Réponses aux lecteurs
@Rhino oui logique. C’est dommage aussi en vrai car il a un vrai potentiel. Meilleur buteur de 2.Bundesliga, meilleur buteur de Liga Meu Super avec Estoril. Je pense y’avais quelque chose à faire avec.
Le mercato avançait Ă pas lourds, saturĂ© de rumeurs, d’offres indĂ©centes et de conversations hachĂ©es par la mĂ©fiance ambiante. Pendant que Vianense travaillait en coulisses sur les dossiers destinĂ©s Ă renforcer l’équipe première, AnĂbal avait demandĂ© un point prĂ©cis. Un point qu’il jugeait plus important que tous les autres.
Les jeunes. Il avait convoquĂ© Ilaix Moriba en fin d’après-midi, dans ce bureau qu’il connaissait par cĹ“ur, oĂą chaque trophĂ©e semblait dĂ©sormais le regarder autrement. Moins comme un hommage, plus comme un rappel. AnĂbal ne s’attarda pas sur les chiffres ni sur les options d’achat. Il voulait comprendre, sentir, anticiper.
« Je veux être dedans » avait-il dit calmement. « Pas juste signer des accords. »
Ilaix acquiesça sans discuter. Il savait que ce sujet-lĂ touchait quelque chose de profond chez AnĂbal. Vianense n’était pas devenu ce qu’il Ă©tait par hasard. Le club avait bâti sa lĂ©gende sur des trajectoires humaines avant de bâtir des palmarès.
João Infante les rejoignit rapidement. Comme toujours, il entra sans frapper. Comme toujours, il comprit sans qu’on ait besoin de lui expliquer. Les prêts, à Viana, n’étaient jamais des solutions par défaut. C’étaient des choix structurants. Des carrefours.
AnĂbal insista. Chaque jeune devait choisir un projet. Pas un salaire. Pas un nom. Un endroit oĂą l’on jouerait. OĂą l’on Ă©chouerait parfois. OĂą l’on apprendrait surtout.
« Un prêt raté peut briser une carrière » rappela-t-il. « Un bon prêt peut la sauver »
Alors ils prirent le temps. Un par un.
Tiago Domingos d’abord, encore tiraillĂ© entre la fiertĂ© de porter ce maillot et la frustration de ne pas avoir sa chance. Mamadou Yao ensuite, trop talentueux pour stagner, trop brut encore pour le très haut niveau. Ruben MaurĂcio, partagĂ© entre l’ambition et la peur de disparaĂ®tre. Ebenezer Anane, sĂ©rieux, silencieux, conscient que son avenir dĂ©pendrait des mois Ă venir. James Gabriel, enfin, encore un peu perdu dans ce monde devenu brutal.
Les discussions se faisaient sans micros. Sans agents. Sans promesses irrĂ©alistes. AnĂbal parlait peu, mais quand il le faisait, chaque mot pesait.
Il racontait ses propres débuts. Les erreurs. Les mauvais choix. Les moments où un simple entraîneur avait changé une trajectoire. João complétait. Ilaix sécurisait. Ensemble, ils dessinaient des chemins possibles.
Certains jeunes repartirent soulagĂ©s. D’autres troublĂ©s. Tous repartirent respectĂ©s. Ce soir-lĂ , AnĂbal resta longtemps seul dans le bureau après leur dĂ©part. Il regarda les dossiers empilĂ©s. Des noms. Des visages. Des futurs. Il se dit que, malgrĂ© tout, malgrĂ© le feu, malgrĂ© la perte, malgrĂ© le doute…
Il y avait encore quelque chose à protéger. Former. Transmettre. Préparer l’après. Parce que le football, quand tout s’effondre, ne sert peut-être plus à gagner.
Mais il sert encore Ă donner une direction.
