:storygreen: :s5: Le dernier round :egy:

Résumé

Déçu d’avoir perdu ma partie avec Biarritz… mais je n’ai pas dit mon dernier mot.

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LUCAS HOOD

SAISONS:

2023/2024: Mafunzo Sport Club :tanzania: D1 1er Champion, Finaliste Coupe Zanzibar
2024/2025: Mafunzo Sports Club :tanzania: Démission puis Lobi Stars FC :nigeria: 6ème en Première Division
2025/2026: Lobi Stars FC :nigeria: 2ième en Première Division
2026/2027: Lobi Stars FC :nigeria: 1er Champion Première division
2027/2028: Al Ahly :egypt: En cours

PALMARES :

  • Vainqueur Championnat première division :tanzania: 2024
  • Vainqueur SuperCup 2024 :nigeria:
  • Vainqueur Première Division 2027 :nigeria:

STATS:

31 matches Première division Zanzibar :tanzania:
5 matches Coupe de Zanzibar :tanzania:
24 matches Ligue des Champions Afrique
114 matches Nigeria National League :nigeria:
1 match SuperCup :nigeria:
13 matches Challange Cup :nigeria:

188 matches

PAYS VISITES:

Afrique
Zanzibar & Tanzanie :tanzania:
Sao Tomé et Principe :sao_tome_principe:
Egypte :egypt:
Nigéria :nigeria:
Tunisie :tunisia:
Ghana :ghana:
Soudan :sudan:
Seychelles :seychelles:
Maroc :mar:

Chapitre 1 La liberté

Quelque part en France. Janvier 2023.

Lucas Hood descend du bus à 6h12 du matin, sac de sport à l’épaule. Neuf ans qu’il n’a pas revu une pelouse sans barreaux à l’horizon. Neuf ans à courir dans une cour de dix mètres sur quinze, à donner des cours de tactique improvisés à des codétenus qui s’en fichaient, à préparer en cachette le diplôme d’entraîneur pendant que les autres comptaient les jours.

Il a 25 ans. Il en paraît dix de plus.

Le dossier qu’on lui a remis à sa sortie tient en une phrase : Lucas Hood, homicide involontaire, peine purgée, comportement exemplaire. Ce que la phrase ne dit pas : un type qui frappait sa compagne devant un bar, un gamin de 15 ans qui s’interpose parce qu’il ne sait pas faire autrement, un seul coup, la nuque contre le trottoir, et une vie qui bascule des deux côtés celle de l’homme qui ne se relèvera jamais, et celle de Lucas qui grandira derrière des murs.

Il n’a jamais regretté d’être intervenu. Il regrette juste que ses poings aient été plus rapides que sa tête.

Aujourd’hui, il n’a ni club, ni contrat, ni réseau. Juste un diplôme d’entraîneur obtenu en détention, une lettre de recommandation de l’éducateur sportif de la prison, et une conviction : il ne pourra jamais rendre à cet homme la vie qu’il lui a prise, mais il peut empêcher d’autres gamins de finir comme lui. Sur un terrain, pas dans une cellule.

Le marché des transferts d’entraîneurs ne l’attend pas. Personne n’attend un ancien détenu de 25 ans pour diriger un vestiaire. Il va falloir frapper à toutes les portes, les clubs de District, les équipes en péril financier, ceux que personne ne veut, parce que ce sont les seuls qui accepteront de le regarder deux fois.

Statut : Sans club
Diplôme : Entraîneur (obtenu en détention)
Objectif affiché : Poste d’entraîneur principal
Objectif réel : Prouver qu’il mérite d’en avoir un

C’est là que commence l’histoire de Lucas Hood.

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Banshee

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bonne série que je dois terminer un de ces jours

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dommage pour biarritz

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Avance de 2 mois dans le vide pour voir si les championnats se créent bien :joy_cat:

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Biarritz, c’est l’ovalie, c est quoi cette infamie de vouloir les faire jouer au ballon rond !?

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Porte pas la poisse!

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A chaque début d’histoire une nouvelle intrigue ! Faudrait pas la perdre aussi celle-ci, tu pourrais arriver à court d’idées à force :joy:

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Chapitre 2 : Ce n’est pas ton jour

Le « Comptoir du Marché » ouvre à 7h. Lucas y est presque tous les jours à 11h30, après sa tournée, un café allongé à trois euros et son ordinateur portable le seul bien de valeur qu’il possède, acheté d’occasion avec ses premières payes de livreur. Il écrit des lettres de motivation. Encore une. Toujours une de plus.
« Monsieur le Président, fort d’une expérience de terrain atypique et d’un diplôme d’entraîneur obtenu avec mention… »
Il s’arrête, efface « atypique ». Trop de mots qui appellent des questions.
La porte s’ouvre à la volée. Une cloche tinte, presque comique dans le silence qui suit.
L’homme est cagoulé, Lucas comprend très vite qu’il se passe quelque chose.
Le mec porte une cagoule noire roulée jusqu’au nez, un blouson trop large, et un pistolet qu’il braque sur le comptoir avant même d’avoir fini de franchir la porte.
— Personne bouge ! La caisse, vite !
Les clients se lèvent d’un bloc, chaises renversées, un plateau qui tombe, quelqu’un qui glapit près de la vitrine. En dix secondes, le café se vide et tout le monde dehors, sur le trottoir, sauf la serveuse pétrifiée derrière son comptoir.
Et Lucas.
Lucas, qui n’a pas levé les yeux de son écran. Il termine sa phrase, relit, corrige une virgule.
Le braqueur remarque enfin cette silhouette immobile au fond de la salle. Il s’approche, arme tendue, un accent qui roule les mots de l’Est, peut-être, difficile à dire sous la cagoule.
— Eh. Toi. Pourquoi tu bouges pas ?
Lucas lève les yeux, calme, presque ennuyé qu’on l’interrompe.
— Ce n’est pas ton jour aujourd’hui. Quitte les lieux rapidement.
Un silence. Puis le braqueur éclate de rire, un rire nerveux, celui de quelqu’un qui ne sait pas s’il doit trouver ça drôle ou inquiétant.
— T’es sérieux, toi ? Tu vas mourir si tu te barres pas, connard.
Lucas ferme doucement son ordinateur. Ses mains ne tremblent pas.
— Je vais tellement te faire mal que tu vas t’évanouir assez rapidement.
L’uppercut
Il n’a même pas fini sa phrase qu’il est déjà debout un mouvement sec, économe, neuf ans de shadow-boxing dans dix mètres carrés de cour de promenade, neuf ans à garder le corps prêt même quand l’esprit voulait céder. L’uppercut part du sol, remonte à travers les hanches, les épaules, jusqu’au poing, et cueille le braqueur en pleine mâchoire avant que celui-ci n’ait pu esquisser un geste.
L’homme s’effondre comme une marionnette dont on aurait coupé les fils. L’arme glisse sur le carrelage. Le silence retombe, plus lourd encore que le premier.
Lucas regarde ses phalanges, un instant, comme s’il ne les reconnaissait pas tout à fait. Puis il rouvre son ordinateur et enregistre son document.
Garde à vue
Les gendarmes arrivent onze minutes plus tard. Le braqueur, menotté, encore sonné, marmonne des insultes dans une langue que personne ne comprend. La serveuse raconte la scène trois fois, incrédule, en montrant Lucas du doigt : « il a pas bougé, il a pas bougé jusqu’à ce que… »
Au poste, l’officier qui prend sa déposition tombe sur son casier. Il relève la tête, regarde Lucas différemment.
— Homicide involontaire. Vous êtes du genre à cogner fort, vous.
— Je me suis défendu, comme aujourd’hui. Deux fois. Deux vies qui ont changé à cause d’un seul geste.
L’officier ne répond rien. Il termine la paperasse, l’air pensif.

L’audience se tient trois jours plus tard, expéditive. Légitime défense, témoignages unanimes de la serveuse et de deux clients qui ont fini par revenir donner leur version, vidéo de surveillance qui confirme chaque mot. Le juge, une femme d’une soixantaine d’années au regard fatigué, parcourt le dossier de Lucas, le casier, les neuf ans, le diplôme obtenu en détention.
— Monsieur Hood, vous avez évité un braquage armé et probablement sauvé des vies. Je vous inflige tout de même une amende pour usage disproportionné de la force, votre adversaire était déjà en position de faiblesse quand vous avez porté le coup final, selon les images. Mille deux cents euros. Ne recommencez pas.
Mille deux cents euros. Presque deux mois de tournées de nuit. Lucas encaisse sans un mot. Ça pourrait être pire. Ça a déjà été pire.

En sortant du tribunal, sous un ciel gris qui menace de pleuvoir, son téléphone vibre. Un email.

Objet : Une opportunité pour votre carrière
Bonjour Lucas,
Je suis agent sportif, spécialisé dans l’accompagnement de joueurs et d’entraîneurs en développement. Votre profil a retenu mon attention. Je représente une structure moderne et ambitieuse qui cherche justement des entraîneurs prêts à prendre des risques et à sortir des sentiers battus.
L’accompagnement est accessible pour quelques euros par mois seulement — un investissement minime pour maximiser vos chances.
Intéressé pour en discuter ?
Cordialement,
M. Kessler — Agent sportif certifié

Lucas relit le message deux fois, sur le trottoir, la pluie qui commence à tomber fine sur l’écran. Structure moderne et ambitieuse. Quelques euros par mois. Ça sonne trop beau, trop facile, presque suspect mais après des dizaines de lettres sans réponse, un uppercut qui vient de lui coûter mille deux cents euros, et une chambre de bonne qui l’attend au sixième étage, il n’a plus vraiment le luxe de se méfier.
Il tape sa réponse, debout sous l’auvent du tribunal.
« Bonjour, oui, ça m’intéresse. Dites-m’en plus. »
Il appuie sur envoyer.

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Je pense que le club en question a besoin d’un garde du corps ou d’un gars qui cogne fort en cas de défaite de l’équipe :joy:

Si t’es amené à être choisi, tu devrais renommer ta tactique « Uppercut » si jamais elle fonctionne bien :hot_face:

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Chapitre 3 : Le cabinet de M. Kessler

Mille deux cents euros. Lucas fait le calcul trois fois dans sa tête, allongé sur son matelas trop fin, le plafond bas de sa chambre de bonne au-dessus de lui comme un couvercle. Deux mois de tournées de nuit, de réveils à 3h30, de mains gelées sur les palettes envolés en un seul geste, un seul uppercut qu’il referait pourtant sans hésiter.

Il rouvre ses comptes sur son téléphone. Le loyer tombe dans quatre jours. Il reste de quoi manger, de quoi payer l’amende en plusieurs fois si le tribunal accepte, et rien d’autre. Aucune marge. Aucun filet.

L’email de Kessler traîne toujours dans sa boîte de réception, relu une bonne dizaine de fois depuis trois jours. Structure moderne et ambitieuse. Il ne sait pas ce que ça veut dire, concrètement. Mais quarante-quatre lettres sans réponse, ça use la méfiance à force. Il finit par répondre au message suivant de Kessler et fixe un rendez-vous.

L’adresse le mène dans un immeuble résidentiel banal, troisième étage, une porte comme les autres avec une simple plaque scotchée pas vissée, scotchée indiquant « Kessler Sports Management ». Lucas sonne. Des bruits de pas précipités, quelque chose qui tombe, un juron étouffé, puis la porte s’ouvre sur un homme dans la trentaine, chemise à moitié sortie du pantalon, un sourire immense plaqué sur le visage.

— Lucas ! Enfin ! Entre, entre, fais pas attention au bazar, on est en plein déménagement de dossiers, enfin non, pas déménagement, réorganisation, tu vois le genre !

Il n’y a pas de salle d’attente. Le « cabinet » est une pièce de l’appartement, transformée à la va-vite en bureau : un canapé défoncé poussé contre le mur, des cartons empilés dans un coin, une fine couche de poussière sur les étagères vides, et un bureau couvert de papiers en désordre contrats, factures, une pizza froide dans sa boîte ouverte.

Kessler s’assoit, se relève presque aussitôt pour débarrasser une chaise pour Lucas, renverse un stylo, le ramasse en riant de lui-même.

— Assieds-toi, assieds-toi, désolé pour le désordre, je viens tout juste de m’installer ici, enfin ça fait quelques mois, mais tu sais ce que c’est, le temps file !

Lucas s’assoit, silencieux, et observe. Il n’a encore rien dit depuis qu’il a passé la porte.

L’argumentaire

Kessler parle vite, les mains en mouvement permanent, un débit qui ne laisse presque aucun blanc pour respirer.

— Alors voilà, je vais être honnête avec toi, Lucas, parce que je pense que c’est important d’être honnête dès le départ, tu serais mon tout premier client. Je débute dans le métier, j’ai eu ma licence d’agent y’a même pas six mois, mais écoute, c’est un avantage pour toi, un premier client, je vais me donner à fond, tu vas être ma priorité absolue, mon showcase, mon exemple, tu comprends ?

Lucas ne répond pas tout de suite. Il regarde les cartons, le canapé défoncé, la pizza froide.

— Pourquoi moi ?

— Parce que j’ai vu ton profil, ton parcours, cette histoire de diplôme passé en… enfin, dans des conditions difficiles, disons et honnêtement, ça, ça raconte une histoire, ça, les présidents de club, ils aiment les histoires, un mec qui s’est battu pour en arriver là, ça vend, tu vois ce que je veux dire ?

Lucas sent quelque chose se crisper dans sa mâchoire. Ça vend. Il n’aime pas ce mot-là, appliqué à ce qu’il a traversé.

Kessler sort une feuille imprimée, à moitié froissée, et la pousse vers Lucas comme s’il s’agissait d’un document officiel bien que le papier ait visiblement été tapé la veille au soir, la police de caractères changeant deux fois entre le titre et le corps du texte.

— Cinquante euros par mois. C’est mon tarif de lancement, après ça montera, mais toi, tu es dedans à ce prix-là tant qu’on travaille ensemble. Pour ça, je m’engage sur quatre choses.

Il compte sur ses doigts, un par un, avec l’énergie de quelqu’un qui a répété ce discours devant un miroir.

— Un : je te trouve un club rapidement. Je connais du monde, des présidents, des directeurs sportifs, je vais activer mon réseau. Deux : je gère ton contrat, la négociation, les clauses, tout ça, tu n’as pas à t’en soucier. Trois : s’il y a le moindre litige avec ton club salaire en retard, désaccord sur ton rôle, n’importe quoi je te représente, je monte au front pour toi. Et quatre : je m’occupe de ton image. Je te construis une présence, je te fais connaître, un entraîneur avec un bon agent, ça inspire confiance, ça rassure les clubs frileux.

Il termine, essoufflé, les yeux brillants d’un enthousiasme qui semble sincère malgré le décor miteux.

— Alors ? Qu’est-ce que t’en penses ?

Le doute

Lucas regarde la feuille froissée, puis Kessler, puis la pièce entière ce bureau qui n’a d’un cabinet que le nom, ce type qui parle trois fois plus vite que nécessaire pour combler le vide de son inexpérience. Tout, dans ce décor, hurle l’amateurisme.

Et pourtant. Cinquante euros par mois, c’est une somme qu’il peut, difficilement, s’autoriser. Et personne d’autre ne lui a proposé quoi que ce soit depuis des semaines. Un mauvais agent enthousiaste vaut peut-être mieux qu’aucun agent du tout.

— Vous n’avez jamais placé personne, dit-il enfin, sans détour.

Kessler ne se démonte pas.

— C’est vrai. Mais j’ai jamais eu personne comme toi non plus. On apprend ensemble, tous les deux. Qu’est-ce que t’as à perdre, franchement ? Cinquante balles, contre une chance de plus ?

Lucas garde le silence un long moment, les yeux fixés sur la feuille froissée. Dehors, on entend un scooter démarrer, puis s’éloigner.

— Donnez-moi le contrat, dit-il finalement. Je vais lire chaque ligne.

Kessler manque de renverser sa chaise en se levant pour fouiller dans un carton.

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2 gars au fond d’un trou vont’il pouvoir monter ?
Mystère

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J’adore la plume :star_struck::clap:t4:

Il n’a rien à perdre le Lucas. Même un raté peut lui ouvrir une porte inattendue

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Chapitre 4 : Les idées de Kessler

Semaine 1

Le premier appel arrive un lundi matin, alors que Lucas vient tout juste de rentrer de sa tournée, les mains encore engourdies par le froid.

— Lucas ! J’ai une piste ÉNORME. Écoute-moi bien.

— Je t’écoute.

— Le FC Vaillant-sur-Cère. Ils cherchent un entraîneur. Alors OK, c’est du foot à sept, en loisir, mais tu sais quoi, c’est parfait pour se faire un nom localement, tu vois, on commence petit, et après on montre au monde entier que t’es capable !

Lucas ferme les yeux, le téléphone collé à l’oreille.

— Kessler. Je veux entraîner un club. Un vrai club. Pas une équipe de loisir à sept contre sept le dimanche matin.

— Ouais non mais attends, c’est pas ce que je dis, je dis juste que ça peut être un tremplin, tu comprends, un premier pas, genre… comme un stage, mais en mieux !

— Trouve autre chose.

Semaine 2

Kessler rappelle trois jours plus tard, la voix vibrante d’une excitation qu’il ne prend même pas la peine de contenir.

— J’ai réfléchi toute la nuit, et j’ai une idée de génie. Tu vas adorer.

— Vas-y.

— On monte une chaîne YouTube. « Lucas Hood, l’entraîneur de l’ombre. » Tu filmes tes séances, tes analyses tactiques, ton quotidien de chômeur qui refuse d’abandonner, tout ça l’histoire touche les gens, Lucas, crois-moi, je le sens, ça va exploser, et les clubs vont venir À TOI !

— Je n’ai pas de séances à filmer. Je n’ai pas de joueurs. Je n’ai pas de club.

— Justement ! C’est ça qui est fort, l’authenticité du parcours, tu filmes ta galère, tes lettres de motivation, ton petit boulot de livreur, les gens adorent ce genre de contenu brut, « l’homme qui refuse de lâcher », on pourrait même trouver un sponsor, une marque de vêtements de sport, un truc comme ça !

Lucas raccroche sans répondre, un début de migraine derrière les yeux.

Semaine 3

Le mardi suivant, Kessler débarque en personne devant l’entrepôt où Lucas termine sa tournée, un thermos de café à la main qu’il tend avec un enthousiasme presque douloureux à observer à 11h du matin.

— J’ai un plan B, Lucas, un vrai. Tu vas devenir coach en ligne. Genre, des sessions vidéo, du coaching individuel pour jeunes joueurs, tu factures quarante euros de l’heure, tu montes une petite clientèle, ça te fait un revenu, et surtout — SURTOUT — ça prouve ta légitimité auprès des clubs, tu vois, « regardez, il a déjà des clients qui le paient pour ses conseils ! »

— Je n’ai pas de site internet. Pas de visibilité. Personne ne me connaît et cela m’intéresse pas.

— C’est là que j’interviens, moi ! Je te fais une page, un logo, tout ça, j’ai un pote graphiste, enfin, un mec sur Fiverr, mais c’est presque pareil, et on lance ça ensemble, cinquante-cinquante sur les revenus !

— Notre accord dit que je te paie cinquante euros par mois. Pas cinquante pour cent de quoi que ce soit.

Kessler cligne des yeux, visiblement surpris que Lucas ait relu le contrat aussi attentivement.

— Ah. Oui. Bon, on ajustera ça plus tard, c’est un détail, l’important c’est de lancer la machine !

La lassitude

Lucas rentre ce soir-là dans sa chambre de bonne, épuisé la tournée de nuit, puis la conversation avec Kessler qui l’a vidé d’une énergie différente, plus insidieuse. Il s’assoit sur le matelas, sort son carnet de schémas tactiques, et reste un long moment sans rien écrire, le stylo suspendu au-dessus de la page.

Cinquante euros par mois pour ça. Pour des idées qui partent dans tous les sens, un foot à sept, une chaîne YouTube, du coaching en ligne facturé quarante euros de l’heure alors qu’il n’a même pas de quoi s’acheter une paire de crampons neuve. Kessler n’est pas malhonnête ,Lucas en est presque certain, il est juste débordant d’une énergie qu’il ne sait pas canaliser, tirant dans toutes les directions à la fois, faute d’en trouver une seule qui tienne.

Il repense au contrat, relu ligne par ligne dans le cabinet poussiéreux. Kessler s’était engagé sur quatre points précis. Pour l’instant, aucun n’a avancé d’un centimètre.

Semaine 4

— Kessler.

— Lucas ! J’ai—

— Non. Écoute-moi, pour une fois.

Un silence à l’autre bout du fil, rare et presque inquiétant venant de lui.

— Je ne veux pas de chaîne YouTube. Je ne veux pas de foot à sept. Je ne veux pas de coaching en ligne à quarante euros de l’heure. Je veux un club. Un vrai poste d’entraîneur principal, même le plus petit qui existe, même celui que personne ne veut. C’est tout ce que je te demande. C’est tout ce pour quoi je te paie.

Un souffle, à l’autre bout. Pour la première fois depuis leur rencontre, Kessler ne répond pas immédiatement, ne relance pas avec une nouvelle idée extravagante.

— … D’accord. D’accord, Lucas. Laisse-moi deux semaines. Je vais me concentrer là-dessus, uniquement là-dessus. Je te trouve un club.

— Deux semaines.

— Deux semaines.

Lucas raccroche, sans savoir s’il vient de reprendre espoir ou simplement de repousser la déception d’une quinzaine de jours.

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que vas t’il nous trouver ? un club de la mafia ? un complètement endetté ?

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C’est pas lui Kessler ? :joy:

Good Morning Smile GIF by DreamWorks Animation

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Chapitre 5 : Quelque part en Alsace

Le téléphone sonne un jeudi soir, alors que Lucas vient de rentrer, encore en sueur après sa tournée. Il décroche sans grand espoir il a appris, ces dernières semaines, à ne plus rien attendre des appels de Kessler avant qu’ils ne se transforment en quelque chose de concret.

— LUCAS ! J’AI TROUVÉ ! J’AI TROUVÉ UN CLUB !

La voix est si forte qu’il doit éloigner le téléphone de son oreille.

— Calme-toi. Où ?

— Colmar ! En Alsace ! Un club qui a un vrai projet, une vraie structure, tu vas voir, c’est du sérieux cette fois, je te jure sur ma vie que c’est du sérieux !

Lucas s’assoit sur le bord du matelas, le cœur qui accélère malgré lui, malgré des semaines à se blinder contre l’excitation de Kessler.

— Quand ?

— Tu pars dans deux jours.

Deux jours, ça ne laisse pas le temps de trop réfléchir, et c’est peut-être tant mieux. Lucas fourre ses deux jeans, ses trois t-shirts et son carnet de schémas tactiques dans le même sac qui l’a suivi depuis sa sortie de prison. Il prévient son responsable d’équipe à l’entrepôt celui-ci hausse les épaules, indifférent, habitué à voir défiler des types comme lui.

Le train pour Colmar traverse une bonne partie de la France, et Lucas passe le trajet le front contre la vitre, à regarder défiler des paysages qu’il n’a pas vus depuis neuf ans depuis un point de vue aussi libre. Il essaie de ne pas trop espérer. Il essaie, et échoue un peu.

Le club l’attend à la gare, un minibus aux couleurs vert et blanc, un homme d’une cinquantaine d’années au sourire chaleureux qui se présente comme le président.

— Lucas ! Bienvenue à Colmar. Kessler nous a parlé de vous, on est ravis de vous avoir.

L’accueil dépasse tout ce que Lucas espérait. On lui montre un petit logement mis à disposition, propre, lumineux, largement plus grand que sa chambre de bonne. On l’invite à dîner le premier soir avec le bureau du club, des gens souriants qui posent des questions sur ses méthodes, son diplôme, sa vision du jeu. Personne ne creuse le trou de neuf ans dans son parcours ou du moins, personne ne le fait sentir mal à l’aise à ce sujet.

Pour la première fois depuis sa sortie, Lucas se sent presque… normal. Accueilli. Utile, peut-être, avant même d’avoir posé un pied sur un terrain.

Le lendemain matin, plein d’une énergie qu’il n’a pas ressentie depuis des années, Lucas se présente au club à 8h, en survêtement, prêt à découvrir son groupe. Le président l’accompagne jusqu’au terrain d’entraînement où une vingtaine de gamins s’échauffent déjà, criant, riant, se courant après avec des ballons trop gros pour leurs jambes encore fines.

— Voilà votre groupe ! Les U13. Deux semaines de stage intensif, on est très contents de vous confier ça.

Lucas met un instant à traiter l’information, comme si les mots mettaient du temps à faire leur chemin jusqu’au bon endroit de son cerveau.

— Pardon ?

— Les U13. Le stage d’avril, deux semaines. On en a un peu partout dans le club, mais celui-ci est important pour nous, c’est notre plus grosse génération.

— Je pensais… Kessler m’a dit que j’avais un poste d’entraîneur. Un vrai poste.

Le président fronce les sourcils, sincèrement surpris par la confusion.

— C’est un vrai poste. De stagiaire. Pour deux semaines. Kessler ne vous a pas expliqué les détails ?

Lucas regarde les gamins qui courent sur le terrain, leurs rires qui résonnent dans l’air frais du matin alsacien, et sent quelque chose se serrer douloureusement dans sa poitrine pas de la colère envers les enfants, jamais envers eux, mais quelque chose qui ressemble à une désillusion familière, presque prévisible.

Il s’excuse, prétexte un besoin urgent de passer un appel, et s’éloigne vers le parking, le téléphone déjà à l’oreille avant même d’avoir atteint les voitures.

— Kessler. Décroche.

— Lucas ! Alors, comment ça se passe, t’es bien arrivé, ils t’ont…

— C’est un stage. Deux semaines. Avec des U13.

Un silence, bref, révélateur.

— Ah, oui, enfin, techniquement c’est…

— Tu m’as dit que t’avais trouvé un club. Un poste d’entraîneur principal. C’est ce qu’on s’est dit, Kessler. C’est la seule chose que je t’ai demandée.

— Mais c’est un début, Lucas, écoute-moi, c’est une porte d’entrée, tu montres ce que tu vaux pendant deux semaines, et après, qui sait, ils pourraient te…

— Ils pourraient. Ils pourraient quoi ? T’as un engagement écrit, ou juste un espoir que tu me revends comme si c’était du concret ?

Kessler ne répond pas tout de suite, et dans ce silence, Lucas entend distinctement le bruit d’un carton qu’on déplace, quelque part dans l’appartement-cabinet, comme si la vie de Kessler continuait, indifférente, pendant que la sienne se suspendait à chaque coup de fil.

— Je… j’ai fait au mieux avec ce que j’avais, Lucas. C’est un vrai club, un vrai projet. Donne leur deux semaines. S’il te plaît.

Lucas ferme les yeux, respire, regarde par-dessus son épaule les gamins qui continuent de s’échauffer, insouciants, ignorant tout de la tempête qui agite l’adulte censé les encadrer.

— Deux semaines, Kessler. Après ça, si t’as rien d’autre, c’est fini entre nous.

Il raccroche sans attendre de réponse, range son téléphone, et respire un grand coup avant de retourner vers le terrain parce que, colère ou pas, vingt gamins l’attendent, et ce n’est pas leur faute si les adultes autour d’eux n’ont pas su tenir leurs promesses.

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