Réponses aux lecteurs
@ozTao l’adversaire cette saison c’est Anibal lui même.
@Tilo82 envois moi ta femme
Mais oui on a pas le temps.
@toopil range ton membre.
@rhino c’est ça pour l’instant on arrive pas à le reconcentrer.
@gwendil35 tu sous entends qu’il deviens fou ? ![]()
La trĂŞve internationale d’octobre avait vidĂ© Vianense d’une bonne partie de ses forces vives. Comme souvent dans les grands clubs, le centre d’entraĂ®nement semblait respirer autrement quand les internationaux partaient rejoindre leurs sĂ©lections. Les vestiaires Ă©taient plus calmes, les terrains moins chargĂ©s, les sĂ©ances plus courtes et plus ciblĂ©es. Pour beaucoup d’entraĂ®neurs, ce genre de parenthèse avait quelque chose de frustrant. Pour AnĂbal GuimarĂŁes, ces jours-lĂ ressemblaient presque Ă des pièges : trop de silence pour penser Ă autre chose, pas assez de bruit pour Ă©touffer ce qui revenait sans cesse.
Ce matin-lĂ , pourtant, il s’était montrĂ© un peu plus impliquĂ©. Avec Diego Mauricio, il animait une sĂ©ance lĂ©gère pour les quelques joueurs restĂ©s au club. Quelques circuits techniques, des exercices de placement, des corrections brèves. AnĂbal parlait peu, mais il parlait juste. On sentait chez lui cette manière Ă©trange d’être Ă moitiĂ© revenu, Ă moitiĂ© encore retenu ailleurs.
Puis son téléphone vibra.
Il regarda l’écran, se figea une seconde, puis s’éloigna du terrain sans rien dire. Diego prit naturellement le relais. AnĂbal, lui, marcha jusqu’au fond du centre, près de la zone vidĂ©o, lĂ oĂą le bruit des frappes se dissipait enfin.
C’était Simon Moya via transmission hologramme.
Sa voix arrivait avec un léger décalage, couverte par le grondement lointain d’un aéroport.
« Je suis à Dubaï » dit-il sans préambule. « J’attends une correspondance pour Louisville. »
AnĂbal ne rĂ©pondit pas tout de suite. Il connaissait Simon depuis trop longtemps pour demander pourquoi il appelait depuis DubaĂŻ en route vers les États-Unis. Si Simon appelait dans ces conditions, c’est qu’il tenait quelque chose.
« Parle. »
À l’autre bout du fil, Simon laissa passer un court silence, comme pour savourer la gravité de ce qu’il allait annoncer.
« L’argent que tu as mis pour les analyses complémentaires… il a servi. »
« Au Japon, sur le site de l’explosion qui a tué Ichiban, ils ont retrouvé des résidus. Des traces d’accélérants. »
« Les mêmes que ceux trouvés dans ta villa cet été. »
Cette fois, AnĂbal ne bougea plus du tout.
Le centre d’entraînement derrière lui semblait déjà loin. Les plots, les consignes, le football, tout s’effaçait brutalement.
« Tu es sûr ? » demanda-t-il, la voix basse.
« Oui. Sûr. »
Simon reprit immĂ©diatement, plus rapide dĂ©sormais, comme s’il fallait empĂŞcher AnĂbal de penser trop fort.
« Ce n’est pas tout. Grâce à quelques réseaux parallèles, j’ai mis la main sur une société basée aux États-Unis. Elle a passé des commandes étranges l’an dernier, puis exporté cette substance au Portugal et au Japon. »
« Ce n’est pas une coïncidence. Les deux événements sont liés. »
AnĂbal ferma les yeux.
Ichiban. La villa. Le feu. Tout se recollait d’un coup dans un puzzle qu’il avait espéré incohérent, tant la vérité devenait insupportable à mesure qu’elle prenait forme.
« Donne-moi le nom » souffla-t-il. « Je te rejoins. »
Simon le coupa immédiatement.
« Non. » Le mot claqua sec. « Tu ne bouges pas. »
AnĂbal ouvrit les yeux, brutalement rappelĂ© Ă sa propre colère.
« Simon, arrête. Si on a enfin un fil. »
« Ce n’est pas un fil, c’est une piste » répondit l’autre avec fermeté. « Et toi, tu es beaucoup trop exposé pour débarquer maintenant là -dedans comme un homme en deuil qui veut se venger. »
Le mot Ă©tait sorti. Venger. AnĂbal ne le corrigea pas.
« Tu ne comprends pas » lâcha-t-il, cette fois la voix chargée d’une rage sourde. « S’ils ont lié Ichiban à eux… s’ils ont touché ma famille… »
« Je comprends très bien » le coupa Simon. « Justement parce que je comprends, je te dis de rester au Portugal. »
Il marqua une pause, puis baissa légèrement le ton.
« Écoute-moi bien. Si tu quittes le pays maintenant, si tu commences à bouger dans ton état, tu vas alerter tout le monde. Les autorités. Ceux d’en face. Et tu ne trouveras rien, parce qu’ils auront tout nettoyé avant que tu mettes un pied là -bas. »
AnĂbal serra la mâchoire. On aurait dit qu’il cherchait physiquement Ă retenir quelque chose qui menaçait d’exploser.
« Qu’est-ce que tu as d’autre ? »
« Pas encore assez. Mais j’ai aussi retrouvé quelque chose d’étrange dans les rapports. Des poils de bison teints en rouge. »
Cette fois, mĂŞme AnĂbal resta silencieux.
« Quoi ? »
« Je te dis ce que j’ai. Des poils de bison, teints en rouge. Je n’ai pas encore l’origine, mais ce n’est pas tombé là par hasard. »
Le coach passa une main sur son visage. La fatigue, le deuil, la rage, tout semblait remonter en même temps. Pendant une seconde, Simon eut l’impression de l’entendre respirer plus fort, comme s’il luttait contre lui-même.
« Simon… » Le prénom sortit presque comme une supplique. « Si on tient enfin quelque chose, je ne vais pas rester assis à regarder. »
« Tu vas faire exactement ça » répondit Simon. « Tu vas rester assis, continuer le football, faire croire que tu ne sais rien, et me laisser avancer. »
Puis il ajouta, plus bas : « Tu n’as pas besoin d’être sur place pour être dangereux, Ani. Tu as besoin d’être patient. »
Cette phrase-là le calma un peu. Pas totalement. Assez pour qu’il ne parle plus de prendre l’avion dans l’heure.
Au loin, depuis le terrain, on entendait Diego Mauricio rappeler un exercice. Le son sembla revenir de très loin. AnĂbal Ă©tait toujours debout au mĂŞme endroit, mais son monde venait Ă nouveau de bouger.
« Tu me tiens au courant de tout » dit-il finalement.
« De tout » confirma Simon. « Et toi, tu restes propre. Pour le moment. »
L’appel se coupa. AnĂbal resta seul quelques secondes, le tĂ©lĂ©phone encore dans la main. Quand il releva enfin les yeux vers les terrains, il n’avait plus tout Ă fait le mĂŞme visage qu’une minute plus tĂ´t. La douleur Ă©tait toujours lĂ , Ă©videmment. Mais quelque chose de plus froid venait de s’y ajouter.
Une direction. Pas encore un nom. Pas encore un visage. Mais une direction. Et dans l’état où il se trouvait, c’était peut-être encore plus dangereux.
