Réponses aux lecteurs
@CaptainAmericka Charnière de folie avec Gabriel et Carlos Simões avec Luvanor et Leandro Sendão en backup. Altaïr c’est le premier gros joueur formé par le club après le retour d’Anibal.
@Manuel99FG je te réponds en DM ![]()
La salle de presse de Vianense avait dĂ©jĂ connu des lendemains de sacre, des humiliations publiques, des piques lancĂ©es Ă des rivaux, des annonces de dĂ©part et des coups de théâtre de mercato. Elle avait vu AnĂbal GuimarĂŁes en colère, ironique, souverain, parfois mĂŞme joueur. Mais ce jour-lĂ , lorsqu’il s’installa face aux micros aux cĂ´tĂ©s d’Ilaix Moriba, il n’y avait rien de familier dans l’air. Rien de routinier. Ce n’était pas une confĂ©rence de rentrĂ©e. C’était autre chose. Une forme de serment public. Ou peut-ĂŞtre de confession.
Depuis plusieurs semaines, le club vivait dans un entre-deux étrange. Le deuil et la reprise. Les larmes et les contrats. Les arrivées d’anciens, la fuite de certains, les rumeurs de club maudit, les questions sans réponse. Vianense continuait d’exister, oui, mais avec une gravité nouvelle, comme si chaque pas était désormais précédé d’un silence.
Quand AnĂbal entra dans la pièce, il n’essaya pas de reprendre possession du lieu. Il n’en avait plus besoin. Il s’assit simplement, tira lĂ©gèrement son micro vers lui, regarda l’assistance, puis croisa brièvement les mains. Ilaix, Ă sa droite, resta droit, calme, prĂŞt Ă protĂ©ger ce qui pourrait encore l’être.
La première question fut presque polie, prudente, celle que tout le monde attendait.
« Coach, pourquoi avoir accepté de revenir aujourd’hui devant la presse, alors que vous aviez jusque-là refusé toute prise de parole ? »
AnĂbal leva les yeux, fixa quelques secondes le journaliste, puis rĂ©pondit sans dĂ©tour.
« Parce qu’à un moment, il faut arrêter de laisser les autres raconter ce qu’on vit à notre place. »
Sa voix était plus basse qu’avant. Plus grave aussi. Pas abîmée. Creusée.
« Je suis là parce que le club continue. Parce que mes joueurs continuent. Et parce que moi aussi, malgré tout, je continue. »
Un autre journaliste enchaîna immédiatement, sur un ton plus humain que professionnel.
« Comment allez-vous vraiment ? »
La question Ă©tait simple. Presque trop simple. Elle provoqua un lĂ©ger flottement dans la salle. AnĂbal ne rĂ©pondit pas tout de suite. Il baissa la tĂŞte, souffla par le nez, comme si le simple fait de formuler honnĂŞtement ce qu’il ressentait allait lui coĂ»ter plus que toutes les questions tactiques du monde.
« Mal » dit-il finalement.
Personne ne bougea.
« Je vais mal. Je n’ai pas réussi à faire mon deuil. Je ne sais même pas si j’y arriverai un jour. »
Sa gorge se serra visiblement. Il essaya de poursuivre. Sa main trembla légèrement lorsqu’il la posa sur la table.
« On parle beaucoup de force, de résilience, de mentalité… » Il esquissa un sourire triste, presque amer. « Mais la vérité, c’est qu’il y a des matins où je me réveille encore en croyant que ma femme est dans la pièce d’à côté. Des moments où je pense entendre mes enfants dans un couloir. Et puis je me souviens. Chaque fois. »
Cette fois, la voix cassa.
Il ferma les yeux. Longuement. Ilaix tourna lĂ©gèrement la tĂŞte, prĂŞt Ă intervenir si nĂ©cessaire. Mais AnĂbal leva la main pour l’en empĂŞcher.
« Yessica n’aurait pas voulu que j’abandonne tout » balbutia-t-il, avant que les larmes ne viennent enfin. « Ce n’est pas ce qu’on a appris à nos enfants. Ce n’est pas ce qu’on leur a transmis. »
Il essuya maladroitement son visage, mais les mots continuaient de sortir, plus fragiles, plus vrais.
« Je le dois à Victor. »
Il avala difficilement sa salive.
« Je le dois aussi à Ganso… même s’il n’est pas ici. Et à Vitoriano. Ce sont presque les seuls morceaux de famille qu’il me reste encore autour de moi. »
Dans la salle, plusieurs journalistes baissèrent les yeux. La frontière entre information et intimité venait de se dissoudre complètement.
Ilaix prit alors la parole, avec ce ton sec et propre à ceux qui savent qu’ils doivent remettre un peu d’ossature dans un moment qui menace de s’effondrer sous son propre poids.
« Le club a estimĂ© qu’AnĂbal ne devait pas traverser cela seul. C’est pour cela que Hugo Viana et Ruben Amorim sont revenus au club, dans un rĂ´le de conseil et d’accompagnement. D’abord humain. Ensuite, seulement, sportif. »
Un murmure parcourut la salle. Les regards changèrent immédiatement. Certains stylos s’agitèrent. D’autres questions naquirent au même instant.
Ilaix poursuivit, sans laisser la pièce reprendre complètement son souffle.
« Simon Moya a également rejoint le staff dans un rôle qui sera précisé plus tard. »
Cette fois, la réaction fut plus nette encore.
« Simon Moya ? » relança une journaliste au premier rang. « L’ancien joueur de Valladolid ? »
« Oui » répondit Ilaix.
« Avec tout le respect, Ilaix, Simon Moya n’évoluait plus vraiment dans le football ces dernières années depuis sa retraite. Pourquoi lui ? »
Ilaix allait rĂ©pondre, mais AnĂbal le devança, plus calmement qu’on ne l’aurait cru.
« Parce qu’il est de la famille » dit-il. « Et parce que parfois, quand on traverse ce que je traverse, on n’a pas besoin d’organigrammes parfaits. On a besoin de gens qui savent pourquoi ils sont là . »
Le journaliste suivant ramena la conférence vers le mercato.
« Plusieurs joueurs ont quitté le club cet été. Est-ce qu’il faut comprendre que certains n’ont pas supporté le contexte autour de Vianense ? »
AnĂbal redressa lĂ©gèrement le buste. Son regard se durcit. On sentait revenir, derrière la douleur, cette verticalitĂ© froide qui avait toujours Ă©tĂ© la sienne.
« Oui » répondit-il. « Certains ont choisi de partir en raison de la situation. »
« Vous le comprenez ? » insista le journaliste.
Il y eut une courte pause.
« Je comprends la peur. Je ne comprends pas l’abandon. Ce sont des lâches… »
Le mot claqua dans la salle.
« Je les remercie pour ce qu’ils ont apporté au club » reprit-il. « Mais je n’ai rien d’autre à leur dire. Vianense vivait un moment charnière, difficile. Ils ont fait leur choix. Certains partent par la grande porte, eux non. »
Un autre leva la main.
« Vous le vivez comme une trahison ? »
AnĂbal se pencha lĂ©gèrement vers son micro.
« Je le vis comme un révélateur. »
Ilaix, sentant la tension monter, reprit le fil en détaillant ensuite les retours enregistrés par le club. Gabriel. Pedro Tiba. Diogo Vieitas. Lamine Dos Santos. Elton Duarte. Vitoriano Pignatelli. Altair. Et puis d’autres arrivées intimment lié à Ani avec Joaquin Fernández et Juan-Sebastian Anaya. À chaque nom, la salle réagissait différemment. Surprise, admiration, parfois sidération.
Puis un journaliste demanda :
« Coach, qu’avez-vous dit à tous ces joueurs pour les convaincre de revenir ? »
Cette fois, AnĂbal retrouva quelque chose qui ressemblait presque Ă de la douceur.
« Rien que la vérité. »
Il marqua une pause.
« Je leur ai dit où j’en étais. Où en était le club. Et ce que cette saison pouvait signifier. »
« Vous leur avez promis du temps de jeu ? »
Il secoua la tĂŞte.
« Non. Je les ai remerciés d’être revenus. Un par un. Parce qu’ils ne reviennent pas pour un statut. Ils reviennent pour une idée. »
Il cita alors plusieurs noms directement, avec un respect presque cérémoniel.
« Gabriel revient pour finir ce qu’il avait commencé ici. »
« Diogo revient avec l’humilité qu’il n’avait pas autrefois. »
« Pignatelli revient parce qu’il sait ce que cette maison a représenté pour lui quand il était au sol. »
« Joaquin et Juan-Sebastian viennent sans réclamer quoi que ce soit, alors qu’ils ont tout gagné ailleurs. »
« Altair revient au sommet de sa force pour gagner avec son compère de centre.. »
« Pedro Tiba revient pour servir, aider. »
« Lamine et Elton reviennent pour compléter, tenir, transmettre. »
Il baissa les yeux une seconde avant d’ajouter :
« Et je les remercie, tous, pour le club… mais aussi pour moi. »
L’émotion, de nouveau, n’était jamais loin. Mais cette fois, elle ne le submergea pas. Elle l’habitait simplement.
C’est à ce moment-là qu’un journaliste, assis plus au fond, posa la question que tout le monde gardait en réserve depuis le début.
« Avez-vous aujourd’hui des informations nouvelles sur l’enquête ? »
Ilaix réagit immédiatement.
« Je vais vous demander de recentrer vos questions sur le football. Ce n’est ni le lieu ni… »
« Non » coupa AnĂbal.
Le mot fut calme. Mais définitif.
Il tourna lentement la tête vers le journaliste. La pièce changea d’atmosphère d’un seul coup. Ce n’était plus la douleur qui parlait. C’était autre chose. Une rage compacte, tenue à peine par la politesse.
« J’ai toujours mis de la distance avec les provocations, les menaces, les intimidations » dit-il. « J’ai toujours pensé que répondre par le terrain, par les titres, par le silence, c’était la meilleure manière de ne pas nourrir la folie des autres. »
Il se pencha légèrement vers l’avant.
« Mais ce temps-là est révolu. »
Le journaliste, pourtant aguerri, ne bougea plus.
« Écoutez-moi bien » poursuivit AnĂbal, sans le quitter des yeux. « Si un jour je trouve qui est derrière tout ça… la police ne pourra rien. »
Le silence fut total.
« Je serai inarrêtable. »
Chaque mot tombait comme un coup.
« Et je lui ferai payer sa cruauté au centuple. J’irais finir ma vie en prison s’il le faut, mais ce sera une vengeance froide et sale. Pour Yessica, pour Luisa, pour Pedro et pour ma petite Isabel »
MĂŞme Ilaix ne dit rien. Il connaissait la colère d’AnĂbal. Il ne l’avait jamais entendue de cette manière-lĂ .
La présentatrice chargée de modérer la conférence tenta maladroitement de ramener un peu d’air dans la pièce.
« Coach… est-ce que cette rage qui vous consume, justement, ne risque pas de vous détourner de vos responsabilités sportives ? »
AnĂbal se redressa. Sa voix redevint plus posĂ©e.
« Non. Elle me rappelle pourquoi je suis encore là . »
Puis, comme si le moment l’exigeait, un dernier journaliste posa la question la plus simple de la journée.
« Quelles sont vos ambitions cette saison ? »
AnĂbal le regarda. Et pour la première fois depuis le dĂ©but de la confĂ©rence, un sourire très bref, presque imperceptible, traversa son visage.
« Les miennes ? »
Il secoua la tĂŞte.
« Elles ne m’intéressent plus. Je n’en ai plus. »
Il posa les deux mains Ă plat sur la table.
« Mais mon groupe… lui… il est là pour tout gagner. Certains pensent encore Vianense maudit, fini et bien… Ils vont être surpris. Cette siason on va humilier. Ce que Carlos a pu subir sera du petit lait devant la rage qu’ils ont. »
Il n’y eut pas besoin d’en dire davantage malgré la balle perdue pour Carlos Tévèz..
Quand la conférence prit fin, personne ne se précipita hors de la salle. On aurait dit que chacun avait besoin de quelques secondes supplémentaires pour revenir à une réalité plus ordinaire. Mais rien n’était plus ordinaire à Vianense. Plus maintenant.
Ce jour-lĂ , AnĂbal GuimarĂŁes n’avait pas simplement repris la parole.
Il avait ouvert le dernier acte. Et tout le monde venait d’en entendre le ton.
