Bah ouais ça va finir en couple avec le vieux et on va lâaccuser dâen vouloir Ă son fric ! ![]()
:storygreen: :s1: đžđ° :msk_rimavska_sobota: Le vent de Bari : confessions de Giuseppe Colombani
Giuseppe est en train de devenir le papy de cĆur pour Chiara, alors quâil en attend peut-ĂȘtre davantage ![]()
Réponse aux lecteurs
@CaptainAmericka @alexgavi Que vous avez lâesprit mal placĂ© ! Je ne vous fĂ©licite pas !
@Rhino Giuseppe nâest pas grabataire !
Je lui ai donné le texte un mardi aprÚs-midi pas par précaution mais par nécessité. Je voulais savoir. Je lui ai envoyé le document sans commentaire.
Il mâa demandĂ© de venir. Nous nous sommes retrouvĂ©s dans un cafĂ© oĂč nous avions dĂ©jĂ passĂ© plusieurs heures Ă parler, plusieurs semaines auparavant. Il avait imprimĂ© le texte. Je lâai compris lorsquâil a posĂ© les feuilles devant lui.
â Je suppose que tu lâas lu ?
â Oui.
â Et ?
Il nâa pas rĂ©pondu tout de suite. Il avait cette maniĂšre de regarder les gens lorsquâil cherchait ses mots et cette fois, clairement, il ne les trouvait pas. Il a repris la premiĂšre page puis la deuxiĂšme.
Je lâai laissĂ© faire : je ne savais pas Ă quoi mâattendre. Peut-ĂȘtre une protestation ou une correction, certainement une remarque sur un dĂ©tail ou une phrase sur laquelle nous allions nous battre pendant une heure.
Mais il a terminĂ©, a gardĂ© les yeux baissĂ©s puis les a relevĂ©s vers moi. Ils Ă©taient humides. JâĂ©tais surprise mais jâai attendu.
â Tu veux que je change quelque chose ?
â Non, surtout pas.
Sa voix Ă©tait plus basse que dâhabitude.
â Rien ?
Il a repris les feuilles, les a alignées puis me les a tendues.
â Rien.
Jâai hĂ©sitĂ© avant de les prendre.
â GiuseppeâŠ
â Ecoute-moi, ne change rien.
Cette fois, il souriait mais ses yeux étaient toujours rouges.
â Câest pour ça que jâai acceptĂ©.
â AcceptĂ© quoi ?
â De parler avec toi et jâai appris Ă aimer ça
Je nâai rien rĂ©pondu. Il a regardĂ© par la fenĂȘtre puis a ajoutĂ© :
â Tu nâes pas ma psy.
â Je sais.
â Loin de lĂ .
â Heureusement.
â Mais tu es mon miroir.
Il a posé un doigt sur la premiÚre page.
â Sans concession.
Cette fois, il nây avait plus aucune trace dâhumour.
â Tu me montres ce que je suis et ce que je fais mĂȘme quand je nâai pas envie de le voir.
Il a repris son souffle.
â Et tu ne me dis pas que jâai raison pour me faire plaisir.
Il mâa regardĂ©e.
â Câest rare.
Je nâai toujours rien dit. Il a finalement ajoutĂ© :
â Garde-le comme ça.
Puis il sâest levĂ© et il est parti. Je suis restĂ©e seule avec mes feuilles et pour la premiĂšre fois depuis quatre mois, jâai eu la sensation que je devais Ă©crire ce livre.
Je regardai toujours les pages posĂ©es devant moi le nez devant ma tasse de cafĂ©. Il nây avait aucune correction mĂȘme pas un mot barrĂ©, mĂȘme pas une remarque dans la marge, rien. Seulement cette phrase quâil avait prononcĂ©e avant de partir :
â Ne change rien.
Je repris le texte et le relus autrement. Pour la premiĂšre fois, je me demandai si je nâavais pas Ă©crit quelque chose quâil nâĂ©tait pas prĂȘt Ă entendre ou peut-ĂȘtre exactement lâinverse.
Je nâeus pas le temps de dĂ©cider, mon tĂ©lĂ©phone vibra sur la table. CâĂ©tait un message de LĂĄszlĂł Bellandi. Je savais dĂ©jĂ , Ă sa façon dâĂ©crire mon prĂ©nom sans formule inutile, quâil avait lu.
Chiara, je lâai lu. Je crois que je comprends maintenant ce que tu veux faire avec ce livre. Et je crois surtout que jâai envie de lire la suite. Alors maintenant, parle-moi de son football, pas pour faire plaisir Ă ton Ă©diteur, mais aussi parce que câest aussi son histoire.
Dans le mille ! Bien joué belle demoiselle ! ![]()
Il valide, elle a gagnĂ© un sacrĂ© pari car ce nâest pas simple dâĂ©crire son histoire.
Réponse aux lecteurs
@CaptainAmericka Câest quâelle a du talent la petite !
@toopil disons quâil lui fait confiance pour ĂȘtre honnĂȘte
Lazslo Bellandi avait Ă©tĂ© beaucoup moins Ă©mu que Giuseppe. Il avait lu mon introduction, lâavait relue, puis avait demandĂ© que je lui parle de football.
â Câest trĂšs bien. Maintenant, parle-moi de son football. Câest un des coachs les plus connus au monde.
Jâavais souri.
â Je viens justement de passer plusieurs mois Ă parler avec lui de son football.
â Non. Tu as passĂ© plusieurs mois Ă parler avec lui. Ce nâest pas pareil.
Il avait raison. Le problĂšme Ă©tait que je ne savais pas vraiment par oĂč commencer. Je ne suis pas journaliste sportive. Le football nâest Ă la base pas ma tasse de thĂ©, mĂȘme si comme toute italienne, jâai quelques bases⊠et IANA.
Jâavais des matchs, des systĂšmes, des joueurs, des souvenirs, des tableaux quâIANA avait construits et que je trouvais parfois brillants, parfois parfaitement incomprĂ©hensibles. Jâavais aussi surtout les explications de Giuseppe, qui pouvaient commencer par une question tactique et finir, vingt minutes plus tard, sur le caractĂšre dâun joueur ou sur une anecdote datant de son arrivĂ©e en Slovaquie.
Lazslo voulait un article sur son football. Je voulais comprendre ce quâil y avait derriĂšre. Alors jâai recommencĂ© Ă lâinterroger et, comme souvent avec Giuseppe, la premiĂšre rĂ©ponse nâa pas vraiment rĂ©pondu Ă ma question. Elle mâa obligĂ© Ă en poser une autre.
Le systĂšme nâexiste pas
Il y a une question que lâon pose beaucoup trop souvent aux entraĂźneurs :
« Dans quel systÚme jouez-vous ? »
Giuseppe Colombani dĂ©teste probablement cette question. Ou plutĂŽt, il en connaĂźt la rĂ©ponse mais sait quâelle ne signifie presque rien.
Un 4-3-3 peut devenir un 3-2-5 avec le ballon. Un 4-2-3-1 peut dĂ©fendre en 4-4-2. Un 3-4-3 peut nâĂȘtre, dans certaines phases, quâune maniĂšre de libĂ©rer un joueur supplĂ©mentaire dans une zone particuliĂšre.
Le systĂšme est la photographie. Le football est le mouvement.
Les grands entraĂźneurs lâont compris depuis longtemps. Le Football Total de Michels et Cruyff avait dĂ©jĂ fait de lâespace une responsabilitĂ© collective plutĂŽt quâune propriĂ©tĂ© individuelle. Sacchi avait transformĂ© la dĂ©fense en mouvement coordonnĂ©. Guardiola a poussĂ© jusquâĂ lâobsession lâidĂ©e que lâoccupation rationnelle des espaces pouvait produire des supĂ©rioritĂ©s.
Mourinho, de son cĂŽtĂ©, sâest toujours mĂ©fiĂ© dâun football rĂ©duit Ă une succession dâautomatismes. Il a parlĂ© de « dĂ©couverte guidĂ©e » : crĂ©er les conditions, fixer un objectif, puis laisser les joueurs trouver certaines des solutions eux-mĂȘmes.
Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui permet de comprendre Giuseppe Colombani. Et peut-ĂȘtre faut-il commencer par RimavskĂĄ Sobota.
Lorsquâil arrive en Slovaquie, Colombani nâa pas lâeffectif nĂ©cessaire pour imposer une grande idĂ©e.
Douze professionnels, des joueurs ĂągĂ©s, des blessĂ©s, des profils parfois incompatibles avec ce quâil aimerait faire. Il commence en 4-2-3-1 puis essaye trois dĂ©fenseurs, puis revient au 4-3-3.
On pourrait raconter cela comme les tĂątonnements dâun jeune entraĂźneur. Ce serait rĂ©ducteur. Il est surtout en train dâapprendre une rĂšgle que certains entraĂźneurs mettent vingt ans Ă comprendre :
On ne construit pas une Ă©quipe Ă partir dâun systĂšme ; on construit un systĂšme Ă partir des joueurs.
Le jeune Colombani dĂ©couvre donc dâabord une chose trĂšs simple : le terrain est parfois plus intelligent que le tableau tactique.
Il faut regarder ce que les joueurs savent faire. Qui peut couvrir ? Qui peut courir ? Qui peut sortir de sa zone ? Qui peut recevoir entre les lignes ? Qui peut attaquer la profondeur ? Qui doit ĂȘtre protĂ©gĂ© ?
Et surtout : que produit le dĂ©placement de lâun sur les possibilitĂ©s des autres ?
Le premier Colombani apprend donc à regarder ses joueurs. Le second apprend à les faire bouger. La différence apparaßt lorsque son effectif évolue.
Et elle devient particuliĂšrement visible avec lâarrivĂ©e de Marcos Gomes. Le buteur argentin nâest pas simplement un avant-centre supplĂ©mentaire. Il dĂ©vore les espaces. Câest une qualitĂ© qui change toute la gĂ©omĂ©trie de lâĂ©quipe.
Avec Gomes, lâattaquant nâest plus seulement celui qui termine lâaction. Il peut devenir celui qui crĂ©e lâespace de lâaction.
Il fait un appel, un dĂ©fenseur suit : un espace apparaĂźt. Un milieu peut y entrer, un ailier peut repiquer, un latĂ©ral peut monter. Et soudain, le dĂ©placement dâun seul joueur modifie les possibilitĂ©s de quatre ou cinq autres.
Câest lĂ que le systĂšme dynamique devient rĂ©ellement intĂ©ressant.
Ă gauche, Nad possĂšde les jambes pour exploiter cette mobilitĂ©. Ă droite, Mazanovsky possĂšde la mĂȘme capacitĂ© Ă rĂ©pĂ©ter les courses, Ă avancer, reculer, repartir. Ils ne sont pas simplement des latĂ©raux chargĂ©s de donner de la largeur. Ils deviennent des variables.
Lorsque Gomes attaque la profondeur, ils peuvent occuper lâespace libĂ©rĂ©. Lorsque Gembicky quitte son couloir pour se rapprocher de lâaxe, ils peuvent prendre toute la largeur.
Lorsque Vasilâ se dĂ©place vers lâextĂ©rieur, ils peuvent modifier Ă leur tour leur position.
Et lorsque lâĂ©quipe perd le ballon, leur endurance et leur vitesse permettent de refermer rapidement la structure. Le couloir nâest donc plus une ligne tracĂ©e sur le terrain.
Câest un espace que lâĂ©quipe peut ouvrir, fermer ou transmettre.
Vasilko, lui, joue un rÎle moins spectaculaire mais probablement plus important encore. Il couvre. Il sécurise : il permet aux autres de bouger.
Dans une Ă©quipe qui cherche la mobilitĂ©, il faut des joueurs capables dâen payer le prix.
Lorsque Nad monte, quelquâun doit penser Ă lâespace quâelle abandonne. Lorsque Mazanovsky sâengage, quelquâun doit prĂ©voir la transition. Lorsque Saturnino se projette, quelquâun doit pouvoir temporiser. Vasilko appartient Ă cette catĂ©gorie de joueurs.
Il nâest pas nĂ©cessairement celui qui donne sa forme au mouvement. Il est celui qui permet au mouvement dâexister sans transformer lâĂ©quipe en chaos.
Au centre de tout cela se trouve Vargic, la plaque tournante. Il nâest pas seulement le milieu qui reçoit le ballon, il est celui qui relie les phases.
Il peut ralentir lorsque lâĂ©quipe doit se rĂ©organiser, accĂ©lĂ©rer lorsque lâespace apparaĂźt, orienter le jeu vers un couloir, renverser vers lâautre ou profiter de la mobilitĂ© créée devant lui.
Son importance ne se mesure donc pas uniquement Ă ses passes. Elle se mesure Ă la quantitĂ© de solutions quâil rend disponibles. Câest une caractĂ©ristique fondamentale des Ă©quipes dynamiques : certains joueurs occupent un espace, dâautres organisent les relations entre les espaces.
Vargic appartient à la seconde catégorie.
Saturnino est diffĂ©rent. Le poumon lâappelle affectueusement Giuseppe. Il donne de la verticalitĂ©.
Ses courses Ă©tirent le milieu adverse et empĂȘchent lâĂ©quipe de devenir une possession horizontale oĂč tout le monde vient demander le ballon dans les pieds.
Cette verticalité est essentielle parce que la mobilité ne signifie pas que tout le monde doit bouger partout. Elle signifie que les mouvements doivent avoir un sens. Saturnino menace. Gomes menace davantage encore.
Les dĂ©fenseurs doivent regarder derriĂšre eux et lorsquâils regardent derriĂšre eux, ils offrent devant eux des espaces que Vargic, Vasilâ ou Gembicky peuvent exploiter.
Le mouvement dâun joueur nâest donc jamais seulement son mouvement. Il est aussi la contrainte imposĂ©e aux autres.
Câest peut-ĂȘtre avec Gembicky que cette idĂ©e devient la plus visible. Lâailier peut ĂȘtre attirĂ© vers lâaxe mais il ne peut le faire que parce que quelquâun dâautre occupe ou menace son couloir. Et câest lĂ que Nad et Mazanovsky deviennent essentiels.
Le latĂ©ral donne la largeur, Gembicky peut rentrer. Gomes attaque la profondeur, un dĂ©fenseur hĂ©site, Vargic trouve la bonne passe, Vasilâ apparait dans une autre zone.
En quelques secondes, le 4-3-3 initial nâexiste plus vraiment. Mais personne nâest perdu. Parce que chaque dĂ©placement est compensĂ© par une autre relation.
Et puis il y a Vasilâ. Câest peut-ĂȘtre le joueur qui rĂ©sume le mieux la philosophie de Colombani. Polyvalent, latĂ©ral par moments, deuxiĂšme meneur Ă dâautres, second attaquant ensuite. Capable de se dĂ©placer horizontalement, de changer de zone, dâapparaĂźtre lĂ oĂč lâĂ©quipe en a besoin.
Vasilâ nâest pas seulement polyvalent parce quâil peut jouer plusieurs postes, il est polyvalent parce que sa libertĂ© donne de la libertĂ© aux autres.
Cette nuance est essentielle. Dans une équipe statique, la polyvalence est un avantage. Dans une équipe dynamique, elle devient une infrastructure.
Câest ici que lâĂ©volution de Colombani devient visible. Ă RimavskĂĄ Sobota, il adapte son systĂšme parce quâil nâa pas le choix.
Avec le mercato hivernal de Trutz, il peut commencer Ă organiser lâadaptation elle-mĂȘme. La nuance est fondamentale. Le jeune entraĂźneur demandait :
Que peuvent faire mes joueurs ?
LâentraĂźneur qui se construit commence Ă demander :
Que peuvent-ils faire les uns pour les autres ?
Câest une question beaucoup plus ambitieuse. Et elle rapproche Colombani de cette vieille tradition des entraĂźneurs qui ont compris que les joueurs nâoccupent jamais seulement un espace : ils crĂ©ent celui des autres.
Cela explique aussi son affection pour les systĂšmes dynamiques. Il ne sâagit pas de multiplier les changements de formation pour impressionner les analystes. Il sâagit de conserver des repĂšres tout en autorisant les dĂ©placements.
Le 4-3-3 de dĂ©part peut devenir autre chose mais il ne devient pas nâimporte quoi. La libertĂ© nâest donc possible que parce quâil existe une structure invisible derriĂšre elle.
Moins de positions fixes, davantage de responsabilités.
On retrouve ici une idĂ©e que les grands entraĂźneurs ont chacun dĂ©veloppĂ©e Ă leur maniĂšre : une Ă©quipe ne doit pas seulement savoir oĂč ĂȘtre.
Elle doit savoir quoi faire lorsque quelquâun nâest plus lĂ oĂč il devrait ĂȘtre.
Cruyff avait transformĂ© cette question en philosophie. Sacchi en avait fait une mĂ©canique collective. Guardiola en a fait une science des espaces. Mourinho lâa abordĂ©e par les principes, lâadaptation et la capacitĂ© des joueurs Ă rĂ©soudre les situations.
Colombani, lui, semble avoir construit sa propre rĂ©ponse Ă partir dâune expĂ©rience beaucoup moins prestigieuse. Une petite Ă©quipe slovaque qui ne possĂ©dait pas assez de joueurs pour lui permettre de jouer comme il voulait.
Il y a quelque chose dâassez ironique lĂ -dedans. Les grands entraĂźneurs disposent gĂ©nĂ©ralement dâabord des joueurs qui leur permettent dâexĂ©cuter leurs idĂ©es.
Colombani a commencĂ© par lâinverse. Il a dĂ» trouver ses idĂ©es dans les joueurs quâil avait. Câest probablement pour cela que son football est devenu progressivement moins attachĂ© aux formations.
Il ne cherche pas à reproduire un 4-3-3. Il cherche à créer les conditions dans lesquelles un 4-3-3 peut, à certains moments, ne plus ressembler à un 4-3-3.
LâĂ©quipe devient autre chose, elle se rĂ©organise, puis elle recommence en fonction des mouvements des joueurs. Le systĂšme respire.
Si je devais rĂ©sumer lâĂ©volution tactique de Colombani en quatre Ă©tapes.
Dâabord : oĂč dois-je placer mes joueurs ?
Puis : que savent-ils faire ?
Ensuite : comment leurs qualités peuvent-elles se compléter ?
Enfin : que peut crĂ©er le dĂ©placement de lâun pour les autres ?
Câest probablement lĂ que se trouve le vĂ©ritable hĂ©ritage de RimavskĂĄ Sobota.
Pas un 4-2-3-1, ni un 4-3-3, ni mĂȘme un systĂšme. Une maniĂšre de regarder le football.
Il existe des entraßneurs qui veulent que leurs joueurs respectent leur systÚme. Il existe des entraßneurs qui veulent que leurs joueurs comprennent leur systÚme. Et puis il existe ceux qui cherchent à faire en sorte que leurs joueurs puissent déformer le systÚme sans le détruire.
Colombani appartient dĂ©sormais Ă cette troisiĂšme catĂ©gorie. Câest pourquoi Gomes est si important dans son Ă©volution parce quâun dĂ©voreur dâespaces nâapporte pas seulement des buts. Il oblige les autres Ă regarder le terrain diffĂ©remment.
Et lorsque les autres disposent eux-mĂȘmes de la vitesse, de lâendurance et de la polyvalence nĂ©cessaires pour exploiter ces dĂ©placements, le football cesse progressivement dâĂȘtre une suite de positions. Il devient une succession de relations. Câest peut-ĂȘtre cela, finalement, le football de Colombani.
Pas un systÚme mais une structure suffisamment solide pour permettre le désordre. Et suffisamment intelligente pour retrouver son équilibre aprÚs lui.
Le reste â le 4-3-3, le 4-2-3-1, le 3-4-3 ou les chiffres que nous aimons tant Ă©crire dans les journaux â nâest que la façon la plus commode de raconter quelque chose qui, sur le terrain, ne tient jamais en place.
Pour ceux qui nây connaissent rien, ça pourrait ressembler Ă un sac de noeuds mais en vrai, câest tellement ça ! Laisser libre cours Ă la crĂ©ativitĂ©, au talent, et ne pas se fier Ă une positionnement sur un tableau.
En mĂȘme temps, quand tu dĂ©butes ta saison avec deux quadra et trois chĂšvres ![]()
Lazslo voulait du football, de la tactique. Le voici servi !
On comprend que Giuseppe nâest pas quelquâun de campĂ© sur ses positions (on le savait dĂ©jĂ ), il fait avec ce quâil a et sâadapte ![]()
Réponse aux lecteurs
@CaptainAmericka Parce que yâa des gens qui sây connaissent pas sur ce forum ? Ah oui, câest vrai, on a tout de mĂȘme des supporters des Olympiques ! (Oui, câest gratuit !)
@Rhino il fallait tout de mĂȘme les trouver ![]()
@alexgavi On lâappelle dâailleurs lâadaptator en Italie. Oui, bon, câĂ©tait trĂšs moyen, je dois lâadmettre !
Je cherchais un titre.
IANA cherchait surtout Ă mâempĂȘcher dâen faire trop.
â Une saison exceptionnelle ?
â Trop banal.
â La mĂ©tamorphose de RimavskĂĄ Sobota ?
â Trop ambitieux.
â Le petit club quiâŠ
â Non.
â Tu pourrais au moins me laisser terminer.
â Je connais la fin de la phrase. Elle contient gĂ©nĂ©ralement « rĂȘve », « gĂ©ant » et « incroyable ».
Jâai fini par lâintituler autrement.
Une saison qui refuse de sâarrĂȘter.
Parce quâen avril 2027, câĂ©tait exactement ce qui se passait.
La premiĂšre archive intĂ©ressante quâIANA retrouva Ă©tait presque dĂ©risoire : quelques lignes dans DennĂk Ć port, consacrĂ©es Ă la prolongation de Matheus Saturnino. Deux jours avant la demie-finale de Coupe contre ZemplĂn Michalovce. Le journaliste slovaque relevait simplement que le BrĂ©silien Ă©tait devenu lâun des joueurs que Colombani semblait considĂ©rer comme essentiels.
â Il avait compris.
â Il avait observĂ©. Câest moins glorieux.
Je retrouvai ensuite une déclaration de Giuseppe, beaucoup plus simple :
« Saturnino comprend le jeu. Il sait quand il doit courir et quand il doit rester. Câest important pour nous. »
CâĂ©tait probablement suffisant. Quelques jours plus tard, RimavskĂĄ battait Ć amorĂn 1-0. Vasilâ avait manquĂ© un penalty. Gomez avait marquĂ© aprĂšs un service de Nad. Martin Stopka, lâentraĂźneur de Ć amorĂn, avait reconnu que son Ă©quipe avait surtout cherchĂ© Ă ne pas se faire emporter.
« Ils nâont pas besoin de dix occasions pour gagner un match. Câest probablement ce qui les rend difficiles Ă jouer. »
Giuseppe, lui, nâavait pas cherchĂ© plus loin :
« On a eu des occasions pour mettre le deuxiĂšme. On ne lâa pas fait. Alors on a dĂ©fendu le 1-0. »
Il disait cela comme sâil sâagissait de la chose la plus naturelle du monde.
| 10/04/2027 | 1-0 | Gomez 29â (Nad) |
| Composition: Slaniniak - Nad, Vasilko, Petran (c), Mazanovsky - Vasilâ, Saturnino - Vargic - Kralovic (Luptak 1â), Gomez (Ferletak 77â), Gembicky (Fajcik 73â) |
Puis arriva ZemplĂn, 3Ăšme de Fortuna Liga, en demie-finale de coupe de Slovaquie. Ă lâaller, Colombani choisit de presser haut. Kisiev remplaçait Svec, blessĂ©. Gomez marquait sur une longue ouverture, puis Vasilko sur corner. 2-0. Anton Ć oltis, coach adverse, aprĂšs le match, semblait surtout contrariĂ© par la maniĂšre dont son Ă©quipe avait laissĂ© RimavskĂĄ prendre lâinitiative.
« Nous pensions quâils allaient nous attendre davantage. Ils sont venus nous chercher. »
| 7/04/2027 | 2-0 | Gomez 39â (Kisiev), Vasilko 43â (Vasilâ) |
| Composition: Slaniniak - Nad (Novak 89â), Kisiev, Petran (c), Mazanovsky - Vasilko, Saturnino - Vargic - Luptak, Gomez, Vasilâ |
Au retour, Giuseppe changeait son approche. Il voulait dĂ©fendre, attendre et sortir vite. Vasilâ marquait sur une attaque rapide. ZemplĂn Ă©galisait, puis prenait lâavantage Ă la 92e minute. DĂ©faite 2-1 mais RimavskĂĄ tenait sa place en finale.
Franck Bahi, capitaine de ZemplĂn, rĂ©sumait la frustration de son Ă©quipe :
« On avait besoin dâun troisiĂšme but et on savait quâils pouvaient nous faire mal Ă tout moment. »
Je trouvai cette phrase plus intĂ©ressante que beaucoup dâanalyses parce quâelle venait de lâautre cĂŽtĂ©. RimavskĂĄ nâĂ©tait plus seulement une Ă©quipe que lâon regardait avec curiositĂ©. Elle devenait une Ă©quipe qui commençait Ă faire peur Ă tout le monde.
| 14/04/2027 | 2-1 | Vasilâ 37â (Nad) |
| Composition: Slaniniak - Nad, Svec, Petran (c), Mazanovsky - Vasilko, Saturnino - Vargic - Luptak (Kisiev 75â), Gomez, Vasilâ |
â Ăa y est.
â Quoi ?
â Ils ont commencĂ© Ă les prendre au sĂ©rieux.
â Ils venaient pourtant de perdre le match retour.
â Oui. Câest gĂ©nĂ©ralement ce qui arrive quand une Ă©quipe se qualifie quand mĂȘme.
Je lui ai laissé le point. Il y eut ensuite le Slovan Bratislava B. Une victoire 2-1 puis Inter Bratislava.
| 18/04/2027 | 1-2 | Gomez 47â (Saturnino), Fajcik 76â (Nad) |
| Composition: Slaniniak - Nad, Svec, Petran (c), Mazanovsky - Vasilko, Saturnino - Vargic - Bartos (Luptak 67â), Gomez (Ferletak 74â), Gembicky (Fajcik 65â) |
Et lĂ , le football devint beaucoup plus simple. LâInter se prĂ©senta Ă dix joueurs comme une victime de façon assez incomprĂ©hensible. Gomez marqua quatre fois en une demie-heure. Son deuxiĂšme quadruplĂ© depuis son arrivĂ©e en Slovaquie. AprĂšs le match, il eut droit Ă quelques questions.
â ÂżOtra vez cuatro?
â SĂ. Hoy cuatro.
Puis il ajouta :
â Estoy feliz. Nada mĂĄs.
Jâai trouvĂ© la formule assez jolie. Rien de plus. Il nây avait effectivement rien Ă ajouter. Ă la pause, RimavskĂĄ menait 5-0. Peter Petran, capitaine adjoint, avait rĂ©sumĂ© lâĂ©tat dâesprit de lâĂ©quipe aprĂšs la rencontre :
« Au dĂ©but, on pensait Ă chaque match. Maintenant, on regarde le classement et on se demande jusquâoĂč ça peut aller. Je vis un rĂȘve Ă©veillĂ© au crĂ©puscule de ma carriĂšre. »
| 24/04/2027 | 5-0 | Gomez 12â (Vargic), 18â (Saturnino), 21â (Vargic), 30â (Fajcik), Vargic 26â (P) |
| Composition: Slaniniak - Nad (Novak 69â), Svec, Petran (c), Mazanovsky - Vasilko (Vuantu 69â), Saturnino - Vargic (Vasilâ 69â) - Bartos, Gomez (Gembicky 69â), Fajcik (Luptak 69â) |
CâĂ©tait peut-ĂȘtre le meilleur rĂ©sumĂ© de ces derniĂšres semaines. Quelques mois auparavant, personne ne savait vraiment ce que RimavskĂĄ Sobota pouvait faire. En avril, la question Ă©tait devenue diffĂ©rente.
JusquâoĂč peut-elle aller ?
DeuxiĂšme du championnat. Finaliste de la Coupe. Encore en position de regarder vers la premiĂšre place et suffisamment bien placĂ©e pour que la promotion ne ressemble plus Ă un rĂȘve lointain. Je demandai Ă IANA de retrouver les commentaires de lâĂ©poque. Elle mâen donna plusieurs.
Certains parlaient de miracle. De rares de bonne sĂ©rie. Quelques-uns commençaient Ă parler de Colombani comme dâun entraĂźneur vĂ©ritablement intĂ©ressant.
â Et toi, quâest-ce que tu en penses ?
â Je pense quâen avril 2027, les gens Ă©taient encore assez intelligents pour ne pas savoir.
â Et en 2066 ?
â En 2066, les gens sont devenus beaucoup plus intelligents aprĂšs avoir appris ce qui sâĂ©tait passĂ©.
Je ris. CâĂ©tait exactement le problĂšme. Nous connaissions la suite. Nous savions ce que certains de ces choix allaient produire. Nous savions ce que cette saison reprĂ©senterait pour Colombani, et ce que RimavskĂĄ Sobota allait conserver â ou perdre â de cette pĂ©riode. Mais en 2027, personne ne le savait pas mĂȘme Giuseppe.
Lorsque je lui demandai ce quâil ressentait Ă ce moment-lĂ , il rĂ©flĂ©chit longtemps puis il rĂ©pondit :
« Je savais quâon Ă©tait bons. Je ne savais pas encore si on Ă©tait assez bons. »
CâĂ©tait probablement la meilleure rĂ©ponse. Il restait trois matches de championnat et une finale de Coupe. IANA referma les archives.
â Tu veux que je cherche la finale ?
â Pas encore.
â Pourquoi ?
Je réfléchis un instant.
â Parce que pour lâinstant, il est encore en train de rĂȘver.
â Ah.
Elle marqua une pause.
â Tu sais que les rĂȘves ont gĂ©nĂ©ralement un dĂ©faut ?
â Lequel ?
â Ils finissent.
| Clt | Club | MJ | V | N | D | BP | BC | +/- | Pts | ||
| 1er | Ćœilina | 25 | 20 | 3 | 2 | 71 | 21 | 50 | 63 | ||
| 2e | Barr. | Rimavska Sobota | 25 | 19 | 3 | 3 | 63 | 25 | 38 | 60 | |
| 3e | Matador PĂșchov | 26 | 18 | 3 | 5 | 67 | 33 | 34 | 57 | ||
| 4e | PetrĆŸalka | 25 | 10 | 6 | 9 | 27 | 29 | -2 | 36 | ||
| 5e | Slovan Bratislava B | 26 | 10 | 6 | 10 | 38 | 42 | -4 | 36 | ||
| 6e | Zlaté Moravce | 26 | 9 | 8 | 9 | 40 | 42 | -2 | 35 | ||
| 7e | Ć amorĂn | 26 | 9 | 7 | 10 | 36 | 35 | 1 | 34 | ||
| 8e | LiptovskĂœ MikulĂĄĆĄ | 27 | 9 | 6 | 12 | 32 | 36 | -4 | 33 | ||
| 9e | MalĆŸenice | 25 | 9 | 5 | 11 | 34 | 42 | -8 | 32 | ||
| 10e | Inter Bratislava | 27 | 10 | 2 | 15 | 43 | 61 | -18 | 32 | ||
| 11e | Pohronie | 26 | 10 | 1 | 15 | 41 | 48 | -7 | 31 | ||
| 12e | Spartak Myjava | 26 | 9 | 4 | 13 | 33 | 38 | -5 | 31 | ||
| 13e | PovaĆŸskĂĄ Bystrica | 26 | 7 | 6 | 13 | 37 | 49 | -12 | 27 | ||
| 14e | StarĂĄ ÄœubovĆa | 26 | 5 | 7 | 14 | 26 | 50 | -24 | 22 | ||
| 15e | LokomotĂva Zvolen | 26 | 4 | 5 | 17 | 35 | 72 | -37 | 17 |
Buteurs
| Nom | MJ | ||
| Marcos Gomez | 12 | 14 | |
| Jan Ferletak | 17(7) | 8 | |
| Sebastian Gembicky | 23(1) | 8 | |
| 4e | Matej Vargic | 29(1) | 7 |
| 4e | Peter Vasilko | 31 | 7 |
Passeurs
| Nom | MJ | ||
| Erik Luptak | 14(7) | 8 | |
| Matheus Saturnino | 26(2) | 8 | |
| Peter Petran | 31 | 8 | |
| 4e | Matej Vargic | 29(1) | 7 |
| 5e | Marcel Vasilâ | 10(1) | 4 |
| 5e | Sebastian Gembicky | 19 | 4 |
Gomez est vraiment une putain de bonne pioche !!
3pts de moins, câest vraiment rien
On le comprend, cette Ă©quipe nâĂ©tonne plus, elle dĂ©montre ! La prolongation de Saturnino va dans la logique des choses. Comme ça a dĂ©jĂ Ă©tĂ© dit, Gomez est une belle trouvaille ! ![]()
Gomez, câest la magie! Bonne pioche!
Réponse aux lecteurs
@CaptainAmericka @toopil Jâavoue que quand jâai vu son profil Ă lui et Ă Gordon (que je me suis fait souffler par un autre club) jâai vu une sacrĂ©e classe dâĂ©cart avec ce que je peux mâoffrir habituellement !
@Rhino Oui, on est pas loin !
@alexgavi Belle trouvaille et pour le rĂŽle que je lui ai assignĂ©, difficile de trouver dâautres profils physiques aussi infatigables que ce brĂ©silien ! Le prolonger Ă©tait une Ă©tape importante, un vrai leader de terrain.
Je pensais que Giuseppe parlerait de la finale comme dâun match. Il nâen a pas Ă©tĂ© capable. Trente-neuf ans ont passĂ©. Il connaĂźssait encore les occasions., lâarbitre, les polĂ©miques qui ont suivi, les noms de ceux qui ont jouĂ© ce soir-lĂ . Il connaissait mĂȘme, avec cette prĂ©cision presque agaçante des vieux entraĂźneurs, la plupart des dĂ©cisions quâil aurait pu prendre autrement. Mais lorsquâil commença Ă parler de cette finale, quelque chose changea dans sa voix.
â Jâavais prĂ©parĂ© le discours en slovaque.
â Tu Ă©tais nerveux ?
â Non.
Il réfléchit.
â Si, terrifiĂ©.
Il avait travaillé son slovaque pendant des semaines. Pas pour impressionner qui que ce soit mais pour que ses joueurs comprennent.
â Je leur ai dit que câĂ©tait un match de football. Onze contre onze. Que les noms, les budgets, les trophĂ©es, tout ça⊠ça restait dehors. Je leur ai dit de les regarder dans les yeux.
â Et ils lâont fait ?
â Oui.
Un sourire traversa son visage.
Il avait choisi de dĂ©fendre bas. Le raisonnement Ă©tait simple : ne pas offrir dâespaces, rester dans le match, attendre. En face, il y avait une Ă©quipe qui avait davantage de talent, davantage dâexpĂ©rience et davantage de moyens.
â Je savais quâils Ă©taient meilleurs.
Il le dit sans amertume.
â Mais je ne pensais pas quâon devait avoir honte de ça. Alors je leur ai dit : jouez tous les coups Ă fond. Si on perd, on perd mais il ne faudra pas avoir de regrets.
La premiĂšre pĂ©riode se passa presque comme il lâavait espĂ©rĂ©. RimavskĂĄ subissait mais elle tenait Ă lâimage de lâabnĂ©gation quâelle avait montrĂ© toute la saison. 0-0 et une seule vĂ©ritable occasion pour son Ă©quipe.
â Ă la pause, tu pensais que câĂ©tait possible ?
â Oui. Câest ça, le problĂšme.
Il sourit Ă peine.
â Ă la pause, jây croyais vraiment.
Alors il fit monter le bloc parce quâil ne voulait pas passer quarante-cinq minutes supplĂ©mentaires Ă attendre et parce quâil croyait avoir dĂ©celĂ© quelque chose.
â Santa Madona, jâavais ma bonne Ă©toile. Je pensais quâils pouvaient douter.
Rimavskå commença à sortir, à exister. Gomez eut une énorme occasion, Gembicky, entré en jeu aussi.
â Si Gomez marqueâŠ
â Tu gagnes ?
â Non.
Il me regarda.
â Mais pendant cinq minutes, jâaurais cru que oui.
Le but adverse arriva sur une transition. 1-0. Giuseppe baissa les yeux. Trente-neuf ans plus tard, il serra encore légÚrement la mùchoire.
â CâĂ©tait un bon contre.
â Tu ne vas pas me dire que tu leur en veux encore.
â Je leur en veux toujours. « Qui ne dĂ©teste pas le Slovan ? » comme on dit en Slovaquie.
Cette fois, il rit franchement.
â Mais câĂ©tait un bon contre.
Ils ne revinrent pas. RimavskĂĄ Sobota avait perdu la finale.
Le petit club avait atteint la derniĂšre marche et sâĂ©tait retrouvĂ© face Ă ce qui ressemblait alors Ă une montagne. Mais Giuseppe, lui, ne le vĂ©cut pas comme une belle histoire, pas ce soir-lĂ en tout cas.
â JâĂ©tais furieux.
â Contre qui ?
â Tout le monde.
Il énuméra les possibilités sur ses doigts.
â Moi surtout, mes joueurs. Lâarbitre, le terrain, le ballon mĂȘme. Le monde entier, probablement. MĂȘme la Santa Madona.
Il avait besoin dâune raison Ă cette dĂ©faite puis Samuel Slovak, le coach du Slovan lança la polĂ©mique sur lâarbitrage. Giuseppe prit publiquement le parti des arbitres. Ă lâĂ©poque, cette position surprit.
â Tu Ă©tais vraiment convaincu quâils avaient bien arbitrĂ© ?
â Pas vraiment.
Un silence.
â Jâavais besoin dâĂȘtre contre quelque chose. Alors je me suis dit que le plus simple, câĂ©tait de dĂ©fendre ceux quâon attaquait.
Il haussa les épaules.
â Ce nâĂ©tait pas trĂšs noble.
â CâĂ©tait honnĂȘte.
â Non. CâĂ©tait une rĂ©action.
Je crois que câest la premiĂšre fois de lâentretien quâil admettait aussi clairement avoir Ă©tĂ© dĂ©passĂ© par son Ă©motion.
Puis il me parle de Giulia. AprĂšs la finale, ils avaient dĂźnĂ© ensemble. Giuseppe Ă©tait incapable de penser Ă autre chose quâĂ cette dĂ©faite. Giulia, elle, avait dĂ©cidĂ© de lui rappeler les faits.
Finaliste de la Coupe. DeuxiÚme du championnat, une possibilité encore réelle de jouer le titre et une avance confortable pour les barrages. Encore trois matches à jouer.
â Giuseppe, tu viens de perdre contre la meilleure Ă©quipe du pays et tu te comportes comme si tu avais ratĂ© ta saison.
â Elle avait raison.
â Elle avait souvent raison ?
â Ne lui rĂ©pĂšte jamais ça.
Je ris et lui aussi puis son visage se ferma légÚrement.
â Elle a pris ma main. Je me souviens encore de la chaleur de ses doigts.
Il marqua une pause.
â Et puis elle mâa embrassĂ©.
Il ne souriait pas tout Ă fait.
Quelque chose passa pourtant sur son visage, une seconde Ă peine. Ses yeux se plissĂšrent, sa bouche se dĂ©tendit, et sa main, posĂ©e sur la table, se referma lĂ©gĂšrement sur elle-mĂȘme.
â Comment ?
Je ne sais pas pourquoi je posai la question. Il baissa les yeux.
â Doucement.
Le mot sortit presque dans un souffle.
â Pas comme quelquâun qui se prĂ©cipite. Pas comme quelquâun qui veut partir non plus. Elle sâest approchĂ©e. Jâai senti son parfum avant ses lĂšvres puis sa main sur ma joue.
Il sâinterrompit. Ă soixante-quatorze ans, il ferma les yeux une fraction de seconde. Je suis sĂ»r quâil revivait le moment.
â Jâai eu chaud.
Il rit trĂšs doucement, comme sâil Ă©tait gĂȘnĂ© de la prĂ©cision.
â Vraiment chaud. Le visage, les oreilles⊠Tu sais, en bas aussi. Je ne savais plus quoi faire de mes mains.
â Et elle ?
â Elle est restĂ©e lĂ .
Il dĂ©signa vaguement lâespace devant lui.
â AprĂšs.
Sa voix changea, désormais se faisant plus basse.
â Elle ne sâest pas Ă©loignĂ©e tout de suite, je pouvais sentir son souffle.
Cette fois, il sourit, pas le sourire ironique parfois moqueur que je connais, pas non plus celui quâil utilisait lorsquâil veut reprendre le dessus sur une conversation, mais un sourire beaucoup plus jeune.
â Jâavais trente-quatre ans, Chiara, et je tremblais.
Je ne dis rien. Il regarda par la fenĂȘtre.
â Je crois que je nâai jamais oubliĂ© cette sensation.
Le silence revint.
â AprĂšs ça, tu lui as parlĂ© ?
â Oui.
â De ce baiser ?
â Non.
â Pourquoi ?
Il baissa les yeux vers sa main.
â Je ne savais pas quoi dire.
Puis, aprĂšs un moment :
â Jâavais peur quâelle regrette.
Il releva les yeux vers moi.
â Ou que ce soit moi qui regrette de lui avoir demandĂ© ce que ça voulait dire.
Je laissai passer quelques secondes.
â Et tu pensais que ça voulait dire quoi ?
Il ne répondit pas immédiatement. Ses doigts se resserrÚrent autour de sa tasse.
â Ă lâĂ©poque ?
Il regarde de nouveau par la fenĂȘtre.
â Tout.
Un silence puis il ajouta, presque inaudible :
â Ou rien.
Il ne dit plus rien. Je nâinsistai pas. Ă travers la vitre, la ville continuait de vivre. Giuseppe, lui, est restĂ© quelques secondes ailleurs peut-ĂȘtre Ă RimavskĂĄ Sobota, peut-ĂȘtre Ă cette table Ă Kosice, peut-ĂȘtre dans la chaleur dâune main posĂ©e sur sa joue. Je ne lui ai pas demandĂ©.
Dommage pour cette finale perdue mais lâexploit nâĂ©tait-il pas dĂ©jĂ de sâĂȘtre qualifiĂ© ?
Je suis dâaccord avec elle. Cette dĂ©faite est loin dâĂȘtre la plus honteuse!
La dĂ©faite est rageante, câest vrai, la rĂ©action de Giuseppe se comprend. Passer aussi proche dâun premier trophĂ©e, ça marque.
Maintenant, est-ce quâil ne faut pas passer par cette Ă©tape pour continuer dâavoir faim, voire encore plus ?
En tout cas, il nâavait pas perdu sur tous les terrains ce soir-lĂ ![]()
Une dĂ©faite qui nâest pas honteuse du tout. Bravo pour le parcours








