un parfum de soufre et de mystère flotte sur les pierres ancestrales de la vieille ville. Le ciel est limpide, mais dans les travĂ©es du stade comme dans les ruelles menant au port, une question ne cesse de s’infiltrer dans les conversations, les murmures, les regards : jusqu’oĂą ira cette affaire ? Et jusqu’oĂą AnĂbal GuimarĂŁes est-il, malgrĂ© lui, entraĂ®nĂ© ?
Les faits sont désormais connus de tous, tant ils ont fait la une des tabloïds comme des journaux dits sérieux. Lors d’un déplacement de Wrexham à Newcastle pour un match de Premier League, le bus de l’équipe galloise avait été la cible d’une attaque coordonnée et brutale sur l’autoroute A1. Jets d’huile, tirs de paintball industrialisée, harcèlement motorisé : une embuscade d’un autre âge, qui avait laissé plusieurs membres du staff blessés, psychologiquement pour la plupart et même physiquement suite à la sortie de route.
Longtemps, l’enquête britannique avait patiné. Jusqu’à ce jour où, lors d’un point presse glaçant, Scotland Yard annonça avoir identifié les véhicules impliqués dans l’agression. Loués quelques jours auparavant… à Viana do Castelo. Plus précisément dans une petite agence indépendante située à deux pas du vieux port. Une information qui fit l’effet d’une déflagration au Portugal, et bien au-delà .
Mais le plus saisissant restait Ă venir.
Quatre hommes avaient Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s Ă leur descente d’un vol en provenance de Porto. Leurs passeports ? Colombiens. Leurs connexions ? Troubles, mais croisĂ©es avec des ramifications connues du cartel Gallindo, sinistre entitĂ© narco-para encore active par cercles souterrains. Parmi les documents retrouvĂ©s dans leurs effets, un nom attira l’attention : Coco Cruz, ancien parrain et figure quasi-mythologique des Andes orientales, mais surtout… père du latĂ©ral Juan Sebastian Anaya, un temps considĂ©rĂ© comme le fils spirituel d’AnĂbal GuimarĂŁes Ă l’époque de ses jeunes annĂ©es Ă Envigado puis Palmeiras.
Et soudain, tout devint plus trouble. Plus tendu. Plus venimeux.
Officiellement, AnĂbal nie. Froidement. Fermement. Presque mĂ©caniquement.
« Je ne connais pas ces gens. Je n’ai aucun contact avec Coco Cruz depuis plus de dix ans. Et je n’ai jamais été en bons termes avec. Je sais que Juan-Sebastian n’a plus de contacts non pus avec. Je ne suis pas responsable des décisions de ceux qui ont croisé ma route à une époque révolue. Point. »
Pour ses supporters, cette déclaration suffit. À l’Arena do Viana, les tifos se multiplient. L’humour noir est devenu une arme de soutien. À chaque match, un chant s’élève des tribunes sud, repris en chœur :
“Lamar, attention derrière toi, AnĂbal te suit mĂŞme sans ses soldats.”
Le coach de Wrexham, Lamar Jackson, se retrouve ainsi constamment ramenĂ© Ă une figure obsĂ©dante. Dans la presse britannique, il multiplie les interventions, les silences lourds de sous-entendus. Et sur les rĂ©seaux sociaux, l’ombre d’AnĂbal, tel un esprit malin, semble toujours flotter dans ses propos.
Le club gallois, lui, reste silencieux. Officiellement.
Mais Ă Vianense, certains rient. D’autres s’agacent. Et quelques-uns commencent Ă craindre que ce nuage opaque ne vienne ternir la lumière patiemment construite ces dernières saisons. Car mĂŞme si aucun Ă©lĂ©ment concret ne relie AnĂbal aux suspects, la juxtaposition des faits, des noms, des passĂ©s entremĂŞlĂ©s, commence Ă peser. Et dans l’Europe du football, cette affaire devient aussi politique que judiciaire.
La vĂ©ritĂ© ? Elle se terre peut-ĂŞtre quelque part entre MedellĂn, Viana et Londres.
Ou alors… elle s’écrit déjà dans les carnets d’un juge.
