UNION SAINT-GILLOISE : QUYWIX FERME LA PORTE
âJâai besoin dâun club qui mâapprend quelque chose.â
Par François Linden â So FOOT
Il y a des gestes qui ne font pas de bruit, mais qui disent tout.
Un carton posé sur une table. Deux médailles retirées du mur. Une porte qui se referme sans claquer.
Dans le bureau de ThĂ©ocharis QuywiX, on nâa pas entendu de cris, ni vu de larmes.
Juste un homme qui sait que le moment est venu.
Le moment de partir.
Ă lâUnion Saint-Gilloise, on croyait encore Ă une prolongation.
AprĂšs un doublĂ© historique, un vestiaire soudĂ©, une identitĂ© de jeu saluĂ©e dans toute lâEurope, comment imaginer que le coach franco-grec tournerait les talons ?
Mais les discussions ont patiné.
Puis elles se sont figées.
Puis elles ont cessé.
Quywix, lui, nâa pas attendu.
Il a déjà choisi son futur club.
Un projet ambitieux, repris par un nouveau propriĂ©taire, avec une philosophie de jeu qui fut lâune des plus respectĂ©es du continent.
Il ne cite pas le nom.
Mais il parle avec la certitude de ceux qui ont déjà franchi la porte.
Dans un entretien exclusif, il revient sur les dĂ©saccords avec la direction, son besoin de changement, et ce qui lâa sĂ©duit dans ce nouveau dĂ©fi.
So FOOT : On a senti que les nĂ©gociations avec lâUnion avaient pris un tournant. Quâest-ce qui a coincĂ© ?
ThĂ©ocharis QuywiX : Ce nâest jamais une seule chose. Mais si je dois ĂȘtre honnĂȘte, câest un dĂ©saccord sportif. Pas sur le jeu, pas sur la philosophie, mais sur la maniĂšre de construire lâĂ©quipe. Jâai senti quâon voulait mâimposer des joueurs au mercato. Et ça, je ne peux pas lâaccepter. Je veux quâon mâimpose des idĂ©es, pas des noms.
SF : Vous parlez du directeur sportif ?
TQ : Oui. On a eu des tensions. Rien de dramatique, mais des visions diffĂ©rentes. Lui voulait accĂ©lĂ©rer, moi je voulais consolider. Lui voulait des profils âopportunitĂ©sâ, moi je voulais des profils âsystĂ©miquesâ. Quand tu commences Ă parler deux langues diffĂ©rentes, tu sais que ça va devenir compliquĂ©.
SF : Vous avez toujours été trÚs analytique dans votre approche du mercato.
TQ : Parce que jâai un parcours de globetrotter. Jâai appris Ă travailler avec peu, avec beaucoup, avec des jeunes, avec des vĂ©tĂ©rans, dans des clubs oĂč tu dois inventer, dans dâautres oĂč tu dois optimiser. En GrĂšce, mes dĂ©buts ont Ă©tĂ© marquĂ©s par la dĂ©brouille. Jâai appris Ă faire jouer des Ă©quipes qui nâavaient rien en commun. Ensuite, jâai voyagĂ©, jâai observĂ©. Jâai passĂ© du temps avec des staffs qui jouaient le football total, dâautres qui vivaient pour la possession, dâautres encore qui ne juraient que par la transition. Jâai essayĂ© de comprendre chaque systĂšme, pas de les copier.
SF : On dit que vous ĂȘtes un entraĂźneur âsynthĂšseâ.
TQ : Peut-ĂȘtre. Je ne crois pas aux dogmes. Je crois aux principes. Je crois quâun entraĂźneur doit apprendre de chaque Ă©cole. Jâai appris de Cruyff, de Gasperini, de Sarri, de Ten Hag, de Bielsa. Pas pour les imiter, mais pour comprendre comment ils pensent. Et ensuite, tu construis ton propre langage.
SF : Vous parlez souvent de votre relation avec les joueurs.
TQ : Câest essentiel. Je suis proche dâeux, mais pas fusionnel. Je veux quâils comprennent pourquoi ils jouent, pourquoi ils ne jouent pas, pourquoi on change. Je ne crois pas Ă lâautoritĂ© verticale. Je crois Ă la responsabilitĂ© partagĂ©e. Quand tu gagnes deux titres avec un groupe, ce nâest pas parce que tu cries plus fort. Câest parce que tu crĂ©es un espace oĂč chacun sait ce quâil doit faire.
SF : Justement, ces deux titresâŠ
TQ : Câest le moment clĂ© de mon passage ici. Pas pour les trophĂ©es en eux-mĂȘmes, mais pour ce quâils ont reprĂ©sentĂ© : une Ă©quipe qui a compris son identitĂ©. Une Ă©quipe qui savait quand presser, quand temporiser, quand accĂ©lĂ©rer. Une Ă©quipe qui jouait avec une maturitĂ© que personne nâattendait. Câest ça, mon vrai travail.
SF : Vous avez déjà choisi votre futur club.
TQ : Oui.
SF : Vous ne pouvez pas en dire plus ?
TQ : Pas encore. Ce nâest pas le moment. Mais je peux dire que câest un club qui veut reconstruire. Un club qui a Ă©tĂ© repris rĂ©cemment. Un club qui a une histoire forte, un style fort, une identitĂ© forte. Un club qui veut redevenir ce quâil a Ă©tĂ©.
SF : On pense forcĂ©ment Ă des clubs comme lâAjax, Lyon, Valencia⊠voire Milan.
TQ : (sourire) Vous ĂȘtes journaliste, câest votre travail de faire des hypothĂšses. Moi, je suis entraĂźneur, câest mon travail de rester discret. Mais disons que ce sont des clubs qui ont marquĂ© le football. Et disons que jâaime les clubs qui ont une histoire Ă raconter.
SF : Vous partez avec quel sentiment ?
TQ : De la gratitude. Et de la lucidité. On a vécu des choses incroyables ici. Mais il faut savoir partir au bon moment. Quand tu sens que tu ne peux plus faire avancer le projet comme tu le voudrais, il faut laisser la place.
SF : Vous partez donc sans amertume ?
TQ : Non. Lâamertume, câest pour ceux qui pensent quâon leur doit quelque chose. Moi, je ne crois pas à ça. Le football, câest du mouvement. Tu arrives, tu construis, tu transmets, et tu pars. Si tu restes trop longtemps, tu tâabĂźmes. Si tu pars trop tĂŽt, tu trahis ton travail. LĂ , câĂ©tait le bon moment.
SF : Vous laissez derriÚre vous un vestiaire trÚs attaché à vous.
TQ : Oui, et câest ce qui rend le dĂ©part difficile. Je suis proche de mes joueurs, mais je ne suis pas leur pĂšre. Je suis quelquâun qui les accompagne, qui les pousse, qui les protĂšge parfois. Ils savent que je pars pour continuer Ă apprendre. Et je pense quâils respectent ça.
SF : Vous avez un mot pour eux ?
TQ : Quâils continuent Ă ĂȘtre exigeants. Avec eux-mĂȘmes, avec le club, avec le jeu. On a gagnĂ© deux titres parce quâils ont acceptĂ© dâĂȘtre inconfortables. Ce nâest pas un hasard. Câest une discipline. Je leur souhaite de ne jamais la perdre.
SF : Et pour les supporters ?
TQ : Je leur souhaite de continuer Ă rĂȘver. LâUnion est un club qui vit Ă travers ses gens. Je leur souhaite de rester fiers, bruyants, exigeants. Et je leur souhaite aussi⊠de ne pas mâen vouloir trop longtemps. (sourire)
SF : Et pour vous, alors ?
TQ : Pour moi ? (il rĂ©flĂ©chit un instant) Je me souhaite de rester curieux. De continuer Ă apprendre. De ne jamais croire que je sais dĂ©jĂ . Et je me souhaite aussi⊠bonne chance. Parce quâon en a tous besoin, mĂȘme les entraĂźneurs.
SF : Bonne chance, donc.
TQ : Oui. Ă lâUnion. Ă moi. Et Ă ceux qui pensent que le football est encore une histoire dâidĂ©es avant dâĂȘtre une histoire de noms.
Il y a dans les dĂ©parts une forme de vĂ©ritĂ© que les arrivĂ©es nâont pas. On quitte rarement par lassitude. On quitte parce quâon sent quâailleurs, quelque chose sâouvre. Parce quâun club se rĂ©veille, quâune institution dĂ©cide enfin de se regarder dans le miroir, quâun projet rĂ©clame un architecte plutĂŽt quâun simple exĂ©cutant. ThĂ©ocharis QuywiX quitte lâUnion avec cette intuition-lĂ : celle que son prochain dĂ©fi sera plus grand que le prĂ©cĂ©dent.
Ce que lâon sait, câest que le club quâil rejoindra a Ă©tĂ© repris rĂ©cemment par un nouveau propriĂ©taire, dĂ©cidĂ© Ă reconstruire aprĂšs des annĂ©es de gestion contestĂ©e. Ce que lâon sait aussi, câest que ce club a longtemps Ă©tĂ© une rĂ©fĂ©rence europĂ©enne, une Ă©cole, une identitĂ©, un style. Et quand on assemble les piĂšces, les possibilitĂ©s prennent forme.
Il y a dâabord lâAjax, ce gĂ©ant nĂ©erlandais qui tente de retrouver son ADN aprĂšs deux saisons de chaos. Nouveau propriĂ©taire amĂ©ricain, direction secouĂ©e, identitĂ© de jeu sacrĂ©e. Pour un coach qui parle de ârĂ©apprendreâ, difficile de faire plus cohĂ©rent.
Il y a ensuite lâOlympique Lyonnais, autre monument en quĂȘte de renaissance. Nouveau propriĂ©taire, rupture avec lâancien rĂ©gime, formation historique, jeu offensif comme religion. Un club qui cherche un architecte plus quâun entraĂźneur.
Il y a aussi Valencia, ce colosse espagnol abĂźmĂ© par des annĂ©es de gestion contestĂ©e, dĂ©sormais au bord dâun rachat. Un stade qui nâa jamais cessĂ© de rĂ©clamer du jeu, une identitĂ© qui ne demande quâĂ ĂȘtre rĂ©veillĂ©e. Le choix le plus romanesque, le plus So Foot.
Et puis, plus surprenant mais tout aussi crĂ©dible, il y a lâAC Milan. Un club mythique, cĂ©dĂ© par RedBird, en pleine transition sportive, oscillant entre hĂ©ritage sacrĂ© et modernitĂ© incertaine. Un club oĂč lâon parle encore de âstyleâ, de âcultureâ, de âjeuâ, mĂȘme quand les rĂ©sultats vacillent. Un club qui cherche un nouveau souffle, un nouveau cycle, un nouveau visage. Pour un entraĂźneur obsĂ©dĂ© par la structure, la verticalitĂ© et la cohĂ©rence, Milan serait un terrain immense â et exigeant.
Quatre destinations possibles. Quatre clubs qui veulent redevenir ce quâils ont Ă©tĂ©. Quatre projets oĂč un entraĂźneur mĂ©thodique, exigeant, obsĂ©dĂ© par la construction, pourrait laisser une empreinte durable.
Quywix ne confirme rien. Il ne dĂ©ment rien non plus. Il sourit Ă peine, comme quelquâun qui sait que la suite est dĂ©jĂ Ă©crite, quelque part entre Amsterdam, Lyon, Valence et Milan.
LâUnion, elle, devra se rĂ©inventer. Sans son architecte, sans son passeur, sans celui qui avait donnĂ© au club une verticalitĂ©, une maniĂšre dâĂȘtre, une respiration. Mais câest aussi cela, le football : des cycles qui sâachĂšvent, des chapitres qui se referment, des pages qui se tournent.
La prochaine page de QuywiX, elle, sâĂ©crira loin de Bruxelles. Dans un club qui veut redevenir une rĂ©fĂ©rence. Dans un club oĂč il pourra apprendre. Dans un club oĂč il pourra grandir.
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