’a dit.
— Et il avait raison.
— Il le pense de tous ses joueurs.
— Non.
Un silence.
— Il le pense surtout de Vargic.
Chiara sourit.
— D’accord.
IANA poursuivit.
— Avant, Vargic devait participer davantage aux tâches défensives. Désormais, Colombani cherche à le rapprocher de la zone où il peut faire ce qu’il fait le mieux : recevoir, orienter, créer et se projeter.
— Donc il veut que son meilleur joueur fasse moins de choses ?
— Exactement.
Chiara fronça les sourcils.
— Ça paraît contre-intuitif.
— C’est pourtant une idée fondamentale dans la construction d’une équipe.
Elle marqua une pause.
— Un joueur ne devient pas plus utile parce qu’on lui demande davantage de choses.
— Ah.
— Il devient parfois plus utile lorsqu’on lui permet de faire moins de choses, mais mieux.
Chiara resta silencieuse.
— Ça ressemble beaucoup à Giuseppe.
— Explique.
— Il faisait tout.
Elle réfléchit.
— Il voulait être entraîneur, recruteur, analyste, psychologue, communicant, et probablement kiné lorsqu’il n’en avait toujours pas.
— Exact.
— Maintenant il délègue.
— Oui.
— Donc son équipe fait la même chose que lui.
Un silence.
— Chiara.
— Oui ?
— Pour une fois, tu viens de faire une remarque tactique pertinente.
— Merci.
— Je vais l’archiver.
— Tu peux te moquer.
— Je ne me moque jamais.
Chiara éclata de rire. Elle reprit ses notes.
— Et Gomez ?
— C’est probablement l’autre grande évolution. Le recrutement de Trutz apporte une solution que Colombani n’avait pas avant. Un attaquant capable d’attaquer la profondeur, de fixer, de jouer en transition et surtout de marquer. Il marque beaucoup.
— 6 buts lors de ses 5 premiers matchs.
— Voilà .
— Donc le mercato fonctionne.
— Il fonctionne sans bouleverser l’équipe. C’était probablement le point le plus important. Colombani et Trutz n’ont pas détruit ce qui fonctionnait. Ils avaient identifié les faiblesses. Un gardien remplaçant, des défenseurs plus rapides, de la polyvalence, de la profondeur : un véritable neuf. Et des joueurs capables d’entrer dans son système sans l’obliger à repartir de zéro.
— Donc Trutz et Colombani ont fait un bon mercato.
— Oui.
— C’est tout ?
— Non.
IANA fit apparaître les données des matchs de reprise.
— Ils ont surtout réussi quelque chose de plus difficile.
— Quoi ?
— Ils ont amélioré l’équipe sans casser la dynamique de l’équipe précédente.
Chiara regarda le schéma puis les résultats, puis le schéma à nouveau.
— Et Giuseppe ?
— Il commence à avoir confiance dans ses propres idées.
— Enfin.
— Il ne faut pas exagérer.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il reste Giuseppe Colombani.
Chiara sourit.
— Donc ?
— Donc il est capable d’avoir raison pendant quatre-vingt-dix minutes, puis de passer trois heures à se demander pourquoi il n’a pas fait autrement.
— Ça aussi, ça lui ressemble.
— Beaucoup.
Chiara referma finalement son carnet.
— Je crois que je commence à comprendre.
— Le football ?
— Non.
Elle sourit.
— Giuseppe.
IANA resta silencieuse puis :
— C’était précisément l’objectif.

