Réponses aux lecteurs
@Rhino bon appetit.
@alexgavi C’est clairement une saison de folie. Mamadu va surement dépassé Infante d’ici une saison ou deux je saurais pas trop dire. surement 2 et s’il reste et conserve un temps de jeu cohérent car Adjei est là aussi.
@CaptainAmericka Niveau palmarès on reste très loin quand même. Même en C1 je crois que Benfica en a plus non ?
Le bureau d’Hugo Viana Ă©tait encore imprĂ©gnĂ© de l’odeur froide du champagne Ă©ventĂ© et des cigares Ă peine Ă©crasĂ©s. La nuit romaine n’avait pas encore totalement quittĂ© les murs du centre d’entraĂ®nement, et pourtant AnĂbal GuimarĂŁes s’y Ă©tait rendu presque mĂ©caniquement, comme on revient toujours au mĂŞme endroit après les grandes Ă©motions. La finale de la Champion’s League contre l’AS Monaco venait Ă peine de s’achever, les chants rĂ©sonnaient encore dans les couloirs, et Vianense venait d’inscrire un peu plus son nom dans l’histoire. Mais AnĂbal, lui, n’avait pas le cĹ“ur Ă prolonger l’ivresse.
Il s’assit sans cĂ©rĂ©monie, le dos lĂ©gèrement voĂ»tĂ©, les traits tirĂ©s par l’intensitĂ© de la soirĂ©e. Hugo le regarda quelques secondes sans parler, comprenant instinctivement que ce rendez-vous n’avait rien d’anodin. AnĂbal brisa le silence d’une voix calme, presque lasse, comme si les mots avaient mĂ»ri depuis longtemps. Il expliqua qu’il fallait dĂ©sormais penser au futur. Pas au prochain mercato, ni Ă la prochaine finale, mais Ă ce futur plus inconfortable que l’on repousse toujours : un avenir sans lui sur le banc. Il rappela son âge, sans pathos, simplement comme un constat. La soixantaine approchait. Il ne se voyait pas entraĂ®ner jusqu’à quatre-vingts ans, ni devenir une figure figĂ©e, prisonnière de sa propre lĂ©gende.
Il Ă©voqua ce contrat Ă vie, ce privilège rare qui liait son destin Ă celui du club, et ces points faits chaque saison avec la direction, presque rituels dĂ©sormais. Mais prĂ©cisĂ©ment parce que Vianense enchaĂ®nait les trophĂ©es, parce que la machine semblait huilĂ©e Ă la perfection, il estimait nĂ©cessaire de rester lucide. Les cycles, mĂŞme les plus glorieux, finissent toujours par s’essouffler quand on refuse de les anticiper. AnĂbal ne voulait pas ĂŞtre celui qui s’accroche trop longtemps, celui dont on murmure qu’il aurait dĂ» partir un an plus tĂ´t.
Hugo Viana l’écouta sans l’interrompre, le regard sérieux, presque grave. Lorsqu’il prit enfin la parole, ce fut pour lui répondre avec une honnêteté tout aussi désarmante. Il confia qu’il partageait cette réflexion depuis quelque temps déjà . Les dernières années, les pressions constantes, les affaires périphériques, les victoires autant que les tempêtes, l’avaient profondément marqué. Lui aussi ressentait le besoin de prendre du recul, de passer la main, non pas par lassitude, mais par lucidité. Il expliqua qu’un dirigeant, comme un entraîneur, devait savoir disparaître avant de devenir un frein.
Dans un Ă©change presque intime, loin de toute stratĂ©gie mĂ©diatique, Hugo rĂ©vĂ©la qu’il travaillait dĂ©jĂ Ă sa succession. Rien de prĂ©cipitĂ©, rien d’annoncĂ©, mais une rĂ©flexion mĂ»rie, patiente, fidèle Ă l’ADN du club. Il prĂ©cisa qu’il souhaitait prĂ©senter son successeur Ă AnĂbal prochainement, non pour obtenir une validation symbolique, mais parce que Vianense s’était construit sur cette confiance partagĂ©e, sur cette continuitĂ© humaine avant mĂŞme d’être sportive.
Un silence s’installa Ă nouveau. Cette fois, il n’était pas lourd, mais apaisĂ©. Deux hommes, au sommet de leur rĂ©ussite, acceptaient enfin de regarder au-delĂ d’eux-mĂŞmes. AnĂbal se leva, posa brièvement la main sur le bureau d’Hugo, et esquissa un sourire fatiguĂ©. La Champion’s League venait d’être gagnĂ©e, mais ce soir-lĂ , dans ce bureau discret, une autre victoire venait peut-ĂŞtre d’être arrachĂ©e : celle de savoir partir sans trahir ce que l’on avait bâti.
