:storyred: :s3: À la conquête de l'Ouest 🇨🇦 - Calgary Dinos

24 septembre 2020

11h15 du matin. On est revenus hier en Alberta. Tranquille chez moi, je fais le quart de soir aujourd’hui. Je suis devant mon ordi. Je ressasse encore notre défaite d’il y a 2 jours. Il va bientôt falloir que je commence à planifier le recrutement de l’intersaison. Aller faire du social avec les Italiens et les Brésiliens. Ça me saoule déjà. J’ouvre ma boîte mail. Deux courriels. Une offre du Aces FC, club d’Alberta Soccer League, pour Salvatore Mapelli, un attaquant de notre réserve qui n’a aucune chance de jouer en première un jour.
Mon cœur s’accélère en voyant l’expéditeur du deuxième courriel. Le FC Edmonton. Et le sujet du message ne m’aidera pas à me calmer: « Job interview ». J’ouvre le mail.

Suite à votre candidature, le manager général du club Mohamed Bergeron vous a invité à une réunion afin d’en discuter avec les dirigeants.

Oh. Putain. Avec les échéances des derniers jours, j’en avais oublié cette candidature. Après quelques échanges de courtoisie, le rendez-vous fut planifié. J’appelais aussitôt au boulot pour prévenir que je ne rentrerai pas aujourd’hui. Je ne rentrerai peut-être plus jamais, d’ailleurs. Et qu’importe les reproches que m’adressait la responsable de la réception, je tenais peut-être mon ticket vers la gloire. À 11h30, j’ai pris ma voiture et j’ai roulé vers le nord. J’ai si souvent fait la route, lors des déplacements avec l’équipe, que je ne prête attention à rien. Je suis en mode pilotage automatique, incapable de penser à autre chose qu’à l’entrevue qui s’en venait. Je jouais déjà le match dans ma tête, réfléchissant à mes réponses.

Il m’a fallu deux heures et demi pour arriver en vue d’Edmonton, un quart d’heure de plus pour me frayer un chemin jusqu’à la zone industrielle où se trouvent les bureaux du club, entre deux entrepôts, bien loin du glamour qu’on attendrait en entrant dans le monde professionnel. J’ai été reçu par un dirigeant, Vassili Latendresse, qui a mené l’entrevue en compagnie d’autres dirigeants.

Je suis sorti environ une heure plus tard. J’espère que ça s’est bien passé.

28 septembre 2020

Il est 11h15, un appel rentre sur mon téléphone. C’est Vassili au bout du fil. Il n’y va pas par quatre chemins et m’explique que le FC Edmonton veut m’engager comme entraîneur principal de l’équipe première, pour une entrée en fonction immédiate. Il me propose un contrat jusqu’en novembre 2021, un logement fourni, et le défraiement de mes déplacements dans le cadre de mes fonctions et de pas mal de trucs annexes. Le tout assorti d’un salaire de 500$ par semaine. C’est franchement peu. J’ai réussi à négocier 650 par semaine, mais il semblerait que ce soit assez standard, que les clubs de CPL ne peuvent pas se permettre de donner de gros salaires aux membres du staff. Heureusement que le logement est fourni.
De toute façon, je me vois mal refuser une proposition d’une équipe professionnelle. Alors c’est bon, c’est signé. J’en reviens pas. Il y a trois ans à peine, je commençais modestement ma carrière d’entraîneur à la tête d’une équipe en bois, j’avais renoncé à tout espoir d’atteindre le professionnalisme à cause de ma blessure au genou. Et aujourd’hui, à 28 ans à peine, je deviens l’entraîneur principal d’une équipe professionnelle. Quelle success story! Un rêve qui se réalise. Tout est possible dans la vie.

J’ai repris ma voiture pour partir à Edmonton. J’ai été accueilli au club par les dirigeants, au cours d’une réunion de présentation du club, et on a finalisé la signature du contrat. Pas de temps à perdre: on a un match ce week-end. Il reste 3 journées à la saison régulière, et le club est 2e de CPL.
J’ai rencontré mon staff, mon adjoint Daryl a déjà préparé un rapport sur l’effectif. Pour le premier entraînement, ça s’en ira à demain. Ça me donnera une idée plus précise du niveau des joueurs. Je ne rentre pas à Calgary ce soir, je vais dormir à l’hôtel pour quelques jours le temps que mon logement soit prêt. Mais j’ai déjà beaucoup de travail: c’est pas facile de prendre le train en marche.

29 septembre 2020

Ce matin, c’était ma première conférence de presse. Jusqu’alors, mes rapports avec la presse s’étaient limités à quelques entrevues informelles avec un ou deux journalistes à la sortie des vestiaires. C’est intimidant de se retrouver face aux journalistes, avec plusieurs micros devant soi, de savoir que ce que je vais dire va être retranscrit et analysé. Au programme : ma nomination (énorme fierté), mes ambitions (il nous manque quelques joueurs pour être compétitif), ce que je pense du départ du coach précédent (un nouveau départ est parfois nécessaire pour un club).
Ensuite, direction le centre d’entraînement pour rencontrer les joueurs et diriger ma première séance. J’ai établi un programme à la va-vite sur les recommandations de mon adjoint, en fonction des aspects à travailler en priorité avant le prochain match. Mais je dois admettre que je suis très nerveux. Quelle légitimité j’ai à diriger des joueurs professionnels? Vont-ils au moins me prendre au sérieux?

30 septembre

Le choix de ma première compo d’équipe pour le match de samedi fait émerger les manquements de l’effectif: on a très peu de profondeur sur les postes offensifs, et aucun arrière gauche potable. On ne peut même pas s’aider des joueurs de l’équipe U20: la liste des liste des joueurs inscrits en CPL ne peut plus être modifiée. J’ai l’impression d’arriver dans une équipe en chantier, en plein milieu d’un mercato, sauf qu’on est en toute fin de saison, quoi. Comment cette équipe peut être 2e du championnat?

Un de nos préparateurs, Zivojin, qui m’informe que de nombreux joueurs sont mécontents des séances d’entraînement. Et Daryl, mon adjoint, me propose de recruter un responsable des sciences du sport alors qu’on explose déjà notre budget salarial. Il y a tellement de trucs à penser, et si peu de temps pour tout réaliser. J’ai l’impression d’être dans un perpétuel contre-la-montre pour préparer le match. C’est donc ça, être coach d’une équipe professionnelle?

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bonne chance dans le monde pro et dans ce nouveau club

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