Réponses aux lecteurs
@Rhino toujours ces sales rats ![]()
@celiavalencia c’est une vérité. La dernière fois c’était Benfica y’a 80 ans ![]()
@alexgavi c’est ça bientôt on va nous dire qu’on est chargé comme Armstrong.
@toopil c’est le recto chef y’a le verso. C’est comm quand tu lit ton journal au café en vrai. Les pornos tu les lis (regardes) pas en public mon salaud, enfin j’espère
En plus c’est chiant ça colle après ![]()
Dans le vacarme grandissant autour de la domination de Vianense, deux voix finirent par se lever. Pas celles d’AnĂbal, trop Ă©loignĂ© dĂ©sormais des dĂ©bats mĂ©diatiques ordinaires. Pas celles d’Ilaix ou de JoĂŁo, trop directement liĂ©s Ă la dĂ©fense institutionnelle du club. Cette fois, ce furent Ganso et Victor GuimarĂŁes qui prirent la parole, presque naturellement, comme si le vestiaire avait senti qu’il devait rĂ©pondre lui-mĂŞme Ă ce malaise venu d’Espagne, d’Angleterre et de tous ces plateaux oĂą l’on commençait Ă trouver suspect qu’un club portugais gagne trop souvent.
Le plus frappant fut leur calme.
Ganso, d’abord, intervint dans une émission brésilienne, à distance, depuis Viana. Son retour au club avait déjà touché les supporters, parce qu’il ne ressemblait pas à une opération de carrière. Il avait quitté Leipzig pour six mois, sans garantie absolue de statut, simplement parce que le moment l’appelait. Et lorsqu’on lui demanda pourquoi tant de joueurs revenaient ou restaient dans un club que certains médias décrivaient désormais comme étouffant pour la concurrence, il sourit avec une douceur presque triste.
« Parce que ceux qui parlent de Vianense depuis l’extérieur ne comprennent pas ce que c’est » répondit-il. « Ils voient les titres, les scores, l’argent, les noms. Mais ils ne voient pas la maison. »
Le mot resta. La maison.
Ganso expliqua que Vianense n’était pas seulement une Ă©quipe dominante. C’était un lieu oĂą beaucoup avaient grandi, Ă©chouĂ©, recommencĂ©. Un club oĂą les joueurs n’étaient pas seulement des actifs Ă valoriser, mais des trajectoires que l’on accompagnait parfois depuis l’enfance. Il parla de son propre parcours, de son arrivĂ©e jeune Ă Viana, de la manière dont AnĂbal l’avait accueilli, lui et Victor, comme deux garçons Ă construire avant d’être deux footballeurs Ă exposer.
« Quand vous avez mangé à la table des gens, quand vous avez grandi dans leurs couloirs, quand vous avez vu ce club passer de presque rien au sommet du monde, vous ne regardez plus les offres étrangères de la même façon. Bien sûr qu’elles existent. Bien sûr qu’elles font réfléchir. Mais ici, gagner a un goût différent. »
Victor, lui, prit la parole le lendemain dans un entretien accordé à la télévision portugaise. Son visage était encore marqué par les derniers mois, mais il parlait avec plus de stabilité qu’au début de saison. Il avait retrouvé du jeu, un peu de lumière, et surtout cette autorité étrange qui naît parfois chez ceux que la vie a forcés à vieillir trop vite.
Lorsqu’on lui demanda si la domination de Vianense n’était pas devenue malsaine, il ne se braqua pas. Il eut même un léger rire.
« Malsaine pour qui ? Pour ceux qui ne gagnent pas ? »
La journaliste sourit, surprise par la franchise.
Victor reprit plus posément.
« Je comprends que ça agace. Quand un club gagne beaucoup, les gens cherchent toujours une raison de trouver ça anormal. Mais la vérité, c’est que Vianense a travaillé pendant des années pour arriver là . On parle souvent des anciens revenus cette saison, mais la plupart des cadres sont nés ici, dans la région, ou ont grandi au club. Ce n’est pas une équipe achetée en six mois. C’est une équipe construite sur quinze ans. »
Il cita les noms sans chercher l’effet : Francisco Maior, Luis Almeida, Bruno Santana, Renato Pacheco, Carlos Simões, Mamadu, les anciens revenus pour aider, les jeunes qui poussaient encore derrière. À l’entendre, Vianense n’était pas une anomalie financière, mais une accumulation de fidélités, de formations réussies, de paris gagnés, de choix parfois douloureux.
« Quand vous êtes d’ici, ou quand ce club vous a donné votre chance, vous n’avez pas forcément envie de partir juste parce qu’un club plus riche vous appelle » ajouta Victor. « Nous, on veut gagner ici. Encore. Et encore. »
Cette phrase fit beaucoup réagir.
En Espagne, certains y virent de l’arrogance. En Angleterre, on parla d’un discours romantique masquant une puissance devenue Ă©crasante. Ă€ Viana, en revanche, elle fut reçue comme une Ă©vidence. Les supporters comprenaient exactement ce que Victor voulait dire. Depuis le dĂ©but de l’ère AnĂbal, le club avait grandi sans jamais totalement perdre son centre de gravitĂ©. MĂŞme au sommet du monde, mĂŞme avec des Ballons d’Or, des champions du monde et des retours de stars, Vianense continuait de se raconter comme un foyer avant de se vendre comme une marque.
Ganso et Victor n’avaient pas cherché à faire taire les critiques. Ils avaient simplement rappelé ce que beaucoup refusaient d’entendre : cette domination n’était pas née d’un accident. Elle venait d’une culture. D’un lien. D’un sentiment d’appartenance suffisamment fort pour que certains joueurs refusent des ponts d’or, que d’autres reviennent après des années, et que les meilleurs veuillent encore écrire l’histoire là où ils l’avaient commencée.
Au fond, leur message était limpide.
Vianense ne gagnait pas parce qu’il empêchait ses joueurs de partir.
Il gagnait parce que, pour beaucoup d’entre eux, partir aurait signifié perdre quelque chose de plus précieux qu’un contrat.
Et dans une saison oĂą AnĂbal parlait moins que jamais, ce furent finalement ses fils de football qui expliquèrent le mieux son Ĺ“uvre.
