Chapitre 2 – La Table des Requins
La salle de réunion d’AOL Time Warner respirait le luxe et la froideur. Bois verni, moquette épaisse, cadres impeccables. Ric Flair s’y sentait étrangement à l’étroit, chose plutôt étonnante connaissant le personnage.
Deux dirigeants lui faisaient face. Pas de passion, pas de nostalgie. Seulement des chiffres. Ces deux personnes étaient là dans un but précis : stopper l’hémorragie. Une hémorragie un peu particulière, puisque certains secteurs de Time Warner en profitaient pour y glisser leurs pertes. Cela fera l’objet d’un hors-série consacré à ce sujet qui est passionnant, mais long à décrypter.
« Monsieur Flair, » commença l’un d’eux, « la WCW est une entreprise déficitaire. Nous ne voyons aucun intérêt stratégique à la conserver. Monsieur Turner a volontairement masqué les chiffres, mais la réalité est toute autre. »
« Ce que vous voyez comme une ligne comptable, moi je le vois comme une institution. » répondit Ric.
« Une institution qui nous coûte trop cher. » L’un des hommes souffla puis enchaina « Et si vous êtes venu pour nous empêcher de couper les vannes, cela ne sert à rien, la décision a été prise et validé en conseil d’administration. En mars, AOL Time Warner n’aura plus aucun lien avec la compagnie d’Atlanta. »
Ric inspira profondément.
« Très bien. Je comprends que vous souhaitez passer à autre chose. Après réflexion je vous fais une offre claire. Deux millions d’euros. Paiement en deux fois. En échange, je reprends l’intégralité de la compagnie et ce dès le 1er janvier 2021. Qu’en dîtes-vous ? »
Les dirigeants échangèrent un regard.
« Vous êtes conscient que vous récupérez aussi les dettes ? »
« Je le suis. »
« Vous ne pourrez pas revenir en arrière, et nous ne vous proposerons pas de créneaux de diffusion, dans l’immédiat en tout cas. »
« Je l’ai bien compris oui. »
Un silence.
« Très bien » dit finalement l’un des cadres. « Mais nous voulons une chose : une rupture nette. Liberté totale pour vous… mais aucune obligation pour nous. »
Ric Flair hocha la tĂŞte.
« Donnez-moi juste la chance de sauver ce qui peut l’être. »
Les deux hommes étaient agréablement surpris de recevoir cette offre. C’était même un cadeau venu du ciel pour eux car il récupérait 1 millions de dollars, le 31 décembre 2020, et un autre le 31 décembre 2021. Une affaire en or pour une compagnie en déficit.
Les stylos grattèrent le papier. Quand Ric signa à son tour, sa main trembla légèrement. Ce n’était pas la peur. C’était le poids de l’histoire.
La WCW venait de changer de propriétaire.

