:storygold: :s26: 🇵🇹 :vianense: O Leão de Lisboa

Réponses aux lecteurs

@FC_Guimaraes

@ozTao l’adversaire cette saison c’est Anibal lui même.

@Tilo82 envois moi ta femme :hoho: Mais oui on a pas le temps.

@toopil range ton membre.

@rhino c’est ça pour l’instant on arrive pas à le reconcentrer.

@gwendil35 tu sous entends qu’il deviens fou ? :sac:

- Le démon de minuit -

La trêve internationale d’octobre avait vidé Vianense d’une bonne partie de ses forces vives. Comme souvent dans les grands clubs, le centre d’entraînement semblait respirer autrement quand les internationaux partaient rejoindre leurs sélections. Les vestiaires étaient plus calmes, les terrains moins chargés, les séances plus courtes et plus ciblées. Pour beaucoup d’entraîneurs, ce genre de parenthèse avait quelque chose de frustrant. Pour Aníbal Guimarães, ces jours-là ressemblaient presque à des pièges : trop de silence pour penser à autre chose, pas assez de bruit pour étouffer ce qui revenait sans cesse.

Ce matin-là, pourtant, il s’était montré un peu plus impliqué. Avec Diego Mauricio, il animait une séance légère pour les quelques joueurs restés au club. Quelques circuits techniques, des exercices de placement, des corrections brèves. Aníbal parlait peu, mais il parlait juste. On sentait chez lui cette manière étrange d’être à moitié revenu, à moitié encore retenu ailleurs.

Puis son téléphone vibra.

Il regarda l’écran, se figea une seconde, puis s’éloigna du terrain sans rien dire. Diego prit naturellement le relais. Aníbal, lui, marcha jusqu’au fond du centre, près de la zone vidéo, là où le bruit des frappes se dissipait enfin.

C’était Simon Moya via transmission hologramme.

Sa voix arrivait avec un léger décalage, couverte par le grondement lointain d’un aéroport.

« Je suis Ă  DubaĂŻ Â» dit-il sans prĂ©ambule. « J’attends une correspondance pour Louisville. Â»

Aníbal ne répondit pas tout de suite. Il connaissait Simon depuis trop longtemps pour demander pourquoi il appelait depuis Dubaï en route vers les États-Unis. Si Simon appelait dans ces conditions, c’est qu’il tenait quelque chose.

« Parle. Â»

À l’autre bout du fil, Simon laissa passer un court silence, comme pour savourer la gravité de ce qu’il allait annoncer.

« L’argent que tu as mis pour les analyses complĂ©mentaires… il a servi. Â»

« Au Japon, sur le site de l’explosion qui a tuĂ© Ichiban, ils ont retrouvĂ© des rĂ©sidus. Des traces d’accĂ©lĂ©rants. Â»

« Les mĂŞmes que ceux trouvĂ©s dans ta villa cet Ă©tĂ©. Â»

Cette fois, AnĂ­bal ne bougea plus du tout.

Le centre d’entraînement derrière lui semblait déjà loin. Les plots, les consignes, le football, tout s’effaçait brutalement.

« Tu es sĂ»r ? Â» demanda-t-il, la voix basse.

« Oui. SĂ»r. Â»

Simon reprit immédiatement, plus rapide désormais, comme s’il fallait empêcher Aníbal de penser trop fort.

« Ce n’est pas tout. Grâce Ă  quelques rĂ©seaux parallèles, j’ai mis la main sur une sociĂ©tĂ© basĂ©e aux États-Unis. Elle a passĂ© des commandes Ă©tranges l’an dernier, puis exportĂ© cette substance au Portugal et au Japon. Â»

« Ce n’est pas une coĂŻncidence. Les deux Ă©vĂ©nements sont liĂ©s. Â»

AnĂ­bal ferma les yeux.

Ichiban. La villa. Le feu. Tout se recollait d’un coup dans un puzzle qu’il avait espéré incohérent, tant la vérité devenait insupportable à mesure qu’elle prenait forme.

« Donne-moi le nom Â» souffla-t-il. « Je te rejoins. Â»

Simon le coupa immédiatement.

« Non. Â» Le mot claqua sec. « Tu ne bouges pas. Â»

Aníbal ouvrit les yeux, brutalement rappelé à sa propre colère.

« Simon, arrĂŞte. Si on a enfin un fil. Â»

« Ce n’est pas un fil, c’est une piste Â» rĂ©pondit l’autre avec fermetĂ©. « Et toi, tu es beaucoup trop exposĂ© pour dĂ©barquer maintenant lĂ -dedans comme un homme en deuil qui veut se venger. Â»

Le mot était sorti. Venger. Aníbal ne le corrigea pas.

« Tu ne comprends pas Â» lâcha-t-il, cette fois la voix chargĂ©e d’une rage sourde. « S’ils ont liĂ© Ichiban Ă  eux… s’ils ont touchĂ© ma famille… Â»

« Je comprends très bien Â» le coupa Simon. « Justement parce que je comprends, je te dis de rester au Portugal. Â»

Il marqua une pause, puis baissa légèrement le ton.

« Ă‰coute-moi bien. Si tu quittes le pays maintenant, si tu commences Ă  bouger dans ton Ă©tat, tu vas alerter tout le monde. Les autoritĂ©s. Ceux d’en face. Et tu ne trouveras rien, parce qu’ils auront tout nettoyĂ© avant que tu mettes un pied lĂ -bas. Â»

Aníbal serra la mâchoire. On aurait dit qu’il cherchait physiquement à retenir quelque chose qui menaçait d’exploser.

« Qu’est-ce que tu as d’autre ? Â»

« Pas encore assez. Mais j’ai aussi retrouvĂ© quelque chose d’étrange dans les rapports. Des poils de bison teints en rouge. Â»

Cette fois, mĂŞme AnĂ­bal resta silencieux.

« Quoi ? Â»

« Je te dis ce que j’ai. Des poils de bison, teints en rouge. Je n’ai pas encore l’origine, mais ce n’est pas tombĂ© lĂ  par hasard. Â»

Le coach passa une main sur son visage. La fatigue, le deuil, la rage, tout semblait remonter en même temps. Pendant une seconde, Simon eut l’impression de l’entendre respirer plus fort, comme s’il luttait contre lui-même.

« Simon… Â» Le prĂ©nom sortit presque comme une supplique. « Si on tient enfin quelque chose, je ne vais pas rester assis Ă  regarder. Â»

« Tu vas faire exactement ça Â» rĂ©pondit Simon. « Tu vas rester assis, continuer le football, faire croire que tu ne sais rien, et me laisser avancer. Â»

Puis il ajouta, plus bas : « Tu n’as pas besoin d’être sur place pour ĂŞtre dangereux, Ani. Tu as besoin d’être patient. Â»

Cette phrase-là le calma un peu. Pas totalement. Assez pour qu’il ne parle plus de prendre l’avion dans l’heure.

Au loin, depuis le terrain, on entendait Diego Mauricio rappeler un exercice. Le son sembla revenir de très loin. Aníbal était toujours debout au même endroit, mais son monde venait à nouveau de bouger.

« Tu me tiens au courant de tout Â» dit-il finalement.

« De tout Â» confirma Simon. « Et toi, tu restes propre. Pour le moment. Â»

L’appel se coupa. Aníbal resta seul quelques secondes, le téléphone encore dans la main. Quand il releva enfin les yeux vers les terrains, il n’avait plus tout à fait le même visage qu’une minute plus tôt. La douleur était toujours là, évidemment. Mais quelque chose de plus froid venait de s’y ajouter.

Une direction. Pas encore un nom. Pas encore un visage. Mais une direction. Et dans l’état où il se trouvait, c’était peut-être encore plus dangereux.

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