:storygreen: :intro: FC Prison Break: la folle aventure de Winston Ray 🇯🇲

FC PRISON BREAK: LA FOLLE AVENTURE DE WINSTON RAY

INTRODUCTION:

VIVRE ET MOURIR À KINGSTON

Je n’ai plus fumé de cigarette depuis l’âge de 15 ans. La personne à qui je dois ma dernière cigarette est la même personne à qui je dois celle-ci. Le ciel est bleu et dégagé, un doux soleil d’une agréable chaleur baigne Kingston, Jamaïque.
Une légère brise fait tournoyer en l’air les volutes de fumée qu’exhale le cône blanc à l’extension de mon pouce et de mon index.
C’est comme ça que je fumais la cigarette, pour me donner l’air dur, avant que Richard O’Leary, un anglais d’origine galloise mais exilé en Jamaïque avec sa femme caribéenne Theresa Downwood, me l’interdise formellement sous son toit.
Je respecte à nouveau cette décision en fumant d’une main tremblante sous le perron tandis que Theresa me prépare un café fumant à l’intérieur.
Nous sommes le 2 Juillet 2025.
Richard O’Leary vient de passer de l’autre côté, riche de 88 belles années dont une bonne partie dédiée au football, l’autre à aider son prochain et à chérir sa Theresa, qu’il ne quittait que le temps d’un match, d’un entraînement, d’une œuvre caritative ou d’une messe.
Richard « Judge Dredd Â» O’Leary comme aimait Ă  l’appeler les jeunes de Kingston (il est frĂ©quent en JamaĂŻque de donner des surnoms Ă  tout va), un surnom glanĂ© Ă  cause de sa droiture et son sens de la justice tout autant que sa cĂ©lèbre phrase « sous mon toit, la loi c’est moi Â».
La veille pourtant, sa femme Theresa l’a retrouvé sans vie, allongé dans son rocking chair favori devant le téléviseur éteint.
Cette fois-ci, la faucheuse avait réussi à imposer sa loi sous le toit de l’homme le plus intègre qu’il m’ait été donné de côtoyer.
Theresa m’apporta une carafe de café, deux tasses et du sucre. Elle savait que je sucrais toujours abondamment mon café, fâcheuse habitude.
Elle brisa le silence la première.

  • "Tu Ă©tais un fils pour lui, merci d’être venu.
  • Theresa, je suis sincèrement dĂ©solĂ© je…
  • Je sais. C’est soudain, rien ne semblait pouvoir l’emporter mais que veux-tu, lorsqu’on a vĂ©cu aussi intensèment que lui, en Ă©tant aussi dĂ©vouĂ© et tourner vers son prochain… Je veux dire, en s’impliquant dans autant de vies et d’histoires, Ă  commencer par la tienne, peut-ĂŞtre que 88 ans Ă©quivaut Ă  deux siècles ou Ă  avoir vĂ©cu mille vies ?
    Les larmes coulèrent sur le visage de Theresa, je me suis empressé de la prendre dans mes bras, renversant un peu de ma tasse à ras-bord au passage.
    Comment consoler la perte d’une moitié de soi-même ? Impossible.
    Voir Theresa pleurer de douleur, c’est voir un ange souffrir le martyr, personne ne peut alléger ce genre de peine, seulement soulager les à-côtés.
  • "Laisses-moi m’occuper des frais liĂ©s aux funĂ©railles, et pour tout le reste, tu n’auras pas Ă  t’inquiĂ©ter, je serai lĂ  pour toi, toujours, c’est ce qu’il aurait voulu et je vous le dois bien Ă  tous les deux, vous avez changĂ© ma vie.
    -Winnie… Je…

Le reste de sa phrase s’étouffa dans les sanglots.

Je n’ai qu’une vague chronologie en désordre de mes jeunes années, pas par choix, je vivais mon temps sans prendre le temps de le vivre réellement.
Mes souvenirs d’enfance sont à l’image de celle-ci: sans repères.
À commencer par les premiers d’entre eux: les parents.
Mon père, William « Durag Â» Ray Ă©tait membre du Shower Posse, un gang de Kingston trouvant son origine lĂ  oĂą j’ai grandi, Ă  Tivoli Gardens.
C’était un gangster « ratĂ© Â», au tempĂ©rament pas assez trempĂ© pour Ă©voluer dans les strates de la pègre locale.
Ma mère l’a quitté pour l’Angleterre et un homme plus riche et stable, m’abandonnant à sa colère sourde d’ivrogne les soirs où il buvait trop.
J’ai du mal à comprendre comment Mariah Elroy-Ray a pu décider, un beau jour, de prendre la tangeante en me laissant dans son sillage, sans même se retourner.
Je dois une bonne partie de mon Ă©ducation Ă  ma tante maternelle, Sadie Elroy., une cĂ©libataire endurcie qui a tentĂ© de me forger « Ă  la dure Â», tout en jouant son rĂ´le de maman poule.
Tante Sadie n’avait pas sa langue dans sa poche et ne prenait pas la peine de m’épargner la réalité, aussi dure fût-elle, si bien que j’en appris beaucoup sur mon père grâce à elle.
Mon père me battait parce qu’il Ă©tait devenu la risĂ©e de son gang après le dĂ©part de sa femme, son surnom Ă©tait mĂŞme passĂ© de « durag Â» Ă  « cuckold Â» sur les langues de vipères qui serpentaient autour de lui.
Un soir, il avait pris une forte de dose de somnifères et d’alcool et il ne revit plus le jour.
Tante Sadie me parlait souvent de lui comme d’un homme brisé par la vie mais au bon cœur, un jeune homme ambitieux ayant très tôt enchaîner les mauvaises décisions sans plus jamais pouvoir se sortir du cercle infernal qu’il s’était lui-même créé, c’était un loser de première.
Mon meilleur souvenir avec lui, c’était nos parties de football dans un parc de Kingston lors desquelles il me fallait le dribbler inlassablement.
Il me prédisait le meilleur des destins de footballeur si je continuais à répéter mes gammes. William Ray n’avait rien d’un visionnaire.
Je trainais souvent dehors, à Tivoli Gardens, à jouer au ballon avec les jeunes de mon âge.
Très vite, ma supériorité balle au pied m’a valu le respect des uns, la jalousie et la méchanceté des autres gamins.
Je ne compte plus le nombre de bagarres et de ballons emportés à la maison par son détenteur après un petit pont de trop de ma part.
Il faut dire que j’étais taquin.
Très vite, ma supĂ©rioritĂ© balle au pied face aux jeunes de mon quartier est devenue rumeur, certains allaient jusqu’à m’appeler « Winston Cruiyff Â» pour mon toucher de balle.
Un « baller Â», tout comme les lĂ©gendes locales Theo Whitmore et Onandi Lowe, voilĂ  ce que j’était, un amuseur de foules qui trompait l’ennui en dribblant tout ce qui bougeait, jusqu’à ce qu’aux alentours de 11 ans l’on me « repère Â» pour ces qualitĂ©s.
Un homme grand et élancé, vêtu d’une veste en cuir noir m’a fait signe de venir de l’autre côté de la ruelle dans laquelle je disputais une partie qui venait de se terminer.

-« T’es le fils de Richard Ray n’est-ce pas? Â»
J’hochais la tête respectueusement.
-« Je suis un ami de ton papa, ça te dirait de jouer au foot avec les grands ? Â»

Je n’en croyais pas mes oreilles. Quand on a 11 ans et qu’on vous propose de jouer avec les grands, autant vous dire qu’on vous sert la lune sur un plateau d’argent.
J’ai immédiatement acquiescé.
L’homme se prĂ©senta sous le nom de Jimmy Jay Jackson dit « Triple J Â» ou « TJ Â» pour faire plus court (Ă  prononcer TeeJay).
Teejay me parla alors des streetleagues, des compétitions de rues entre équipes de 5 à 7 joueurs sur de petits à moyens terrains vagues, il me parla de l’ambiance, des repas d’après-match et de la remise d’un trophée et d’une récompense en espèces sonnantes et trébuchantes pour le meilleur joueur du tournoi.
Il me faisait tourner la tête, il espérait de moi que je devienne l’un des meilleurs joueurs de streetleague de Kingston.
TeeJay avait du flair, lui.

Né dans les gullies, les ruelles bétonnées de Kingston, le Gully Ball est donc un football joué à 4 ou 5 joueurs dans des rues bétonnées dans lesquels les contacts physiques sont de rigueur et popularisé notamment par Leon Bailey ou le documentaire Youtube Ballaz International.

Voilà où a débuté ma carrière de joueur de football.
Si au départ, ma frêle carrure était un désavantage évident sur ce type de terrains, j’ai du très vite rehausser mon niveau d’engagement.
Tante Sadie ne se doutait de rien de l’univers parallèle dans lequel je baignais.
Aux alentours de 14 ans, je troquais mon corps frêle pour une musculature plus saillante et un physique enfin taillé pour les joutes physiques du gully ball.
Ma technique était, elle, plus affûtée que jamais, mon corps svelte jouant de feintes et de contre appels dans de petits espaces, mes pieds jouant en une ou deux touches avant que l’adversaire me fonce dessus.
Après les cours, c’était gully ball, et j’étais enfin prêt selon TeeJay, à passer à la vitesse supérieure.
TeeJay, je l’ai appris plus tard quoi que j’aurai pu m’en douter plus tôt, faisait parti du même gang que mon père, le Shower Posse, ennemi juré de son rival le Sprangler Posse.
TeeJay m’a fait rencontrer ma nouvelle équipe, j’intégrais enfin un groupe de joueurs après avoir été balloté entre diverses équipes formées elles-mêmes sur le tas!
L’accueil fut cordial, sans être ni froid ni chaleureux, je sentais un changement d’ambiance, sans parler de professionnalisation, je sentais ces joueurs là plus concentrés et matures que ceux des équipes auxquelles j’ai été intégré jusqu’à présent.
J’ai très vite appris qu’on allait participer dans les prochaines semaines à un tournoi de Gully d’envergure à Kingston, un tournoi qui allait mettre au prise une équipe montée par le Shower Posse et une autre par le Spangler.
Autant vous dire que le tournoi allait faire des étincelles.
Ce serait vous mentir que de vous dire que j’ai survolé le tournoi, j’ai littéralement plané au-dessus.
Les scores étaient fleuves, j’était à l’origine de la quasi-totalité des buts de l’équipe, de près ou de loin.
Le jour de la finale, sans surprise, notre Ă©quipe de New Garden affiliĂ©e au Shower Posse (rebaptisĂ© Shower Pussy Ă  l’occasion par les supporters adverses) Ă©tait en lice face aux Tivoli Sprinters du Strangler Posse (rebaptisĂ©s eux les « Sprinter Pussies Â»).
On ne se prépare jamais à ce genre de match, dire que je n’y étais pas préparé était un euphémisme.
Un très grand terrain vague avait été défriché pour l’occasion, laissant des tas de déchets border le terrain, des tas de bancs avaient été arrachés à leur herbe verte par ci par là et installés avec des chaises pliantes en guise de gradins.
Des barils avaient même étaient enfumés, certains servant à griller de la viande.
Il y avait du monde, d’aussi loin que je m’en souvienne, il y avait même une foule incroyable de personne, dont je ne reconnaissais pas la moitié des visages.
C’était dur de se concentrer avant le match, la musique crachotait des enceintes des classiques de Bob Marley, la foule s’agitait dans une ambiance plutôt bon enfant tandis que nos regards hypnotisés se perdaient sur les silhouettes graciles des quelques filles des quartiers voisins venues avec leurs cousins ou leurs voisines.
Pour tout vous dire, j’étais nerveux au plus haut point, j’avais envie de vomir.
Une fois le début de la rencontre sifflée, mon esprit ayant fait le vide, je ne voyais plus que le ballon et ne focalisait plus que sur lui.
Cela me permis quelques fulgurances timides avec quelques passes clés mais à la mi-temps, nous étions menés par 5 buts à 3. L’occasion pour chaque joueur de l’équipe, tous plus âgés que moi (comme les joueurs en face), de prendre la parole chacun leur tour et de m’adresser leurs encouragements.

"Mec, t’as beau être le plus jeune d’entre nous, on a besoin de toi.

  • Ouais, il nous faut de ta magie aujourd’hui c’est pas le moment de tourner les talons
  • T’en dribble un ou deux et tu passes le ballon en ralentissant le jeu, ça te ressemble pas Cruijff!".

Je les entendais de loin, même si leur message me parvenait. C’est finalement TeeJay qui trouva les bons mots.

« T’es un putain de champion, mais t’as pas mis un but du match. Tout le monde pense que Troy McEllroy va finir MVP, mais je finir par Ă©trangler quelqu’un si un gars des Tivoli Sprinters obtient le titre. Écoute, je vais t’avouer un truc, j’ai pariĂ© une grosse somme d’argent sur le fait que t’allait planter au moins trois buts et que t’allais finir MVP de la finale. Tu peux mĂŞme prĂ©tendre au titre de MVP du tournoi si les Dieux sont avec toi. Mais lĂ  t’es pas avec nous mec, ça se sent dans ton jeu, t’es timorĂ©. C’est le mĂŞme sport, le mĂŞme jeu, le mĂŞme cerveau et le mĂŞme corps que t’as, t’as juste plus de pression que la normale et c’est comprĂ©hensible, mais merde, joue ton football et arrĂŞte de rĂ©flĂ©chir. Les passes dĂ©cisives, Ă  part les mecs qui ont l’oeil, personne les remarque alors prends le ballon et va au but, qui sait, peut-ĂŞtre qu’un recruteur va te repĂ©rer j’ai entendu quil y en avait, j’ai mĂŞme parlĂ© avec l’un d’entre eux Â»

me dit-il avant de me planter sur place, un sourire au coin des lèvres, le pouce en l’air.

Ă€ la reprise, je remarquais que je faisais mon possible « pour ne pas merder Â» et perdre le ballon bĂŞtement, ce qui bridait mon jeu offensif et ma crĂ©ativitĂ©.
Alors j’ai décidé de lâcher la bête.
5 coups de griffes plus tard, force est de constater que TeeJay avait raison, encore une fois, je n’avait pas à jouer avec un frein.
5 buts à mon actif lors de cette finale dont une incroyable chevauchée balle au pied exploitant la largeur du terrain avant de repiquer dans l’axe et une superbe demi-volée sur corner après que le ballon ait rebondi sur un joueur adverse.
En plus des deux passes décisives de la 1ère mi-temps.
7 buts pour New Garden, 6 pour les Tivoli Sprinters.
J’étais aux anges, mes coéquipiers me sont tombés dessus, nous avons soulevé la coupe.
Je regardais partout autour de moi, cherchant le regard de TeeJay, introuvable.
J’ai empoché la somme de 500 dollars pour avoir décroché la récompense de meilleur joueur du tournoi.

Le lendemain, TeeJay vint me voir alors que j’étais adossé à un mur avec d’autres jeunes de Tivoli Gardens.

  • "Alors, comment va mon champion ?
  • Teejay ! T’étais passĂ© oĂą ?!
  • J’étais en train de te bâtir un avenir figure toi
  • Quoi, comment ça ?

fis-je intrigué

  • T’as envie d’être footballeur n’est-ce pas ? Si t’as 300 dollars sur toi, j’achève de convaincre un recruteur de Waterhouse FC de t’intĂ©grer Ă  leur Ă©quipe pendant quelques jours, le temps d’un essai, ça te tente ?

Mes yeux brillèrent, je n’en croyais pas mes oreilles, un club voulait me faire passer un test, à moi, pour intégrer leur équipe, un vrai club !
Je lui donnais quelques billets froissés et il me glissa en souriant d’aller m’acheter des crampons avec le reste.

Le sommeil fut difficile à trouver les jours suivants, je me réveillais en sursaut, me croyant dans quelque finale de coupe sur le point d’être perdue par ma faute, chasuble du Waterhouse FC sur le dos.
TeeJay m’emmena dans sa voiture, une vieille Buick américaine rutilante, jusqu’au centre d’entraînement du Waterhouse FC.
Waterhouse, c’est le club du quartier adverse de Tivoli Gardens.
Je ne connaissais personne de ce coin là et une fois là-bas, l’on me dévisageait comme quelque étrange créature.
Les recruteurs du club avaient parlé de moi à l’entraîneur, qui en a fait de même à ses dirigeants et tous ont entendu parlé de mes exploits lors de la finale de Gully Ball avec les New Gardens contre les Tivoli Sprinters.
Ma réputation me précédait mais je n’avais encore jamais mis les pieds sur un morceau de pré vert.
Ce fut chose faite ce jour-lĂ .
J’intégrai l’équipe réserve qui disputait un match d’entraînement contre l’équipe première.
90 minutes de jeu.
Titulaire.
J’eue le sentiment que l’on voulait tester mon endurance sur un match entier car je suis resté sur le terrain l’essentiel du match, le temps de passer 45 premières minutes fantomatiques, ne touchant que quelques ballons par ci par là, je faisais figure d’intru dans un collectif qui semblait déjà rôdé, sans avoir besoin d’un joueur de cirque dans les pattes.
Je me suis fais tancé par l’entraîneur à la mi-temps, il fallait que je montre ce dont j’étais capable.
Plutôt qu’ailier latéral de percussion, l’entraîneur me replaça dans l’axe au poste de milieu offensif dans un 4231 et demanda au reste de l’effectif de faire passer le jeu dans l’axe, par moi essentiellement.
J’étais flatté et un peu nerveux, j’avais du mal à suivre les consignes mais j’avais saisi l’essentiel: je devais accélérer le jeu par l’axe, remiser sur les ailes en cas de pressing ou bien tenter de percuter dans l’axe et combiner avec les ailiers ou l’avant-centre.
Au retour des vestiaires, ce fut le show time, si mes premières percées balle au pied furent timide, le fait de sentir le jeu être attiré par moi m’a donné un regain de confiance et j’ai pu combiner de joli ballons avec mes coéquipiers de circonstance.
J’inscris mon premier but à la 67ème minute de jeu d’une frappe à ras de terre après un une-deux joliment exécuté avec l’attaquant de pointe.
On me félicita.
J’étais enfin galvanisé, mon premier but dans un véritable match de football.
Le reste du match, je laissais place à toute ma palette technique composée de touchers de balle exquis, de roulettes et de double contacts explosifs avant de m’offrir une chevauchée sur l’aile, de remiser dans l’axe, avant d’être à nouveau servi dans ma course et de placer le cuir dans la lucarne opposée.
87ème minute de jeu.
J’étais en nage et aux anges.
Je fus remplacé et le coach me félicita.
Je fus intégré à l’équipe réserve du Waterhouse FC afin d’apprendre les rudiments du collectif et de la tactique, j’ai été jugé trop tendre sur ses aspects là.

De retour chez ma tante Saddie, je lui expliquais avoir été recruté pour jouer en équipe réserve du Water House FC.
Elle en fut très contente et à ma surprise, me félicita pour ma prestation au tournoi de Gully Ball.
Je rougis, elle m’expliqua qu’il n’y avait rien dont elle ne puisse pas être au courant me concernant.
Elle se trompait, elle n’avait aucune idée de ma relation avec TeeJay.
Elle me prenait pour un jeune homme débrouillard.
Les semaines défilèrent, j’étais souvent remplaçant et amener à entrer dans les dernières minutes de jeu pour faire la différence et enfoncer le clou des défenseurs déjà éreintés.
Petit à petit, je gagnais du temps de jeu, enchainais les passes décisives et les buts.
À mes 16 ans, j’intégrais l’équipe première du Water House FC. Pour quelques temps…

J’avais la réputation d’être un jeune joueur sérieux et impliqué.
J’avais les entraîneurs et le staff à la bonne, je commençais à obtenir quelques minutes de jeu en équipe première.
TeeJay venait me voir jouer régulièrement et tante Saadie était globalement satisfaite de ma scolarité qui, n’ayant rien de spectaculaire, n’avait rien d’inférieur à la moyenne.
Je m’en sortais bien.
Jusqu’à ce TeeJay déroule un plan bien à lui, un plan foireux emportant tous mes efforts et mon avenir au passage.
Pour la faire courte, j’ai servi de mule dans les vestiaires du Waterhouse FC, à mon insu et au profit de deux joueurs plus âgés de l’équipe première, affiliés au Sprangler Posse.
Les gars n’en avait rien à faire d’un mec de Tivoli Gardens, je n’étais qu’une pièce rapportée et un en plus de cela, un concurrent direct en équipe première issu d’un quartier adverse de la ville.
J’étais le fusible idéal pour leur trafic.
Lors de ma première titularisation, j’inscris mon premier but en professionnel.
Le public scanda mon nom.
À la mi-temps, je fus remplacé discrètement et l’on m’indiqua le chemin d’un local où m’attendait un groupe de policiers ainsi que le Président du club. Le cauchemar venait de commencer.
5 mois d’enfermement dans un centre de détention juvénile pour possession d’un demi kilogramme de cocaïne.
Bien que testé négatif au test antidrogue, la fédération, soudainement prise d’excès de zèle dans sa lutte contre la drogue et la corruption me colla 6 ans d’interdiction de jouer en compétition officielle.
TeeJay avait disparu de la surface de la terre.
Tante Saddie fut anéantie.
J’étais au fond du gouffre, en détention et sans aucun avenir à l’horizon.
J’étais mort dans l’âme.
Je ne comprenais pas le quart de ce qui m’arrivait.
Je me sentais comme le pire des incapables et des imbéciles.
Dans mon malheur, je me surprenais tantôt à maudire mon père et ma mère, tantôt à me flageller d’être un loser pire que mon propre géniteur.
Dans le centre de détention pour mineur dans lequel je purgeais ma peine, je faisais presque pitié à mes geôliers et j’inspirais soit l’indifférence soit le mépris de mes codétenus.
J’étais en piteux état, refusant presque de m’alimenter et passant le plus clair de mon temps à dormir ou à scruter le plafond d’un œil morne.

J’étais né à Kingston, je venais d’y mourir.
C’était, du moins, ce que je pensais.

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bonne petite histoire

Il va créer un club avec des prisonniers ?

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Ça commence bien tristement :pleading_face:

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Hmmm, plus ou moins dans son background, mais ça correspond davantage à une game que je voulais faire en Jamaïque avec un récit plus littéraire que j’ai laissé en sommeil pendant longtemps @celiavalencia

La tragédie s’inspire souvent de la vie réelle, hélas… @toopil

EPISODE 1

Un phoenix Ă  Kingston

J’ai passé quelques mois difficiles au sein de la maison de correction.
Cependant, mes exploits footballistiques m’ayant valu une assez bonne réputation, je n’avais pas trop d’ennuis avec mes codétenus, mon parcours atypique réunissant une enfance à Tivoli Gardens doublée d’un père affiliée au Shower Posse ainsi qu’un passage éclair au Waterhouse FC me valu de ne pas avoir trop d’ennuis d’un côté comme de l’autre.
Je jouissais de l’image d’un jeune footballeur talentueux et je m’acharnais à éviter les ennuis du mieux que je pouvais.
Un jour, au cours d’une promenade, un type un peu bizarre, une sorte de colosse monté sur deux énormes rondins de bois me chercha des noises lorsqu’il fallu former des équipes pour un match de football, deux équipes composées de deux dortoirs différents. Le directeur de l’établissement comptait sur ce match et sur la sélection des joueurs afin d’évaluer la capacité des pensionnaires à passer outre les rivalités locales.

-« T’es qu’une mauviette, ton père aussi, on sais mĂŞme pas de quel quartier t’es, tu nous fais le footballeur, on t’as jamais vu plus de 90 minutes Ă  la tĂ©lĂ©, ici t’es personne et personne te connait, moi je trouve ça louche ! Â»

Cet espèce de troll sorti tout droit d’une caverne mal éclairée s’appelait Troy Booth.
Un petit groupe s’était formé autour de nous, rapidement rejoint par d’autres.
Je comprenais la situation qui était en train de se jouer mieux que personne ici, à Kingston.
Cela peut sonner quelque peu cliché, mais il y a les mangeurs et les mangés, et je n’avais aucune envie de finir dans le gosier de la bête qui me faisait face.
L’attroupement s’était resseré comme un étau autour de nous deux.
C’était lui ou moi.
Et ce fut lui.
Sans élan, comme si mon corps avait appris le wing chun kung fu toute sa vie durant, je lui décochais un coup de poing si rapide qu’il n’eut pas le temps de le voir venir.
Profitant de l’effet de surprise, d’un pas glissĂ©, je me faufilais juste en dessous de son menton et lui assĂ©na un uppercut dans la mâchoire qui lui dĂ©crocha deux dents et le nouveau surnom de « Troy Tooth Â».
J’avais réagis vite, par instinct de défense, je savais qu’on laissant couler, en m’ écrasant, cela allait apparaître comme de la faiblesse et la porte ouverte à toutes les brimades possibles.
Autant aller à l’isolement, de toute façon, je n’avais aucune envie de remettre les pieds sur un ballon, encore moins dans le cadre de ma détention.
Le football m’était douloureux autant que la vie me semblait un fardeau.
Sans surprise, je finis « au cachot Â», mais sans avoir eu le temps de me morfondre, le directeur du centre de dĂ©tention vint me rendre visite.

  • "Winston Ray?
  • Qui d’autre ?
  • Cesses ton insolence avec moi veux-tu? Je ne suis pas ton ennemi et tout me porte Ă  croire que tu n’es pas que le bagarreur terrible qu’il nous a Ă©tĂ© donnĂ© de voir aujourd’hui.
  • Qu’est-ce qui vous fait croire ça ?
  • Tu n’as causĂ© aucun problème depuis ton arrivĂ©e, tu ne t’alimentes que très peu, tu ne tentes pas de resquiller Ă  la cantine, tu te comportes de façon exemplaire avec le personnel et tu as Ă©tĂ© un athlète de haut niveau.
  • Pas si haut que ça visiblement, c’est quoi le rapport avec le football ?
  • Tu avais une passion et le goĂ»t de l’effort, le sens du travail et du sacrifice, encore plus si l’on en croit les raisons de ton sĂ©jour ici, mais je ne pense pas que tu y sois pour grand-chose".

Des larmes coulèrent sur mes paupières, je me recroquevillais sur moi-même, enfoncé dans un coin de lit. Le directeur s’approcha de moi, me demanda s’il pouvait s’asseoir. J’acquiesçai et il me tendit la main.

  • "Richard O’Leary, je dirige cet endroit.
  • Winston Ray, j’y suis forcĂ© d’y rester".

Nous sommes tous fus pris d’un fou rire et je me surpris à me blottir contre lui.
C’était un homme qui transpirait la bienveillance en même temps que l’autorité, mais il savait faire la part des choses.
Le Winston Ray qu’il avait en face de lui ce jour là, n’était qu’un gamin, une pauvre chose aux ailes brisées et manquant cruellement d’affection.
Richard O’Leary me pris dans ses bras pendant un moment qui lui sembla être une éternité certainement, mais trop court pour moi.
J’aurai voulu disparaître dans ses bras.
Nous sommes restés plusieurs heures à discuter.
Je pensais qu’il me rendait une simple visite de courtoisie, en rĂ©alitĂ©, j’étais confrontĂ© Ă  « la mĂ©thode O’Leary Â». Questionner, confronter et analyser. Il Ă©tait en train d’évaluer mon potentiel de rĂ©insertion, non pas en tant que dĂ©tenu exemplaire, mais en tant qu’être humain, il voulait sonder en moi ce qui me faisait vibrer, scrutant mes intonations et ma gestuelle comme l’on scrute le cheval sur lequel on a pariĂ© au tiercĂ©. Richard O’Leary n’était pas du genre Ă  laisser place au hasard, d’autant plus lorsqu’il s’agissait de matière humaine.
À l’heure du repas, je m’étais surpris à manger avec un regain d’appétit, repensant à cet homme qui m’avait offert ma première conversation sincère depuis fort longtemps.
Sitôt mon repas terminé, Richard O’Leary revint, quelques livres à la main.

  • « Ă‰coutes gamin, je peux comprendre que tu ne veuilles plus rejouer au football, c’est ton droit le plus Ă©lementaire et c’est bien comprĂ©hensible. En revanche, ta peine Ă  l’isolement sera Ă©courtĂ©e si tu prends la peine de lire et de me rĂ©sumer ces ouvrages. Sache que je veux que tu entraĂ®nes l’une des deux Ă©quipes de dortoir, je me chargerai de l’autre. Ces ouvrages devrait t’y aider Â».

Il me fila un livre comportant des séances d’entraînement de football, un autre sur la science tactique d’Arrigo Sacchi et un dernier sur le football et les clubs mythiques en général.
J’étais ravi de me plonger dans ces ouvrages mais quelque peu perplexe sur ma capacité à entraîner des jeunes de mon âge pour un match de football en centre de détention. La vie nous réserve parfois des suprises.

L’interrogation orale de M. O’Learry donna lieu à un échange passionné autour de l’équipe de Milan d’Arrigo Sacchi, de la carrière de Costacurta et Maldini, de la façon d’aborder les entraînements afin d’améliorer la conduite de balle et le jeu de passes des joueurs mais encore sur la façon d’améliorer la cohésion d’équipe. Sur ce point, il me donna de précieux conseils. Richard O’Leary me demanda d’analyser chaque détail du comportement des joueurs, leur façon de parler, leurs mimiques, leurs fréquentations. Chaque détail à ses yeux pouvait compter. Je ne compris que bien plus tard qu’il ne se contentait pas d’appliquer cette philosphie au football mais également dans sa vie professionnelle, personnelle et même spirituelle. Son engagement à améliorer chaque aspect de sa propre vie, comme celle des autres m’impacta profondément.

  • « Au fait, je ne veux plus te voir une cigarette au bout des lèvres en promenade Ă  partir de maintenant, tu sais bien que ce n’est pas parce que c’est tolĂ©rĂ© que ce n’est pas interdit. Ă€ demain Â».

Au sortir de mon isolement, j’eu le droit d’assister aux réunions de préparation concernant l’épopée sportive qui s’annonçait, chacun des membre du staff composé par Richard O’Leary avait à coeur d’accomplir son oeuvre.
L’un d’eux m’expliqua d’ailleurs qu’il s’était battu comme un lion pour obtenir des subventions, non pas en usant de la compassion des hommes politiques envers de jeunes délinquants loin de l’âge de voter, mais en faisant pression grâce aux membres de la paroisse qu’il fréquentait dont il était l’un des plus généreux donateurs.

Le premier entraînement a été chaotique, chose que nous avions prévu, presque aucun détenu n’écoutait les consignes et l’on se disputait le ballon de façon anarchique. Nous sommes donc passé au plan B: canaliser cette énergie et cette fougue dans un match de football de 90 minutes, un dortoir jouerai le matin, l’autre l’après-midi.
Aucun débordement n’était à signaler, en revanche, certains joueurs abandonnèrent en cours de partie, terrassé par la fatigue et moqués par les plus endurants. Ce fut l’occasion pour moi de faire remarquer à M. O’Leary qu’il faudrait mettre en place un programme de remise en forme physique pour ces détenus au moins deux semaines avant le début des choses sérieuses. J’ajoutais également, fruit de mon expérience personnelle, qu’inviter des recruteurs à venir voir les matchs décuplerait la discipline de nos sportifs. Il acquiesça, il avait des contacts dans des clubs de paroisse mais surtout au club de Tivoli Gardens FC, qu’il garda bien de me dire qu’il en était l’entraîneur de la réserve du club. Richard O’Leary avait bien eu mille vies.

Les tours de terrains et les exercices physiques précédèrent le jeu avec ballon et l’implication des détenus s’accentua à l’annonce faite par notre directeur de la venue de recruteurs pour le match opposant les deux dortoirs.

Lorsque les corps furent dans un état satisfaisant, l’on fit passer des tests techniques pendant plusieurs jours à chaque détenu, un par un ou deux par deux, afin d’évaluer leur conduite de balle, le niveau de leur jeu de passe ainsi que leur aptitude à dribbler.
D’autres ballons furent livrer, les entraînements s’individualisèrent pendant quelques jours afin de tenter de corriger quelques défauts ou de travailler spécifiquement le jeu dans les airs de tel ou tel joueur plus grand que la moyenne.
Chaque dortoir se donnait à fond, chaque détenu n’avait que le football à la bouche et tout se déroulait à merveille.

Le Jour J, mon équipe du dortoir A affrontait celle du dortoir B de Richard O’Leary, l’on s’inclina par 4 buts à 9. 3 des buts de mon équipe furent marqués par Dylan Dhion, un avant-centre puissant et rapide qui sortirait de détention dans moins d’un mois. Les clubs se bousculèrent pour l’enrôler et il décrocha un pré-contrat de 2 ans avec le Tivoli Gardens FC.

Nous fûmes tous fier de notre travail, cependant ma joie ne fut que de courte durée.
Il ne me restait plus que quelques mois à tirer en détention lorsque Richard O’Leary vint m’annoncer la visite prochaine de Tante Saadie.
Lorsqu’elle s’avança vers moi, par une journée pluvieuse, un foulard sur la tête, c’était pour m’enlacer longuement. Son parfum âcre, mélange de musc, de poivre et de cigarette me piqua le nez. Ses bracelets tintinnabulaient au rythme de ses mouvements.

  • Winston, je ne t’ai jamais cachĂ© la vĂ©ritĂ©, j’ai toujours pensĂ© que d’affronter la rĂ©alitĂ© te serait plus bĂ©nĂ©fique que de l’enjoliver Ă  tes dĂ©pens. Je ne vais pas tourner autour d’un pot qui n’a pas lieu d’être…je suis mourante Winston. J’ai dĂ©veloppĂ© un cancer qui a mĂ©tastasĂ©, je n’en ai plus pour très longtemps. Je voulais te prendre dans mes bras et te dire que je te crois innocent, je sais que la vie est cruelle peut-ĂŞtre cruelle lorsque l’on viens de lĂ  oĂą nous avons grandis. Mais tu es un jeune homme très fort, plus fort que tu ne le crois. Je connais bien Richard, c’est un membre très important de la paroisse de Tivoli, sa femme Theresa est une amie de longue date. Cet homme ne m’a dit que tu bien de toi depuis que tu es ici et tu sors bientĂ´t, je souhaite que tu restes auprès d’eux, ils sauront te donner ce que je n’ai pas su te donner, une Ă©ducation digne de ce nom. Mon Dieu, prends soin de toi Winnie".

Tante Saadie parlait vite, elle a fondu en larme et son mascara coulait le long de son visage perlé de larmes. Les adieux furent difficiles, aucun de nous ne savaient quoi dire de plus à l’autre sur ce qu’elle venait de m’apprendre si bien qu’on l’on échangea des banalités, ce qui parfois est inestimable.

Je fus autorisé à sortir pour assister à ses funérailles, j’étais accompagné de M. O’Leary et pour la première fois, de sa compagne, Theresa Dorwood.

Le couple rythma mon quotidien, dès ma sortie. Ils furent mes anges gardiens.
Ils tenaient à ce que je poursuive des études, ce que je fis en étant diplômé en économie. En parallèle, j’entraînais tour à tour l’équipe de jeune des Tivoli Gardens puis l’équipe réserve.

Assis sur le perron de feu M. Richard O’Leary, main dans la main avec sa veuve éplorée, je regrettais qu’il ne pu me voir prendre les rênes de son club d’adoption, lui qui ne jurait que par Swansea ou Liverpool.

Je m’apprêtais à prendre les rennes du club de Tivoli Gardens FC lorsqu’on m’appris la nouvelle du décès de mon mentor et père d’adoption. Dire que j’avais accepté le poste POUR lui est un euphémisme, je pourrais dire que je l’ai accepté PAR lui, tellement son influence dans ma vie aura été colossale.

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Quelle histoire! Très bien écrit!

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Merci beaucoup :heart_eyes: j’avais à coeur d’écrire cette histoire depuis fm24 et me lancer dans une carrière qui débute en Jamaïque mais je ne m’étais jamais lancé, c’est chose faite ! Je vais m’appliquer pour que la suite soit aussi agréable à suivre :victory_hand:@toopil

EPISODE 2

TIVOLI GARDENS FC

J’ai 35 ans et mon diplôme en économie et finance ne m’a permis que de décrocher des emplois de conseiller en banque ou dans des entreprises de la région. Il faut dire que j’avais un certain bagout, chose utile pour le relationnel client, mais monter dans la hiérarchie m’étais chose rendue impossible. Trop de corruption, de copinage… et sans doute d’indiscipline de ma part. Je me contentais de faire ce pour quoi l’on me payait, mais lorsqu’il s’agissait d’un client en détresse, je faisais tout ce qu’il était en mon pouvoir pour lui venir en aide, quitte à ce que cela déplaise à ma direction.
Grâce à Richard, j’ai pu quitter ces emplois qui ne me satisfaisaient pas pour rejoindre l’organigramme du Tivoli Gardens FC en tant qu’analyste de données en même temps que je me dégotais un job de journaliste sportif auprès du Jamaica Observer, le quotidien national.
Certains proches, qui n’en sont plus par ailleurs, regrettaient de me voir quitter le domaine de la finance, signe pour eux de richesse.
Mais je ne courrais pas après l’argent, je courrais après ma vie. Et ma vie, c’était le football.
J’avais passé mes diplômes d’entraîneur de niveau National C avec Richard O’Leary à mes côtés pour me guider et m’introniser entraîneur des jeunes du Tivoli Gardens FC.
Mon diplôme National B, je l’ai passé en secret pour entraîner l’équipe première, je comptais en faire la surprise à Richard lors de cet été fatidique de 2025.
Mes différentes expériences ainsi que l’influence de Richard m’ont permis de jouir d’une bonne influence au niveau local et l’on me prête la caractéristique d’être un entraîneur énergique, dans la plus pure tradition du football jamaïcain, qui demande à ses joueurs de pratiquer un jeu vif et rapide vers l’avant, en faisant le spectacle. Cela n’aura échappé à personne, j’ai également la réputation d’un entraîneur formateur, fruit de mon passage en équipe de jeunes, à qui j’inspirais discipline et motivation.
C’est sans doute tout ceci qui a incité Kemar Scott, le président du Tivoli Gardens FC avec qui je suis actuellement dans le bureau, à me recruter.
Kemar ne me demande réellement que deux choses au matin de parapher mon contrat avec le club: assurer une place en milieu de tableau de Red Stripe Premier League et si possible, assurer une qualification en quarts de finale de JFF Champions Cup.

« Tu le sais mieux que personne, le budget est limitĂ© mais il va falloir tout de mĂŞme travailler dans l’optique d’amĂ©liorer la rĂ©putation globale du club. Cela fait plus de dix ans que l’on a pas remportĂ© le moindre trophĂ©e, il faut que cela change. Il faut qu’on Ă©volue, car si l’on Ă©volue pas, l’on rĂ©gresse. Fais nous devenir une rĂ©fĂ©rence Ă  Kingston et dans toute la JamaĂŻque mais surtout, n’oublie pas, on se fiche pas mal des vieux briscards, on veut voir la jeunesse au pouvoir Ă  Tivoli, du sang neuf irriguer les veines de l’équipe première! Â»

Le président est toujours très enthousiaste, mais lorsqu’il s’agit de délier les cordons de la bourse, je le sais quelque peu frileux.

Je suis très heureux de continuer mon aventure au Tivoli Gardens FC, quoique j'anticipe déjà que la pression ne sera pas la même cette année, avec l'équipe première.

L’avantage d’être promu en interne, c’est ne de pas perdre de temps à visiter les installations et à rencontrer les membres du staff que je connais déjà. Seuls les joueurs de l’équipe première me sont inconnus à titre personnel. Pour autant, j’avais pu observer des matchs de l’équipe première lorsque certains de mes jeunes y étaient promus, prenant des notes sur eux mais également sur les autres joueurs de l’équipe. Je suis quelqu’un de prévoyant et de pragmatique. Je ne compte pas bousculer les choses trop vite, instaurer un système de jeu inédit ou recruter des superstars… Je vais jouer un jeu typique de la ligue jamaïcaine en premier lieu, c’est à dire un jeu basé sur des ailiers rapides, rapidement servis et un pressing constant doublé d’un engagement physique musclé.
Dans ce système de jeu, les cadres de l’équipe ayant un contrat garantissant leur temps de jeu comme

Lennox Russel

Steve Clarke

ou le défenseur central

Barrington Pryce.

Deux jeunes joueurs de l’effectif, passé par mon équipe réserve, peuvent apporter à l’équipe dans la rotation:

Kimarley Smith

et

Justin Dunn

J’ai également pris la décision de faire remonter en équipe première sous mes ordres le jeune

Quewayne Hudson, 20 ans, un p'it jeune prometteur qui m'a fait bonne impression l'année passée.

Je griffonne des tas de notes sur un bout de papier, essentiellement des schémas de jeu et des formations, souvent des 442, je veux jouer un football rapide, percutant et offensif tout en faisant preuve de solidité derrière. En parlant de solidité derrière, j’ai noté au dos de ma feuille de penser à recruter un défenseur central d’expérience et un gardien de but meilleur que notre actuel gardien si possible, surtout sur sa ligne.
Je bosse également sur le staff technique, passe de nombreux appels, tente de débaucher un responsable de la formation des jeunes et un entraîneur adjoint, mais rien n’y fait, le club ne propose pas de salaires assez attractifs (en général 6000 euros environ par an proposés contre 20 000 euros demandés).
Je me résigne presque à travailler avec le staff technique à disposition, las devant les nombreux refus, lorsque, pris d’optimisme, je porte mon smartphone à l’oreille pour appeler le président et lui demander de revoir les grilles salariales à proposer pour débaucher des préparateurs et des recruteurs. Le président au bout du fil acquiesce et reconnait la nécessité d’investir dans du personnel qualifié.

Après une journée à penser tactique, contrat et à tenter de débaucher du monde pour le club, je me suis laissé choir sur la chaise de mon bureau en allumant une cigarette.
Alors que le ciel vire tranquillement du bleu au mauve, baignant la pièce d’une lueur mystique, je me surprends à penser à Richard O’Leary, à son oeuvre et à son dévouement.
Je me demande si je serai à la hauteur de la tâche qui m’incombe car j’ai le sentiment que c’est maintenant que tout se joue pour moi, comme toujours, le moment présent est toujours un moment crucial, comme si je devais prouver constamment, que j’étais à la hauteur de cette vie.
J’entortilles la cigarette dans le cendrier posé devant moi et me lève, bien décidé à rentrer profiter d’une bonne nuit de sommeil.
Demain est un autre jour.

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On s’installe et on attend le début de saison!

Pop Corn GIF

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Je prends mon temps, prochaine étape la préparation et le recrutement :victory_hand: