:storygreen: :s1: đŸŽó §ó ąó „ó źó §ó ż :crewe_alexandra: Le gamin des trois frontiĂšres

Réponses aux lecteurs

@CaptainAmericka C’est dur pour le joueur comme pour le groupe, mais c’est aussi le genre d’évĂšnement qui peut souder l’effectif. C’est plus facile de revenir dans une Ă©quipe qui tourne bien, on va faire en sorte qu’Oliver revienne dans les meilleures conditions !

@Wasyl C’est la mauvaise nouvelle oui, mon noyau Ă©tait dĂ©jĂ  assez limitĂ© comme ça !

@alexgavi @Rhino @Dubois Il n’y a pas de bon timing pour ce genre de blessure
mais c’est vrai que là c’est pas top du tout !


ÉPISODE 10
“Le cas Wintle”

Septembre 2020

Il y a des dossiers qui s’invitent dans la tĂȘte d’un entraĂźneur dĂšs qu’il ouvre les yeux le matin. Ryan Wintle fait partie de ceux-lĂ . Depuis mon arrivĂ©e, je savais qu’il serait essentiel : son style, sa tranquillitĂ© balle au pied, sa capacitĂ© Ă  faire respirer l’équipe quand tout s’emballe
 bref, mon mĂ©tronome. Le joueur qui transforme un 4-3-3 en machine Ă  jouer juste.

Mais plus les jours passent, plus un dĂ©tail clignote en rouge dans mon bureau : contrat finissant en juin 2021. Un an : c’est Ă  la fois long et terriblement court.

Le club n’est pas dans le rouge, mais on ne roule pas non plus sur l’or. On fait attention, on tient les comptes comme un Ă©tudiant en fin de mois. Alors forcĂ©ment, garder un joueur de ce niveau, c’est un luxe, et le perdre gratuitement serait une catastrophe, aussi bien sportive que financiĂšre.

Je tourne autour du sujet depuis quelques jours, comme on hésite à sauter dans une eau un peu trop froide. Et puis un matin, je me dis que ça suffit : autant aller chercher la vérité à la source.

Je trouve Wintle en salle de musculation, calmement installĂ© sur un tapis, en train de s’étirer, et lui propose qu’on parle quelques minutes. Il accepte immĂ©diatement, sourire lĂ©ger, comme toujours.

On s’installe dans mon bureau, au calme, avec juste deux tasses de thĂ© et une discussion Ă  cƓur ouvert : « Ryan, je vais ĂȘtre direct. Tu sais que je compte sur toi. Tu es la pointe basse de mon triangle, c’est toi qui donnes le tempo. Mais tu arrives sur la derniĂšre annĂ©e de ton contrat
 et j’ai besoin de savoir oĂč tu te situes. Attention, je ne veux pas te mettre de pression, et je ne veux pas de discours de vendeur. Juste la vĂ©ritĂ©. ».

Il me regarde, sincĂšre. Il a dĂ©jĂ  rĂ©flĂ©chi au sujet, ça se voit dans son attitude, et ça transpire de sa rĂ©ponse : « Coach, je suis attachĂ© au club. Je suis ici depuis longtemps, j’aime Crewe, j’aime ce vestiaire. Et j’ai l’impression que ce que vous allez construire peut ĂȘtre trĂšs sympa. Mais
 ». Il marque une pause : « Je sais aussi que je peux jouer plus haut. Ça ne veut pas dire que je veux partir Ă  tout prix. Juste que je veux ĂȘtre sĂ»r de prendre la bonne dĂ©cision, pour ma carriĂšre comme pour le club. »

Je hoche la tĂȘte. Les choses sont dites calmement. Je sens qu’il ne veut pas poser de problĂšme et que, dans le mĂȘme temps, il ne veut pas qu’on lui force la main, dans un sens comme dans l’autre. C’est mĂȘme ce qui rend la situation encore plus dĂ©licate : il est lucide, honnĂȘte, attachant


Je rĂ©ponds : « Je comprends, mais tu sais comment fonctionne ce club. On ne peut pas se permettre de perdre un joueur comme toi sans compensation. Si tu veux prolonger, on trouvera une solution. Si tu veux partir, alors il faudra qu’on s’organise. Mais j’ai besoin de savoir d’ici quelques semaines. ».

Il prend une inspiration profonde : « Donnez-moi un peu de temps, coach. Je veux voir comment l’équipe Ă©volue, comment je me sens dans ce projet. Je ne veux pas faire un choix Ă  la lĂ©gĂšre. Je vous le promets : je ne vous planterai pas. »

Je souris. C’est exactement Ryan : pas de coup de bluff, pas de drama, pas de phrases creuses. On convient alors de se laisser du temps, de lui laisser du temps. Aprùs tout, si cela me permet, à terme, de le conserver, ce sera un superbe coup, pour moi comme pour le club.

Il se lĂšve, me serre la main, me remercie. Quand il quitte le bureau, je reste quelques instants seul, les yeux perdus sur le tableau blanc rempli d’ébauches de schĂ©mas.

La rĂ©alitĂ© est simple : je veux qu’il reste. Pas seulement parce qu’il est fort, mais parce qu’il incarne exactement ce que je veux construire Ă  Crewe : intelligence, humilitĂ©, loyautĂ©, discipline.

Mais je dois aussi prĂ©parer la possibilitĂ© inverse. Parce que si Wintle part, autant que ça nous permette d’investir dans la formation, les infrastructures, le staff. Le cƓur mĂȘme de Crewe Alexandra.

Je reprend mon carnet, note quelques pistes de remplacement, classe mentalement les options. Et je me rĂ©pĂšte que finalement, ce genre de dossier fait aussi partie du travail. Celui oĂč la stratĂ©gie compte autant que la tactique.

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