Réponses aux lecteurs
@CaptainAmericka Sa famille étant originaire du Brésil c’est compréhensible je pense. Oui il a large le niveau même si en bonus le Brésil a un creux en défense central.
L’entraînement venait de s’achever. Les plots étaient rangés, les filets retombaient, et les ballons roulaient seuls jusqu’aux coins du terrain, comme des enfants fatigués d’avoir trop joué.
Elton Duarte, lui, ne quittait pas le terrain des yeux. Debout, mains sur les hanches, il regardait le banc vide, comme s’il y cherchait une réponse.
Il finit par se diriger vers le bureau d’AnĂbal GuimarĂŁes.
L’entretien avait Ă©tĂ© demandĂ© deux jours plus tĂ´t, sans urgence apparente. Mais dès qu’il entra, accompagnĂ© de son agent — chemise ouverte, regard trop sĂ»r de lui — AnĂbal comprit. Ce n’était pas un Ă©change. C’était une annonce.
Elton, 21 ans, arrivĂ© quatre saisons plus tĂ´t en provenance du Sporting, avait Ă©tĂ© bien plus qu’un joueur. Il avait Ă©tĂ© un repère. D’abord un ailier timide, puis repositionnĂ© latĂ©ral droit sous l’impulsion d’AnĂbal, il avait gravi les Ă©chelons sans bruit. Combattant Ă©lĂ©gant, capitaine sans brassard. Ă€ Vianense, il incarnait l’exigence et la fidĂ©litĂ©. Le genre de joueur sur lequel on construit.
Mais ce jour-là , il baissa les yeux et parla d’une voix claire.
« Mister, j’ai donné tout ce que je pouvais ici. J’ai grandi, j’ai appris. Mais j’ai besoin d’un nouveau défi. »
Son agent prit le relais. Moins mesuré.
« Il a des contacts concrets. Porto. Le Sporting aussi. Les projets sont solides. Le timing est bon. »
AnĂbal Ă©couta. Sans couper. Mais Ă chaque mot, quelque chose se fissurait.
Il tenta pourtant. Par loyauté, plus que par stratégie.
« Tu es une pièce essentielle, Elton. Tu connais notre projet. Tu sais ce qu’on construit. Et tu sais qu’ici, tu as ta place. Une vraie. J’ai fermé les yeux sur tes dérapages à plusieurs reprises. »
Mais l’agent secoua déjà la tête. C’était joué d’avance. Trop fluide. Trop sûr. Les négociations avaient déjà eu lieu. Le joueur n’était pas encore parti, mais le cœur était ailleurs.
Après le rendez-vous, AnĂbal resta seul un long moment, assis face Ă son tableau tactique.
Elton était censé porter la défense l’an prochain. Il avait même envisagé de le nommer vice-capitaine. Un joueur fiable, rare, exemplaire sur le terrain. Mais il connaissait ce regard-là . Ce mélange de gratitude et de distance. Il l’avait vu mille fois.
Il consulta Hugo Viana dans la soirée. Le directeur sportif ne fut pas surpris.
« Si une offre correcte arrive, on ne pourra pas le retenir. Pas dans ces conditions. »
Et dans la nuit, AnĂbal griffonna quelques mots dans son carnet :
« On ne perd pas un joueur. On perd un repère. Et on devra réapprendre à défendre sans lui. »
Reste Ă savoir oĂą ira Elton.
Et si un jour, en regardant derrière lui, il comprendra ce que Vianense lui avait offert. Pas seulement du temps de jeu. Mais une maison.
