:storygreen: :s1: đŸŽó §ó ąó „ó źó §ó ż :crewe_alexandra: Le gamin des trois frontiĂšres

DĂ©but de saison intĂ©ressant. Logiquement, l’aventure ne va pas plus loin en Carabao. En championnat, l’équipe semble faire preuve d’une certaine soliditĂ© :smiley:

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Tu comptes faire que des matchs nuls en championnat? :sac:

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Tu prends des points Ă  chaque rencontre
 tu qualifies ton Ă©quipe dans les coupes nationales. Les dĂ©buts du coach sont plus qu’honorables. Bravo.

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Ils sont chouette tes logos
 :wink:

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Réponses aux lecteurs

@CaptainAmericka Il y a de l’argent Ă  prendre en FA Cup : je ne suis pas contre ! On ressent la diffĂ©rence entre la prĂ©paration et l’intensitĂ© du championnat. On est au niveau, mais pas assez mordants, et ce dans les deux surfaces.

@Rhino Merci :slight_smile: Il va falloir rapidement gagner un match tout de mĂȘme, au risque de s’enfermer dans une sĂ©rie nĂ©gative
 ou tout du moins une sĂ©rie qui ne sera pas positive en championnat !

@Wasyl Tout dĂ©pend si tu vois le verre Ă  moitiĂ© vide ou Ă  moitiĂ© plein ! J’espĂšre qu’on s’est simplement mis en mode « diesel Â» et qu’on va trouver la voie de la victoire prochainement.

@alexgavi Je suis frustrĂ© tout de mĂȘme pour la Carabao Cup : Stoke ne m’a pas fait grande impression, ils Ă©taient prenables. Mais on s’est fait prendre en contre attaques. C’est ma faute, ma ligne de dĂ©fense Ă©tait positionnĂ©e trop haut par rapport Ă  leurs flĂšches offensives !

@toopil C’est interdit ? :sac:

@Dubois Si on pouvait prendre un peu plus de points en moyenne, je ne dirais pas non ! Mais il y a du positif Ă  tirer de nos dĂ©buts, je suis d’accord avec toi.

@Kristo Content que tu aies remarqué  :wink:


ÉPISODE 12
“Premier bilan à deux”

Fin Septembre 2020.

Premier vrai mois de compĂ©tition bouclĂ©, un mois chargĂ©, brouillon, encourageant
 un peu tout Ă  la fois. Je rentre chez moi aprĂšs une sĂ©ance vidĂ©o tardive, encore les chiffres en tĂȘte : possession, zones de rĂ©cupĂ©ration, expected goals
 et expected migraines.

Comme souvent quand ça cogite trop, une seule solution : appeler papa. Comme s’il s’y attendait, il dĂ©croche avant mĂȘme la deuxiĂšme sonnerie : « Alors bonhomme, comment va le Guardiola de Crewe ? ». La voix est rieuse, un peu provocatrice. Le ton habituel.

« Guardiola du pauvre, alors ! On va dire que ça bosse. ». Papa rigole. C’est bon signe : il rigole toujours quand les rĂ©sultats ne sont pas catastrophiques.

Il faut dire que depuis le dĂ©but de saison, il s’est transformĂ© en l’un des suiveurs les plus assidĂ»s de Crewe Alexandra. Au point de troquer ses aprĂšs-midis habituels du week-end (Ă  savoir un grand chelem sur BeIn Sport) pour ne rien louper des matchs du club, quitte Ă  aller explorer les trĂ©fonds des streams les plus douteux du web.

Et tout ça avec son recul, qui me permet souvent de remettre mes idĂ©es en place : « Votre pressing
 pas mal. Vos pertes de balles Ă©vitables
 beaucoup moins. Et devant, vous croquez un peu, hein. ». Je soupire : « Je sais. On rĂ©cupĂšre haut, mais on a du mal Ă  concrĂ©tiser. Et dĂ©fensivement, on se fait punir sur des petites erreurs, c’est frustrant. ».

Comme souvent, aprĂšs avoir soulevĂ© les quelques points nĂ©gatifs, papa joue l’apaisement : « Bon. Vous ĂȘtes dans le ventre mou, pas dĂ©crochĂ©s, pas ridicules. Moi je vois surtout que ton Ă©quipe joue mieux que son classement. Et ça
 pour la suite, c’est plutĂŽt bon signe. ».

Comme souvent, il a vu juste. Je ne peux que confirmer : « Tu sais, papa
 je crois qu’on tient quelque chose. Pas encore bien huilĂ©, mais
 ça commence Ă  ressembler Ă  ce que j’avais en tĂȘte. ». Le ton change. Je sens une forme de confiance, presque de la fiertĂ© contenue : « Et moi je te dis que tu vas embĂȘter pas mal d’équipes. Continue d’insister sur les principes. L’efficacitĂ© viendra. Et puis
 t’aimes bien ĂȘtre l’équipe qui emmerde le monde, non ? »

Je souris. C’est vrai. J’adore ça.

Comme toujours, papa se veut rassurant. Comme Ă  chaque fois que je ressors des Ă©lĂ©ments nĂ©gatifs, il voit la lumiĂšre. Comme Ă  chaque hĂ©sitation, il trouve une rĂ©ponse. « Merci papa. Tu m’enverras ton “rapport tactique parallĂšle” ? ». Il n’attendait que ça : « Il est dĂ©jĂ  prĂȘt. J’hĂ©site entre t’en faire un PDF ou une thĂšse en trois volumes. ».

On Ă©clate de rire, et la tension du mois retombe d’un coup.

Je raccroche. Et je refais le point. AppuyĂ© contre le cadre de la fenĂȘtre de mon appartement, le regard perdu dans la rue, je songe Ă  ce qu’on vient de se dire. Papa Ă  raison : Crewe n’est qu’au dĂ©but de son apprentissage. Et moi aussi.

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Pour le moment, ça se passe trĂšs bien. Ce sont tes dĂ©buts Ă  la tĂȘte du club, il faut que tout prenne correctement et ça demande du temps. L’équipe est loin d’ĂȘtre ridicule.

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La suite : l’entraineur tente de mettre en place les recommandations de son paternel, une rĂ©ussite.
L’étape d’aprĂšs : le pĂšre traverse la Manche et devient adjoint.
Celle d’aprùs : Papa prend la place du fils :grin:

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Je suis sĂ»r qu’on peut lui trouver des streams bien plus douteux :kappa:

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Réponses aux lecteurs

@CaptainAmericka On n’est pas trop mal partis effectivement, il nous manque peu de choses pour que la balance penche du bon cĂŽtĂ© !

@alexgavi J’en connais un qui ne serait pas contre
 :smiley: Avoir un peu de recul, c’est prĂ©cieux pour analyser certaines situations et parfois
 trouver une solution !

@Wasyl Je n’en doute pas une seule seconde, et je sais que ce forum regorge d’experts dans ce domaine :sac:


ÉPISODE 13
“Le difficile apprentissage de la League One”

Octobre 2020.

AprĂšs un dĂ©but de saison marquĂ© par notre fĂ©brilitĂ© offensive, mais aussi notre capacitĂ© Ă  rĂ©sister Ă  plus fort que nous en championnat, nous entrons cette fois de plein pied dans la compĂ©tition. Un mois chargĂ©, qui doit nous permettre de montrer ce qu’on vaut.

Matchs du mois

Moins de coupes, plus de championnat ! C’est ici qu’il va falloir prendre rapidement l’habitude de gagner, ou au minimum d’engranger des points. A l’heure actuelle je prĂ©fĂšre rester prudent et regarder notre avance par rapport Ă  la zone de relĂ©gation


Octobre dĂ©marre par une dĂ©faite gag Ă  Oxford. MalgrĂ© un match Ă©quilibrĂ©, voire mĂȘme lĂ©gĂšrement Ă  notre avantage, on encaisse le but de la dĂ©faite au bout du temps additionnel : un dĂ©gagement de notre gardien ricoche sur un dĂ©fenseur avant de finir sa course dans nos filets.

Sans rire, on serait dans un jeu, j’aurai hurlĂ© au bug


Le reste du mois sera
 poussif. On rĂ©ussit la performance d’enchainer des prestations mĂ©diocres (victoire face Ă  Newcastle U23 dans la douleur) puis de vĂ©ritables petits exploits (large victoire contre Wigan).

Mais on peine fortement à trouver une forme de stabilité, ou de régularité. Le rythme des compétitions ne nous y aide pas, avec une rencontre tous les trois jours, hors périodes dédiées aux matchs des sélections nationales.

Date Dom. Ext.
3 Oct. 2020 League One
Journée 4
Oxford United 1-0 Crewe Alexandra
6 Oct. 2020 Papa John’s Trophy
Gr. C - J2
Crewe Alexandra 2-1 Newcastle U23
10 Oct. 2020 League One
Journée 5
Crewe Alexandra 3-1 Wigan Athletic
17 Oct. 2020 League One
Journée 6
Crewe Alexandra 1-1 Blackpool
20 Oct. 2020 League One
Journée 7
Sunderland 1-1 Crewe Alexandra
24 Oct. 2020 League One
Journée 8
Doncaster Rovers 1-1 Crewe Alexandra
27 Oct. 2020 League One
Journée 9
Crewe Alexandra 1-0 Lincoln City
31 Oct. 2020 League One
Journée 10
Ipswich Town 2-1 Crewe Alexandra

On enchainera trois matchs frustrants en championnat, avec trois nuls successifs sur le mĂȘme score (1-1). On ne perd pas, mais on n’avance pas beaucoup


Je pensais qu’on avait enfin dĂ©bloquĂ© quelque chose en gagnant sur la plus petite des marges face Ă  Lincoln, qui Ă©tait alors leader invaincu en championnat. Mais c’était pour mieux retomber dĂšs la journĂ©e suivante Ă  Ipswich, qui nous a totalement dominĂ©s. Parfois, il faut accepter de tomber sur plus fort que soi.


Classement

Avec ce bilan parfaitement Ă©quilibrĂ© (2 victoires, 6 nuls, 2 dĂ©faites), on confirme les difficultĂ©s qu’ont nos adversaires Ă  nous battre
 tout comme nos difficultĂ©s Ă  gagner !

Clt Équipe J G N P Diff Pts
1 Portsmouth 10 7 0 3 +11 21
2 Lincoln 10 6 3 1 +7 21
3 Oxford 10 6 2 2 +6 20
4 Ipswich 10 6 2 2 +5 20
5 Peterborough 10 6 2 2 +5 20
6 MK Dons 10 5 1 4 +6 16
7 Hull 9 4 3 2 +2 15
8 Plymouth 10 4 3 3 +1 15
9 Sunderland 9 3 5 1 +7 14
10 Bristol Rovers 9 3 4 2 +3 13
11 Rochdale 9 3 4 2 −1 13
12 Crewe 10 2 6 2 0 12
13 Fleetwood 9 3 3 3 +1 12
14 Shrewsbury 10 3 3 4 −2 12
15 Blackpool 9 3 2 4 −2 11
16 Wigan 10 2 5 3 −2 11
17 AFC Wimbledon 10 2 4 4 −2 10
18 Accrington 9 2 3 4 −2 9
19 Charlton 10 2 2 6 −10 8
20 Burton 10 2 2 6 −12 8
21 Gillingham 10 2 2 6 −5 8
22 Swindon 9 2 2 5 −6 8
23 Northampton 10 1 2 7 −9 5
24 Doncaster 9 0 2 7 −17 2

On navigue gentiment dans le ventre mou du championnat, à égale distance des places de barragiste ou de celles de relégable.


Autres informations

  • Dans l’autre match de notre groupe de Papa John’s Trophy, c’est Newcastle U23 qui s’impose face Ă  Shrewsbury : nous sommes seuls leaders de ce groupe.
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Trop de matchs frustrants pour le moment :confused:

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CompliquĂ© de trouver de la rĂ©gularitĂ© pour l’instant et comme tu le dis, jouer tous les 3 jours ne te laisse que peu de marge de manƓuvre.

J’ai beuguĂ© en voyant Sunderland puis j’me suis souvenu que tu jouais sur le 21 :rofl::rofl:

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On veut la vidéo ! Et celle de ta réaction :sweat_smile:

Effectivement, l’équipe n’est pas excellente, mais n’est pas mauvaise non plus. C’est encourageant qu’il n’y ait pas Ă©normĂ©ment de buts encaissĂ©s.

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MĂȘme ta diffĂ©rence de buts est en parfait Ă©quilibre (0) :hoho:

En tout cas tu ne t’es jamais fait balayer c’est bon signe pour la suite :muscle:

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Ce n’est pas si catastrophique, hein

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Franchement tu t’en sors bien je trouve. C’est mĂȘme presque rassurant de ne pas te voir enchaĂźner les victoires. Vous semblez ĂȘtre une Ă©quipe trĂšs accrocheuse, et cela se reflĂšte dans le classement et le marquoir. Gardez cette identitĂ© !

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Réponses aux lecteurs

@Rhino ComplĂštement d’accord avec toi, il nous manque la petite Ă©tincelle qui transforme les nuls en victoires


@CaptainAmericka Le 21 est le dernier qui tourne sur mon ordinateur sans le faire exploser :sac: Le peu de profondeur dans me effectif ne me permet pas de garder autant de qualitĂ© que je le voudrais, mĂȘme s’il faut rendre hommage aux joueurs de rotation qui se donnent Ă  fond ! Quant au fait de jouer tous les trois jours, on va en parler
 :slight_smile:

@alexgavi :rofl: Pas de vidĂ©o de ma rĂ©action, elle serait censurĂ©e Ă  cause d’un excĂšs de violence
mais j’essaierai de vous sortir la vidĂ©o de ce but oui ! Quant aux rĂ©sultats, on prouve qu’on est au niveau de la division malgrĂ© notre statut de promus, mais je sens qu’on peut faire mieux.

@Wasyl On est solides, jamais dĂ©passĂ©s, et je dois avoir un cĂŽtĂ© un peu Belge qui veut qu’on ait la possession quoiqu’il arrive
 :smiley:

@toopil Non effectivement ! Mais trop irrégulier, et on sent que la moindre erreur se paie cash.

@Dubois On ne s’en sortira que si on tire dans le mĂȘme sens d’un point de vue collectif. Ce qu’on arrive Ă  faire pour le moment ! À moi de conserver cette dynamique, voire de l’amĂ©liorer




ÉPISODE 14
“Tous les trois jours”

Octobre 2020

La saison vient Ă  peine de commencer que j’ai dĂ©jĂ  l’impression d’avoir pris dix ans. Le calendrier n’a aucune pitiĂ© : championnat, coupes, dĂ©placements, rĂ©cupĂ©ration express
 Tous les trois jours, ou presque, il faut remettre le bleu de chauffe. Merci le Covid, merci les reprises tardives, merci les agendas compressĂ©s. Le football moderne adore tester la rĂ©sistance des organismes.

TrĂšs vite, une Ă©vidence s’impose : impossible de tenir avec un onze figĂ©, mĂȘme si j’en rĂȘve, mĂȘme en y croyant trĂšs fort. Les tĂȘtes voudraient bien, les jambes nous font comprendre qu’elles ne suivront pas le rythme, les corps s’usent plus vite que je ne le pensais. Il faut faire tourner, adapter, bricoler parfois. Dans ce contexte, la polyvalence devient une arme, presque une nĂ©cessitĂ© vitale.

Certains joueurs prennent une dimension particuliĂšre. Ceux capables de jouer Ă  deux, parfois trois postes sans perdre leur football. Ceux qui comprennent vite, qui encaissent les consignes, qui acceptent de sortir de leur zone de confort sans rechigner. Ce ne sont pas toujours les plus visibles, mais ce sont souvent les plus prĂ©cieux quand le calendrier s’emballe. Et j’ai heureusement Ă  ma disposition quelques joueurs de ce type.

Et puis il y a la gestion de l’infirmerie.

Sur les ailes, c’est rapidement devenu un jeu de chaises musicales
 sauf qu’il manque des chaises. Kirk enchaĂźne deux absences, quatre Ă  cinq semaines Ă  chaque fois. À peine revenu, Ă  peine reparti. Powell dĂ©cide de suivre le mouvement et de tester la soliditĂ© de ses chevilles : verdict, cinq semaines d’arrĂȘt. Foutues chevilles. Toujours les chevilles.

RĂ©sultat : il faut recomposer, rééquilibrer, parfois demander Ă  des joueurs de faire des efforts supplĂ©mentaires. Il faut faire confiance Ă  nos jeunes aussi, accepter parfois de lancer dans le grand bain des garçons qui n’ont pas eu le temps de se mouiller la nuque. Et surtout, accepter que certaines semaines, l’objectif ne soit pas de briller mais simplement de rester compĂ©titifs. Prendre des points quand on peut, limiter la casse quand il le faut.

Dans ce chaos organisĂ©, je m’efforce de garder le cap, de pas paniquer. De ne pas surcharger, aussi : avec le staff on essaie d’adapter les sĂ©ances, de gĂ©rer les temps de jeu, d’anticiper plutĂŽt que subir. Ce n’est pas toujours spectaculaire, mais c’est indispensable. Une saison, surtout celle-ci, ne se gagne pas en septembre
 mais elle peut s’y perdre trĂšs vite.

Alors on avance, match aprĂšs match.

Avec un effectif qui bouge, des corps qu’il faut mĂ©nager, des tĂȘtes qu’il faut garder fraĂźches. Ce n’est pas exactement le football romantique dont je rĂȘvais gamin
 mais c’est aussi ça, entraĂźner. Trouver des solutions quand le calendrier te met la tĂȘte sous l’eau, et continuer Ă  croire que, malgrĂ© tout, le jeu finira toujours par refaire surface.

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Personnellement j’adore ce rythme de jouer tous les 3 jours en Angleterre ! Alors oui, quand les blessures s’enchainent, c’est pas toujours drîle ni facile.. Et oui il faut faire preuve d’imagination, ou de confiance envers certains en qui on ne croirait pas des fois. Mais ça permet d’avoir de vraies belles surprises, et à certains de progresser vitesse grand V !

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Moi aussi j’adore le rythme anglais :grin:

La gestion du physique est vraiment une donnĂ©e importante. C’est souvent lĂ  que la diffĂ©rence peut se faire

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Le point positif, c’est que les blessures et la fatigue cassent la routine :sweat_smile:
Par contre, il est clair que le rîle de coach peut souvent s’apparenter à celui de bricoleur !

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Réponses aux lecteurs

@CaptainAmericka @Rhino @alexgavi C’est pas tant le rythme qui me dĂ©range que le manque de profondeur de mon effectif ! :sac:

Il y a un gap entre le niveau des titulaires et celui des remplaçants, heureusement pour le moment on ne le ressent pas trop. L’avantage, c’est que ça me permet de donner un temps de jeu important à certains jeunes joueurs, et de les voir progresser !


ÉPISODE 15
“A dix, mais pas sans coeur”

21 Novembre 2020, quelque part entre Portsmouth et le Nord-Est de la France.

Il est 15h. « Non, non, non
 mais qu’est-ce qu’il fait ?! ». Je n’ai mĂȘme pas le temps de m’installer correctement devant ce stream roumain parfaitement douteux, qualitĂ© “pot de yaourt 480p”, commentaires en roue libre, que je vois Evans traverser l’écran comme un missile mal calibrĂ©.

Le sifflet retentit. Rouge direct. Je me fige, incrĂ©dule, puis lĂšve les yeux au ciel : « DeuxiĂšme minute
 mais il veut me tuer, celui-lĂ . ».

Je prends mon carnet et griffonne dedans, par habitude. Ce match-lĂ  va ĂȘtre dur



Sur la touche, j’accuse le coup. La stupeur dure trois secondes. Pas plus : l’instinct doit reprendre le dessus.

Je regarde mon banc et souffle. Les mots sortent presque seuls : « Ok
 On se regroupe. On fait mal aux transitions. D’abord on tient, on verrouille, et ensuite on essaiera de se donner de l’air. ».

Mais intĂ©rieurement ? « Deux minutes, sĂ©rieux ? Deux minutes ? Le match le plus piĂ©geux de la saison
 Merci Evans. ».

Ce soir, il va falloir inventer, improviser, bricoler. Je déteste bricoler.


Les Roumains s’enflamment sur chaque contact, le chat dĂ©file en emojis incomprĂ©hensibles. De mon cĂŽtĂ©, je me concentre sur ce que je connaĂźs : la souffrance. La vraie.

Et Crewe souffre.

Portsmouth campe dans les 30 mĂštres.

Mandron redescend sans arrĂȘt pour dĂ©fendre, essoufflĂ© mais hĂ©roĂŻque. Wintle ratisse tout ce qui bouge, c’est une tondeuse Ă  gazon avec crampons. Offord multiplie les interventions Ă  la limite, compensant l’absence d’Evans comme si son contrat dĂ©pendait de chaque ballon.

Et puis il y a JÀÀskelÀinen.

Ah, JÀÀskelĂ€inen. Chaque fois qu’un centre arrive, il semble disparaĂźtre de l’image puis rĂ©apparaĂźtre avec le ballon entre les mains, comme un magicien finlandais.

Je me surprends Ă  murmurer : « Ils tiennent
 ils tiennent bon les gamins
 ». Et note quelques lignes supplĂ©mentaires dans mon carnet.


Les minutes s’étirent. C’est du siĂšge.

Lundstram, d’habitude sobre, vient tacler Ă  l’angle de la surface comme s’il Ă©tait possĂ©dĂ© par l’esprit de Gattuso. Je hurle pour qu’il se replace. Il hoche la tĂȘte mais repart immĂ©diatement Ă  la charge.

« Ok
 Ils veulent mourir sur le terrain, trĂšs bien. Mais qu’ils meurent en restant organisĂ©s ! ». La mi-temps approche. Je rĂ©flĂ©chis dĂ©jĂ  Ă  la suite, mais rien ne me plaĂźt.

Je regarde mon Ă©quipe. Je regarde les vagues bleues de Portsmouth. Une idĂ©e atroce me traverse l’esprit, puis revient, et s’installe.

Je sais que je n’ai pas le choix, et cette petite voix rĂ©sonne dans ma tĂȘte : « C’est beau d’avoir des convictions, mais ton Ă©quipe a besoin d’aide, et ce n’est pas de ce systĂšme qu’elle la trouvera ».


Je pose mon stylo. Mi-temps. Je prends le temps d’aller au frigo, autant pour me dĂ©gourdir les jambes et me vider un peu la tĂȘte que pour aller chercher un Coca bien frais.

Je regarde le stream se figer, puis redĂ©marrer. Et Ă  la reprise, je sens que quelque chose n’est pas normal.

Je connais mon fils. Je sais que Guillaume a une aversion presque philosophique pour la dĂ©fense Ă  trois. Alors quand je vois la rĂ©organisation de Crewe en sortie de pause, je manque de m’étouffer : « Attends
 il
 il le fait vraiment ? Ce n’est pas un bug du stream ? ».

Puis un sourire naĂźt. Un vrai sourire de papa fier : « Bon sang
 il grandit, mon bonhomme. ».

Et je note dans mon carnet : « Rappeler Ă  Guillaume que le 3-5-2 n’est pas une maladie. Parfois, c’est juste malin. ».


« On passe Ă  trois derriĂšre. Oui, je sais. Non, ce n’est pas une blague. ». Les joueurs rient. Moi aussi, Ă  moitiĂ©.

« On va les prendre sur la transition. Une seule. La bonne. AprÚs, on verrouille. ». Je regarde mes joueurs, fatigués mais déterminés, le feu dans les yeux.

« Allez. Jouons un match d’hommes. ».


L’heure de jeu approche, avec un crĂ©neau d’attaque rare pour Crewe. Une vraie situation. Ça combine, ça respire, ça ose. Sur l’aile droite, le ballon circule parfaitement.

Et Mandron surgit, frappe croisée, poteau rentrant.

Je bondis du canapé : « MANDROOON ! MONSIEUR MANDRON ! ». Je ris tout seul et applaudis dans un appartement vide.

Et sur les minutes qui suivent, je me surprends Ă  trembler un peu. Je ne suis pas censĂ© ĂȘtre autant investi, mais il s’agit de mon fils. Et cette Ă©quipe
 je crois bien que je commence Ă  vraiment m’y attacher.


La fin approche. Il ne reste plus que la bravoure.

Wintle enchaĂźne les courses dĂ©fensives, Offord se jette comme un pompier sur chaque ballon brĂ»lant. JÀÀskelĂ€inen, lui, sort deux arrĂȘts dignes d’un documentaire sur la survie en milieu hostile.

Je crie, j’encourage, je replace. Je sens mon Ă©quipe se transcender. « On va y arriver
 ».


93Ăšme minute. Coup-franc pour Portsmouth, aux 20 mĂštres. Plein axe.

Je connais ce sport. Je sais dĂ©jĂ . La frappe part parfaitement, passe au-dessus du mur. JÀÀskelĂ€inen, hĂ©roĂŻque, l’effleure, mais ne parvient pas Ă  suffisamment dĂ©vier la trajectiore du ballon.

But.

« Ah
 le football. Le salaud. ». Il n’y a pas de rage, juste un pincement. Une vraie peine de supporter.


Coup de sifflet final : 1–1, Ă  dix contre onze pendant 88 minutes, Ă  Portsmouth, avec un systĂšme dĂ©testĂ©.

Les joueurs rentrent rincĂ©s, mais heureux : ils savent qu’ils ont offert quelque chose de beau. Je souris malgrĂ© tout et me tourne vers mon adjoint : « Un point qui en vaut trois. ».


Je coupe le stream et prend une respiration longue.

Je regarde mon carnet, plein d’annotations et de petits schĂ©mas gribouillĂ©s.

Je n’avais pas prĂ©vu ça. Pas prĂ©vu d’aimer Crewe Alexandra. Pas prĂ©vu de vibrer pour ce petit club anglais
 comme pour Nancy autrefois.

J’attrape mon tĂ©lĂ©phone, rĂ©dige un message simple : « Mumusse, bravo. Ce match-lĂ , vous ne l’avez pas perdu. Continue. ». J’hĂ©site, puis ajoute : « Et Evans
 on en parle demain. ».

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