Réponses aux lecteurs
@Rhino ah ça c’est un sacré coup dur.
@CaptainAmericka départ pas prévu en effet. Et encore pour le fond je me suis fail il est trop vif. ![]()
Les projecteurs madrilènes semblaient avoir trouvé un nouvel amant. Depuis plusieurs mois déjà , Belarmino Raimundo, milieu fantasque et furieusement doué, affolait les défenses de la Liga sous les couleurs de l’Atlético de Madrid. Ses chevauchées dans l’axe, sa capacité à percuter et à briser les lignes faisaient lever les foules du Metropolitano. Il était redevenu ce qu’il avait toujours cru être : une étoile.
Mais malgré les éloges de la presse ibérique, malgré les comparaisons paresseuses avec les anciens comme Deco ou João Moutinho, malgré les appels du pied répétés dans les studios télé et les réseaux sociaux, le téléphone de la fédération ne sonnait pas.
Pas un message. Pas un signe. Pas une convocation.
L’ère AnĂbal GuimarĂŁes venait de commencer Ă la tĂŞte de la Seleção, et Belarmino en Ă©tait l’un des grands absents. Un silence aussi pesant que symbolique. Une absence que nul n’expliquait clairement, mais que tout le monde interprĂ©tait. Car derrière le rideau, l’histoire entre les deux hommes n’était pas neuve. Ils s’étaient aimĂ©s, formĂ©s, Ă©levĂ©s mutuellement Ă Vianense, puis tout s’était effondrĂ© dans un fracas de dĂ©sillusion, d’affaire de paris, et de silences glacials. Belarmino, autrefois joyau du club du Minho, avait trahi, ou du moins déçu, dans un moment oĂą Vianense avait le plus besoin de loyautĂ©.
Et maintenant qu’il brillait à Madrid, il voulait sa rédemption. Mais elle ne viendrait pas.
Alors il décida de parler.
Dans une interview fleuve au quotidien MARCA, donnée depuis sa villa de La Moraleja, Belarmino, vêtu d’un hoodie Balenciaga et d’un sourire narquois, balança :
« Si je m’appelais Gonçalo Sequeira ou Francisco Maior, je serais en sĂ©lection depuis un an. Mais AnĂbal me connaĂ®t, il ne m’aime pas. Il règle des comptes personnels. C’est une vendetta. Une forme de discrimination dĂ©guisĂ©e. Il n’a jamais digĂ©rĂ© mon dĂ©part Ă Madrid. C’est injuste, c’est blessant, et je le dis sans honte : je mĂ©rite d’être lĂ . »
L’interview fit l’effet d’une grenade dégoupillée dans les couloirs de la Cidade do Futebol. Les chaînes portugaises en firent des débats nocturnes. Les réseaux sociaux explosèrent entre hashtags #RaimundoNaSeleção et #TeamAnibal.
Mais le plus calme de tous, ce fut AnĂbal GuimarĂŁes lui-mĂŞme.
Deux jours plus tard, dans une conférence de presse donnée à Porto, à la veille d’un match amical contre le Maroc, le sélectionneur national arriva en polo sobre, barbe impeccablement taillée, le regard impassible.
Un journaliste de RTP lui tendit la perche :
« Mister, une réaction aux propos de Belarmino Raimundo dans Marca ? »
Un silence. Puis un sourire. Et cette phrase, balancée comme un uppercut, dans un portugais aussi tranquille que moqueur :
« Écoutez… ça m’en touche une… sans faire bouger l’autre. »
L’assistance éclata de rire. Même les photographes durent poser leurs appareils pour reprendre leur souffle.
Mais AnĂbal, fidèle Ă son style, reprit aussitĂ´t son sĂ©rieux. Il leva les yeux, s’humecta les lèvres, puis enchaĂ®na avec calme :
« Belarmino est un bon joueur. Très bon même. Mais il y a des choses qui ne s’achètent pas : la loyauté, la rigueur, le pardon. Il sera convoqué si — et seulement si — ses performances, sa conduite, et son engagement le justifient. Je suis sélectionneur, pas réparateur de fiertés froissées. »
La dĂ©claration fit mouche. Le ton Ă©tait donnĂ©. Froid mais juste. DĂ©terminĂ© sans jamais sombrer dans l’émotion. Car AnĂbal n’était pas homme Ă se laisser entraĂ®ner par le bruit. Il prĂ©fĂ©rait Ă©couter le terrain.
Dans les rues de Lisbonne, un graffiti fit son apparition sur un mur non loin du Stade National :
“Le mérite se gagne, il ne se crie pas.”O Leão.
Et pendant ce temps, à Madrid, Belarmino fixait son téléphone, toujours silencieux. Mais à force de rugir dans le désert, même les lions s’épuisent.
