Réponse aux lecteurs
@toopil Quand Vargic parler, toi écouter
@alexgavi Ca tombe sous le sens, on ne le changera pas notre italien volubile !
— Il y a un match dont tu parles encore comme si tu venais de le jouer hier.
Giuseppe ne répondit pas immédiatement. Chiara connaissait désormais ce silence. Il ne cherchait pas ses mots. Il cherchait le souvenir. Le vieil homme prit une inspiration, puis sourit.
— Žilina.
— La Slovnaft Cup ?
— Le troisième tour.
Il hocha la tĂŞte.
— C’était mon premier grand match. Pas le plus beau, pas le plus spectaculaire, mais le premier où je me suis dit : nous pouvons battre n’importe qui.
Il se pencha vers la tablette de Chiara.
— Et surtout, c’était Žilina. À l’époque, ils dominaient la division. Une équipe pour jouer le titre et la remontée immédiate. Un club habitué à ces soirées-là .
Rimavská Sobota, elle, était toujours cette anomalie sympathique. Un promu que personne n’avait vraiment prévu de voir là .
Giuseppe leva deux doigts.
— Quand j’y pense maintenant, c’était complètement absurde.
Le match commença comme il fallait s’y attendre. Žilina attaqua fort, très fort. Dans les trois premières minutes, Jakub Slaniniak sauva deux fois Rimavská Sobota.
— Là , j’ai pensé : Santa Maria, Madre di Dio, on va mourir.
Chiara rit.
— Tu priais déjà ?
— Je priais toujours. Mais là , j’avais une bonne raison.
Le gardien slovaque allait finalement réaliser une prestation exceptionnelle. Cinq arrêts. Une présence rassurante. Et surtout, aucune panique.
Après cette entame compliquée, Rimavská Sobota resserra les lignes. Bloc bas, peu d’espaces, peu de risques. Giuseppe avait compris qu’il ne gagnerait pas ce match en voulant rivaliser dans la possession.
Il fallait attendre, patienter, faire déjouer, frustrer.
— Je leur avais dit : ne courrez pas après le ballon.
Chiara sourit.
— Tu parlais un bon slovaque à cette époque ?
— Non, même si j’avais quelques bases branlantes. grâce à Martina.
— Anglais ?
— À moitié.
— Donc ?
— Je faisais des gestes comme toujours, Petran relayait.
Il haussa les épaules.
— Beaucoup de gestes, beaucoup de Petran.
La première période fut pauvre en occasions mais elle appartenait progressivement à Rimavská Sobota. Žilina avait le ballon. Colombani avait le plan.
Au retour des vestiaires, une combinaison entre Vargic et Gembicky ouvrit une première brèche. Gembicky, en une touche, lança Ferletak dans la profondeur. Le buteur trouva le poteau puis fut signalé hors-jeu.
Giuseppe frappa dans ses mains.
— Là , j’ai eu la confirmation qu’on pouvait leur faire mal.
Le temps passa. Žilina poussa, Rimavská Sobota résista, puis arriva la dernière minute. Gembicky récupéra un ballon sur le côté. Premier centre, personne.
Le ballon revint, deuxième tentative. Cette fois, il choisit le retrait. Fajcik, entré en jeu, reprit. Le ballon fut dévié par Roman Skaličan, contre son camp.
1-0. Silence, puis explosion. Giuseppe se leva de son banc. Il ne sut plus quoi faire et cria quelque chose que personne ne comprit vraiment.
— Qu’est-ce que tu avais dit ?
Le vieil homme plissa les yeux.
— Je crois que j’avais dit quelque chose comme : « Santo cielo, hanno ricostruito le fondamenta di Žilina! »
Chiara éclata de rire.
— Très diplomatique.
— J’étais jeune.
Il se mit Ă rire lui-mĂŞme.
— Et j’étais content, très content. Le plus drôle, c’est que je crois que j’ai ensuite essayé de dire quelque chose en slovaque.
Il leva les mains.
— Dobre! Very good! Grande! Forza!
— Une langue remarquable.
— Une langue internationale.
Le vestiaire, lui, fut une folie. Pour la première fois, Giuseppe venait de battre une équipe qui lui semblait appartenir à un autre monde.
Il avait préparé son match. Ses joueurs l’avaient exécuté et pendant quatre-vingt-dix minutes, Rimavská Sobota n’avait plus été un petit promu sympathique. Plus personne n’en doutait désormais.
Elle avait été une équipe capable de faire tomber un favori. Dans ses notes, Giuseppe écrivit quelques lignes.
« Ils peuvent tout faire si on leur donne un plan. »
Puis, juste en dessous :
« Ne pas s’enflammer. »
Giuseppe regarda Chiara.
— Évidemment, je me suis enflammé.
— Combien de temps ?
— Jusqu’au lendemain matin.
Il sourit.
— Après, il fallait déjà préparer le suivant. La qualification n’était pas encore une histoire mais allait le devenir.
Mais ce soir-là , dans un petit stade slovaque, un jeune entraîneur de trente-trois ans venait de découvrir quelque chose d’essentiel.
Il pouvait préparer une équipe. Il pouvait la faire croire. Et même… la faire battre plus fort qu’elle.
| 04/11/2026 | 1-0 | CSC 94’ |
| Composition: Slaniniak - Novak, Vasilko, Kisiev, Lesko (Bodo 88’) - Vuantu, Petran (cap) - Vargic - Luptak (Fajcik 80’), Ferletak, Gembicky |

