:storygreen: :s5: Le génie de Ma’areva 🇵🇫 🇦🇺

Responses to Readers

@CaptainAmericka Une belle aventure, j’espère!

Chapitre 175: Pit-Boy

Teanuanua reprit l’entraînement dès le lendemain, cette fois avec l’équipe junior de Perth Glory. Dès les premières minutes, il comprit qu’il entrait dans un univers encore différent.
Déjà qu’il trouvait l’équipe première relativement jeune, ici, c’était encore plus frappant. La quasi-totalité des joueurs avait entre 16 et 17 ans. Quelques-uns affichaient 18, 20 ou 22 ans, mais ils étaient minoritaires.
Étonnamment, cela ne le dérangeait pas. À 20 ans, il se fondait naturellement dans ce groupe. Il retrouvait même une certaine légèreté, loin de la pression immédiate du haut niveau.

La saison des juniors avait déjà commencé. Le championnat se déroulait entre octobre et janvier, et il ne restait plus que trois matchs à disputer. Ensuite, à partir de mars, l’équipe enchaînerait avec la National Premier League, considérée comme la deuxième division australienne.
Mais Teanuanua avait un autre objectif en tête: intégrer rapidement l’équipe première. L’accueil fut excellent. Tous ses nouveaux coéquipiers étaient Australiens. Il était le seul étranger, mais personne ne lui fit ressentir. Au contraire, l’un d’eux lui expliqua: « Ici, accueillir des joueurs qui visent l’équipe A, c’est normal. Mais attention… le niveau n’est pas si faible. On veut tous monter et jouer en A-League, donc il faudra faire la différence. »

Le message était clair. Dès le premier entraînement, Teanuanua comprit à quel point c’était vrai.
Un jeune défenseur central lui mena la vie dure du début à la fin de la séance. Impossible de passer… Chaque duel tournait à l’avantage du défenseur. Solide physiquement, propre techniquement, doté d’une excellente lecture du jeu… il semblait jouer avec une maturité impressionnante. Et surtout, sans jamais forcer.
Autour d’eux, les autres joueurs l’encourageaient: « Bravo, Pit-Boy! »

Pit-Boy! Teanuanua se dit rapidement qu’il comprenait l’origine du surnom. Ce joueur ne lâchait rien, comme un pitbull accroché à sa proie.

Mais ce qui le frappa le plus, c’était son attitude. Le garçon ne parlait presque pas. Discret, effacé, presque invisible en dehors du terrain… et pourtant, dès qu’il posait le pied sur la pelouse, il devenait une présence écrasante.

À la fin de l’entraînement, dans le vestiaire, Teanuanua s’approcha de lui.
« Franchement… bien joué. T’es fort! »

Pit-Boy leva les yeux, esquissa un léger sourire… puis ne dit rien. C’était tout.
Teanuanua resta un instant à l’observer. Ce contraste le fascinait: si silencieux en dehors, si dominant sur le terrain.
Il venait d’arriver, et déjà, il comprenait une chose essentielle: ici, rien ne serait facile.

Et en regardant ce jeune défenseur s’éloigner, une pensée s’imposa à lui: « Ce mec-là… il ira très, très loin. »

Le premier match arriva rapidement pour Teanuanua. Comme il s’y attendait, il débuta sur le banc. Il comprenait la décision: physiquement, il n’était pas encore prêt.

L’équipe junior de Perth Glory affrontait les jeunes de Brisbane Roar. Ce déplacement fut une découverte en soi. En Australie, jouer pour Perth signifiait traverser le pays régulièrement. Des heures d’avion, des trajets interminables… un véritable défi logistique.
Teanuanua se demanda si cette fatigue avait joué un rôle dans la défaite 2-1. Il entra en jeu à la 75e minute, mais sans réel impact. Frustrant…

Le match suivant se jouait à domicile, face aux jeunes de Melbourne City. Pit-Boy, absent lors du précédent match pour cause de maladie, était de retour. Et cela changea tout.
Avec lui, la défense retrouva une solidité impressionnante. Aucun but encaissé! Depuis le banc, où il débutait encore, Teanuanua observait attentivement. Il était bluffé.
À l’entraînement, il n’arrivait pas à le passer. Cela l’agaçait. Mais en match, il ne pouvait qu’admirer. Le placement, les interventions, le calme… tout semblait parfaitement maîtrisé.
Il se tourna vers un coéquipier assis à côté de lui: « Ce mec n’est pas appelé en équipe A? »
L’autre haussa les épaules.
« Ça ne saurait tarder. Mais en A, les défenseurs sont encore au-dessus. »

Teanuanua repensa à sa propre mise à l’essai. Il n’était pas vraiment d’accord. Pour lui, Pit-Boy avait déjà le niveau.

Teanuanua entra à la 67e minute. Le score était de 2-0, et il ne bougea plus. Une nouvelle entrée sans éclat. Cela commençait à le ronger.

Toute la semaine suivante, il redoubla d’efforts à l’entraînement. Courses supplémentaires, duels répétés, travail physique… il voulait combler son retard. Peut-être que cela porta ses fruits.
Pour le dernier match du championnat junior, sur le terrain de Melbourne Victory, il fut titularisé.
Mais tout ne se passa pas comme prévu… Son équipe subissait. Lui touchait peu de ballons. Il n’arrivait pas à peser sur la défense adverse invisible.

Et puis, un fait marquant: pour la première fois, il vit Pit-Boy se tromper. Une erreur de placement, une hésitation… une vraie faute de débutant. C’était la première fois qu’il le voyait faillible. Et forcément, cela arriva en match.
La rencontre se termina sur une défaite 2-0.

Après le coup de sifflet final, Pit-Boy affichait la même attitude que d’habitude: silencieux, calme, presque impassible. Comme si rien ne s’était passé…
Teanuanua hésita à aller le voir… mais il ne savait pas quoi dire.

Avec Vatea, son ami, tout était simple: une blague, un sourire, et la pression disparaissait. Mais là… c’était différent. Face à ce garçon fermé, il se sentait maladroit.

Le lendemain, le téléphone de Teanuanua sonna. C’était Mark Milligan.
« Tu n’es pas encore dans ta forme optimale. Je te laisse encore avec les juniors. Mais je t’observe. Prends tes marques… et je te ferai revenir rapidement avec l’équipe A. »

Le message était clair. Teanuanua devait patienter.
Mais il avait déjà compris quelque chose d’essentiel: s’il voulait monter rapidement, il devait franchir un cap. Et dans son esprit, une idée s’imposa comme un défi personnel: le jour où il prendra le dessus sur Pit-Boy à l’entraînement… il sera prêt pour l’équipe première.



Date Compétition Match Stade Adversaire Score Perf’ de Teanuanua Note de Teanuanua
08/01/2028 GA du championnat juniors Journée 06 Suncorp Stadium Brisbane Roar juniors 1-2 Remplaçant, 15 minutes de jeu 6,6
22/01/2028 GA du championnat juniors Journée 07 HBF Park Melbourne City juniors 2-0 Remplaçant, 23 minutes de jeu 6,6
29/01/2028 GA du championnat juniors Journée 08 Suncorp Stadium Melbourne Victory juniors 0-2 Titulaire, 90 minutes de jeu 6,1
8 « J'aime »

Même les meilleurs se trompent… Mais s’il veut évoluer, il devra être meilleur que le meilleur ! :flexed_biceps:

1 « J'aime »

Pas simple la reprise pour Teanuanua ! Ça lui montre une nouvelle fois qu’il ne faut pas se reposer sur ses acquis. Le pti jeune, lui donne du fil à retordre, et c’est ce qu’il lui fallait :smiley:

1 « J'aime »
Responses to Readers

@CaptainAmericka Un nouveau défi pour notre Teanuanua!

@alexgavi De la concurrence comme il faut pour le faire progresser :smiley:

Pit-Boy 2

Un matin, Teanuanua arriva en avance à l’entraînement. Le centre était encore calme, presque silencieux.
En se dirigeant vers le vestiaire pour déposer son sac, un bruit attira son attention: des charges, des impacts, une respiration lourde. Il y avait quelqu’un dans la salle de musculation. Il passa la tête à l’intérieur… et aperçut Pit-Boy.

Déjà trempé de sueur, concentré, le jeune défenseur enchaînait les exercices avec une intensité impressionnante. Chaque mouvement était exécuté à fond, sans triche, sans pause inutile. Teanuanua resta un instant à l’observer.

Puis Pit-Boy leva les yeux et le remarqua.
« Salut! » dit Teanuanua en posant son sac et en faisant un signe de la main. « Tu es là depuis quand? »
Avec cette voix presque inaudible, Pit-Boy répondit: « Une heure environ. »

Teanuanua esquissa un sourire.
« Ah ouais… tu donnes tout, toi. Tu vas te cramer et ne pas faire une longue carrière. »
Il plaisantait. Mais, comme souvent, Pit-Boy ne saisit pas le second degré. Il haussa simplement les épaules.
« Pas grave… tant que j’arrive à jouer au moins un match avec mon idole. »
Il attrapa une serviette et se dirigea vers le vestiaire.

Teanuanua, intrigué, le suivit.
« C’est qui, ton idole? »
« Tu ne le connais pas » répondit son interlocuteur.
Mais Teanuanua insista: « Allez, s’il te plaît! Je ne vais pas me moquer, promis. Moi, par exemple, quand j’étais gosse, j’adorais Antoine Griezmann. Je ne le voyais jouer qu’avec l’équipe de France à l’époque, mais il m’a fait rêver pendant la Coupe du Monde 2018. Toute cette équipe m’a marqué. Je rêve du Mondial, d’ailleurs. Toi, avec l’Australie, tu pourrais le jouer. Tu as du potentiel. »

Pit-Boy s’arrêta net.
« Je ne suis pas Australien. »

Teanuanua fronça les sourcils, écoutant le jeune homme.
« J’ai la nationalité parce que je suis arrivé ici très jeune. Mais je ne veux pas jouer pour cette sélection. Je veux jouer pour l’Angleterre. Toi, tu peux jouer pour l’Australie si le cœur t’en dit. Moi, c’est non. »

Teanuanua esquissa un sourire.
« Ambitieux! … Attends, tu ne savais même pas que je n’étais pas Australien non plus? » Il lâcha un petit rire. « Tu t’intéresses vachement aux joueurs de ton équipe. »

Pit-Boy répondit, très sérieusement: « Non, c’est vrai. »

Il reprit sa marche vers le vestiaire. Teanuanua le suivit en continuant la conversation: « Moi, je joue pour Tahiti. »

Pit-Boy s’arrêta brusquement. Teanuanua faillit lui rentrer dedans. Le jeune défenseur se retourna, les yeux soudain plus vifs.
« Alors… tu dois connaître mon idole. Il joue dans ta sélection. »
Teanuanua commençait à perdre patience: « Bon… c’est qui? »

Plein de fierté, Pit-Boy répond: « Temehani Vahimena. »
Un silence s’installa. Puis Teanuanua éclata de rire.
« Bien sûr que je le connais! On vient de la même île… C’est un pote d’enfance! Et sa sœur, c’est ma copine! »

Le regard de Pit-Boy changea instantanément. Pour la première fois, une vraie émotion traversa son visage: « Tu es de Mangareva? »
Teanuanua hocha la tête.
Et sans prévenir, Pit-Boy enchaîna: « On peut manger ensemble ce soir? Viens chez moi… je t’invite. »

Teanuanua resta un instant surpris. Ce garçon, si discret, si fermé, venait de faire un pas énorme. Il sourit.
« Avec plaisir. »

Le soir venu, Teanuanua arriva chez Pit-Boy, dans le petit studio qu’il occupait au sein de la résidence réservée aux jeunes du centre de formation. L’endroit était simple, presque austère, à l’image du jeune défenseur. Pit-Boy l’accueillit avec sérieux, sans effusion, mais avec une certaine sincérité.

Ils commencèrent naturellement à parler football. Très vite, la discussion tourna autour de Temehani et de ses performances avec le Celtic. Pit-Boy suivait chaque match, analysait chaque déplacement, chaque geste. On sentait une fascination profonde, presque obsessionnelle même si les deux joueurs n’évoluaient pas du tout au même poste. Pit-Boy admirait le professionnalisme de ce Polynésien venu de loin pour jouer en Écosse.

Puis ils passèrent à table. Pit-Boy avait préparé des pâtes, simplement. Teanuanua reprit la conversation, curieux: « À Tahiti, c’est courant que des jeunes idolâtrent Temehani… Surtout à Mangareva! Mais toi, tu n’es pas de chez nous. Ça m’étonne un peu plus. »

Pit-Boy posa ses couverts, leva les yeux et répondit calmement: « C’est parce que Mangareva est le premier endroit où j’ai mis les pieds en sortant de mon pays. Je suis tombé amoureux de cette île! »

Teanuanua fronça les sourcils, surpris.
« Tu es d’où, toi? C’est chelou… »

Le jeune défenseur le fixa quelques secondes avant de dire: « Je vais te raconter mon histoire. On m’appelle Pit-Boy… mais je m’appelle Noah Christian. J’ai 16 ans et… »
« Enchanté, Noah » coupa Teanuanua avec un sourire.

Pit-Boy continua, imperturbable: « …et je suis né à Pitcairn ».
« Où ça? » demanda Teanuanua, complètement surpris.

« Pitcairn. Une île isolée du Pacifique qui appartient au Royaume-Uni. C’est pour ça que je veux jouer pour l’Angleterre. Nous sommes une cinquantaine d’habitants… et je suis le dernier né sur l’île, en 2011. J’étais le cinquante-et-unième. »

Teanuanua resta silencieux.

« Nous sommes les descendants des révoltés du Bounty », continua Noah, « qui ont eu des enfants avec des Polynésiennes. Là-bas, les routes sont en pente, il n’y a pas de voitures, seulement des quads… et tous les enfants jouent ensemble, parce qu’on peut les compter sur les doigts des deux mains. C’est encore plus isolé que Mangareva. »

Teanuanua n’osait plus parler. Il écoutait attentivement, presque fasciné.

« Moi, je jouais avec un ballon rafistolé avec du ruban adhésif et des morceaux de cuir. Je jouais seul, contre les murs du bâtiment communal. Il fallait gérer les pentes, les pierres… parfois même les chèvres qui traversaient en plein dribble. On n’a même pas de terrain de football là-bas. »

Il marqua une légère pause.
« Heureusement, on a internet depuis 2002. Sans voir de matchs, j’ai découvert que le football professionnel existait. J’ai dit à ma mère que je voulais devenir footballeur professionnel. J’avais 8 ans. »

Un léger sourire, presque imperceptible apparût sur son visage.
« Elle a explosé de rire. Elle m’a dit que c’était impossible. Qu’on n’avait même pas de terrain, qu’on était coupés du monde. »

Il planta son regard dans celui de Teanuanua.
« Je l’ai regardée droit dans les yeux… et je lui ai dit que je serais le premier natif de l’île à devenir sportif professionnel. »

Le silence retomba dans la pièce. Et pour la première fois, Teanuanua ne voyait plus seulement Pit-Boy… mais Noah, un gamin venu du bout du monde, avec un rêve démesuré.

10 « J'aime »

ha il se dévoile un peu

1 « J'aime »

Et voilà comment naquit la meilleure et la plus belle des amitiés !

1 « J'aime »

Pitcairn “Pit-boy” ils ont vraiment de l’imagination ces Australiens pour les surnoms.

Le gamin a un rêve fou, ça me rappelle quelqu’un ! Tout le mal qu’on lui souhaite c’est de jouer un match avec son idole !

1 « J'aime »

pit-boy va devenir le nouveau chouchou des lecteurs

1 « J'aime »

Comme quoi les deux histoires se ressemblent au final. Les deux se sont bien trouvés !

1 « J'aime »

J’aime beaucoup ce petit. Il a un peu de la Mamba Mentality :smiley:

Rêve démesuré ? Pas forcément beaucoup plus que Teanuanua :grin:
D’ailleurs, est-ce que Pit-Boy n’aurait un peu d’avance sur Tea au moment âge ?

Il y a fort à parier qu’on retrouve rapidement les deux avec l’équipe A.

2 « J'aime »
Responses to Readers

@celiavalencia Pas totalement, encore :stuck_out_tongue:

@gwendil35 Avec la poisse de Teanuanua, on est à l’abri de rien :sac:

@Lincoln6Echo Oui, leur rêve est semblable en effet!

@Rhino C’est déjà mon chouchou à moi :joy:

@CaptainAmericka Tu vas voir que Pit-Boy va lui piquer Manava :sac:

@alexgavi Ha si, il est carrément en avance! A 16 ans, Teanuanua était en D3 Tahitienne :joy:

Pit-Boy 3

Pit-Boy laissa planer un silence après ses dernières paroles. À cet instant précis, Teanuanua comprit enfin l’origine de son surnom. Rien à voir avec un pitbull. Pit-Boy venait de Pitcairn, tout simplement.
Il s’apprêtait à poser une question, mais Noah reprit, comme s’il suivait un fil qu’il ne voulait pas rompre.
« Je devais avoir 13 ans. Des travailleurs néo-zélandais sont venus installer une nouvelle antenne internet sur l’île. Pour améliorer le réseau. Tu sais… il ne se passe pas grand-chose chez nous, alors je suis allé les voir travailler. »

Teanuanua hocha légèrement la tête, absorbé par le récit.

« Je leur ai demandé s’ils aimaient le football. Mais non… pas vraiment. Alors, avec mon ballon, je jouais à côté d’eux, en les regardant travailler. L’un d’eux m’a filmé. J’étais sur la pente la plus raide de l’île, en train de dribbler entre des pierres volcaniques sans perdre le contrôle. »

Un léger sourire apparut sur son visage.
« Il m’a montré la vidéo. J’ai adoré. C’est la première fois que je me voyais en vidéo. Ensuite, il a demandé à mon père s’il pouvait l’envoyer par mail. En même temps, ça permettait de tester la nouvelle connexion. »

Noah laissa échapper un petit rire discret.
« Un jour, je suis allé sur l’ordinateur. J’ai mis la vidéo sur YouTube… avec les identifiants de l’office de tourisme de l’île. C’était mon père qui gérait ça. Il postait des vidéos pour attirer des visiteurs. C’est pour ça qu’on avait un ordinateur. Sinon… on n’en aurait jamais eu. »

Teanuanua esquissa un sourire.
« Et ne me demande pas pourquoi », continua Pit-Boy, « mais la vidéo a fait le buzz… en Australie. Alors que mon père l’a effacé en moins de 24h. Pourquoi là-bas, en Australie? Aucune idée. Mais c’est devenu viral. »

Il marqua une pause, comme pour mesurer encore l’absurdité de ce moment.
« Un coach de l’académie de Perth Glory a écrit à mes parents. La lettre est arrivé à la mairie de Pitcairn car nous n’avons pas d’adresses personnelles sur notre île. »

Il se leva, se dirigea vers sa table de nuit et ouvrit un tiroir. Il en sortit une enveloppe légèrement usée.
« Je l’ai gardée. »

Il la tendit à Teanuanua, presque avec fierté. Puis il cita, de mémoire, et en fermant les yeux: “Si ce garçon veut venir faire un essai, nous l’accueillons. Ce toucher de balle n’est pas normal.”

Teanuanua resta silencieux, impressionné. Pit-Boy reprit, plus calmement: « Après ça… le plus dur commençait. On n’a pas d’aéroport sur l’île. Le seul moyen de partir, c’est le navire de ravitaillement qui relie Pitcairn à Mangareva. »

Un regard appuyé vers Teanuanua.
« On a attendu quatre mois. Quatre longs mois. Aujourd’hui, il y a un bateau de ravitaillement toutes les deux semaines. Mais à l’époque… Bref… On a attendu quatre mois. Puis on est partis pour ton île. C’est comme ça que j’ai posé le pied à Mangareva en 2024. Ensuite, avion pour Tahiti, puis Auckland… et enfin Perth. »

Il reprit doucement la lettre, la rangea dans le tiroir et le referma. Le geste était simple, presque banal. Mais pour lui, c’était bien plus qu’un souvenir. C’était le point de départ de tout.

« Tu es venu avec tes parents? » demanda Teanuanua.
« Juste mon père », répondit Pit-Boy. « C’était trop cher sinon… Tu sais, sur mon île comme sur la tienne, on n’est pas riches. C’est le lot des communautés isolées. »

Il marqua une pause, le regard un peu plus lointain.
« Avant de partir, ma mère m’a dit: “N’oublie jamais d’où tu viens. Toi, tu as appris à jouer au football sur un volcan perdu au milieu du Pacifique. » … C’est la dernière fois que je l’ai vue."

Un silence s’installa. Puis il reprit, comme pour ne pas s’y attarder trop longtemps.
« J’ai fait mon essai ici. J’ai été pris. Mon père est reparti à Pitcairn… et moi, je suis resté grâce à l’académie de Glory. Personne ne comprenait comment un gamin sans terrain plat, sans coach, pouvait avoir un toucher de balle comme ça. »

Teanuanua écoutait, suspendu à ses mots.
« Je changeais de direction très vite, parce que j’ai toujours dribblé sur des sols irréguliers. Et j’avais une vision du jeu… différente. J’anticipais tout. Comme si je voyais les actions une seconde avant les autres. »

Il haussa légèrement les épaules.
« Comme mon dribble n’était pas forcément meilleur qu’un autre, ils m’ont testé en défense centrale, car j’étais plutôt physique et que j’'anticipais bien, que je n’avais pas peur d’aller au combat. Et je n’ai plus bougé de ce poste. Un jour, un entraîneur a dit: “Ce gamin est un glitch dans la matrice.” Ça m’a fait rire. »

Un léger sourire passa sur son visage.
« Et en début d’année, pour mes 16 ans, je suis arrivé avec les juniors. Voilà. »

Teanuanua resta un moment sans voix.
« Quel parcours… C’est incroyable. Franchement, c’est admirable. Et crois-moi: tu as tout pour devenir le premier sportif pro de ton île. »

Pit-Boy sourit, timidement.
« Oui, c’est pour ça que je n’ai pas le droit d’être faible à l’entraînement et encore moins en match. Je dois être pro. Je peux y arriver. Non… Je suis convaincu que j’y arriverais. »

Teanuanua hocha la tête, convaincu.
Puis, de façon inattendue, Pit-Boy se mit à bafouiller, visiblement mal à l’aise.
« Je… je ne sais pas trop comment on fait… Sur mon île, tout est plus simple… Mais… comme tu viens d’un endroit isolé toi aussi… j’ai moins peur de te demander… »

Il prit une petite inspiration.
« Tu veux bien être mon ami? »

Teanuanua éclata de rire, sans aucune moquerie.
« Bien sûr, mon pote! Après ce que tu viens de me raconter, j’ai un respect énorme pour toi. Et tu sais quoi? On va viser l’équipe A ensemble! »

Pit-Boy souriait franchement cette fois. Pour la première fois depuis son arrivée en Australie, il ne se sentait plus seul.
« Pour mes premières vacances », dit-il ensuite, « après avoir signé mon premier contrat pro, j’ai décidé d’aller à Pitcairn. Je me suis fait une promesse: ne pas y retourner avant d’être devenu pro. Et tu sais quoi? On ira ensemble. Ça te dit? »
« Avec plaisir! » répondit Teanuanua.

Il tenta de lui taper dans la main… mais Pit-Boy, totalement perdu face à ce geste, ne réagit pas. Teanuanua se prit un vent monumental… et éclata de rire. Il comprit que Pit-Boy n’avait aucun code social si ce ne sont ceux de Pitcairn.

La soirée se termina comme elle avait évolué: dans les rires de l’un, et les sourires discrets mais sincères de l’autre: une vraie bonne soirée. Et peut-être… le début d’une grande amitié.

9 « J'aime »

On est sur les bases d’une belle bromance :wink:

1 « J'aime »

Après avoir quitté Tita pour Manava, il va quitter Manava pour Pit-Boy :grin:

5 « J'aime »

Histoire passionnante ! Ouais, Manava fait gaffe, Tea pourrait se mettre à aimer les Chupa Chups ! :joy:

2 « J'aime »
Responses to Readers

@Rhino oui, j’ai bien l’impression!

@alexgavi et pourquoi pas? :smiley:

@CaptainAmericka Je peux retenir l’idée :stuck_out_tongue:

En NPL

Le championnat de NPL allait débuter, et tous les joueurs avaient le même objectif en tête: se montrer pour décrocher une place en A-League. Pour ce premier match, Teanuanua était titulaire. Pit-Boy aussi. Perth Glory recevait Fremantle City, une équipe de la banlieue de Perth.

Le match démarra fort. Dès la 8e minute, sur un corner, Pit-Boy s’éleva plus haut que tout le monde et plaça une tête rageuse qui termina au fond des filets. 1-0. En seconde période, Perth déroula complètement son jeu et s’imposa largement 5-0. Teanuanua, remplacé à la 77e minute, n’avait pas marqué, mais il était satisfait: collectivement, l’équipe avait été solide et efficace.

Après la rencontre, son téléphone vibra. C’était Victor, son ancien coéquipier à l’AS Tamarii Tapuhute et à l’AS Taravao. Teanuanua décrocha avec le sourire.
Victor lui annonça une grande nouvelle: lui qui était jusqu’ici adjoint allait devenir entraîneur principal de l’AS Taravao. En parallèle, il continuait son travail de professeur à l’Institut des récifs coralliens du Pacifique de Moorea.
« Quel beau parcours… Tu peux être fier de toi, Victor », dit Teanuanua avec sincérité.
« Et toi, comment ça se passe? » demanda son ami.
Teanuanua hésita un instant, puis répondit honnêtement: « Je me bats pour intégrer l’équipe A… Pour l’instant, je suis encore en réserve. »
Victor ne laissa aucun doute dans sa réponse: « Ne lâche rien! Tu sais très bien que rien ne t’a jamais été donné. À chaque fois, tu t’es battu pour t’imposer… et à chaque fois, tu as réussi. Alors je te fais confiance. Tu vas y arriver, et bientôt. »

Ces mots touchèrent profondément Teanuanua. Ils lui firent du bien. Il en avait besoin. Oui, il n’était pas encore en équipe première. Mais il connaissait le chemin. Se battre. Encore. Et ne jamais lâcher.

Avant de rejoindre la sélection de Tahiti pour deux matchs amicaux, Teanuanua enchaînait avec une nouvelle titularisation en NPL, cette fois sur le terrain de Stirling. Une fois encore, Perth Glory imposa son rythme dès les premières minutes. Un coup franc direct permit d’ouvrir le score, puis, comme à son habitude, Pit-Boy surgit sur corner pour placer une nouvelle tête imparable.

Teanuanua ne put s’empêcher de sourire. À chaque but, Noah levait simplement les bras, raide, presque maladroit, sans vraiment savoir comment célébrer. Une attitude si peu naturelle que ça en devenait presque comique.

Mais le match bascula légèrement à la 47e minute. Teanuanua perdit un ballon anodin au milieu de terrain, offrant à Stirling une occasion en or… qu’ils transformèrent immédiatement. Une erreur qui ne pardonne pas à ce niveau. Certes, il se rattrapa en étant passeur décisif sur l’action suivante qui porta le score à 3-1, mais la sanction tomba rapidement: il fut remplacé à la 63e minute.

Le match se termina sur une victoire 4-1, mais Teanuanua le savait… Malgré le score, malgré la performance collective, lui n’était pas encore au niveau attendu. Il lui restait du chemin avant d’espérer rejoindre l’A-League. À l’inverse, Pit-Boy impressionnait de match en match.

Deux jours plus tard, à l’entraînement, une annonce importante tomba. Ralph Napoli, l’entraîneur adjoint, entra dans le vestiaire: « Pour la fin de saison, le coach veut voir trois d’entre vous à l’entraînement avec l’équipe A. Quand je cite votre nom, vous prenez votre sac et vous rejoignez le mini-bus devant l’entrée. »

Un brouhaha parcourut immédiatement la pièce. Chacun retenait son souffle.

« Noah Christian. »

Pit-Boy se leva. Sur son passage, ses coéquipiers lui tapèrent la tête en souriant, le félicitant chaleureusement. Teanuanua était sincèrement heureux pour lui. C’était amplement mérité.

« Shade Stewart. »

Le plus âgé du groupe, 23 ans, se leva à son tour. Lui aussi reçut des félicitations. Il attendait cette chance depuis longtemps.

« Et enfin… Thomas Street. »

Des applaudissements éclatèrent. Mais pas ceux de Teanuanua. Son nom n’avait pas été prononcé. Il resta figé un instant, le regard vide. Il ne comprenait pas.

Ralph salua rapidement le groupe et s’apprêta à sortir. Teanuanua se leva brusquement et alla à sa rencontre.
« Et moi? Le coach m’avait dit de me remettre physiquement. Je suis prêt. »

Ralph haussa les épaules, presque gêné.
« Écoute, je suis les consignes, je ne suis pas le décideur. Si tu veux des explications, il faudra voir ça directement avec le coach. »

Le regard de Teanuanua se durcit.
« Crois-moi qu’au retour de sélection, on aura une discussion, lui et moi. Je mérite l’équipe A. Je dois être en équipe A. »

Il pointa Ralph du doigt, puis tourna les talons sans attendre de réponse.

De retour dans le vestiaire, il se prépara pour l’entraînement, énervé, mais surtout profondément déçu.

8 « J'aime »

Il joue 2 matchs, fait une passe dé et une perte de balle qui offre un but et pense mériter la A…
Bah, non… il en faut plus

3 « J'aime »

Le gamin il joue comme un manche et prétend mériter les A ? :sac:

epic fail GIF

5 « J'aime »

Clairement mérité pour Pit-Boy ! Il faut qu’il se fasse violence Teanuanua, toujours plus ! :sweat_smile:

1 « J'aime »

Tea aura-t-il ce qu’il veut ? J’en doute. Peut être qu’au fond l’entraîneur ne veut pas de lui et c’était peut-être déjà un signe quand il l’a envoyé en prêt en Nouvelle Zélande à son arrivée.

Mais va falloir montrer plus pour pouvoir prétendre à quoi que ce soit.

1 « J'aime »

Le gif est énorme !!!

2 « J'aime »