Conférence de Presse
Retranscription de la conférence de presse de présentation de Christophe Dugarry
Christophe Dugarry est assis derrière une table simple, vêtu d’un survêtement du club au scapulaire. Le visage est fermé, le regard intense. Il ne cherche pas à séduire, il est là pour le combat.
Journaliste : « Qu’est-ce que cela fait d’avoir une telle opportunité ? »
Christophe Dugarry : (Il recule légèrement sa chaise, croise les bras) « Opportunité ? Je ne sais pas si c’est le mot que j’emploierais. Une opportunité, c’est quand on te propose le Real Madrid ou le Bayern. Là , on parle d’une mission commando, d’un sauvetage. Ce que ça me fait ? Ça me prend aux tripes. C’est un mélange de fierté immense, parce que c’est mon club, c’est ma maison, et de gravité. Je ne suis pas là pour faire le beau ou pour ajouter une ligne sur Wikipédia. Je sens le poids de l’histoire du club sur mes épaules. C’est lourd, très lourd, mais c’est pour ça que je suis là . »
Journaliste : « Estimez-vous que le propriétaire partage vos ambitions s’agissant du club ? »
C.D. : (Il esquisse un sourire en coin, un peu ironique) « Écoutez, on s’est dit les choses, les yeux dans les yeux. Fini la flûte, fini les promesses en l’air. L’ambition aujourd’hui, ce n’est pas de vendre du rêve ou de parler de Ligue des Champions en 2030. L’ambition, c’est la survie. Est-ce qu’ils sont d’accord avec ça ? Ils n’ont pas le choix. S’ils m’ont appelé, c’est qu’ils ont compris que les méthodes d’avant, le trading, le business plan sur PowerPoint, c’était terminé. Mon ambition, c’est de redonner une âme à ce club. Si la direction me suit là -dessus, on avancera. Sinon, je serai le premier à le dire. »
Journaliste : « Pourquoi Bordeaux ? Qu’est-ce qui a motivé cette décision ? »
C.D. : « Regardez l’écusson. (Il tape sur le logo sur sa poitrine). C’est la seule raison. Vous croyez que j’aurais quitté ma vie tranquille pour aller entraîner en N2 à l’autre bout de la France ? Jamais de la vie. C’est Bordeaux. J’ai grandi ici, j’ai tout connu ici. Voir le club se faire humilier, semaine après semaine, devenir la risée du foot français… Je ne pouvais plus rester spectateur. À un moment, soit tu te tais, soit tu agis. J’ai décidé d’agir. C’est le cœur qui a décidé, pas la tête. »
Journaliste : « N’avez-vous pas eu le moindre doute avant d’accepter ce poste ? »
C.D. : « Ah si, énormément ! J’ai mal dormi, croyez-moi. Tout le monde m’a dit : « Duga, t’es fou, tu vas te planter, c’est un bourbier ». Rationnellement, c’est une connerie. Je mets mon image en jeu, je mets ma tranquillité en jeu. Mais la peur, c’est ce qui te fait sentir vivant. Si je n’avais pas eu de doutes, ça aurait voulu dire que je m’en foutais. C’est parce que j’ai peur de voir Bordeaux mourir que j’ai accepté. »
Journaliste : « Le club de Bordeaux ne fait pas partie des plus riches, et beaucoup estiment que cela est un gros désavantage. Pensez-vous que la situation financière du club va vous empêcher de vous battre à armes égales ? »
C.D. : (Il se penche vers le micro, le ton durcit) « L’argent… On a trop parlé d’argent ici depuis dix ans. « Le budget », « le déficit », « la DNCG »… On a oublié le football ! En National 2, l’argent, ça ne fait pas courir les joueurs. Ça ne gagne pas les duels. On est fauché ? Ok, on est fauché. Et alors ? On va se battre avec autre chose. Avec de la dalle, avec de l’intelligence, avec des gamins qui ont faim. On ne va pas acheter la montée, on va la construire. Je préfère onze guerriers pas payés cher qui mouillent le maillot, plutôt que des mercenaires surpayés qui s’en foutent. Le manque d’argent, ça va nous obliger à être malins. C’est peut-être la meilleure chose qui pouvait nous arriver pour redescendre sur terre. »
Journaliste : « Pourquoi ce poste vous a-t-il particulièrement attiré ? »
C.D. : « Parce qu’il y a tout à reconstruire. C’est un champ de ruines. C’est excitant, footballistiquement parlant. Repartir d’une feuille blanche, ou presque. Former des jeunes, dénicher des talents bruts, créer un collectif… C’est l’essence du métier d’entraîneur. Je ne viens pas gérer des ego dans un vestiaire de stars, je viens bâtir une équipe. C’est ce retour aux fondamentaux, au jeu pur, à la formation, qui m’a plu. »
Journaliste : « Votre lieu de naissance n’est pas très éloigné. Cela peut-il vous aider à vous faire accepter par les supporters ? »
C.D. : « Je suis un gars de Lormont, je connais l’odeur de la vase de la Garonne, je sais ce que les gens ici attendent. Je parle le même langage qu’eux. Bien sûr que ça crée un lien immédiat. Je ne suis pas un parachuté. Mais attention, ça ne me donne pas un totem d’immunité. Au contraire. Parce que je suis d’ici, j’ai encore plus de comptes à rendre. Les supporters, je les connais, ils sont exigeants, et ils ont raison. Ils vont me soutenir parce que je suis un enfant du pays, mais si l’équipe ne se bat pas, je serai le premier qu’ils siffleront. Et c’est normal. »