Résumé
@rhino c’est clair.
@CaptainAmericka on s’en rapproche de plus en plus.
@alexgavi son vrai faux transfert l’a miné et cela s’est vu. Y’a aussi eu un changement de coach.
Ă€ Vianense, depuis plusieurs semaines, beaucoup de choses continuaient de fonctionner. Les rĂ©sultats tombaient, les sĂ©ances s’enchaĂ®naient, les anciens revenus au club renforçaient encore l’impression de puissance tranquille qui entourait le groupe. Mais derrière cette mĂ©canique presque parfaite, quelque chose s’effritait lentement. Pas le vestiaire. Pas encore. PlutĂ´t la confiance silencieuse qui unissait jusque-lĂ les hommes chargĂ©s de protĂ©ger AnĂbal GuimarĂŁes de lui-mĂŞme autant que du monde extĂ©rieur.
Et ce malaise, Hiroto Hiraoka fut l’un des premiers à lui donner un nom.
Le technicien japonais n’était pas un homme de bruit. Depuis son arrivĂ©e dans l’organigramme de Vianense, il s’était imposĂ© autrement : par sa rigueur, par sa retenue, par cette manière très particulière de voir les choses sans avoir besoin de les commenter constamment. Il avait connu AnĂbal dans des temps plus simples, plus lointains aussi. Il connaissait sa capacitĂ© Ă sombrer dans l’obsession, Ă transformer une idĂ©e en colonne vertĂ©brale, puis en nĂ©cessitĂ© absolue. Et ce qu’il commençait Ă percevoir autour des agissements de Simon Moya, des appels nocturnes, des dĂ©placements flous, des rumeurs d’armes, de traces, de pistes, l’inquiĂ©tait profondĂ©ment.
Pas parce qu’il doutait de la souffrance d’AnĂbal. Pas parce qu’il minimisait l’horreur de ce qui s’était passĂ©.
Mais parce qu’il reconnaissait trop bien la pente.
Un soir, après une sĂ©ance vidĂ©o terminĂ©e plus tard que prĂ©vu, Hiraoka demanda Ă voir Ilaix Moriba et JoĂŁo Infante. Ils se retrouvèrent dans une petite salle du bâtiment administratif, loin des joueurs, loin des oreilles curieuses. L’ambiance n’avait rien d’une rĂ©union classique. Plus personne, dans ce club, ne parlait vraiment lĂ©ger lorsqu’il s’agissait d’AnĂbal.
Hiraoka entra directement dans le vif du sujet.
« Ce qu’ils font avec Simon… ce n’est plus une enquête » dit-il calmement. « C’est une vendetta qui ne dit pas son nom. »
João se renfrogna immédiatement. Ilaix, lui, resta silencieux, attendant la suite.
« Je vois bien oĂą ça va » poursuivit Hiraoka. « Et je ne parle pas seulement de ce qu’ils cherchent. Je parle de ce que ça fait Ă AnĂbal. Il ne veut plus seulement comprendre. Il veut punir. »
La phrase resta suspendue un instant.
JoĂŁo finit par se redresser dans son fauteuil.
« Tu crois qu’on ne le voit pas ? » demanda-t-il, plus sec qu’il ne l’aurait voulu. « Tu crois qu’on ne sait pas dans quel état il est ? »
Hiraoka ne se démonta pas.
« Je sais que vous le voyez. Ce que je ne sais pas, c’est si vous mesurez jusqu’où ça peut aller. »
Cette fois, ce fut Ilaix qui prit la parole.
« Hiroto… ton propre père a Ă©tĂ© emportĂ© dans tout ça. Tu sais mieux que personne ce que ce système a coĂ»tĂ©. Si AnĂbal creuse, ce n’est pas pour le plaisir de se perdre. C’est parce qu’il y a encore des morts derrière lui. »
Le visage du Japonais se ferma légèrement.
« Justement » répondit-il. « C’est précisément pour cela que je parle aujourd’hui. »
Il baissa les yeux une seconde avant d’ajouter, plus bas :
« Mon père est mort à cause de cette spirale. Et maintenant j’ai une femme. J’ai des enfants. Je ne veux pas regarder un autre homme que j’aime entrer dans cette guerre en croyant qu’il pourra en sortir propre. »
La phrase toucha juste. Parce qu’elle ne venait ni d’un opposant ni d’un traître. Elle venait d’un homme qui avait lui aussi payé le prix du chaos, et qui refusait simplement que Vianense cesse peu à peu d’être un club pour devenir une base arrière de règlement de comptes.
João, pourtant, ne céda pas totalement.
« Tu crois que lui demander d’arrêter suffira ? »
« Je ne crois pas » répondit Hiraoka. « Mais je crois qu’à force de le couvrir, on va finir par cautionner ce qu’il devient. »
Le mot était dur. Peut-être trop. Mais personne ne fit semblant de ne pas l’avoir entendu.
Ilaix se leva, fit quelques pas dans la pièce, puis s’arrêta près de la fenêtre.
« Ce club tient encore parce qu’il y a des hommes autour de lui qui supportent une part du poids » dit-il finalement. « On peut l’encadrer. Le ralentir. Le ramener au football quand il s’éloigne. Mais on ne peut pas lui dire d’oublier. Pas après ce qu’on lui a pris. »
Hiraoka hocha lentement la tête. Il entendait l’argument. Il le comprenait même. Mais ce n’était plus une question de compréhension.
« Je ne lui demande pas d’oublier » dit-il. « Je vous demande de voir qu’il est en train de glisser. »
Le silence retomba.
C’était sans doute cela, le plus inquiĂ©tant. Aucun des trois hommes prĂ©sents dans la pièce ne pensait rĂ©ellement diffĂ©remment sur le fond. Tous savaient qu’AnĂbal Ă©tait blessĂ© bien au-delĂ du rĂ©parable. Tous savaient que les vĂ©ritĂ©s qu’il poursuivait Ă©taient liĂ©es Ă des morts, Ă des trahisons anciennes, Ă des structures encore actives. Tous voulaient, d’une manière ou d’une autre, que justice existe enfin. Mais ils ne parlaient plus tout Ă fait le mĂŞme langage.
João restait dans la fidélité pure. Ilaix dans le contrôle politique. Hiraoka dans la peur du basculement.
Et c’est ainsi que les premières vraies dissensions apparurent au sein du cercle le plus proche de Vianense. Pas de clash public. Pas de rupture spectaculaire. Juste une fracture morale.
D’un cĂ´tĂ©, ceux qui considĂ©raient qu’AnĂbal devait aller au bout de cette quĂŞte, parce qu’on ne pouvait pas lui demander de vivre avec des ruines sans au moins essayer de mettre un nom sur l’incendie. De l’autre, ceux qui commençaient Ă penser que le club lui-mĂŞme risquait de payer le prix de cette obsession, et qu’en voulant sauver l’homme, ils Ă©taient peut-ĂŞtre en train de l’aider Ă se perdre.
Quand la réunion prit fin, personne n’avait convaincu personne.
JoĂŁo sortit le premier, tendu, presque vexĂ© qu’on puisse parler ainsi d’AnĂbal. Ilaix resta encore un peu avec Hiraoka, sans vraiment chercher Ă prolonger la discussion. Ils se quittèrent avec respect, mais sans apaisement.
À Vianense, les trophées continuaient de tomber. Les matchs d’être gagnés. Les médias de parler d’une dynastie qui ne connaissait pas de fissures.
La vérité, pourtant, était déjà plus trouble. Dans l’ombre du dernier run, quelque chose avait commencé à se fendre. Pas l’équipe. Le cercle des fidèles.
