Réponse aux lecteurs
Paredes continue silencieusement son travail, la pression ne semble pas lâaffecter, probablement pense-t-il comme vous que la situation nâest pas si grave
CHAPITRE â JuinâJuillet 2023 : Sauver quelque chose
10 juin â Santiago Wanderers (0â0)
Le match se termine dans un silence étrange.
Pas de colĂšre.
Pas vraiment de sifflets non plus.
Juste une lassitude qui sâinstalle.
DeuxiÚme match consécutif sans marquer aprÚs la défaite à Quillota.
Encore des centres mal exploités.
Encore des situations qui meurent avant le dernier geste.
Escalante tape rageusement dans le poteau du banc en rentrant au vestiaire.
« On fait toujours le plus dur⊠»
Il laisse sa phrase en suspens.
Dans les tribunes, les gens quittent le stade avant la fin du match.
Leur soirée se termine comme un soir de semaine ordinaire.
17 juin â Everton de Viña (1â4)
Cette fois, ça explose.
Everton marque vite.
Puis encore.
Cobreloa essaie de réagir mais chaque perte de balle devient dangereuse.
Au milieu de la seconde période, les caméras se tournent plusieurs fois vers Cano.
Titulaire ce soir-lĂ .
37 ans et 58 jours.
Le vieux gardien crie encore, replace encore, plonge encore.
Mais il ne peut plus tout sauver.
AprĂšs le quatriĂšme but, le stade devient lourd.
Vraiment lourd.
Un supporter derriĂšre le banc lĂąche :
« Ăa peut pas continuer comme ça⊠»
Personne ne se retourne.
Les premiĂšres rumeurs
Le lendemain, les radios parlent enfin ouvertement du sujet.
âParedes fragilisĂ© ?â
âLe champion en titre au bord de la rupture ?â
Dans les Ă©missions sportives, les dĂ©bats sâenchaĂźnent.
« Le problĂšme, câest seulement la fin dâun cycle ? Et si oui quand dĂ©marra le prochain cycle positif? »
« Ou alors câest un effectif qui nâa pas Ă©tĂ© assez prĂ©parer Ă ĂȘtre renouvelĂ© ? »
Au club, les joueurs historiques continuent pourtant de soutenir leur entraĂźneur.
Escalante répond sÚchement à un journaliste :
« Ce quâon a vĂ©cu ici ces 2 derniĂšres annĂ©es, vous lâoubliez vite quand mĂȘme. »
Maturana refuse presque toutes les interviews cette semaine-lĂ .
Le bar de Don Hugo
Le sujet divise enfin les habitués.
« On peut pas virer ce type aprĂšs ce quâil a fait ici. »
« Le football câest le prĂ©sent. »
« Et le présent, il est mauvais. »
Don Hugo nettoie le comptoir avant dâintervenir :
Doña Fumilda, au fond du bar, soupire :
« Les gens ont la mémoire courte quand ils ont peur de redescendre. »
La réunion
Quelques jours plus tard, Paredes est convoqué par le comité directeur.
Pas une mise Ă pied.
Pas encore.
La discussion dure longtemps.
Les dirigeants reconnaissent tout :
- les titres,
- le retour du club au premier plan,
- les parcours continentaux.
Mais ils voient aussi le classement.
LâirrĂ©gularitĂ©.
La chute dâambiance autour du club.
Un dirigeant finit par résumer calmement :
« On ne peut pas continuer à dériver comme ça. »
Trois scénarios sont évoqués pour juillet.
Le premier : lâĂ©quipe repart et le sujet disparaĂźt.
Le deuxiÚme : les résultats restent moyens et un objectif chiffré sera fixé.
Le troisiĂšmeâŠ
Personne ne termine la phrase.
Paredes écoute sans couper.
Puis il répond simplement, sans un tremblement dans la voix :
« Dâaccord. »
Juillet â La coupe comme refuge
Et soudain⊠lâair redevient respirable.
5 juillet â San Marcos de Arica (3â1)
Coupe du Chili.
Le stade nâest pas plein, mais lâambiance est diffĂ©rente.
Moins tendue.
Comme si cette compétition rappelait de meilleurs souvenirs.
Cobreloa joue plus librement.
Maturana retrouve du rythme.
Ballini touche davantage de ballons.
AprĂšs le troisiĂšme but, le banc se lĂšve enfin avec un peu dâĂ©nergie.
Un adjoint glisse discrĂštement :
« On dirait quâon les a retrouvĂ©s. Enfin. »
8 juillet â San Marcos de Arica (2â1)
Qualification confirmĂ©e Ă lâextĂ©rieur.
Pas spectaculaire.
Mais sérieuse.
Dans le vestiaire, quelquâun lance :
« Bon⊠au moins, on sait encore gagner des doubles confrontations. »
Quelques rires reviennent enfin.
Petits.
Mais sincĂšres.
Dans la presse, une question apparaĂźt :
âLa Coupe du Chili peut-elle sauver la saison ?â
13 juillet â Deportes CopiapĂł (4â4)
Et puis vient le chaos.
Quart de finale aller.
CopiapĂł marque.
Escalante répond.
Puis encore.
Puis encore.
Le match devient complĂštement fou.
Ă un moment, mĂȘme Paredes se retourne vers son banc avec un sourire nerveux :
« DĂ©fendre, câest devenu optionnel ce soir ? »
Escalante inscrit un triplé.
Le stade revit enfin.
Mais derriÚre, ça reste fragile.
4â4.
Au coup de sifflet final, personne ne sait vraiment si câest un bon ou un mauvais rĂ©sultat. Il faudra se rendre Ă Copiapo dans quelques jours et un but suffira pour se qualifier (pour nous comme pour eux).
17 juillet â CopiapĂł (2â1)
Le retour est beaucoup plus fermé.
Cobreloa souffre.
Mais cette fois, lâĂ©quipe tient.
Velazco rĂ©alise deux gros arrĂȘts en seconde pĂ©riode.
Quand lâarbitre siffle la fin, Escalante serre le poing devant le parcage visiteurs.
Demi-finales.
Pour la 3eme saison consécutive.
La parenthĂšse continentale
La Libertadores sâest terminĂ©e discrĂštement.
TroisiĂšme du groupe avec six points.
Pas assez pour continuer.
Mais suffisamment pour ĂȘtre reversĂ© en Copa Sudamericana.
Le tirage offre CuiabĂĄ.
Club brésilien solide.
Pas un géant.
Mais personne ne prend ça à la légÚre.
20 juillet â CuiabĂĄ (2â1)
Ă domicile, Cobreloa joue sans complexe.
Le stade retrouve un peu de chaleur.
Pas celle de 2022.
Mais quelque chose revient.
Victoire 2â1.
AprĂšs le match, un journaliste demande Ă Paredes :
« Vous recommencez à y croire ? »
Il répond presque immédiatement :
« Non, jâai jamais arrĂȘtĂ©. »
26 juillet â CuiabĂĄ (3â2)
Au Brésil, personne ne voit vraiment Cobreloa passer.
Et pourtantâŠ
Le match est tendu.
Ouvert.
Ăpuisant.
Ă 2â2, les BrĂ©siliens poussent fort.
Puis contre rapide.
But.
Sur le banc, les joueurs explosent enfin.
Quart de finale de Copa Sudamericana.
Le champion du Chili en difficultĂ© en championnat est peut-ĂȘtre en train de construire⊠sa plus grande aventure continentale de ces derniĂšres annĂ©es.
Retour brutal au championnat
Trois jours plus tard : Huachipato.
DĂ©faite 2â3.
Les jambes sont lourdes.
Les replacements moins rapides.
Un joueur souffle en rentrant au vestiaire :
« On peut pas jouer tous les matchs comme des finales⊠»
Personne ne répond.
6eme match consécutif en championnat sans victoire
Fin juillet â Le sursis
Le comité tranche finalement.
Paredes reste.
Les parcours en coupe ont sauvé sa position.
Les joueurs ont aussi beaucoup pesé en interne.
Mais rien nâest rĂ©glĂ©.
Un dirigeant résume la situation :
« Les coupes nous maintiennent debout. Le championnat peut encore te faire tomber coach. »
Ă Calama, lâambiance a changĂ©.
On ne parle plus du titre.
On parle de survivre Ă la saison.
Et peut-ĂȘtre⊠de vivre quelque chose dâinattendu ailleurs ou plus tard.