Réponses aux lecteurs
@Rhino j’aimerais mais faudrait que je teste un dispositif à deux buteurs pour le faire cohabiter avec Mamadu.
@CaptainAmericka l’avenir nous le dira. C’est compliqué. Il a 20 ans, il est champion du monde il gagne tout dans un championnat que son club domine de la tête et des épaules.
La saison avançait au Portugal avec cette impression trompeuse de normalité, faite de routines maîtrisées, d’entraînements millimétrés et de conférences de presse policées. À Viana, le soleil déclinait doucement derrière les tribunes lorsque Aníbal quitta le terrain, encore habité par les automatismes du jour. Les joueurs étaient rentrés, le centre s’était vidé de son bruit familier, et il savourait ce court instant de silence quand son téléphone vibra. Le numéro affiché le fit s’arrêter net. Juan Sebastián Anaya. Un nom qui n’appelait jamais pour rien.
La voix de son ancien joueur, jadis façonné entre Envigado et Palmeiras, était méconnaissable. Elle tremblait, lourde d’un mélange de fatigue et de peur contenue. Anaya ne tourna pas autour du sujet. Il expliqua qu’il avait lui-même reçu un appel, quelques heures plus tôt. Les autorités colombiennes venaient de retrouver les corps de Coco Cruz et de Sofia Félix, son père et sa mère adoptive avec qui ils n’avaient plus de contacts, les deux têtes pensantes du cartel Gallindo-Félix. Un règlement de comptes, apparemment. Un deal de drogue qui avait mal tourné. Les mots sortaient vite, trop vite, comme s’il craignait de manquer d’air. Mais ce n’était pas la mort qui l’effrayait le plus. C’était ce qui avait disparu ensuite.
Anaya marqua une pause, puis lâcha l’essentiel, presque à voix basse. L’arsenal du cartel. Les armes, les véhicules blindés, les stocks, les hommes. Tout s’était volatilisé. Aucun communiqué, aucune trace, comme si la structure entière s’était dissoute en une nuit. Aníbal sentit un froid remonter le long de sa nuque. Il connaissait trop bien ce silence-là. Ce genre de vide n’était jamais synonyme de fin, mais de mutation. Il répondit lentement, pesant chaque mot, et finit par dire ce qu’il n’osait plus formuler depuis des semaines : il avait peur.
Il énuméra sans les nommer vraiment, comme on récite une litanie pour tenter de lui donner du sens. Les clés USB apparues comme des avertissements. La mort d’Afonso, trop sale, trop symbolique pour être un simple accident. Les menaces anonymes, toujours les mêmes mots, la même chanson. L’accident sur le tournage de Yessica, la doublure morte, le message laissé derrière comme une signature macabre. Tout s’imbriquait désormais avec une clarté effrayante. Quelque chose avançait dans l’ombre, méthodique, patient, et cela dépassait largement le football, les rivalités ou les anciennes querelles.
Anaya ne tenta même pas de le rassurer. Il partageait cette angoisse, cette certitude que la mort de ses parents n’était pas un point final mais une bascule. Il parla d’hommes sans visages, de dettes de sang, de promesses faites dans des langues que personne ne comprenait vraiment. Il confia qu’il ne se sentait plus en sécurité nulle part, et qu’Aníbal, malgré lui, faisait désormais partie de cette équation dangereuse. Quand l’appel prit fin, le silence revint, plus lourd encore qu’avant.
Aníbal resta immobile quelques minutes, seul au milieu du parking désert. Le football continuait, les matchs arrivaient, les titres se jouaient. Mais il comprit alors que la saison ne se déroulait plus seulement sur les terrains. Une autre partie avait commencé, bien plus sombre, où les règles n’existaient pas et où les victoires se payaient autrement. Et pour la première fois depuis longtemps**, il eut le sentiment** que ce qu’il aimait le plus — sa famille, ses proches, sa légende — était désormais la véritable cible.
