FC PRISON BREAK: LA FOLLE AVENTURE DE WINSTON RAY
INTRODUCTION:
Je n’ai plus fumé de cigarette depuis l’âge de 15 ans. La personne à qui je dois ma dernière cigarette est la même personne à qui je dois celle-ci. Le ciel est bleu et dégagé, un doux soleil d’une agréable chaleur baigne Kingston, Jamaïque.
Une légère brise fait tournoyer en l’air les volutes de fumée qu’exhale le cône blanc à l’extension de mon pouce et de mon index.
C’est comme ça que je fumais la cigarette, pour me donner l’air dur, avant que Richard O’Leary, un anglais d’origine galloise mais exilé en Jamaïque avec sa femme caribéenne Theresa Downwood, me l’interdise formellement sous son toit.
Je respecte à nouveau cette décision en fumant d’une main tremblante sous le perron tandis que Theresa me prépare un café fumant à l’intérieur.
Nous sommes le 2 Juillet 2025.
Richard O’Leary vient de passer de l’autre côté, riche de 88 belles années dont une bonne partie dédiée au football, l’autre à aider son prochain et à chérir sa Theresa, qu’il ne quittait que le temps d’un match, d’un entraînement, d’une œuvre caritative ou d’une messe.
Richard « Judge Dredd » O’Leary comme aimait à l’appeler les jeunes de Kingston (il est fréquent en Jamaïque de donner des surnoms à tout va), un surnom glané à cause de sa droiture et son sens de la justice tout autant que sa célèbre phrase « sous mon toit, la loi c’est moi ».
La veille pourtant, sa femme Theresa l’a retrouvé sans vie, allongé dans son rocking chair favori devant le téléviseur éteint.
Cette fois-ci, la faucheuse avait réussi à imposer sa loi sous le toit de l’homme le plus intègre qu’il m’ait été donné de côtoyer.
Theresa m’apporta une carafe de café, deux tasses et du sucre. Elle savait que je sucrais toujours abondamment mon café, fâcheuse habitude.
Elle brisa le silence la première.
- "Tu étais un fils pour lui, merci d’être venu.
- Theresa, je suis sincèrement désolé je…
- Je sais. C’est soudain, rien ne semblait pouvoir l’emporter mais que veux-tu, lorsqu’on a vécu aussi intensèment que lui, en étant aussi dévoué et tourner vers son prochain… Je veux dire, en s’impliquant dans autant de vies et d’histoires, à commencer par la tienne, peut-être que 88 ans équivaut à deux siècles ou à avoir vécu mille vies ?
Les larmes coulèrent sur le visage de Theresa, je me suis empressé de la prendre dans mes bras, renversant un peu de ma tasse à ras-bord au passage.
Comment consoler la perte d’une moitié de soi-même ? Impossible.
Voir Theresa pleurer de douleur, c’est voir un ange souffrir le martyr, personne ne peut alléger ce genre de peine, seulement soulager les à -côtés.- "Laisses-moi m’occuper des frais liés aux funérailles, et pour tout le reste, tu n’auras pas à t’inquiéter, je serai là pour toi, toujours, c’est ce qu’il aurait voulu et je vous le dois bien à tous les deux, vous avez changé ma vie.
-Winnie… Je…
Le reste de sa phrase s’étouffa dans les sanglots.
Je n’ai qu’une vague chronologie en désordre de mes jeunes années, pas par choix, je vivais mon temps sans prendre le temps de le vivre réellement.
Mes souvenirs d’enfance sont à l’image de celle-ci: sans repères.
À commencer par les premiers d’entre eux: les parents.
Mon père, William « Durag » Ray était membre du Shower Posse, un gang de Kingston trouvant son origine là où j’ai grandi, à Tivoli Gardens.
C’était un gangster « raté », au tempérament pas assez trempé pour évoluer dans les strates de la pègre locale.
Ma mère l’a quitté pour l’Angleterre et un homme plus riche et stable, m’abandonnant à sa colère sourde d’ivrogne les soirs où il buvait trop.
J’ai du mal à comprendre comment Mariah Elroy-Ray a pu décider, un beau jour, de prendre la tangeante en me laissant dans son sillage, sans même se retourner.
Je dois une bonne partie de mon éducation à ma tante maternelle, Sadie Elroy., une célibataire endurcie qui a tenté de me forger « à la dure », tout en jouant son rôle de maman poule.
Tante Sadie n’avait pas sa langue dans sa poche et ne prenait pas la peine de m’épargner la réalité, aussi dure fût-elle, si bien que j’en appris beaucoup sur mon père grâce à elle.
Mon père me battait parce qu’il était devenu la risée de son gang après le départ de sa femme, son surnom était même passé de « durag » à « cuckold » sur les langues de vipères qui serpentaient autour de lui.
Un soir, il avait pris une forte de dose de somnifères et d’alcool et il ne revit plus le jour.
Tante Sadie me parlait souvent de lui comme d’un homme brisé par la vie mais au bon cœur, un jeune homme ambitieux ayant très tôt enchaîner les mauvaises décisions sans plus jamais pouvoir se sortir du cercle infernal qu’il s’était lui-même créé, c’était un loser de première.
Mon meilleur souvenir avec lui, c’était nos parties de football dans un parc de Kingston lors desquelles il me fallait le dribbler inlassablement.
Il me prédisait le meilleur des destins de footballeur si je continuais à répéter mes gammes. William Ray n’avait rien d’un visionnaire.
Je trainais souvent dehors, à Tivoli Gardens, à jouer au ballon avec les jeunes de mon âge.
Très vite, ma supériorité balle au pied m’a valu le respect des uns, la jalousie et la méchanceté des autres gamins.
Je ne compte plus le nombre de bagarres et de ballons emportés à la maison par son détenteur après un petit pont de trop de ma part.
Il faut dire que j’étais taquin.
Très vite, ma supériorité balle au pied face aux jeunes de mon quartier est devenue rumeur, certains allaient jusqu’à m’appeler « Winston Cruiyff » pour mon toucher de balle.
Un « baller », tout comme les légendes locales Theo Whitmore et Onandi Lowe, voilà ce que j’était, un amuseur de foules qui trompait l’ennui en dribblant tout ce qui bougeait, jusqu’à ce qu’aux alentours de 11 ans l’on me « repère » pour ces qualités.
Un homme grand et élancé, vêtu d’une veste en cuir noir m’a fait signe de venir de l’autre côté de la ruelle dans laquelle je disputais une partie qui venait de se terminer.
-« T’es le fils de Richard Ray n’est-ce pas? »
J’hochais la tête respectueusement.
-« Je suis un ami de ton papa, ça te dirait de jouer au foot avec les grands ? »
Je n’en croyais pas mes oreilles. Quand on a 11 ans et qu’on vous propose de jouer avec les grands, autant vous dire qu’on vous sert la lune sur un plateau d’argent.
J’ai immédiatement acquiescé.
L’homme se présenta sous le nom de Jimmy Jay Jackson dit « Triple J » ou « TJ » pour faire plus court (à prononcer TeeJay).
Teejay me parla alors des streetleagues, des compétitions de rues entre équipes de 5 à 7 joueurs sur de petits à moyens terrains vagues, il me parla de l’ambiance, des repas d’après-match et de la remise d’un trophée et d’une récompense en espèces sonnantes et trébuchantes pour le meilleur joueur du tournoi.
Il me faisait tourner la tête, il espérait de moi que je devienne l’un des meilleurs joueurs de streetleague de Kingston.
TeeJay avait du flair, lui.
Né dans les gullies, les ruelles bétonnées de Kingston, le Gully Ball est donc un football joué à 4 ou 5 joueurs dans des rues bétonnées dans lesquels les contacts physiques sont de rigueur et popularisé notamment par Leon Bailey ou le documentaire Youtube Ballaz International.
Voilà où a débuté ma carrière de joueur de football.
Si au départ, ma frêle carrure était un désavantage évident sur ce type de terrains, j’ai du très vite rehausser mon niveau d’engagement.
Tante Sadie ne se doutait de rien de l’univers parallèle dans lequel je baignais.
Aux alentours de 14 ans, je troquais mon corps frêle pour une musculature plus saillante et un physique enfin taillé pour les joutes physiques du gully ball.
Ma technique était, elle, plus affûtée que jamais, mon corps svelte jouant de feintes et de contre appels dans de petits espaces, mes pieds jouant en une ou deux touches avant que l’adversaire me fonce dessus.
Après les cours, c’était gully ball, et j’étais enfin prêt selon TeeJay, à passer à la vitesse supérieure.
TeeJay, je l’ai appris plus tard quoi que j’aurai pu m’en douter plus tôt, faisait parti du même gang que mon père, le Shower Posse, ennemi juré de son rival le Sprangler Posse.
TeeJay m’a fait rencontrer ma nouvelle équipe, j’intégrais enfin un groupe de joueurs après avoir été balloté entre diverses équipes formées elles-mêmes sur le tas!
L’accueil fut cordial, sans être ni froid ni chaleureux, je sentais un changement d’ambiance, sans parler de professionnalisation, je sentais ces joueurs là plus concentrés et matures que ceux des équipes auxquelles j’ai été intégré jusqu’à présent.
J’ai très vite appris qu’on allait participer dans les prochaines semaines à un tournoi de Gully d’envergure à Kingston, un tournoi qui allait mettre au prise une équipe montée par le Shower Posse et une autre par le Spangler.
Autant vous dire que le tournoi allait faire des étincelles.
Ce serait vous mentir que de vous dire que j’ai survolé le tournoi, j’ai littéralement plané au-dessus.
Les scores étaient fleuves, j’était à l’origine de la quasi-totalité des buts de l’équipe, de près ou de loin.
Le jour de la finale, sans surprise, notre équipe de New Garden affiliée au Shower Posse (rebaptisé Shower Pussy à l’occasion par les supporters adverses) était en lice face aux Tivoli Sprinters du Strangler Posse (rebaptisés eux les « Sprinter Pussies »).
On ne se prépare jamais à ce genre de match, dire que je n’y étais pas préparé était un euphémisme.
Un très grand terrain vague avait été défriché pour l’occasion, laissant des tas de déchets border le terrain, des tas de bancs avaient été arrachés à leur herbe verte par ci par là et installés avec des chaises pliantes en guise de gradins.
Des barils avaient même étaient enfumés, certains servant à griller de la viande.
Il y avait du monde, d’aussi loin que je m’en souvienne, il y avait même une foule incroyable de personne, dont je ne reconnaissais pas la moitié des visages.
C’était dur de se concentrer avant le match, la musique crachotait des enceintes des classiques de Bob Marley, la foule s’agitait dans une ambiance plutôt bon enfant tandis que nos regards hypnotisés se perdaient sur les silhouettes graciles des quelques filles des quartiers voisins venues avec leurs cousins ou leurs voisines.
Pour tout vous dire, j’étais nerveux au plus haut point, j’avais envie de vomir.
Une fois le début de la rencontre sifflée, mon esprit ayant fait le vide, je ne voyais plus que le ballon et ne focalisait plus que sur lui.
Cela me permis quelques fulgurances timides avec quelques passes clés mais à la mi-temps, nous étions menés par 5 buts à 3. L’occasion pour chaque joueur de l’équipe, tous plus âgés que moi (comme les joueurs en face), de prendre la parole chacun leur tour et de m’adresser leurs encouragements.
"Mec, t’as beau être le plus jeune d’entre nous, on a besoin de toi.
- Ouais, il nous faut de ta magie aujourd’hui c’est pas le moment de tourner les talons
- T’en dribble un ou deux et tu passes le ballon en ralentissant le jeu, ça te ressemble pas Cruijff!".
Je les entendais de loin, même si leur message me parvenait. C’est finalement TeeJay qui trouva les bons mots.
« T’es un putain de champion, mais t’as pas mis un but du match. Tout le monde pense que Troy McEllroy va finir MVP, mais je finir par étrangler quelqu’un si un gars des Tivoli Sprinters obtient le titre. Écoute, je vais t’avouer un truc, j’ai parié une grosse somme d’argent sur le fait que t’allait planter au moins trois buts et que t’allais finir MVP de la finale. Tu peux même prétendre au titre de MVP du tournoi si les Dieux sont avec toi. Mais là t’es pas avec nous mec, ça se sent dans ton jeu, t’es timoré. C’est le même sport, le même jeu, le même cerveau et le même corps que t’as, t’as juste plus de pression que la normale et c’est compréhensible, mais merde, joue ton football et arrête de réfléchir. Les passes décisives, à part les mecs qui ont l’oeil, personne les remarque alors prends le ballon et va au but, qui sait, peut-être qu’un recruteur va te repérer j’ai entendu quil y en avait, j’ai même parlé avec l’un d’entre eux »
me dit-il avant de me planter sur place, un sourire au coin des lèvres, le pouce en l’air.
À la reprise, je remarquais que je faisais mon possible « pour ne pas merder » et perdre le ballon bêtement, ce qui bridait mon jeu offensif et ma créativité.
Alors j’ai décidé de lâcher la bête.
5 coups de griffes plus tard, force est de constater que TeeJay avait raison, encore une fois, je n’avait pas à jouer avec un frein.
5 buts à mon actif lors de cette finale dont une incroyable chevauchée balle au pied exploitant la largeur du terrain avant de repiquer dans l’axe et une superbe demi-volée sur corner après que le ballon ait rebondi sur un joueur adverse.
En plus des deux passes décisives de la 1ère mi-temps.
7 buts pour New Garden, 6 pour les Tivoli Sprinters.
J’étais aux anges, mes coéquipiers me sont tombés dessus, nous avons soulevé la coupe.
Je regardais partout autour de moi, cherchant le regard de TeeJay, introuvable.
J’ai empoché la somme de 500 dollars pour avoir décroché la récompense de meilleur joueur du tournoi.
Le lendemain, TeeJay vint me voir alors que j’étais adossé à un mur avec d’autres jeunes de Tivoli Gardens.
- "Alors, comment va mon champion ?
- Teejay ! T’étais passé où ?!
- J’étais en train de te bâtir un avenir figure toi
- Quoi, comment ça ?
fis-je intrigué
- T’as envie d’être footballeur n’est-ce pas ? Si t’as 300 dollars sur toi, j’achève de convaincre un recruteur de Waterhouse FC de t’intégrer à leur équipe pendant quelques jours, le temps d’un essai, ça te tente ?
Mes yeux brillèrent, je n’en croyais pas mes oreilles, un club voulait me faire passer un test, à moi, pour intégrer leur équipe, un vrai club !
Je lui donnais quelques billets froissés et il me glissa en souriant d’aller m’acheter des crampons avec le reste.
Le sommeil fut difficile à trouver les jours suivants, je me réveillais en sursaut, me croyant dans quelque finale de coupe sur le point d’être perdue par ma faute, chasuble du Waterhouse FC sur le dos.
TeeJay m’emmena dans sa voiture, une vieille Buick américaine rutilante, jusqu’au centre d’entraînement du Waterhouse FC.
Waterhouse, c’est le club du quartier adverse de Tivoli Gardens.
Je ne connaissais personne de ce coin là et une fois là -bas, l’on me dévisageait comme quelque étrange créature.
Les recruteurs du club avaient parlé de moi à l’entraîneur, qui en a fait de même à ses dirigeants et tous ont entendu parlé de mes exploits lors de la finale de Gully Ball avec les New Gardens contre les Tivoli Sprinters.
Ma réputation me précédait mais je n’avais encore jamais mis les pieds sur un morceau de pré vert.
Ce fut chose faite ce jour-lĂ .
J’intégrai l’équipe réserve qui disputait un match d’entraînement contre l’équipe première.
90 minutes de jeu.
Titulaire.
J’eue le sentiment que l’on voulait tester mon endurance sur un match entier car je suis resté sur le terrain l’essentiel du match, le temps de passer 45 premières minutes fantomatiques, ne touchant que quelques ballons par ci par là , je faisais figure d’intru dans un collectif qui semblait déjà rôdé, sans avoir besoin d’un joueur de cirque dans les pattes.
Je me suis fais tancé par l’entraîneur à la mi-temps, il fallait que je montre ce dont j’étais capable.
Plutôt qu’ailier latéral de percussion, l’entraîneur me replaça dans l’axe au poste de milieu offensif dans un 4231 et demanda au reste de l’effectif de faire passer le jeu dans l’axe, par moi essentiellement.
J’étais flatté et un peu nerveux, j’avais du mal à suivre les consignes mais j’avais saisi l’essentiel: je devais accélérer le jeu par l’axe, remiser sur les ailes en cas de pressing ou bien tenter de percuter dans l’axe et combiner avec les ailiers ou l’avant-centre.
Au retour des vestiaires, ce fut le show time, si mes premières percées balle au pied furent timide, le fait de sentir le jeu être attiré par moi m’a donné un regain de confiance et j’ai pu combiner de joli ballons avec mes coéquipiers de circonstance.
J’inscris mon premier but à la 67ème minute de jeu d’une frappe à ras de terre après un une-deux joliment exécuté avec l’attaquant de pointe.
On me félicita.
J’étais enfin galvanisé, mon premier but dans un véritable match de football.
Le reste du match, je laissais place à toute ma palette technique composée de touchers de balle exquis, de roulettes et de double contacts explosifs avant de m’offrir une chevauchée sur l’aile, de remiser dans l’axe, avant d’être à nouveau servi dans ma course et de placer le cuir dans la lucarne opposée.
87ème minute de jeu.
J’étais en nage et aux anges.
Je fus remplacé et le coach me félicita.
Je fus intégré à l’équipe réserve du Waterhouse FC afin d’apprendre les rudiments du collectif et de la tactique, j’ai été jugé trop tendre sur ses aspects là .
De retour chez ma tante Saddie, je lui expliquais avoir été recruté pour jouer en équipe réserve du Water House FC.
Elle en fut très contente et à ma surprise, me félicita pour ma prestation au tournoi de Gully Ball.
Je rougis, elle m’expliqua qu’il n’y avait rien dont elle ne puisse pas être au courant me concernant.
Elle se trompait, elle n’avait aucune idée de ma relation avec TeeJay.
Elle me prenait pour un jeune homme débrouillard.
Les semaines défilèrent, j’étais souvent remplaçant et amener à entrer dans les dernières minutes de jeu pour faire la différence et enfoncer le clou des défenseurs déjà éreintés.
Petit à petit, je gagnais du temps de jeu, enchainais les passes décisives et les buts.
À mes 16 ans, j’intégrais l’équipe première du Water House FC. Pour quelques temps…
J’avais la réputation d’être un jeune joueur sérieux et impliqué.
J’avais les entraîneurs et le staff à la bonne, je commençais à obtenir quelques minutes de jeu en équipe première.
TeeJay venait me voir jouer régulièrement et tante Saadie était globalement satisfaite de ma scolarité qui, n’ayant rien de spectaculaire, n’avait rien d’inférieur à la moyenne.
Je m’en sortais bien.
Jusqu’à ce TeeJay déroule un plan bien à lui, un plan foireux emportant tous mes efforts et mon avenir au passage.
Pour la faire courte, j’ai servi de mule dans les vestiaires du Waterhouse FC, à mon insu et au profit de deux joueurs plus âgés de l’équipe première, affiliés au Sprangler Posse.
Les gars n’en avait rien à faire d’un mec de Tivoli Gardens, je n’étais qu’une pièce rapportée et un en plus de cela, un concurrent direct en équipe première issu d’un quartier adverse de la ville.
J’étais le fusible idéal pour leur trafic.
Lors de ma première titularisation, j’inscris mon premier but en professionnel.
Le public scanda mon nom.
À la mi-temps, je fus remplacé discrètement et l’on m’indiqua le chemin d’un local où m’attendait un groupe de policiers ainsi que le Président du club. Le cauchemar venait de commencer.
5 mois d’enfermement dans un centre de détention juvénile pour possession d’un demi kilogramme de cocaïne.
Bien que testé négatif au test antidrogue, la fédération, soudainement prise d’excès de zèle dans sa lutte contre la drogue et la corruption me colla 6 ans d’interdiction de jouer en compétition officielle.
TeeJay avait disparu de la surface de la terre.
Tante Saddie fut anéantie.
J’étais au fond du gouffre, en détention et sans aucun avenir à l’horizon.
J’étais mort dans l’âme.
Je ne comprenais pas le quart de ce qui m’arrivait.
Je me sentais comme le pire des incapables et des imbéciles.
Dans mon malheur, je me surprenais tantôt à maudire mon père et ma mère, tantôt à me flageller d’être un loser pire que mon propre géniteur.
Dans le centre de détention pour mineur dans lequel je purgeais ma peine, je faisais presque pitié à mes geôliers et j’inspirais soit l’indifférence soit le mépris de mes codétenus.
J’étais en piteux état, refusant presque de m’alimenter et passant le plus clair de mon temps à dormir ou à scruter le plafond d’un œil morne.
J’étais né à Kingston, je venais d’y mourir.
C’était, du moins, ce que je pensais.




















