:storygreen: :s4: 🇧🇪 :raal: From Hell to Heaven

Réponses aux lecteurs

@HellToHeaven

@Guillaume c’est l’objectif aussi.

@CaptainAmericka l’avenir nous le dira.

@alexgavi j’aime pas trop la chaleur perso :hoho:

@Kyristepiu l’avenir nous le dira.

@Scala-manager tu sembles bien me connaitre copain nous verrons bien. Toi aussi tu as eu mon newgen en mode GOAT ? :hoho:

- Un dernier au revoir -

La saison s’était achevée comme certaines histoires que l’on n’avait pas su rendre grandes, mais auxquelles on avait tout de même offert une sortie propre. Montpellier avait terminé dixième de Ligue 1, dans ce ventre mou un peu frustrant où les regrets se mélangeaient aux raisons d’espérer, où chaque victoire semblait rappeler les points abandonnés plus tôt dans l’année. La Mosson avait pourtant chanté ce soir-là avec une ferveur particulière, presque instinctive, comme si le public avait senti que quelque chose dépassait largement le simple classement. Le MHSC venait de battre Le Havre un but à zéro, sans éclat excessif, sans envolée collective, mais avec ce supplément d’âme que les fins de saison peuvent parfois arracher aux organismes fatigués. Et, comme un symbole trop évident pour être innocent, le seul but de la rencontre avait été inscrit par Marvin Wattiau.

Il y avait eu dans cette réalisation tout ce que Montpellier avait appris à aimer chez lui en trois ans. Rien d’explosif, rien de spectaculaire au sens vulgaire du terme, mais une intelligence de déplacement que les défenseurs semblaient comprendre toujours une seconde trop tard. Un ballon mal repoussé, une hésitation dans la surface, puis Marvin avait surgi, non pas vite, mais juste. Son pied avait accompagné le ballon avec cette douceur de vieux maître qui ne frappait plus pour impressionner, mais pour conclure. La Mosson avait alors rugi, moins pour le score que pour l’homme, comme si chacun dans le stade avait compris que ce but-là risquait de compter autrement dans les souvenirs.

Quelques dizaines de minutes après le coup de sifflet final, Marvin s’était présenté en conférence de presse. Il portait encore sur le visage cette fatigue particulière des derniers matchs, celle qui ne venait pas seulement des courses, des duels et des chocs, mais aussi de toutes les pensées qu’un joueur tentait de garder loin de lui pendant quatre-vingt-dix minutes. Il s’était installé derrière le pupitre, une bouteille d’eau devant lui, les micros alignés comme de petits juges silencieux. Il avait salué la salle d’un signe de tête, sobrement, avant de répondre aux premières questions avec le professionnalisme tranquille de ceux qui avaient vécu mille fois ce décor.

On lui parla d’abord du match. De cette victoire courte, de la difficulté à déséquilibrer Le Havre, de son but, encore un, le dernier peut-être sans que personne n’osât encore le formuler trop directement. Marvin avait répondu avec précision, presque mécaniquement, expliquant que l’équipe avait su rester patiente, que Le Havre avait bien fermé les espaces, que Montpellier avait manqué parfois de vitesse dans la dernière passe, mais que l’essentiel avait été fait. Il avait glissé un mot pour les milieux, pour le travail défensif, pour le gardien qui avait sorti une parade importante en fin de rencontre. Il parlait comme il jouait désormais : sans gaspillage, avec une élégance contenue, en donnant à chacun sa part.

Puis une main s’était levée un peu plus au fond de la salle. Le journaliste avait attendu qu’on lui tende le micro, puis il avait posé la question que tout le monde portait depuis plusieurs semaines sans parvenir à lui donner une forme définitive.

« Marvin, vous ĂŞtes en fin de contrat. Après ce but, après cette soirĂ©e, est-ce qu’on peut dire que c’était votre dernier match avec Montpellier ? Â»

Il y eut alors une infime cassure. Rien de théâtral, rien qui eût ressemblé à un effondrement. Simplement, Marvin avait cligné des yeux plus lentement. Son regard s’était décroché du journaliste pour venir se perdre quelque part devant lui, entre les micros et le bois clair du pupitre. Pendant une seconde, il n’avait plus semblé être en conférence de presse. Il avait semblé revoir trois ans à la fois : son arrivée, les premiers doutes, les chants descendus des tribunes, les soirs où la Mosson l’avait porté, ceux où il avait quitté la pelouse avec la colère lourde des matchs ratés. Trois saisons magnifiques et imparfaites, exactement comme pouvait l’être un passage à Montpellier.

Il avait rapproché légèrement le micro.

« Oui Â», avait-il fini par dire, d’une voix plus basse. « Oui, c’était mon dernier match avec le MHSC Â».

La phrase avait flotté dans la salle avec une simplicité brutale. Elle ne surprenait vraiment personne, mais l’entendre dite ainsi, par lui, lui donnait une densité nouvelle. Marvin avait pris une inspiration, puis il avait continué, comme s’il avait besoin de maîtriser lui-même l’émotion avant qu’elle ne décide de parler à sa place.

« J’ai passĂ© trois saisons magnifiques ici. Vraiment. Je sais que, collectivement, on aurait aimĂ© faire mieux. Moi le premier. Quand je suis arrivĂ©, j’avais envie d’aider le club Ă  retrouver quelque chose de plus haut, de plus fort, et je garde Ă©videmment une part de frustration parce qu’on n’a pas toujours eu les rĂ©sultats qu’on voulait. Mais humainement, sportivement, dans ce que j’ai vĂ©cu avec ce groupe, avec ce stade, avec ces supporters… je ne peux qu’être reconnaissant. Â»

Il s’était interrompu un court instant. On entendait au loin quelques bruits de couloir, des portes qui claquaient, les dernières voix du stade qui se vidaient. Marvin avait posé ses mains à plat sur la table, comme pour s’ancrer dans le présent.

« Je veux remercier le staff, tous les gens qui travaillent au club et qu’on ne voit pas toujours, le coach, mes coĂ©quipiers, et surtout les supporters. La Mosson m’a donnĂ© beaucoup plus que ce que j’imaginais en arrivant. Ă€ mon âge, on pense parfois qu’on a dĂ©jĂ  tout vĂ©cu, qu’on ne sera plus surpris par un stade, par un public, par une ville. Montpellier m’a prouvĂ© l’inverse. Et ça, je ne l’oublierai pas. Â»

Les journalistes notaient, certains relevaient la tête plus souvent que d’habitude. Il y avait dans ce moment une pudeur qui obligeait à écouter. Marvin ne cherchait pas à fabriquer une sortie légendaire. Il ne mettait pas en scène son départ. Il disait simplement au revoir avec les mots d’un joueur qui avait assez vécu pour savoir que les grandes phrases sonnaient souvent plus creux que les vérités simples.

Un autre journaliste avait repris la parole, relançant avec prudence.

« Quand vous parlez de dernier match avec Montpellier, est-ce que cela veut dire dernier match tout court ? Est-ce que vous envisagez la retraite ? Â»

Cette fois, Marvin avait souri. Un sourire léger, presque amusé, comme si cette question lui rendait un peu de contrôle sur la scène.

« Non. Pas encore. Â»

Il avait laissé passer un petit murmure dans la salle avant de poursuivre.

« Je vais jouer encore une annĂ©e. C’est ce que je ressens aujourd’hui. Mon corps rĂ©pond encore, ma tĂŞte aussi, et je n’ai pas envie de terminer sur une sensation d’inachevĂ©. Après, je ne vais pas raconter d’histoires : je ne prendrai pas n’importe quoi. Je prendrai ma dĂ©cision en fonction des offres, du projet, du rĂ´le qu’on me proposera, et surtout de ce que je sentirai. Ă€ ce stade de ma carrière, je n’ai plus besoin de courir après quelque chose qui ne me ressemble pas. Â»

On lui demanda alors s’il était ouvert à une destination plus lointaine, à un championnat exotique, à une dernière aventure financièrement séduisante. Marvin avait secoué la tête presque aussitôt. Il n’y avait aucune arrogance dans son refus, seulement une clarté très nette.

« Non, ce n’est pas ce que je cherche. Je ne veux rien d’exotique. Je veux une dernière annĂ©e de football, une vraie. Une annĂ©e avec du sens. IdĂ©alement en France, parce que c’est ici que j’ai construit la plus grande partie de mon histoire. Ou alors en Belgique. Genk reste un endroit particulier pour moi. C’est lĂ  que tout a commencĂ©, il y a plus de vingt ans. ForcĂ©ment, quand on arrive au bout du chemin, on repense au point de dĂ©part. Â»

Cette évocation avait adouci son visage. Pendant quelques secondes, il n’était plus seulement le vétéran du MHSC ou la légende française en fin de cycle ; il redevenait le jeune Marvin Wattiau qui avait découvert le monde professionnel en Belgique, avec ses rêves trop grands, ses jambes fraîches et cette innocence que les carrières finissaient toujours par user. Il y avait quelque chose de profondément humain dans cette boucle possible, dans cette idée qu’un joueur pût chercher non pas le contrat le plus brillant, mais l’endroit où son dernier souffle aurait une cohérence.

La conférence s’était poursuivie encore quelques minutes, mais l’essentiel avait été dit. Marvin avait répondu à deux ou trois questions supplémentaires, remercié une dernière fois, puis s’était levé avec cette lenteur digne des hommes qui savaient que chaque geste, ce soir-là, pouvait devenir une image d’archive. Avant de quitter la salle, il avait adressé un dernier regard aux journalistes, non pas pour ajouter une phrase, mais comme pour refermer proprement le chapitre.

Dans les couloirs de la Mosson, quelques membres du club l’attendaient. Des poignées de main, des accolades, des regards humides que chacun essayait de cacher derrière une plaisanterie ou un mot rapide. Marvin avançait doucement, saluant les intendants, les attachés de presse, les salariés croisés pendant trois saisons, tous ces visages qui n’apparaissaient jamais sur les feuilles de match mais qui composaient la vraie mémoire d’un club. Au bout du couloir, les derniers chants des supporters vibraient encore faiblement, comme une marée qui se retirait.

Il ne porterait plus le maillot de Montpellier. Il l’avait confirmé. Mais il l’avait quitté sur un but, sur une victoire, sur une parole propre. Et peut-être était-ce cela, finalement, partir par la grande porte : ne pas prétendre que tout avait été parfait, ne pas réécrire l’histoire, mais laisser derrière soi assez de respect, assez de sueur et assez de beauté pour que les gens, plus tard, puissent dire sans mentir qu’ils avaient été heureux de l’avoir vu jouer chez eux.

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