Réponse aux lecteurs
@celiavalencia Franchement, j’ai rarement autant pris mon pied devant un match FM. C’était le kiff total !
@volatil Dur de la fermer et de donner des consignes ![]()
@CaptainAmericka C’est pas comme si c’était marqué dans le post que c’était la CAN 2035
Plus sérieusement, j’ai les trois quarts de l’effectif qui sont encore des vrais joueurs (Victor Eletu par exemple ou Okafor qui, IRL, joue pour la Suisse) et dans les titulaires, c’est même 90% des joueurs qui sont de vrais joueurs. Mais j’ai déjà pas mal de regens également qui ont fait des apparitions dans le groupe, surtout sur le banc.
Toopil s’éveilla au petit matin, le crâne lourd comme s’il avait passé la nuit à sniffer des encyclopédies. Il tenta un banal : « Allez, debout ! Une grosse journée nous attends… »
Mais ce qui sortit de sa bouche fut un flot de mots qu’il ne comprit pas : « के तपाईंले साँच्चै त्यो अनुवाद गर्न कष्ट गर्नुभयो »
Il se redressa d’un bond, les yeux écarquillés. Il venait de parler… un langage totalement inconnu. Il pris son téléphone et parla à Google Translate. C’était du népalais. Il parlait népalais. Couramment. Fluide. Comme s’il avait grandi dans un monastère à flanc d’Himalaya.
Pris d’un doute, il se précipita vers le petit bureau de sa chambre et saisit un stylo. Il griffonna ce qu’il pensait être : "J’ai besoin d’aide.” Mais les lettres qui apparurent sur le papier ressemblaient à une lettre d’amour écrite dans une ruelle de Hanoï, du vietnamien, impeccablement calligraphié: « Em là con ngươi của mắt anh và hậu môn của anh luôn ở đây vì em. »
Toopil hurla. En népalais.
Il tenta de se filmer, d’envoyer un message vocal à sa famille : la vidéo montrait un homme paniqué parlant une langue inconnu de tous sauf de lui. Il tenta de taper sur son téléphone : le clavier s’était mis en tamoul, puis en coréen. Il jeta l’appareil contre le mur.
Soudain pris d’une rage pure, il se mit à arracher le papier peint des murs de l’hôtel, pensant que peut-être, une conspiration linguistique mondiale était dissimulée dans les couches de tapisserie. Il hurlait des mots népalais en arrachant des lézards en plastique collés au mur. Il criait, toujours en népalais, en lançant des oreillers à travers la pièce.
Et c’est là qu’un peintre portugais, employé local de l’hôtel, entra dans la chambre avec un rouleau, pensant simplement refaire un plafond moisi. Il resta un moment figé en voyant cet homme en slip, couvert de bouts de papier, avec un regard halluciné et des mots népalais dans la bouche.
« Ah… um nepalezinho simpático! » dit le peintre.
Il s’approcha doucement, posa ses pots et ajouta :
« Não fala muito, mas trabalha bem. Boa mão pra fazer o teto! »
Le peintre, persuadé d’avoir trouvé un jeune ouvrier népalais sous-payé, tendit une blouse à Toopil et lui mit un pinceau dans la main. Toopil, vidé, ne sut pas quoi dire. Il peignit pendant deux heures le plafond de sa propre chambre, en silence, les larmes aux yeux, répétant intérieurement : « Je suis le sélectionneur du Nigeria. Je suis le sélectionneur du Nigeria. Je suis… le… »
Mais tout ce qui sortait, c’était : « म यो दीवार रंगाउँदैछु किनभने म साँचिकै पागल भएँ। »
Après avoir peint son plafond comme un petit stagiaire portugais sous acide, Toopil s’était rhabillé à moitié, encore tremblant. Il avait tenté de communiquer avec Franck, son adjoint, en langage des signes, en mimant une sorte de danse tribale mêlant gestes de karaté et mouvements de bol tibétain. Franck, à ce stade, pensait simplement que son boss avait définitivement basculé. Il lui avait tapoté l’épaule, puis lui avait tendu la feuille d’entraînement du jour. Toopil l’avait lue, puis s’était mis à parler… toujours en népalais. Mais avec l’attitude d’un coach en pleine illumination divine: « आज हामी हाम्रो आत्माको शक्ति संग प्रशिक्षण गर्छौं ! »
Sur le terrain, les joueurs étaient déjà prêts : short, crampons, bouteilles d’eau. Mais ils virent arriver leur coach vêtu d’un sarong volé à la femme de chambre, tenant un bâton de coin comme une canne de chaman, les yeux plissés comme s’il scrutait une prophétie invisible dans l’herbe.
Il s’arrêta au milieu du rond central, leva les bras vers le ciel et déclara : « यदि तपाईंले आफ्नो भित्रको सिंह नदेख्नुभयो भने, तपाईं हार्नुहुनेछ। » (NDLR: Si vous ne voyez pas le lion en vous, vous perdrez.)
Victor Eletu cligna des yeux.
« Coach… il est possédé par Bouddha ou quoi ? Ou c’est encore un sort ? »
Toopil distribua des cônes en les lançant comme des shurikens. Il fit placer les joueurs en cercle, puis s’assit en tailleur au centre.
« अब हामी एकसाथ सास फेर्छौं। तीन पटक ओम भन्नुहोस्। »
(NDLR: Nous allons respirer ensemble. Dites “Om” trois fois.)
Les joueurs échangèrent des regards. Jonathan Hassan souffla : « C’est un entraînement ou un cours de yoga ayahuasca là ? »
Mais comme Toopil frappait le sol avec le bâton chaque fois qu’ils ne respectaient pas la consigne, ils s’exécutèrent.
« Om… Om… Om… »
Soudain, sans prévenir, Toopil hurla un ordre en népalais : « बाघले जस्तै आक्रमण गर! बंगाली बाघहरू! » (NDLR: Attaquez comme des tigres ! Des tigres du Bengale !)
Et il fonça, dribbla trois cônes, mit un petit pont au kiné qui passait par là, et frappa un ballon dans le dos de l’entraîneur des gardiens, qui râlait. La balle rebondit au sol, ricocha sur un plot, et termina dans le but vide.
« But du destin ! » cria Franck, qui commençait à y croire.
« Frère… Il est sérieux là ? » demanda Collins Ogbonna.
« Ouais. Et je crois qu’il veut qu’on médite sur le 4-3-3 par la télépathie. » répondit Victor Eletu.
L’entraînement se termina avec des jongles avec un cône, un rituel de purification avec du Powerade, et une prière collective autour d’un ballon posé sur un tapis récupéré dans la salle de muscu.
Toopil, transpirant de sagesse, déclara : « यदि तपाईं आज गन गर्नुहुन्न भने, तपाईं भोलि रोनेछौं। » (NDLR: Si vous ne tirez pas aujourd’hui, vous pleurerez demain.)
Puis il repartit nu-pieds, en dansant légèrement, le regard vide mais serein.
Le soleil se levait sur la savane urbaine de Douala, caressant les vitres de l’hôtel d’un éclat paisible. Mais dans la chambre 409, ce n’était pas un réveil doux qui attendait Toopil. C’était… un aboiement: « WOUAF. »
Plus rien ne le surprenait depuis quelques jours. Encore une fois, il tenta de parler: « Wouf… WOUF. »
Impossible de sortir autre chose. Ses pensées étaient claires, limpides, presque trop normales, mais chaque tentative d’expression orale finissait par une onomanie canine (vous chercherez dans le dico le sens d’onomanie, bande de gueux)
Il regarda son téléphone. C’était le jour des familles. Aline, Milo et Ava (la copine de Milo et sœur de Myer Messenger, l’un de ses joueurs) venaient à l’hôtel.
Il voulut envoyer un message à sa femme : « J’ai hâte de vous voir, je vous attends. » Mais tout ce qu’il réussit à envoyer fut "
"
Toopil contempla son propre message avec un mélange de panique et de résignation. Il se leva, titubant, grognant légèrement, et ouvrit la porte. Un membre du staff croisa son regard. Toopil sourit: « Wouaf. »
L’homme recula lentement, ferma la porte à double tour derrière lui.
Quelques minutes plus tard, des dizaines de proches de joueurs arrivaient, écharpes vert-jaune autour du cou.
Même le président de la fédération, @volatil était là. Toopil se cachait pour ne pas avoir à le croiser et lui aboyer dessus.
Au fond du hall, Aline aperçut son mari. Il se tenait droit comme un colonel, les yeux fixés sur elle, tremblant légèrement.
« Mon chéri ! » cria-t-elle, les bras ouverts.
« WOUAF ! » répondit Toopil avec enthousiasme et en remuant la queue (ça, il était le seul à le savoir).
Aline s’arrêta net.: « Pardon ? »
Toopil tenta de dire : « Tu es magnifique, tu m’as manqué » mais ce qui sorti fut: « Wouaf, wouf, grr… WOUAF ! »
Milo, leur fils de 20 ans, fronça les sourcils : « Papa… t’as un rôle dans un film de chien ou quoi ? »
Ava, la belle-fille sarcastique, chuchota à Aline : « Bon ben, au moins, il ne fait plus d’alexandrins ridicules »
Toopil voulut prendre Aline dans ses bras, mais elle recula prudemment, et appela Franck: « Il… il a de la mousse aux coins de la bouche, non ? Tu crois qu’il a la rage ? »
« Il a eu ses vaccins ? » demanda Ava.
À ce moment précis, un joueur laissa tomber une bouteille au sol. Le bruit fit sursauter Toopil, qui poussa un long : « MIAOUUUUUUUUUUUUUU ! »
Un miaulement aigu, strident, sorti des entrailles du chaos. Il se recroquevilla, les yeux exorbités, puis siffla comme un chat énervé. Aline resta figée. Milo éclata de rire. Et Volatil le regarda les yeux écarquillés.
Puis arrive le moment de l’entraînement… Les joueurs étaient là, échauffés, prêts pour une séance tactique légère. Toopil arriva, trottinant, saluant tout le monde d’un : « Wouaf, wouaf. »
Certains répondirent : « Wouaf, coach. » en se marrant. Devant leurs familles, et pour ne pas avoir honte, l’entraînement commença. Mais les gens avaient les yeux fixés sur Toopil… Il se roula par terre, grattant la pelouse comme une litière géante.
Victor Eletu tourna la tête vers Franck : « Je crois que si on gagne ce match, c’est grâce à la magie noire de ce fou. »
Toopil tenta de donner une consigne tactique en aboyant trois fois. Personne ne comprit. Les joueurs firent un rond et se mirent à aboyer aussi, pour « l’encourager ».
Milo, depuis la tribune, filmait en criant : « Papa ! J’vais faire un TikTok, tu vas devenir une star ! »
Toopil s’était réveillé très tôt ce matin-là, le visage collé à sa taie d’oreiller, les yeux vitreux, la bouche entrouverte. Il avait mis plusieurs secondes à s’asseoir. Puis, lentement, il avait articulé, d’une voix minuscule : « Pipi. Il est où doudou. »
Volatil, qui dormait sur le lit d’appoint dans la même chambre depuis la veille, ouvrit les yeux, paniqué: « Hein ? Toopil, ça va ? Tu… Tu parles normalement ? »
Toopil le regarda, tira la langue et dit: « Tu fais caca dans ta culotte, vieux monsieur. »
Et Toopil s’était écroulé sur le lit, explosant de rire, les larmes aux yeux, les jambes battant l’air comme un enfant hyperactif. Volatil, blême, sortit son téléphone: « Il faut… il faut appeler quelqu’un. Cela ne peut plus durer. Il régresse. Il a trois ans, bordel. »
Dans les heures qui suivirent, tout le staff fut réuni. Des kinés au cuisinier, personne ne trouvait de solution. À l’image d’un gamin, Toopil refusait de s’habiller. Il avait dessiné un soleil sur son ventre avec du ketchup: "Regardez mon bidou il est joyeux !”
Volatil proposa quelque chose: « Il faut appeler un vaudou. Il n’y a que lui qui pourra faire quelque chose. »
A 14h, le sorcier qu’ils trouvèrent n’était pas n’importe qui. Il s’appelait @ZiyadFCM , un vieil homme voûté, le crâne tatoué de motifs mystiques, un sourire édenté et étrangement dans cette contrée, un accent marseillais.
Il entra dans la chambre d’hôtel comme un général dans un champ de bataille, regarda Toopil, qui chantait “maman fait dodo” en boucle, et dit simplement : « Je peux le sauver. Mais pas ici. Trop de moquette, pas assez d’esprits, hé, fada. »
Ils embarquèrent Toopil dans un pick-up, direction la brousse. Sur le chemin, Toopil hurla « WOUAF CACA PIPI MIAOU » à chaque dos d’âne. Le chauffeur n’osa pas poser de questions.
Arrivés à la case de ZiyadFCM, on l’allongea sur un lit de feuilles de bananier. Le sorcier tourna autour de lui, brûlant des herbes qui sentaient une odeur de moisissure.
« Le sort est ancien. Tordu. Malveillant. Et franchement, assez stylé, j’dois l’admettre, peuchère. »
Puis, sans prévenir, il sortit un bâton orné de clochettes et assomma Toopil avec.
« Désolé, mais il allait dire encore caca. J’n’aurai pas supporté, ô cagole. »
17h, Toopil ouvrit les yeux. Une odeur de terre humide et de sauge flottait autour de lui. Il se redressa lentement… puis dit, d’un ton parfaitement calme et articulé : « Où suis-je ? »
Volatil, dans un coin, la mâchoire décrochée : « Mon dieu… tu parles normalement ? »
Toopil s’en rendit compte également: « Oui, parfaitement. Je… je suis lucide. Mes pensées sont structurées. C’est fini ? »
Il voulut se lever. Faire un saut de joie. Mais il s’écrasa immédiatement au sol avec un bruit creux.
PLOK.
Volatil accourut: « Toopil ! T’as glissé ? » Toopil se releva et se vit dans le miroir. Sa tête et son front était un cube parfait. Son torse, carré. Ses bras : des blocs rigides articulés comme des tiges. Son nez : un parallélépipède. Il était devenu un personnage vivant de Minecraft.
« Je ne suis plus fou… mais je suis dans un monde Minecraft. »
ZiyadFCM, en train de siroter un thé à base d’urine de potamochère, hocha la tête.
« Le sort était trop fort, fada. Pour libérer la parole, il fallait y mettre un contenant solide. Alors j’ai mis le sort dans son corps. Et voilà. Maintenant, il parle… mais il est cubique, peuchère. »
Toopil se regarda à nouveau dans le miroir. Il poussa un hurlement silencieux en voyant sa tête digne d’un skin mal téléchargé sur un serveur buggué: « Je suis vraiment un coach Minecraft… »
Volatil souffla : « Mais tu sais… les cubes, c’est stable. C’est solide. »
Toopil s’énerva: « Je suis stable, président. Mais j’ai des angles droits à la place des genoux. »
Toopil retourna à l’hôtel. Les joueurs l’accueillirent comme un prophète. Il leur parla tactique, stratégie, football total… avec un cerveau affûté comme jamais.
Mais lorsqu’il tapa dans un ballon, il tomba en avant, et se mit à glisser sur la pelouse comme un carton Amazon sur une pente humide.
Victor Eletu, hilare, lança : « Coach, faites gaffe à ne pas aller dans la soute à bagages tout à l’heure. »
En effet, le soir même, les joueurs prenaient le bus pour Baham, lieu de leur prochain match.





