Réponses aux lecteurs
@Rhino On renfloue les finances du club ça fait du bien.
L’appel venu de Castille avait quelque chose d’inattendu, presque d’irrationnel. Mais il Ă©tait aussi chargĂ© d’une noblesse un peu douloureuse, de celles qui font battre le cĹ“ur plus vite et rĂ©veillent des souvenirs trop lourds pour qu’on les affronte sans vaciller. Alors que Javi Sánchez venait de confirmer son dĂ©part pour le Real Madrid après avoir offert Ă Valladolid un double triplĂ© de rĂŞve, les dirigeants blanquivioletas avaient tentĂ© le tout pour le tout. Leur prioritĂ© n’était autre qu’AnĂbal GuimarĂŁes, celui-lĂ mĂŞme qui avait changĂ© Ă jamais la destinĂ©e du club.
Ă€ Viana do Castelo, la nouvelle avait circulĂ© comme une onde. Mais AnĂbal, fidèle Ă sa discrĂ©tion lĂ©gendaire, n’avait rien laissĂ© paraĂ®tre. FlattĂ©, oui. TiraillĂ©, non. Il savait dĂ©jĂ . La rĂ©ponse avait toujours Ă©tĂ© en lui.
Car il y avait, à Vianense, quelque chose qu’aucun contrat ne pouvait remplacer. Un équilibre. Une paix intérieure. Une fidélité à une terre, à un projet, à des gens. Il avait reconstruit pierre par pierre une institution, insufflé une identité, élevé des jeunes garçons en hommes. Il y avait ici Victor, son fils, des joueurs qu’il avait vu éclore, des visages croisés chaque matin avec la même intensité. Et puis, il y avait le poids de l’héritage, là -bas, à Valladolid. Trop lourd.
Partir comme il l’avait fait, sur un triplĂ© magique Liga–Copa–Champions, avait figĂ© AnĂbal dans une forme d’éternitĂ©. Ă€ l’époque, il Ă©tait parti en hĂ©ros, portĂ© en triomphe dans un JosĂ© Zorrilla incandescent. Depuis, une statue Ă son effigie trĂ´nait sur le parvis, et le stade portait dĂ©sormais son nom. Il n’était plus un coach lĂ -bas. Il Ă©tait un mythe. Revenir, c’était prendre le risque de gratter cette peinture sacrĂ©e, de froisser la mĂ©moire.
Alors, lorsqu’il répondit au téléphone, il le fit avec tact, mais sans trembler. Non. Il déclina l’offre avec un respect immense. Il remercia, rappela son attachement, évoqua les souvenirs. Mais il était chez lui, à Vianense, et il n’était pas encore temps de partir.
Dans un élan de générosité sincère, il proposa néanmoins un nom. Celui de son adjoint Ilaix, fidèle parmi les fidèles, qu’il jugeait prêt à franchir ce cap.
“Il a grandi ici. Il comprend ce que cela représente. Il mérite une chance.”
Mais à Valladolid, on cherchait un nom. Un symbole. Quitte à rejeter l’un de ses propres fils.
Le train reparti vers Castille. Et AnĂbal, de retour sur le terrain d’entraĂ®nement, redressa la casquette sur son crâne. Vianense l’attendait. Et il avait encore des choses Ă y bâtir.