:storygold: :s26: 🇵🇹 :vianense: O Leão de Lisboa

Réponses aux lecteurs

@FC_Guimaraes

@toopil la domination semble infinie.

@CaptainAmericka c’est ça le groupe reste dans son euphorie même si son coach est moins concerné.

@alexgavi oui forcément l’argent a coulé à flot. C’est sur que la bonne série aide à camoufler le fait qu’Anibal soit moins concerné.

- Dans les ténèbres tout bascula -

À Vianense, les murs avaient toujours entendu plus de choses qu’ils n’en répétaient. Les clubs de football fonctionnent ainsi : on croit que tout se décide sur les terrains, dans les bureaux ou devant les caméras, mais la vérité circule souvent ailleurs, dans les couloirs, dans les vestiaires vides, dans les mains qui rangent les plots, nettoient les salles, ferment les portes après tout le monde. Et lorsque le quotidien d’un club déjà chargé d’ombres bascule encore un peu, ce sont rarement les grandes voix qui lancent la rumeur. Ce sont les petites.

À l’approche de la trêve internationale, Aníbal Guimarães fut aperçu au centre d’entraînement en compagnie de Simon Moya. La nouvelle, en soi, suffisait déjà à surprendre. Depuis son intégration inattendue dans le staff, Simon était resté invisible. Son nom circulait, bien sûr. Son rôle intriguait. Sa présence pesait. Mais peu de gens l’avaient réellement vu. Il apparaissait comme une silhouette périphérique, un homme dont tout le monde savait qu’il était là sans jamais pouvoir dire exactement à quoi il servait.

Ce matin-là, pourtant, plusieurs membres du personnel affirmèrent l’avoir croisé. Rien de spectaculaire. Un échange rapide à l’entrée du bâtiment principal. Un passage discret vers les bureaux. Une marche lente, presque lourde, côte à côte avec Aníbal. Deux hommes qui n’avaient pas besoin de parler fort pour imposer le silence autour d’eux.

La vraie secousse vint plus tard.

Comme souvent, elle ne naquit pas d’un article, ni d’une fuite organisée, mais d’une indiscrétion mal contenue. Un magasinier aurait vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû. Il l’aurait raconté à une diététicienne, qui en aurait parlé à une femme de ménage, laquelle l’aurait glissé à quelqu’un d’autre avant que tout le centre n’en bruisse à demi-mot. Rien de vérifiable. Tout de plausible. Et surtout, quelque chose de trop lourd pour rester longtemps à l’état de simple chuchotement.

On racontait qu’au cours d’une nuit sans histoire apparente, dans les ténèbres calmes d’un mois de septembre encore tiède, Simon Moya avait été aperçu en train de remettre une arme à Aníbal.

Pas n’importe quelle arme.

Selon les rumeurs, il s’agissait de ce fameux glock en or massif qui avait déjà traversé, comme une légende noire, le passage japonais d’Aníbal à Nagoya. L’arme que certains prétendaient liée depuis plus de treize ans à l’affaire jamais élucidée du meurtre d’Ezekiel Reyes, l’ancien jefe du cartel Gallindo. Une pièce presque mythologique désormais. Trop voyante pour être oubliée. Trop chargée d’histoires pour réapparaître par hasard.

Le détail paraissait absurde. Donc crédible.

Car dans l’univers trouble qui gravitait depuis des années autour d’Aníbal Guimarães, le réel avait cessé d’obéir aux proportions habituelles. Un pistolet en or massif. Un ancien joueur devenu homme d’ombre. Un coach endeuillé, toujours debout mais de moins en moins éloigné de sa propre colère. Tout cela, mis bout à bout, formait quelque chose de grotesque pour un esprit sain, et d’étrangement cohérent pour quiconque suivait l’histoire depuis assez longtemps.

Ce qui glaça véritablement le club, ce ne fut pas tant l’objet que les mots qui auraient accompagné le geste.

Le magasinier, ou du moins la version qu’il donna de la scène, prétendit avoir entendu Simon dire à Aníbal :

« Nous avions une piste sérieuse pour ce que tu sais… et regarde ce que j’ai pu te faire venir au pays. »

La phrase, répétée de bouche en bouche, se déforma légèrement, mais conserva sa structure. Une piste sérieuse. Ce que tu sais. Te faire venir au pays. Rien n’était nommé, et c’est justement cela qui rendait l’ensemble plus inquiétant encore. À Vianense, plus personne ne parlait franchement de l’incendie, de la famille, du corbeau, des menaces. On avait appris à contourner les mots. À désigner les ténèbres sans jamais les nommer de face.

Lorsque la rumeur remonta finalement jusqu’aux oreilles d’Ilaix Moriba, il entra dans une colère froide. Pas celle qui explose. Celle qui enferme. Il convoqua discrètement plusieurs employés, recolla les morceaux, chercha les contradictions, les versions incompatibles, les détails impossibles. Sans résultat clair. L’histoire restait insaisissable, à la fois trop précise pour être entièrement inventée et trop floue pour devenir une vérité.

JoĂŁo Infante, lui, ne rit pas une seconde.

Il connaissait Simon, il avait joué avec à Valladolid. Il connaissait surtout Aníbal. Et il savait qu’au point où en était son ami, certaines lignes autrefois impensables commençaient à se brouiller dangereusement. Pas parce qu’Aníbal était devenu fou. Justement parce qu’il ne l’était pas. Parce qu’il restait assez lucide pour souffrir pleinement de ce qu’il avait perdu, et assez rongé pour envisager des chemins qu’il aurait autrefois méprisés.

Le plus troublant, au fond, fut le silence d’Aníbal lui-même.

Il ne démentit rien. Il ne confirma rien. Il continua d’avancer dans le centre comme si la rumeur n’existait pas.

Mais chez certains, ce mutisme prit une autre saveur. Le coach ne semblait plus seulement habité par son deuil. Il paraissait glisser vers quelque chose de plus sombre. Une forme de résolution. Une idée fixe qui, nuit après nuit, cherchait peut-être moins la justice que la possibilité d’un visage, d’un nom, d’une cible.

Vianense venait de retrouver sa puissance sur le terrain. Dans ses coulisses, en revanche, l’air devenait de plus en plus irrespirable.

Et pour la première fois depuis longtemps, certains employés commencèrent à se demander non pas si Aníbal allait tenir, mais jusqu’où il serait prêt à aller s’il trouvait enfin ce qu’il cherchait.

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