:storygreen: :s1: 🇾🇰 :msk_rimavska_sobota: Le vent de Bari : confessions de Giuseppe Colombani

Bah ouais ça va finir en couple avec le vieux et on va l’accuser d’en vouloir à son fric ! :sac:

Giuseppe est en train de devenir le papy de cƓur pour Chiara, alors qu’il en attend peut-ĂȘtre davantage :sweat_smile:

Réponse aux lecteurs

@CaptainAmericka @alexgavi Que vous avez l’esprit mal placĂ© ! Je ne vous fĂ©licite pas !

@Rhino Giuseppe n’est pas grabataire !

- Emu aux larmes -

Je lui ai donné le texte un mardi aprÚs-midi pas par précaution mais par nécessité. Je voulais savoir. Je lui ai envoyé le document sans commentaire.

Introduction — Quatre mois.

Il m’a demandĂ© de venir. Nous nous sommes retrouvĂ©s dans un cafĂ© oĂč nous avions dĂ©jĂ  passĂ© plusieurs heures Ă  parler, plusieurs semaines auparavant. Il avait imprimĂ© le texte. Je l’ai compris lorsqu’il a posĂ© les feuilles devant lui.

— Je suppose que tu l’as lu ?

— Oui.

— Et ?

Il n’a pas rĂ©pondu tout de suite. Il avait cette maniĂšre de regarder les gens lorsqu’il cherchait ses mots et cette fois, clairement, il ne les trouvait pas. Il a repris la premiĂšre page puis la deuxiĂšme.

Je l’ai laissĂ© faire : je ne savais pas Ă  quoi m’attendre. Peut-ĂȘtre une protestation ou une correction, certainement une remarque sur un dĂ©tail ou une phrase sur laquelle nous allions nous battre pendant une heure.

Mais il a terminĂ©, a gardĂ© les yeux baissĂ©s puis les a relevĂ©s vers moi. Ils Ă©taient humides. J’étais surprise mais j’ai attendu.

— Tu veux que je change quelque chose ?

— Non, surtout pas.

Sa voix Ă©tait plus basse que d’habitude.

— Rien ?

Il a repris les feuilles, les a alignées puis me les a tendues.

— Rien.

J’ai hĂ©sitĂ© avant de les prendre.

— Giuseppe


— Ecoute-moi, ne change rien.

Cette fois, il souriait mais ses yeux étaient toujours rouges.

— C’est pour ça que j’ai acceptĂ©.

— AcceptĂ© quoi ?

— De parler avec toi et j’ai appris à aimer ça

Je n’ai rien rĂ©pondu. Il a regardĂ© par la fenĂȘtre puis a ajoutĂ© :

— Tu n’es pas ma psy.

— Je sais.

— Loin de là.

— Heureusement.

— Mais tu es mon miroir.

Il a posé un doigt sur la premiÚre page.

— Sans concession.

Cette fois, il n’y avait plus aucune trace d’humour.

— Tu me montres ce que je suis et ce que je fais mĂȘme quand je n’ai pas envie de le voir.

Il a repris son souffle.

— Et tu ne me dis pas que j’ai raison pour me faire plaisir.

Il m’a regardĂ©e.

— C’est rare.

Je n’ai toujours rien dit. Il a finalement ajoutĂ© :

— Garde-le comme ça.

Puis il s’est levĂ© et il est parti. Je suis restĂ©e seule avec mes feuilles et pour la premiĂšre fois depuis quatre mois, j’ai eu la sensation que je devais Ă©crire ce livre.


Je regardai toujours les pages posĂ©es devant moi le nez devant ma tasse de cafĂ©. Il n’y avait aucune correction mĂȘme pas un mot barrĂ©, mĂȘme pas une remarque dans la marge, rien. Seulement cette phrase qu’il avait prononcĂ©e avant de partir :

— Ne change rien.

Je repris le texte et le relus autrement. Pour la premiĂšre fois, je me demandai si je n’avais pas Ă©crit quelque chose qu’il n’était pas prĂȘt Ă  entendre ou peut-ĂȘtre exactement l’inverse.

Je n’eus pas le temps de dĂ©cider, mon tĂ©lĂ©phone vibra sur la table. C’était un message de LĂĄszlĂł Bellandi. Je savais dĂ©jĂ , Ă  sa façon d’écrire mon prĂ©nom sans formule inutile, qu’il avait lu.

Chiara, je l’ai lu. Je crois que je comprends maintenant ce que tu veux faire avec ce livre. Et je crois surtout que j’ai envie de lire la suite. Alors maintenant, parle-moi de son football, pas pour faire plaisir Ă  ton Ă©diteur, mais aussi parce que c’est aussi son histoire.

LĂĄszlĂł Bellandi

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 35 -
- Quatre mois -
- Chapitre 37 -
- le systùme n’existe pas -
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Dans le mille ! Bien joué belle demoiselle ! :clap:

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Il valide, elle a gagnĂ© un sacrĂ© pari car ce n’est pas simple d’écrire son histoire.

Réponse aux lecteurs

@CaptainAmericka C’est qu’elle a du talent la petite !

@toopil disons qu’il lui fait confiance pour ĂȘtre honnĂȘte

- Le systùme n’existe pas -

Lazslo Bellandi avait Ă©tĂ© beaucoup moins Ă©mu que Giuseppe. Il avait lu mon introduction, l’avait relue, puis avait demandĂ© que je lui parle de football.

— C’est trùs bien. Maintenant, parle-moi de son football. C’est un des coachs les plus connus au monde.

J’avais souri.

— Je viens justement de passer plusieurs mois à parler avec lui de son football.

— Non. Tu as passĂ© plusieurs mois Ă  parler avec lui. Ce n’est pas pareil.

Il avait raison. Le problĂšme Ă©tait que je ne savais pas vraiment par oĂč commencer. Je ne suis pas journaliste sportive. Le football n’est Ă  la base pas ma tasse de thĂ©, mĂȘme si comme toute italienne, j’ai quelques bases
 et IANA.

J’avais des matchs, des systĂšmes, des joueurs, des souvenirs, des tableaux qu’IANA avait construits et que je trouvais parfois brillants, parfois parfaitement incomprĂ©hensibles. J’avais aussi surtout les explications de Giuseppe, qui pouvaient commencer par une question tactique et finir, vingt minutes plus tard, sur le caractĂšre d’un joueur ou sur une anecdote datant de son arrivĂ©e en Slovaquie.

Lazslo voulait un article sur son football. Je voulais comprendre ce qu’il y avait derriĂšre. Alors j’ai recommencĂ© Ă  l’interroger et, comme souvent avec Giuseppe, la premiĂšre rĂ©ponse n’a pas vraiment rĂ©pondu Ă  ma question. Elle m’a obligĂ© Ă  en poser une autre.


Le systùme n’existe pas

Par Chiara Moretti


Il y a une question que l’on pose beaucoup trop souvent aux entraüneurs :

« Dans quel systÚme jouez-vous ? »

Giuseppe Colombani dĂ©teste probablement cette question. Ou plutĂŽt, il en connaĂźt la rĂ©ponse mais sait qu’elle ne signifie presque rien.

Un 4-3-3 peut devenir un 3-2-5 avec le ballon. Un 4-2-3-1 peut dĂ©fendre en 4-4-2. Un 3-4-3 peut n’ĂȘtre, dans certaines phases, qu’une maniĂšre de libĂ©rer un joueur supplĂ©mentaire dans une zone particuliĂšre.

Le systĂšme est la photographie. Le football est le mouvement.

Les grands entraĂźneurs l’ont compris depuis longtemps. Le Football Total de Michels et Cruyff avait dĂ©jĂ  fait de l’espace une responsabilitĂ© collective plutĂŽt qu’une propriĂ©tĂ© individuelle. Sacchi avait transformĂ© la dĂ©fense en mouvement coordonnĂ©. Guardiola a poussĂ© jusqu’à l’obsession l’idĂ©e que l’occupation rationnelle des espaces pouvait produire des supĂ©rioritĂ©s.

Mourinho, de son cĂŽtĂ©, s’est toujours mĂ©fiĂ© d’un football rĂ©duit Ă  une succession d’automatismes. Il a parlĂ© de « dĂ©couverte guidĂ©e » : crĂ©er les conditions, fixer un objectif, puis laisser les joueurs trouver certaines des solutions eux-mĂȘmes.

C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui permet de comprendre Giuseppe Colombani. Et peut-ĂȘtre faut-il commencer par RimavskĂĄ Sobota.


Lorsqu’il arrive en Slovaquie, Colombani n’a pas l’effectif nĂ©cessaire pour imposer une grande idĂ©e.

Douze professionnels, des joueurs ĂągĂ©s, des blessĂ©s, des profils parfois incompatibles avec ce qu’il aimerait faire. Il commence en 4-2-3-1 puis essaye trois dĂ©fenseurs, puis revient au 4-3-3.

On pourrait raconter cela comme les tĂątonnements d’un jeune entraĂźneur. Ce serait rĂ©ducteur. Il est surtout en train d’apprendre une rĂšgle que certains entraĂźneurs mettent vingt ans Ă  comprendre :

On ne construit pas une Ă©quipe Ă  partir d’un systĂšme ; on construit un systĂšme Ă  partir des joueurs.

Le jeune Colombani dĂ©couvre donc d’abord une chose trĂšs simple : le terrain est parfois plus intelligent que le tableau tactique.

Il faut regarder ce que les joueurs savent faire. Qui peut couvrir ? Qui peut courir ? Qui peut sortir de sa zone ? Qui peut recevoir entre les lignes ? Qui peut attaquer la profondeur ? Qui doit ĂȘtre protĂ©gĂ© ?

Et surtout : que produit le dĂ©placement de l’un sur les possibilitĂ©s des autres ?




Le premier Colombani apprend donc à regarder ses joueurs. Le second apprend à les faire bouger. La différence apparaßt lorsque son effectif évolue.

Et elle devient particuliĂšrement visible avec l’arrivĂ©e de Marcos Gomes. Le buteur argentin n’est pas simplement un avant-centre supplĂ©mentaire. Il dĂ©vore les espaces. C’est une qualitĂ© qui change toute la gĂ©omĂ©trie de l’équipe.

Avec Gomes, l’attaquant n’est plus seulement celui qui termine l’action. Il peut devenir celui qui crĂ©e l’espace de l’action.

Il fait un appel, un dĂ©fenseur suit : un espace apparaĂźt. Un milieu peut y entrer, un ailier peut repiquer, un latĂ©ral peut monter. Et soudain, le dĂ©placement d’un seul joueur modifie les possibilitĂ©s de quatre ou cinq autres.

C’est lĂ  que le systĂšme dynamique devient rĂ©ellement intĂ©ressant.




À gauche, Nad possĂšde les jambes pour exploiter cette mobilitĂ©. À droite, Mazanovsky possĂšde la mĂȘme capacitĂ© Ă  rĂ©pĂ©ter les courses, Ă  avancer, reculer, repartir. Ils ne sont pas simplement des latĂ©raux chargĂ©s de donner de la largeur. Ils deviennent des variables.

Lorsque Gomes attaque la profondeur, ils peuvent occuper l’espace libĂ©rĂ©. Lorsque Gembicky quitte son couloir pour se rapprocher de l’axe, ils peuvent prendre toute la largeur.
Lorsque Vasil’ se dĂ©place vers l’extĂ©rieur, ils peuvent modifier Ă  leur tour leur position.

Et lorsque l’équipe perd le ballon, leur endurance et leur vitesse permettent de refermer rapidement la structure. Le couloir n’est donc plus une ligne tracĂ©e sur le terrain.

C’est un espace que l’équipe peut ouvrir, fermer ou transmettre.




Vasilko, lui, joue un rÎle moins spectaculaire mais probablement plus important encore. Il couvre. Il sécurise : il permet aux autres de bouger.

Dans une Ă©quipe qui cherche la mobilitĂ©, il faut des joueurs capables d’en payer le prix.

Lorsque Nad monte, quelqu’un doit penser Ă  l’espace qu’elle abandonne. Lorsque Mazanovsky s’engage, quelqu’un doit prĂ©voir la transition. Lorsque Saturnino se projette, quelqu’un doit pouvoir temporiser. Vasilko appartient Ă  cette catĂ©gorie de joueurs.

Il n’est pas nĂ©cessairement celui qui donne sa forme au mouvement. Il est celui qui permet au mouvement d’exister sans transformer l’équipe en chaos.




Au centre de tout cela se trouve Vargic, la plaque tournante. Il n’est pas seulement le milieu qui reçoit le ballon, il est celui qui relie les phases.

Il peut ralentir lorsque l’équipe doit se rĂ©organiser, accĂ©lĂ©rer lorsque l’espace apparaĂźt, orienter le jeu vers un couloir, renverser vers l’autre ou profiter de la mobilitĂ© créée devant lui.

Son importance ne se mesure donc pas uniquement Ă  ses passes. Elle se mesure Ă  la quantitĂ© de solutions qu’il rend disponibles. C’est une caractĂ©ristique fondamentale des Ă©quipes dynamiques : certains joueurs occupent un espace, d’autres organisent les relations entre les espaces.

Vargic appartient à la seconde catégorie.




Saturnino est diffĂ©rent. Le poumon l’appelle affectueusement Giuseppe. Il donne de la verticalitĂ©.

Ses courses Ă©tirent le milieu adverse et empĂȘchent l’équipe de devenir une possession horizontale oĂč tout le monde vient demander le ballon dans les pieds.

Cette verticalité est essentielle parce que la mobilité ne signifie pas que tout le monde doit bouger partout. Elle signifie que les mouvements doivent avoir un sens. Saturnino menace. Gomes menace davantage encore.

Les dĂ©fenseurs doivent regarder derriĂšre eux et lorsqu’ils regardent derriĂšre eux, ils offrent devant eux des espaces que Vargic, Vasil’ ou Gembicky peuvent exploiter.

Le mouvement d’un joueur n’est donc jamais seulement son mouvement. Il est aussi la contrainte imposĂ©e aux autres.




C’est peut-ĂȘtre avec Gembicky que cette idĂ©e devient la plus visible. L’ailier peut ĂȘtre attirĂ© vers l’axe mais il ne peut le faire que parce que quelqu’un d’autre occupe ou menace son couloir. Et c’est lĂ  que Nad et Mazanovsky deviennent essentiels.

Le latĂ©ral donne la largeur, Gembicky peut rentrer. Gomes attaque la profondeur, un dĂ©fenseur hĂ©site, Vargic trouve la bonne passe, Vasil’ apparait dans une autre zone.

En quelques secondes, le 4-3-3 initial n’existe plus vraiment. Mais personne n’est perdu. Parce que chaque dĂ©placement est compensĂ© par une autre relation.




Et puis il y a Vasil’. C’est peut-ĂȘtre le joueur qui rĂ©sume le mieux la philosophie de Colombani. Polyvalent, latĂ©ral par moments, deuxiĂšme meneur Ă  d’autres, second attaquant ensuite. Capable de se dĂ©placer horizontalement, de changer de zone, d’apparaĂźtre lĂ  oĂč l’équipe en a besoin.

Vasil’ n’est pas seulement polyvalent parce qu’il peut jouer plusieurs postes, il est polyvalent parce que sa libertĂ© donne de la libertĂ© aux autres.

Cette nuance est essentielle. Dans une équipe statique, la polyvalence est un avantage. Dans une équipe dynamique, elle devient une infrastructure.




C’est ici que l’évolution de Colombani devient visible. À RimavskĂĄ Sobota, il adapte son systĂšme parce qu’il n’a pas le choix.

Avec le mercato hivernal de Trutz, il peut commencer Ă  organiser l’adaptation elle-mĂȘme. La nuance est fondamentale. Le jeune entraĂźneur demandait :

Que peuvent faire mes joueurs ?

L’entraüneur qui se construit commence à demander :

Que peuvent-ils faire les uns pour les autres ?

C’est une question beaucoup plus ambitieuse. Et elle rapproche Colombani de cette vieille tradition des entraĂźneurs qui ont compris que les joueurs n’occupent jamais seulement un espace : ils crĂ©ent celui des autres.




Cela explique aussi son affection pour les systĂšmes dynamiques. Il ne s’agit pas de multiplier les changements de formation pour impressionner les analystes. Il s’agit de conserver des repĂšres tout en autorisant les dĂ©placements.

Le 4-3-3 de dĂ©part peut devenir autre chose mais il ne devient pas n’importe quoi. La libertĂ© n’est donc possible que parce qu’il existe une structure invisible derriĂšre elle.

Moins de positions fixes, davantage de responsabilités.

On retrouve ici une idĂ©e que les grands entraĂźneurs ont chacun dĂ©veloppĂ©e Ă  leur maniĂšre : une Ă©quipe ne doit pas seulement savoir oĂč ĂȘtre.

Elle doit savoir quoi faire lorsque quelqu’un n’est plus lĂ  oĂč il devrait ĂȘtre.

Cruyff avait transformĂ© cette question en philosophie. Sacchi en avait fait une mĂ©canique collective. Guardiola en a fait une science des espaces. Mourinho l’a abordĂ©e par les principes, l’adaptation et la capacitĂ© des joueurs Ă  rĂ©soudre les situations.

Colombani, lui, semble avoir construit sa propre rĂ©ponse Ă  partir d’une expĂ©rience beaucoup moins prestigieuse. Une petite Ă©quipe slovaque qui ne possĂ©dait pas assez de joueurs pour lui permettre de jouer comme il voulait.




Il y a quelque chose d’assez ironique lĂ -dedans. Les grands entraĂźneurs disposent gĂ©nĂ©ralement d’abord des joueurs qui leur permettent d’exĂ©cuter leurs idĂ©es.

Colombani a commencĂ© par l’inverse. Il a dĂ» trouver ses idĂ©es dans les joueurs qu’il avait. C’est probablement pour cela que son football est devenu progressivement moins attachĂ© aux formations.

Il ne cherche pas à reproduire un 4-3-3. Il cherche à créer les conditions dans lesquelles un 4-3-3 peut, à certains moments, ne plus ressembler à un 4-3-3.

L’équipe devient autre chose, elle se rĂ©organise, puis elle recommence en fonction des mouvements des joueurs. Le systĂšme respire.




Si je devais rĂ©sumer l’évolution tactique de Colombani en quatre Ă©tapes.

D’abord : oĂč dois-je placer mes joueurs ?

Puis : que savent-ils faire ?

Ensuite : comment leurs qualités peuvent-elles se compléter ?

Enfin : que peut crĂ©er le dĂ©placement de l’un pour les autres ?

C’est probablement lĂ  que se trouve le vĂ©ritable hĂ©ritage de RimavskĂĄ Sobota.

Pas un 4-2-3-1, ni un 4-3-3, ni mĂȘme un systĂšme. Une maniĂšre de regarder le football.




Il existe des entraßneurs qui veulent que leurs joueurs respectent leur systÚme. Il existe des entraßneurs qui veulent que leurs joueurs comprennent leur systÚme. Et puis il existe ceux qui cherchent à faire en sorte que leurs joueurs puissent déformer le systÚme sans le détruire.

Colombani appartient dĂ©sormais Ă  cette troisiĂšme catĂ©gorie. C’est pourquoi Gomes est si important dans son Ă©volution parce qu’un dĂ©voreur d’espaces n’apporte pas seulement des buts. Il oblige les autres Ă  regarder le terrain diffĂ©remment.

Et lorsque les autres disposent eux-mĂȘmes de la vitesse, de l’endurance et de la polyvalence nĂ©cessaires pour exploiter ces dĂ©placements, le football cesse progressivement d’ĂȘtre une suite de positions. Il devient une succession de relations. C’est peut-ĂȘtre cela, finalement, le football de Colombani.

Pas un systÚme mais une structure suffisamment solide pour permettre le désordre. Et suffisamment intelligente pour retrouver son équilibre aprÚs lui.

Le reste — le 4-3-3, le 4-2-3-1, le 3-4-3 ou les chiffres que nous aimons tant Ă©crire dans les journaux — n’est que la façon la plus commode de raconter quelque chose qui, sur le terrain, ne tient jamais en place.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 36 -
- ému aux larmes -
- Chapitre 38 -
- une saison qui refuse de s’arrĂȘter -
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Pour ceux qui n’y connaissent rien, ça pourrait ressembler Ă  un sac de noeuds mais en vrai, c’est tellement ça ! Laisser libre cours Ă  la crĂ©ativitĂ©, au talent, et ne pas se fier Ă  une positionnement sur un tableau.

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En mĂȘme temps, quand tu dĂ©butes ta saison avec deux quadra et trois chĂšvres :sac:

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Lazslo voulait du football, de la tactique. Le voici servi !
On comprend que Giuseppe n’est pas quelqu’un de campĂ© sur ses positions (on le savait dĂ©jĂ ), il fait avec ce qu’il a et s’adapte :smiley:

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Réponse aux lecteurs

@CaptainAmericka Parce que y’a des gens qui s’y connaissent pas sur ce forum ? Ah oui, c’est vrai, on a tout de mĂȘme des supporters des Olympiques ! (Oui, c’est gratuit !)

@Rhino il fallait tout de mĂȘme les trouver :smiley:

@alexgavi On l’appelle d’ailleurs l’adaptator en Italie. Oui, bon, c’était trĂšs moyen, je dois l’admettre !

- Une saison qui refuse de s’arrĂȘter -

Je cherchais un titre.

IANA cherchait surtout Ă  m’empĂȘcher d’en faire trop.

— Une saison exceptionnelle ?

— Trop banal.

— La mĂ©tamorphose de RimavskĂĄ Sobota ?

— Trop ambitieux.

— Le petit club qui


— Non.

— Tu pourrais au moins me laisser terminer.

— Je connais la fin de la phrase. Elle contient gĂ©nĂ©ralement « rĂȘve », « gĂ©ant » et « incroyable ».

J’ai fini par l’intituler autrement.

Une saison qui refuse de s’arrĂȘter.

Parce qu’en avril 2027, c’était exactement ce qui se passait.

La premiĂšre archive intĂ©ressante qu’IANA retrouva Ă©tait presque dĂ©risoire : quelques lignes dans DennĂ­k Ć port, consacrĂ©es Ă  la prolongation de Matheus Saturnino. Deux jours avant la demie-finale de Coupe contre ZemplĂ­n Michalovce. Le journaliste slovaque relevait simplement que le BrĂ©silien Ă©tait devenu l’un des joueurs que Colombani semblait considĂ©rer comme essentiels.

— Il avait compris.

— Il avait observĂ©. C’est moins glorieux.

Je retrouvai ensuite une déclaration de Giuseppe, beaucoup plus simple :

« Saturnino comprend le jeu. Il sait quand il doit courir et quand il doit rester. C’est important pour nous. Â»

C’était probablement suffisant. Quelques jours plus tard, RimavskĂĄ battait Ć amorĂ­n 1-0. Vasil’ avait manquĂ© un penalty. Gomez avait marquĂ© aprĂšs un service de Nad. Martin Stopka, l’entraĂźneur de Ć amorĂ­n, avait reconnu que son Ă©quipe avait surtout cherchĂ© Ă  ne pas se faire emporter.

« Ils n’ont pas besoin de dix occasions pour gagner un match. C’est probablement ce qui les rend difficiles Ă  jouer. »

Giuseppe, lui, n’avait pas cherchĂ© plus loin :

« On a eu des occasions pour mettre le deuxiĂšme. On ne l’a pas fait. Alors on a dĂ©fendu le 1-0. »

Il disait cela comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle du monde.

:monacobet_liga: 10/04/2027 :stk_samorin: 1-0 Gomez 29’ (Nad)
Composition: Slaniniak - Nad, Vasilko, Petran (c), Mazanovsky - Vasil’, Saturnino - Vargic - Kralovic (Luptak 1’), Gomez (Ferletak 77’), Gembicky (Fajcik 73’)

Puis arriva ZemplĂ­n, 3Ăšme de Fortuna Liga, en demie-finale de coupe de Slovaquie. À l’aller, Colombani choisit de presser haut. Kisiev remplaçait Svec, blessĂ©. Gomez marquait sur une longue ouverture, puis Vasilko sur corner. 2-0. Anton Ć oltis, coach adverse, aprĂšs le match, semblait surtout contrariĂ© par la maniĂšre dont son Ă©quipe avait laissĂ© RimavskĂĄ prendre l’initiative.

« Nous pensions qu’ils allaient nous attendre davantage. Ils sont venus nous chercher. »

:slovnaft_cup: 7/04/2027 :mfk_zemplin: 2-0 Gomez 39’ (Kisiev), Vasilko 43’ (Vasil’)
Composition: Slaniniak - Nad (Novak 89’), Kisiev, Petran (c), Mazanovsky - Vasilko, Saturnino - Vargic - Luptak, Gomez, Vasil’

Au retour, Giuseppe changeait son approche. Il voulait dĂ©fendre, attendre et sortir vite. Vasil’ marquait sur une attaque rapide. ZemplĂ­n Ă©galisait, puis prenait l’avantage Ă  la 92e minute. DĂ©faite 2-1 mais RimavskĂĄ tenait sa place en finale.

Franck Bahi, capitaine de Zemplín, résumait la frustration de son équipe :

« On avait besoin d’un troisiĂšme but et on savait qu’ils pouvaient nous faire mal Ă  tout moment. »

Je trouvai cette phrase plus intĂ©ressante que beaucoup d’analyses parce qu’elle venait de l’autre cĂŽtĂ©. RimavskĂĄ n’était plus seulement une Ă©quipe que l’on regardait avec curiositĂ©. Elle devenait une Ă©quipe qui commençait Ă  faire peur Ă  tout le monde.

:slovnaft_cup: 14/04/2027 :mfk_zemplin: 2-1 Vasil’ 37’ (Nad)
Composition: Slaniniak - Nad, Svec, Petran (c), Mazanovsky - Vasilko, Saturnino - Vargic - Luptak (Kisiev 75’), Gomez, Vasil’

— Ça y est.

— Quoi ?

— Ils ont commencĂ© Ă  les prendre au sĂ©rieux.

— Ils venaient pourtant de perdre le match retour.

— Oui. C’est gĂ©nĂ©ralement ce qui arrive quand une Ă©quipe se qualifie quand mĂȘme.

Je lui ai laissé le point. Il y eut ensuite le Slovan Bratislava B. Une victoire 2-1 puis Inter Bratislava.

:monacobet_liga: 18/04/2027 :slovan_bratislava: 1-2 Gomez 47’ (Saturnino), Fajcik 76’ (Nad)
Composition: Slaniniak - Nad, Svec, Petran (c), Mazanovsky - Vasilko, Saturnino - Vargic - Bartos (Luptak 67’), Gomez (Ferletak 74’), Gembicky (Fajcik 65’)

Et lĂ , le football devint beaucoup plus simple. L’Inter se prĂ©senta Ă  dix joueurs comme une victime de façon assez incomprĂ©hensible. Gomez marqua quatre fois en une demie-heure. Son deuxiĂšme quadruplĂ© depuis son arrivĂ©e en Slovaquie. AprĂšs le match, il eut droit Ă  quelques questions.

— ¿Otra vez cuatro?

— Sí. Hoy cuatro.

Puis il ajouta :

— Estoy feliz. Nada más.

J’ai trouvĂ© la formule assez jolie. Rien de plus. Il n’y avait effectivement rien Ă  ajouter. À la pause, RimavskĂĄ menait 5-0. Peter Petran, capitaine adjoint, avait rĂ©sumĂ© l’état d’esprit de l’équipe aprĂšs la rencontre :

« Au dĂ©but, on pensait Ă  chaque match. Maintenant, on regarde le classement et on se demande jusqu’oĂč ça peut aller. Je vis un rĂȘve Ă©veillĂ© au crĂ©puscule de ma carriĂšre. »

:monacobet_liga: 24/04/2027 :fk_inter_bratislava: 5-0 Gomez 12’ (Vargic), 18’ (Saturnino), 21’ (Vargic), 30’ (Fajcik), Vargic 26’ (P)
Composition: Slaniniak - Nad (Novak 69’), Svec, Petran (c), Mazanovsky - Vasilko (Vuantu 69’), Saturnino - Vargic (Vasil’ 69’) - Bartos, Gomez (Gembicky 69’), Fajcik (Luptak 69’)

C’était peut-ĂȘtre le meilleur rĂ©sumĂ© de ces derniĂšres semaines. Quelques mois auparavant, personne ne savait vraiment ce que RimavskĂĄ Sobota pouvait faire. En avril, la question Ă©tait devenue diffĂ©rente.

Jusqu’oĂč peut-elle aller ?

DeuxiĂšme du championnat. Finaliste de la Coupe. Encore en position de regarder vers la premiĂšre place et suffisamment bien placĂ©e pour que la promotion ne ressemble plus Ă  un rĂȘve lointain. Je demandai Ă  IANA de retrouver les commentaires de l’époque. Elle m’en donna plusieurs.

Certains parlaient de miracle. De rares de bonne sĂ©rie. Quelques-uns commençaient Ă  parler de Colombani comme d’un entraĂźneur vĂ©ritablement intĂ©ressant.

— Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

— Je pense qu’en avril 2027, les gens Ă©taient encore assez intelligents pour ne pas savoir.

— Et en 2066 ?

— En 2066, les gens sont devenus beaucoup plus intelligents aprĂšs avoir appris ce qui s’était passĂ©.

Je ris. C’était exactement le problĂšme. Nous connaissions la suite. Nous savions ce que certains de ces choix allaient produire. Nous savions ce que cette saison reprĂ©senterait pour Colombani, et ce que RimavskĂĄ Sobota allait conserver — ou perdre — de cette pĂ©riode. Mais en 2027, personne ne le savait pas mĂȘme Giuseppe.

Lorsque je lui demandai ce qu’il ressentait Ă  ce moment-lĂ , il rĂ©flĂ©chit longtemps puis il rĂ©pondit :

« Je savais qu’on Ă©tait bons. Je ne savais pas encore si on Ă©tait assez bons. »

C’était probablement la meilleure rĂ©ponse. Il restait trois matches de championnat et une finale de Coupe. IANA referma les archives.

— Tu veux que je cherche la finale ?

— Pas encore.

— Pourquoi ?

Je réfléchis un instant.

— Parce que pour l’instant, il est encore en train de rĂȘver.

— Ah.

Elle marqua une pause.

— Tu sais que les rĂȘves ont gĂ©nĂ©ralement un dĂ©faut ?

— Lequel ?

— Ils finissent.

Clt Club MJ V N D BP BC +/- Pts
1er :fortuna_liga: :msk_zilina: Ćœilina 25 20 3 2 71 21 50 63
2e Barr. :msk_rimavska_sobota: Rimavska Sobota 25 19 3 3 63 25 38 60
3e :fk_matador_puchov: Matador PĂșchov 26 18 3 5 67 33 34 57
4e :fc_petrzalka: PetrĆŸalka 25 10 6 9 27 29 -2 36
5e :slovan_bratislava: Slovan Bratislava B 26 10 6 10 38 42 -4 36
6e :fc_vion: Zlaté Moravce 26 9 8 9 40 42 -2 35
7e :stk_samorin: Ć amorĂ­n 26 9 7 10 36 35 1 34
8e :tatran_liptovsky_mikulas: LiptovskĂœ MikulĂĄĆĄ 27 9 6 12 32 36 -4 33
9e :ofk_dynamo_malzenice: MalĆŸenice 25 9 5 11 34 42 -8 32
10e :fk_inter_bratislava: Inter Bratislava 27 10 2 15 43 61 -18 32
11e :fk_pohronie: Pohronie 26 10 1 15 41 48 -7 31
12e :spartak_myjava: Spartak Myjava 26 9 4 13 33 38 -5 31
13e :msk_povazska_bystrica: PovaĆŸskĂĄ Bystrica 26 7 6 13 37 49 -12 27
14e :nike_liga: :mfk_stara_lubovna: StarĂĄ Äœubovƈa 26 5 7 14 26 50 -24 22
15e :nike_liga: :mfk_zvolen: LokomotĂ­va Zvolen 26 4 5 17 35 72 -37 17

leaders statistiques

Buteurs

Nom MJ :groot_scored:
:1st_place_medal: Marcos Gomez 12 14
:3rd_place_medal: Jan Ferletak 17(7) 8
:3rd_place_medal: Sebastian Gembicky 23(1) 8
4e Matej Vargic 29(1) 7
4e Peter Vasilko 31 7

Passeurs

Nom MJ :groot_assist:
:1st_place_medal: Erik Luptak 14(7) 8
:1st_place_medal: Matheus Saturnino 26(2) 8
:1st_place_medal: Peter Petran 31 8
4e Matej Vargic 29(1) 7
5e Marcel Vasil’ 10(1) 4
5e Sebastian Gembicky 19 4
- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 37 -
- le systùme n’existe pas -
- Chapitre 39 -
- La finale -
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Gomez est vraiment une putain de bonne pioche !!

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3pts de moins, c’est vraiment rien

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On le comprend, cette Ă©quipe n’étonne plus, elle dĂ©montre ! La prolongation de Saturnino va dans la logique des choses. Comme ça a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dit, Gomez est une belle trouvaille ! :star_struck:

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Gomez, c’est la magie! Bonne pioche!

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Réponse aux lecteurs

@CaptainAmericka @toopil J’avoue que quand j’ai vu son profil Ă  lui et Ă  Gordon (que je me suis fait souffler par un autre club) j’ai vu une sacrĂ©e classe d’écart avec ce que je peux m’offrir habituellement !

@Rhino Oui, on est pas loin !

@alexgavi Belle trouvaille et pour le rĂŽle que je lui ai assignĂ©, difficile de trouver d’autres profils physiques aussi infatigables que ce brĂ©silien ! Le prolonger Ă©tait une Ă©tape importante, un vrai leader de terrain.

- La finale -

Je pensais que Giuseppe parlerait de la finale comme d’un match. Il n’en a pas Ă©tĂ© capable. Trente-neuf ans ont passĂ©. Il connaĂźssait encore les occasions., l’arbitre, les polĂ©miques qui ont suivi, les noms de ceux qui ont jouĂ© ce soir-lĂ . Il connaissait mĂȘme, avec cette prĂ©cision presque agaçante des vieux entraĂźneurs, la plupart des dĂ©cisions qu’il aurait pu prendre autrement. Mais lorsqu’il commença Ă  parler de cette finale, quelque chose changea dans sa voix.

— J’avais prĂ©parĂ© le discours en slovaque.

— Tu Ă©tais nerveux ?

— Non.

Il réfléchit.

— Si, terrifiĂ©.

Il avait travaillé son slovaque pendant des semaines. Pas pour impressionner qui que ce soit mais pour que ses joueurs comprennent.

— Je leur ai dit que c’était un match de football. Onze contre onze. Que les noms, les budgets, les trophĂ©es, tout ça
 ça restait dehors. Je leur ai dit de les regarder dans les yeux.

— Et ils l’ont fait ?

— Oui.

Un sourire traversa son visage.

Il avait choisi de dĂ©fendre bas. Le raisonnement Ă©tait simple : ne pas offrir d’espaces, rester dans le match, attendre. En face, il y avait une Ă©quipe qui avait davantage de talent, davantage d’expĂ©rience et davantage de moyens.

— Je savais qu’ils Ă©taient meilleurs.

Il le dit sans amertume.

— Mais je ne pensais pas qu’on devait avoir honte de ça. Alors je leur ai dit : jouez tous les coups à fond. Si on perd, on perd mais il ne faudra pas avoir de regrets.

La premiĂšre pĂ©riode se passa presque comme il l’avait espĂ©rĂ©. RimavskĂĄ subissait mais elle tenait Ă  l’image de l’abnĂ©gation qu’elle avait montrĂ© toute la saison. 0-0 et une seule vĂ©ritable occasion pour son Ă©quipe.

— À la pause, tu pensais que c’était possible ?

— Oui. C’est ça, le problùme.

Il sourit Ă  peine.

— À la pause, j’y croyais vraiment.

Alors il fit monter le bloc parce qu’il ne voulait pas passer quarante-cinq minutes supplĂ©mentaires Ă  attendre et parce qu’il croyait avoir dĂ©celĂ© quelque chose.

— Santa Madona, j’avais ma bonne Ă©toile. Je pensais qu’ils pouvaient douter.

Rimavskå commença à sortir, à exister. Gomez eut une énorme occasion, Gembicky, entré en jeu aussi.

— Si Gomez marque


— Tu gagnes ?

— Non.

Il me regarda.

— Mais pendant cinq minutes, j’aurais cru que oui.

Le but adverse arriva sur une transition. 1-0. Giuseppe baissa les yeux. Trente-neuf ans plus tard, il serra encore légÚrement la mùchoire.

— C’était un bon contre.

— Tu ne vas pas me dire que tu leur en veux encore.

— Je leur en veux toujours. « Qui ne dĂ©teste pas le Slovan ? Â» comme on dit en Slovaquie.

Cette fois, il rit franchement.

— Mais c’était un bon contre.

Ils ne revinrent pas. RimavskĂĄ Sobota avait perdu la finale.


Le petit club avait atteint la derniĂšre marche et s’était retrouvĂ© face Ă  ce qui ressemblait alors Ă  une montagne. Mais Giuseppe, lui, ne le vĂ©cut pas comme une belle histoire, pas ce soir-lĂ  en tout cas.

— J’étais furieux.

— Contre qui ?

— Tout le monde.

Il énuméra les possibilités sur ses doigts.

— Moi surtout, mes joueurs. L’arbitre, le terrain, le ballon mĂȘme. Le monde entier, probablement. MĂȘme la Santa Madona.

Il avait besoin d’une raison Ă  cette dĂ©faite puis Samuel Slovak, le coach du Slovan lança la polĂ©mique sur l’arbitrage. Giuseppe prit publiquement le parti des arbitres. À l’époque, cette position surprit.

— Tu Ă©tais vraiment convaincu qu’ils avaient bien arbitrĂ© ?

— Pas vraiment.

Un silence.

— J’avais besoin d’ĂȘtre contre quelque chose. Alors je me suis dit que le plus simple, c’était de dĂ©fendre ceux qu’on attaquait.

Il haussa les épaules.

— Ce n’était pas trĂšs noble.

— C’était honnĂȘte.

— Non. C’était une rĂ©action.

Je crois que c’est la premiĂšre fois de l’entretien qu’il admettait aussi clairement avoir Ă©tĂ© dĂ©passĂ© par son Ă©motion.


Puis il me parle de Giulia. AprĂšs la finale, ils avaient dĂźnĂ© ensemble. Giuseppe Ă©tait incapable de penser Ă  autre chose qu’à cette dĂ©faite. Giulia, elle, avait dĂ©cidĂ© de lui rappeler les faits.

Finaliste de la Coupe. DeuxiÚme du championnat, une possibilité encore réelle de jouer le titre et une avance confortable pour les barrages. Encore trois matches à jouer.

— Giuseppe, tu viens de perdre contre la meilleure Ă©quipe du pays et tu te comportes comme si tu avais ratĂ© ta saison.

— Elle avait raison.

— Elle avait souvent raison ?

— Ne lui rĂ©pĂšte jamais ça.

Je ris et lui aussi puis son visage se ferma légÚrement.

— Elle a pris ma main. Je me souviens encore de la chaleur de ses doigts.

Il marqua une pause.

— Et puis elle m’a embrassĂ©.

Il ne souriait pas tout Ă  fait.

Quelque chose passa pourtant sur son visage, une seconde Ă  peine. Ses yeux se plissĂšrent, sa bouche se dĂ©tendit, et sa main, posĂ©e sur la table, se referma lĂ©gĂšrement sur elle-mĂȘme.

— Comment ?

Je ne sais pas pourquoi je posai la question. Il baissa les yeux.

— Doucement.

Le mot sortit presque dans un souffle.

— Pas comme quelqu’un qui se prĂ©cipite. Pas comme quelqu’un qui veut partir non plus. Elle s’est approchĂ©e. J’ai senti son parfum avant ses lĂšvres puis sa main sur ma joue.

Il s’interrompit. À soixante-quatorze ans, il ferma les yeux une fraction de seconde. Je suis sĂ»r qu’il revivait le moment.

— J’ai eu chaud.

Il rit trĂšs doucement, comme s’il Ă©tait gĂȘnĂ© de la prĂ©cision.

— Vraiment chaud. Le visage, les oreilles
 Tu sais, en bas aussi. Je ne savais plus quoi faire de mes mains.

— Et elle ?

— Elle est restĂ©e lĂ .

Il dĂ©signa vaguement l’espace devant lui.

— Aprùs.

Sa voix changea, désormais se faisant plus basse.

— Elle ne s’est pas Ă©loignĂ©e tout de suite, je pouvais sentir son souffle.

Cette fois, il sourit, pas le sourire ironique parfois moqueur que je connais, pas non plus celui qu’il utilisait lorsqu’il veut reprendre le dessus sur une conversation, mais un sourire beaucoup plus jeune.

— J’avais trente-quatre ans, Chiara, et je tremblais.

Je ne dis rien. Il regarda par la fenĂȘtre.

— Je crois que je n’ai jamais oubliĂ© cette sensation.

Le silence revint.

— AprĂšs ça, tu lui as parlĂ© ?

— Oui.

— De ce baiser ?

— Non.

— Pourquoi ?

Il baissa les yeux vers sa main.

— Je ne savais pas quoi dire.

Puis, aprĂšs un moment :

— J’avais peur qu’elle regrette.

Il releva les yeux vers moi.

— Ou que ce soit moi qui regrette de lui avoir demandĂ© ce que ça voulait dire.

Je laissai passer quelques secondes.

— Et tu pensais que ça voulait dire quoi ?

Il ne répondit pas immédiatement. Ses doigts se resserrÚrent autour de sa tasse.

— À l’époque ?

Il regarde de nouveau par la fenĂȘtre.

— Tout.

Un silence puis il ajouta, presque inaudible :

— Ou rien.

Il ne dit plus rien. Je n’insistai pas. À travers la vitre, la ville continuait de vivre. Giuseppe, lui, est restĂ© quelques secondes ailleurs peut-ĂȘtre Ă  RimavskĂĄ Sobota, peut-ĂȘtre Ă  cette table Ă  Kosice, peut-ĂȘtre dans la chaleur d’une main posĂ©e sur sa joue. Je ne lui ai pas demandĂ©.

- Saison 1 - 26/27 -
- Chapitre 38 -
- Une saison qui refuse de s’arrĂȘter -
- Chapitre 40 -
- Ă  paraĂźtre -
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Dommage pour cette finale perdue mais l’exploit n’était-il pas dĂ©jĂ  de s’ĂȘtre qualifiĂ© ?

Je suis d’accord avec elle. Cette dĂ©faite est loin d’ĂȘtre la plus honteuse!

La dĂ©faite est rageante, c’est vrai, la rĂ©action de Giuseppe se comprend. Passer aussi proche d’un premier trophĂ©e, ça marque.
Maintenant, est-ce qu’il ne faut pas passer par cette Ă©tape pour continuer d’avoir faim, voire encore plus ?

En tout cas, il n’avait pas perdu sur tous les terrains ce soir-là :smiley:

Une dĂ©faite qui n’est pas honteuse du tout. Bravo pour le parcours