les frères Théorêt face à un mercato décisif
La saison bat son plein en Première Ligue Canadienne. À Ottawa, l’Atlético continue de grimper au classement, portée par une série de résultats positifs et un noyau de joueurs de plus en plus soudé. Le groupe vit bien, les automatismes se construisent, et l’équipe semble déterminée à se mêler à la course au championnat jusqu’à la fin.
Mais à quelques jours de l’ouverture officielle du mercato d’été, le 5 juillet, une ombre plane sur trois jeunes joueurs bien connus du public : les frères Théorêt.
Maël, Jules et Lohan sont encore très jeunes. Aucun des trois n’a encore d’agent. Aucun n’est encadré formellement par une structure extérieure. Tout passe par le dialogue avec le staff, l’encadrement du club et la cellule de développement. Et c’est là que les choses se corsent.
Logement des joueurs – 5 juillet, 18 h 37
Quelques minutes après une rencontre individuelle avec l’entraîneur Mario Lafleur, à la veille du mercato.
Les trois frères sont rentrés ensemble, mais depuis qu’ils ont franchi la porte, personne n’a dit un mot. Lohan s’est affalé sur le divan, la jambe encore un peu raide. Jules est resté debout, adossé à la porte de la cuisine. Maël a balancé son sac dans un coin, nerveux, puis s’est assis au bout du comptoir, les bras croisés.
Lohan (regardant ses deux frères, calme) :
— Bon. On en parle?
Maël (sans lever les yeux) :
— Qu’est-ce que tu veux qu’on dise? Il a dit ce qu’il avait à dire. Maintenant, c’est chacun pour soi, c’est ça?
Jules (calmement) :
— C’est pas chacun pour soi. Mais ouais, c’est clair que nos chemins vont peut-être diverger un peu.
Maël (le ton monte) :
— Diverger? Tu sais ce que ça veut dire, ça? Ça veut dire que t’es prêt à te faire prêter comme si t’étais un dossier en attente. Comme si t’étais pas assez bon.
Jules (plus ferme) :
— Non, ça veut dire que j’ai envie de jouer, Maël. Pas juste m’entraîner pour remplir un chandail sur le banc.
Lohan (intervient, posément) :
— Il a pas tort. J’te le dis franchement : vous méritez mieux que d’attendre chaque semaine un miracle.
Maël (amer) :
— Facile à dire quand t’es titulaire à 17 ans, que tout le monde t’appelle le prodige canadien, pis que t’as même pas besoin d’un agent pour que l’Europe te regarde. Toi, t’as pas à te battre pour jouer.
Lohan (fixant Maël dans les yeux) :
— Tu penses que j’me bats pas? T’étais pas là quand j’ai bossé en silence pendant deux mois blessé. T’étais pas là quand j’ai pleuré dans le vestiaire parce que j’avais peur de tout perdre en une connerie. J’suis peut-être sur le terrain, ouais, mais j’ai la chienne pareil. Parce que si vous partez, j’perds plus que des coéquipiers.
Jules (voix cassée) :
— On perd pas Lohan. C’est juste… on veut retrouver ce qu’on avait, nous aussi.
Maël (plus calme, mais encore tendu) :
— J’veux juste une chance. Ici. J’veux pas que mon histoire finisse avec un prêt à Saint-Jérôme ou je sais pas où. J’ai besoin que quelqu’un croit encore en moi.
Lohan :
— Mario croit encore en toi, Maël. Il t’a dit que t’avais progressé. Il t’a donné une minute de vérité. Il t’a dit la vérité. C’est rare, ça, dans ce milieu-là.
Maël (hoche la tête) :
— Ouais. Il m’a dit que l’arrivée d’un attaquant va changer des affaires. Que si je reste, faudra que je sois patient. Que je pourrais jouer… ou pas du tout. Il m’a demandé si j’étais prêt à prendre ce risque.
Jules :
— Moi, il m’a dit que je pouvais être prêté. Blainville, Laval ou même à Québec. Il veut que je joue. Il m’a dit que je suis pas loin, mais que je suis pas encore assez imposant pour jouer les gros matchs.
Lohan :
— Et tu vas dire oui?
Jules (hésitant) :
— J’sais pas. C’est dur d’imaginer partir… sans vous.
Maël :
— On est pas censés se séparer. C’était pas ça, le plan.
Lohan (souriant tristement) :
— Le foot s’en fout de nos plans.
Un silence s’installe. Puis Jules brise la glace.
Jules :
— Vous vous souvenez du tournoi à Sept-Îles? Quand on a joué les trois ensemble pour la première fois?
Maël (sourit malgré lui) :
— J’avais marqué deux buts… et j’avais célébré comme Cristiano.
Lohan (rit) :
— Non, t’avais glissé sur le gazon pis t’avais arraché ton short.
Jules :
— C’était simple, dans ce temps-là. On jouait pour le plaisir. On savait même pas encore qu’un jour, ça deviendrait aussi compliqué.
Lohan (avec émotion) :
— On joue encore pour ça, les gars. On joue parce qu’on aime ça. Peu importe où on est. Tant qu’on continue à avancer, à grandir. Même si c’est pas au même endroit.
Maël (regard baissé, sincère) :
— J’pense que j’ai peur. Pas de partir… mais de pas réussir, même ailleurs. Pis d’être oublié.
Jules :
— On t’oubliera jamais, Maël. Pis si t’oublies qui t’es… j’serai là pour te le rappeler.
Lohan (posant une main sur l’épaule de chacun) :
— Peu importe ce que Mario décide, peu importe où on joue après le 5 juillet… on reste une équipe. Une vraie. OK?
Les trois hochent la tête.
Ce soir-là, ils n’ont pas trouvé de réponses. Mais ils ont retrouvé quelque chose d’encore plus précieux : leur lien. Celui qui les unit depuis toujours. Celui qui ne dépend ni d’un terrain, ni d’un chandail, ni d’un classement.
Lohan : la trajectoire limpide
Commençons par celui dont la situation est la plus claire. Lohan Théorêt, à seulement 17 ans, continue de confirmer tout le bien qu’on pense de lui. Malgré une blessure récente à l’ischio-jambier qui l’a tenu à l’écart pendant quelques matchs, Lohan reste un incontournable dans les plans de Mario Lafleur.
On connaît la personnalité de Lohan : sûr de lui, confiant dans ses moyens, passionné par le jeu. On connaît aussi son potentiel : il voit le jeu plus vite que les autres, il touche le ballon différemment, et il est capable de changer l’allure d’un match par une seule action. Il y a un calme chez lui, une forme de sérénité qui détonne chez un joueur aussi jeune.
Son avenir immédiat ne fait pas débat. Il restera à Ottawa cette saison, quoi qu’il arrive pendant le mercato. La direction du club veut construire autour de lui. Lohan est devenu un visage de l’organisation, un symbole de ce que la CPL peut produire lorsqu’on fait confiance à la jeunesse. S’il y a un coup de téléphone de l’Europe, ce sera pour l’année prochaine, pas cet été.
Maël : entre espoir et incertitude
Pour Maël, c’est une autre histoire. Longtemps perçu comme le plus flamboyant du trio, celui avec le plus gros moteur offensif, Maël Théorêt a traversé une période compliquée. En début de saison, il n’a pas su saisir les quelques opportunités qui se sont présentées. Il a souvent été brouillon, impatient, trop pressé de briller.
Mais les choses ont changé dans les dernières semaines. Maël a obtenu davantage de temps de jeu, et surtout, il a montré une attitude bien plus positive. Moins de gestes spectaculaires inutiles, plus d’implication défensive, plus de simplicité dans ses décisions. Il a compris que le chemin vers le succès professionnel passe parfois par l’humilité et la constance.
Cependant, le timing n’est pas idéal. Car Ottawa s’active pour recruter un nouvel attaquant. Un joueur expérimenté, capable de marquer des buts immédiatement et d’épauler Rubén Del Campo dans la course au championnat. Et si ce joueur débarque, il est fort possible que Maël voit son temps de jeu fondre à nouveau.
Dans ce contexte, un prêt pourrait rapidement redevenir d’actualité. On sait que plusieurs clubs de PLSQ et deux équipes de Ligue1 Ontario ont montré de l’intérêt. L’idée serait d’envoyer Maël jouer 90 minutes chaque semaine, le laisser respirer, se retrouver… avant de potentiellement revenir plus fort.
Mais pour Maël, ce serait un coup dur. Lui veut rester. Il veut se battre. Il veut prouver à Mario qu’il peut s’imposer dans cette équipe. Il le dit ouvertement :
« J’suis pas venu ici pour être un figurant. J’veux exister, ici, maintenant. »
S’il devait partir en prêt, ce serait contre son gré. Mais il commence aussi à comprendre qu’il vaut parfois mieux reculer pour mieux sauter.
Jules : l’intelligence à l’épreuve du rythme
Et puis il y a Jules, le troisième de la fratrie. Discret, posé, réfléchi. Toujours en train de noter ses observations dans un carnet. À l’entraînement, il comprend tout plus vite que les autres. Positionnement, couverture, relances… tactiquement, c’est un exemple.
Mais dans les matchs, Jules peine encore à faire transparaître cette intelligence sur la durée. Il a livré quelques bonnes performances récemment, notamment une prestation rassurante comme titulaire en charnière centrale, mais on sent encore que le rythme de la CPL lui demande un temps d’adaptation.
Mario Lafleur ne s’en cache pas :
« Jules, c’est un joueur qui comprend le foot. Mais on veut plus que ça. On veut des gars qui imposent leur présence physiquement aussi. »
Ottawa aimerait renforcer sa brigade défensive durant le mercato. Un défenseur d’expérience est ciblé, et son arrivée réduirait automatiquement les minutes disponibles pour Jules. Là aussi, un prêt est envisagé. Et contrairement à Maël, Jules ne serait pas contre.
Il l’a confié à des proches :
« Si je peux jouer chaque semaine, apprendre sur le terrain, peu importe l’endroit, ça va me faire avancer. »
Une solution en prêt pourrait donc contenter tout le monde, mais encore faut-il trouver le bon contexte. Jules ne veut pas partir n’importe où. Il veut un environnement compétitif, encadré, structuré. Pas juste un banc ailleurs.
Un mercato sans agent… mais pas sans enjeux
Ce qui rend la situation des frères Théorêt encore plus particulière, c’est qu’aucun d’eux n’a d’agent. Ils gèrent tout eux-mêmes avec l’aide de leur oncle et père, parfois par l’intermédiaire de Lohan, qui s’impose de plus en plus comme un porte-parole naturel du trio.
Cela crée une forme de vulnérabilité. À l’approche du mercato, alors que d’autres joueurs négocient des clauses, explorent des offres, les Théorêt sont dans le flou. Ils avancent à l’instinct, avec leurs émotions, leurs frustrations et leurs rêves.
Le staff d’Ottawa, lui, doit trancher avec la tête froide. L’équipe vise le titre. Les sentiments, les belles histoires de famille, les promesses faites en début de saison — tout ça passe en deuxième quand l’objectif est de soulever le trophée à l’automne.
Verdict à venir
Dans les prochains jours, les choses vont se préciser. Lohan, lui, restera. Il jouera, il brillera, et il continuera d’attirer les regards. Pour Maël et Jules, tout dépendra des prochaines séances, des prochaines minutes, et… des prochaines signatures.
Ce mercato d’été pourrait marquer un tournant dans leur carrière. Une cassure temporaire. Ou un nouveau départ.
Mais une chose est certaine : les frères Théorêt ne passeront pas inaperçus.
Maison de Jean-Claude Théoret – 5 juillet, 18 h 37
Quelques minutes après une rencontre individuelle avec l’entraîneur Mario Lafleur, à la veille du mercato.
Les trois frères sont rentrés ensemble, mais depuis qu’ils ont franchi la porte, personne n’a dit un mot. Lohan s’est affalé sur le divan, la jambe encore un peu raide. Jules est resté debout, adossé à la porte de la cuisine. Maël a balancé son sac dans un coin, nerveux, puis s’est assis au bout du comptoir, les bras croisés.
Lohan (regardant ses deux frères, calme) :
— Bon. On en parle?
Maël (sans lever les yeux) :
— Qu’est-ce que tu veux qu’on dise? Il a dit ce qu’il avait à dire. Maintenant, c’est chacun pour soi, c’est ça?
Jules (calmement) :
— C’est pas chacun pour soi. Mais ouais, c’est clair que nos chemins vont peut-être diverger un peu.
Maël (le ton monte) :
— Diverger? Tu sais ce que ça veut dire, ça? Ça veut dire que t’es prêt à te faire prêter comme si t’étais un dossier en attente. Comme si t’étais pas assez bon.
Jules (plus ferme) :
— Non, ça veut dire que j’ai envie de jouer, Maël. Pas juste m’entraîner pour remplir un chandail sur le banc.
Lohan (intervient, posément) :
— Il a pas tort. J’te le dis franchement : vous méritez mieux que d’attendre chaque semaine.
Maël (amer) :
— Facile à dire quand t’es titulaire à 17 ans, que tout le monde t’appelle le prodige canadien, pis que t’as même pas besoin d’un agent pour que l’Europe te regarde. Toi, t’as pas à te battre pour jouer.
Lohan (fixant Maël dans les yeux) :
— Tu penses que j’me bats pas? T’étais pas là quand j’ai bossé en silence pendant ma blessure. J’suis peut-être sur le terrain, ouais, mais j’ai la chienne pareil. Parce que si vous partez, j’perds plus que des coéquipiers.
Jules (voix cassée) :
— On perd rien Lohan. C’est juste… on veut retrouver ce qu’on avait, nous aussi.
Maël (plus calme, mais encore tendu) :
— J’veux juste une chance. Ici. J’veux pas que mon histoire finisse avec un prêt à Saint-Jérôme ou je sais pas où. J’ai besoin que quelqu’un croit encore en moi.
Lohan :
— Mario croit encore en toi, Maël. Il t’a dit que t’avais progressé. Il t’a dit la vérité. C’est rare, ça, dans ce milieu-là.
Maël (hoche la tête) :
— Ouais. Il m’a dit que l’arrivée d’un attaquant va changer des affaires. Que si je reste, faudra que je sois patient. Que je pourrais jouer… ou pas du tout. Il m’a demandé si j’étais prêt à prendre ce risque.
Jules :
— Moi, il m’a dit que je pouvais être prêté. Blainville, Laval ou même à Québec. Il veut que je joue. Il m’a dit que je suis pas loin, mais que je suis pas encore assez imposant pour jouer les gros matchs.
Lohan :
— Et tu vas dire oui?
Jules (hésitant) :
— J’sais pas. C’est dur d’imaginer partir… sans vous.
Maël :
— On est pas censés se séparer. C’était pas ça, le plan.
Lohan (souriant tristement) :
— Le foot s’en fout de nos plans.
Un silence s’installe. Puis Jules brise la glace.
Jules :
— Vous vous souvenez du tournoi à Sept-Îles? Quand on a joué les trois ensemble pour la première fois?
Maël (sourit malgré lui) :
— J’avais marqué deux buts… et j’avais célébré comme Cristiano.
Lohan (rit) :
— Non, t’avais glissé sur le gazon pis t’avais arraché ton short.
Jules :
— C’était simple, dans ce temps-là. On jouait pour le plaisir. On savait même pas encore qu’un jour, ça deviendrait aussi compliqué.
Lohan (avec émotion) :
— On joue encore pour ça, les gars. On joue parce qu’on aime ça. Peu importe où on est. Tant qu’on continue à avancer, à grandir. Même si c’est pas au même endroit.
Maël (regard baissé, sincère) :
— J’pense que j’ai peur. Pas de partir… mais de pas réussir, même ailleurs. Pis d’être oublié.
Jules :
— On t’oubliera jamais, Maël. Pis si t’oublies qui t’es… j’serai là pour te le rappeler.
Lohan (posant une main sur l’épaule de chacun) :
— Peu importe ce que Mario décide, peu importe où on joue après le 5 juillet… on reste une équipe. Une vraie. OK?
Les trois hochent la tête.
Ce soir-là, ils n’ont pas trouvé de réponses. Mais ils ont retrouvé quelque chose d’encore plus précieux : leur lien. Celui qui les unit depuis toujours. Celui qui ne dépend ni d’un terrain, ni d’un chandail, ni d’un classement.
Pendant ce temps, mario magasine
À peine le mercato ouvert, l’Atlético d’Ottawa n’a pas perdu de temps pour poser ses cartes sur la table. Fidèle à sa parole, Mario Lafleur a renforcé son effectif, avec trois signatures qui pourraient redistribuer les cartes… et chambouler sérieusement les perspectives de Maël et Jules Théorêt.
Michael Petrasso : un retour attendu au pays
Le premier nom annoncé est un visage bien connu du paysage canadien. Michael Petrasso, 28 ans, international canadien avec de l’expérience en CPL et même en Angleterre, fait son arrivée dans la capitale. Il viendra appuyer l’offensive, offrir de la polyvalence sur les ailes et surtout ajouter de la maturité dans le dernier tiers.
Sunusi Ibrahim : concurrence directe pour Maël
Le deuxième renfort est celui qu’on attendait : l’arrivée d’un nouvel attaquant. Mario Lafleur frappe fort en annonçant la venue de l’international nigérian Sunusi Ibrahim, 21 et ex-joueur du CF Montréal en MLS.
C’est un nom qui résonne particulièrement chez les triplés : Sunusi est un ancien de l’Impact, et les trois frères, originaires du Saguenay, l’avaient suivi de près lorsqu’il évoluait au Stade Saputo.
Cette fois, le choc est direct pour Maël. Sunusi est jeune, explosif, et surtout, il arrive pour jouer tout de suite. Mario Lafleur l’a dit en point de presse :
« On veut plus de danger dans la surface. Sunusi peut nous donner ça. »
Avec Rubén Del Campo déjà bien installé comme fer de lance, Maël voit un concurrent de plus entrer dans l’arène. Après des semaines à gagner peu à peu du temps de jeu, le risque de reculer dans la hiérarchie est bien réel. Un prêt redevient une option crédible.
Ousmane Coulibaly : la tuile pour Jules?
Enfin, la grosse signature défensive du mercato : Ousmane Coulibaly, 34 ans, 26 sélections avec le Mali. Ce vétéran expérimenté arrive pour prendre place immédiatement sur le flanc droit de la défense.
Mais l’impact est plus large. Car cette arrivée permet à Lafleur de recentrer Karl Ouimette dans l’axe, sa position naturelle. Résultat : la charnière centrale est désormais bien bouchée, et Jules Théorêt recule dans l’ordre des priorités.
Malgré ses bonnes prestations récentes, notamment lors d’un départ solide contre Halifax, Jules voit ses minutes s’amenuiser avant même de rejouer