Réponses aux lecteurs
@Rhino exact, second passage pour lui à Valladolid comme entraineur.
@alexgavi il est resté 3 ans au Real Madrid et est sans club depuis la fin de saison passée.
Le bureau d’Hugo Viana baignait dans une lumière de fin d’après-midi, douce et trompeuse, comme si elle cherchait à atténuer la gravité de ce qui allait s’y dire. Les trophées alignés sur l’étagère ne faisaient plus illusion depuis longtemps : derrière l’or et l’argent, Vianense était arrivé à ce point précis où le succès obligeait à choisir, et où chaque choix laissait une trace.
Aníbal s’installa sans un mot, posa son manteau sur le dossier de la chaise et croisa les bras. Il connaissait Hugo depuis trop longtemps pour ignorer le ton mesuré qu’il employait lorsqu’il préparait une annonce délicate.
« La nouvelle génération arrive » commença Hugo en ouvrant un dossier épais. « Les U16. C’est probablement la cuvée la plus prometteuse depuis… »
Il marqua une pause, esquissa un sourire.
« Depuis celle de Francisco, de Bruno, de Carlos. »
Aníbal hocha lentement la tête. Il aimait ces moments-là, ces instants où le futur s’invitait sans prévenir, presque insolent.
Ils sont prêts ? demanda-t-il. Vraiment prêts ?
« Plus que prêts » répondit Hugo sans hésiter. « Techniquement, mentalement. Certains ont déjà une maturité qui dépasse leur âge. Ils vont postuler pour la montée en U19, signer pro pour les plus avancés… »
Il referma le dossier avec un soupir plus lourd.
« Mais voilà le problème. »
Aníbal esquissa une grimace.
« Il y a toujours un “mais”. »
« Depuis ton arrivée, on a fait un choix fort » poursuivit Hugo. « Développer la formation, limiter le recrutement externe. On a tenu cette ligne. Résultat : on a énormément de joueurs sous contrat. Trop, même. Et certains… »
Il chercha ses mots.
« Certains n’arrivent plus à trouver leur place. »
Le silence s’installa, dense. Aníbal se leva, fit quelques pas vers la fenêtre qui donnait sur le centre d’entraînement, observa les terrains où les jeunes s’entraînaient déjà dans la fraîcheur du soir.
« Tu sais ce que ça me fait » murmura-t-il. « Les voir partir. »
« Je sais » répondit Hugo doucement. « Mais si on ne fait rien, on les bloque. On les étouffe. Et on se met en danger, sportivement et humainement. »
Aníbal se retourna, le regard dur mais lucide.
« Tu me demandes de sacrifier une partie de ce qu’on a construit. »
« Non » corrigea Hugo. « Je te demande de protéger l’ensemble. On ne peut pas tous les garder. Certains doivent aller vivre autre chose, ailleurs. Et ce ne sera pas un échec. »
Aníbal resta un instant immobile, puis inspira profondément.
« D’accord » finit-il par dire. « Fais-moi une liste. Les plus convoités, et ceux qui n’auront jamais le niveau selon toi, ceux pour qui les agents frappent déjà à la porte. »
Hugo esquissa un sourire prudent.
« Je m’en doutais. »
« Mais écoute-moi bien » ajouta Aníbal en s’approchant du bureau. « Pas maintenant. Pas trop tôt. Je ne veux pas de portes grandes ouvertes, pas de rumeurs qui polluent les vestiaires. »
Il posa la main à plat sur le bois.
« On fixe la trajectoire au printemps. Avant ça, priorité au terrain. Aux échéances. À ce qu’on a encore à gagner. »
Hugo acquiesça.
« Je fermerai les vannes. Les agents attendront. »
Aníbal se rassit enfin, le visage marqué par une fatigue sincère.
« On a bâti quelque chose de rare ici » conclut-il. « Si on doit laisser partir certains, je veux que ce soit propre. Juste. Et assumé »
Hugo le regarda longuement avant de répondre.
« C’est pour ça que ça marche entre nous, Ani. On ne triche jamais avec ce club. »
Le silence revint, apaisé cette fois. Dehors, un groupe de jeunes riait en quittant le terrain. Le futur approchait, inexorable. Et à Viana, il allait encore falloir apprendre à le laisser grandir, quitte à le voir s’éloigner.
