Réponses aux lecteurs
@Rhino une promo clairement pas dégeulasse.
@toopil lui non mais son successeur oui.
La trĂŞve internationale de mars avait ramenĂ© un calme presque irrĂ©el sur le centre d’entraĂ®nement de Vianense. Moins de joueurs, moins de bruit, moins de regards. Un silence qui, pour une fois, ne pesait pas uniquement sur les Ă©paules d’AnĂbal GuimarĂŁes, mais qui semblait s’étendre sur tout le club, comme une respiration fragile entre deux tempĂŞtes.
C’est dans ce silence que le téléphone sonna. C’était Simon.
AnĂbal rĂ©pondit immĂ©diatement. Il n’y avait plus de banalitĂ© dans leurs Ă©changes. Chaque appel portait dĂ©sormais une charge, une menace.
« J’ai trouvé quelque chose » dit Simon, sans détour.
Sa voix était plus grave que d’habitude. Plus lente aussi.
« En Floride… j’ai fait ouvrir la tombe. »
Un instant, le temps sembla se suspendre.
« Et ? »
Un souffle.
« Le cercueil était vide. »
Le monde d’AnĂbal vacilla.
Simon continua, comme s’il savait qu’il devait tout dire d’un bloc pour éviter que la folie ne s’installe trop vite.
« Il y avait une clé USB. Une vidéo. Vera Lynn… “We’ll meet again”. »
Le sang d’AnĂbal ne fit qu’un tour.
Tout. Tout s’alignait.
Le message. La mise en scène. Le goût du symbole. Le défi. Lamar Jackson n’était pas mort. Il s’était effacé. Il avait disparu pour mieux revenir. Et pendant tout ce temps, il avait attendu. Observé. Frappé.
« Je le savais… » murmura AnĂbal, presque dans un souffle Ă©tranglĂ©. « Je le savais… »
Simon tenta d’ajouter une nuance, une distance.
« Il y a autre chose. Dans le cercueil… les mêmes poils de bison rouge. Mais Ani, écoute-moi »
« C’est lui. »
La certitude d’AnĂbal Ă©tait absolue. Totale. InĂ©branlable.
« C’est lui. Depuis le début. Tout est lui. »
« Ou quelqu’un veut te faire croire que c’est lui » répliqua Simon, plus fermement. « La ficelle est énorme. Trop propre. Trop parfaite. »
Mais dĂ©jĂ , AnĂbal n’écoutait plus.
Quarante-huit heures plus tard, il était à Miami.
Sans prévenir. Sans plan clair. Juste cette urgence, cette rage, cette nécessité d’aller au bout. Simon le retrouva là -bas, déjà en mouvement, déjà trop loin pour être ramené en arrière. Il avait continué à creuser. Il avait un nom.
Odell Powells. Ă Baltimore.
« Il s’occupe des parents de Lamar. Et de sa femme » expliqua Simon. « C’est lui qui fait le lien. Mais Ani, on doit encore vérifier. »
« C’est lui » coupa AnĂbal. Ou c’est Lamar derrière lui. Dans tous les cas, on tient quelque chose.
Ils mirent en place une planque. Une maison discrète. Une surveillance silencieuse. Pendant des heures, ils observèrent. Et puis ils le virent.
Un homme.
La carrure. La démarche. Les épaules larges, le port de tête. Même à distance, dans la pénombre d’une rue américaine banale, il y avait quelque chose de troublant.
« Tu vois ? » souffla AnĂbal.
Simon ne rĂ©pondit pas. Parce qu’au fond de lui, il voyait. Et en mĂŞme temps, il doutait. Mais ce doute ne pesa rien face Ă la certitude brĂ»lante d’AnĂbal. Ils suivirent l’homme. Jusqu’à une ruelle.
« Je vais le fumer cet enculé. Pour tout ce qu’il m’a pris. Je vais le faire couiner. » continua Anibal dans une rage qu’il ne contenait plus.
Dans un étroit passage entre deux bâtiments, éclairé par une lumière blafarde. L’homme marchait sans se presser. Il ne semblait pas inquiet. Pas encore.
AnĂbal sortit de l’ombre.
« Lamar. »
L’homme se retourna, surpris.
« What? I don’t… »
Il n’eut pas le temps de finir.
« ArrĂŞte de jouer » cracha AnĂbal, avançant d’un pas. « Je sais que c’est toi. Depuis tout ce temps tu me tortures. Hiroto, Ichi, Ma feeeeeeeeeemmmeeee et mes enfants, fils de pute »
« Tu as osé touché à ma petite Isabel » ajouta t’il en sanglots.
L’homme leva les mains, confus, apeuré.
« I don’t understand, man »
Mais pour AnĂbal, tout Ă©tait dĂ©jĂ Ă©crit. La voix. La silhouette. Le moment.
C’était lui. Alors il tira.
Une première balle. Puis une deuxième. Puis une rafale.
Le bruit claqua dans la ruelle comme une vérité trop longtemps retenue. Le corps s’effondra lourdement sur le bitume. Le silence revint, brutal, irréel.
Simon resta figé une seconde. Puis deux. Terrifié par ce qu’était devenu Anibal.
Putain… Ani… qu’est-ce que t’as fait…
Mais AnĂbal, lui, ne bougeait plus. Il regardait le corps comme on regarde un fantĂ´me qui finit par redevenir chair. Il tremblait lĂ©gèrement. Pas de peur. D’autre chose. D’apaisement.
Ils firent disparaĂ®tre le corps rapidement. Les rĂ©flexes anciens reprirent le dessus. Simon appela ses contacts, organisa, nettoya, effaça. Pendant ce temps, AnĂbal s’était assis sur le capot de sa Dodge Charger, les yeux perdus dans le vide, comme vidĂ© d’un poids trop longtemps portĂ©.
C’est fini… murmura-t-il.
Mais ce n’était pas fini. Pas du tout. Quelques minutes plus tard, Simon trouva le portefeuille.
Une photo. Un jeune homme. Avec une femme. Et un enfant. Puis une lettre.
Du sang séché sur les bords. L’écriture tremblée. Signée.
Lamar.
Les mots étaient simples. Terribles.
Il s’excusait. D’avoir tenu son fils à l’écart. De l’avoir laissé grandir dans l’ombre.
De ne pas avoir su être là . Il lui demandait de prendre soin de sa mère. De profiter de ce qu’il lui laissait.
Simon sentit le sol se dĂ©rober sous ses pieds. Il releva lentement les yeux vers AnĂbal.
« Ani… »
Sa voix se brisa.
« C’était pas lui. »
Le silence qui suivit fut d’une violence absolue.
« C’était son fils. »
AnĂbal ne rĂ©pondit pas. Il ne bougea pas non plus. Comme si son corps refusait d’enregistrer l’information.
On vient de tuer un innocent.
Les mots restèrent suspendus entre eux, lourds, impossibles à contourner. Cette fois, il n’y avait plus d’ennemi. Plus de justification. Plus de récit. Juste une erreur.
Irréparable.
AnĂbal ferma les yeux. Lentement. Très lentement. Et pour la première fois depuis longtemps, ce ne fut ni la rage ni la douleur qui prirent le dessus. Ce fut le vide. Un vide profond, glacial, dĂ©finitif. Simon, lui, comprit immĂ©diatement. Rien ne serait plus jamais comme avant.
Ils n’étaient plus seulement des hommes en quête de vérité. Ils venaient de devenir autre chose.
Et cette fois, il n’y aurait aucun retour en arrière.
