Réponses aux lecteurs
@Rhino pour l’instant la saison déroule fort. Adjei est surpuissant.
@Tilo82 ils restent encore bien accrochés quand même.
@toopil faut bien de temps en temps.
@alexgavi
c’est pas faux.
@Manthyz tu veux parler de la concurrence de championship ? ![]()
@CaptainAmericka peut etre pas quand même n’oublies pas leurs palmarès.
Mamadu entra dans le bureau d’Anibal avec ce pas tendu que tout le monde, à Viana, connaissait. Il ferma la porte derrière lui, non pas en claquant mais avec ce geste brusque, presque sec, qui disait davantage que les mots. Depuis quelques semaines, il fixait ses lacets dans le vestiaire plus qu’il ne regardait ses coéquipiers. Même Adjei lui avait lancé un regard inquiet lors du dernier entraînement.
Mais là , c’était différent. Là , le buteur historique venait demander des comptes.
« Ani, il faut qu’on parle. »
Anibal releva la tête. Il avait ce calme rare des gens qui ont traversé trop d’ouragans pour être impressionnés par un orage. Son visage restait serein, fermé, mais son regard était attentif.
« Je t’écoute, Mamadu. »
Ce simple je t’écoute déclencha l’explosion.
« J’en ai marre de cette situation. Je marque, je suis présent, je réponds toujours quand on m’appelle et malgré ça c’est moi qui regarde le terrain depuis le banc ! J’accepte que Manu soit bon, qu’il progresse, qu’il soit une nouvelle étoile, mais moi ? J’ai 151 buts pour ce club ! J’ai construit une légende ici ! Je ne peux pas devenir un figurant ! »
Il parlait à voix haute, la voix vibrante, remplissant l’espace du bureau comme un rugissement contrôlé. Il n’hurlait pas mais chaque syllabe portait une colère retenue.
« Je n’ai pas refusé les offres de Dortmund, de l’Atletico, de Lyon et de la Real Sociedad pour que finalement je perde ma place au profit d’un gamin qui vient d’arriver ! »
Il tourna autour de la table, comme une panthère nerveuse en cage, avant d’ajouter :
« Ce club, coach, je lui ai tout donné. Je me suis toujours battu pour l’écusson. Mais maintenant, tu me donnes… ça ? Des miettes ? »
Anibal ne répondit pas immédiatement. Il laissa le silence se poser entre eux, un silence lourd, pas creux. Un silence qui obligeait Mamadu à entendre sa propre respiration.
Puis enfin, le coach parla. Sa voix était basse, mais nette, aiguisée.
« Tu as raison sur un point, Mamadu : tu as construit une légende ici. Mais la légende ne te protège pas du temps qui passe. Tu traverses un moment difficile, pas physiquement, mais mentalement. Je te vois… tu joues crispé. Tu veux tout prouver à chaque action. Tu te punis toi-même avant que le public ou tes coéquipiers n’aient le temps de juger. »
Il croisa les bras.
« Adjei est jeune. Il joue avec l’insouciance. Il est léger. Et toi ? Tu joues avec le poids du monde sur les épaules. »
Un tic nerveux traversa la mâchoire de Mamadu. Mais il écoutait.
« Prends ce temps comme une respiration forcée. Tu n’es pas relégué. Tu n’es pas remplacé. Tu es mis au repos stratégique. »
« Repos stratégique ? » cracha Mamadu avec ironie.
« Oui. Parce que quand tu reviendras… je veux que ce soit avec le feu dans les yeux. Le vrai. Pas la peur de décevoir. »
Anibal se leva alors, lentement, contourna la table, et se plaça face à son joueur.
« Tu veux entendre la vérité, Mamadu ? La vraie ? »
Un silence.
« Tu n’as pas perdu ta place parce qu’Adjei est meilleur. Tu l’as perdue parce qu’il joue plus léger, et que toi tu joues comme si chaque action était un jugement final. »
La phrase tomba comme un couperet doux.
« Je ne te demande pas de devenir un autre. Je te demande de redevenir toi. »
Mamadu baissa la tête, une seconde. Juste une. Comme si quelque chose en lui avait été touché très profondément. Mais la colère, encore, résistait.
« Et si je ne retrouve pas ma place ? Si je reste sur le banc ? Alors je te le dis… je réfléchirai à partir. Je ne supporterai pas de finir ma carrière comme doublure du petit prince. »
Anibal posa une main sur son épaule. Geste rare. Geste de père.
« Si un jour tu pars, Mamadu… ce sera par la grande porte, et personne ne t’empêchera d’aller conquérir un autre championnat. Mais ce moment n’est pas maintenant. Maintenant, c’est l’instant où tu ravales l’ego, où tu retrouves l’envie pure, l’instinct, la rage, celle qui t’a fait devenir le Mamadu qu’on admire. »
Puis il conclut :
« Le club a besoin de toi. Adjei a besoin de toi. Et… moi aussi, j’ai encore besoin de toi. »
Pour la première fois depuis qu’il était entré, quelque chose se fissura dans le regard de Mamadu. Pas une larme mais une émotion brève, fugace.
Il inspira longuement.
« Très bien, coach. Je vais me battre. Je vais revenir. Et je te jure que personne ne parlera plus du petit que de moi en fin de saison. »
Anibal sourit faiblement.
« Voilà . Tu vois ? Le roi n’est pas mort. »
Mamadu hocha la tête, tourna les talons, et quitta le bureau mais plus lentement qu’il n’était entré.
Et ce fut seulement une fois la porte refermée qu’Anibal, seul, murmura pour lui-même :
« Que la guerre entre les buteurs commence. »
Parce qu’au fond, il savait que ce duel-là … allait faire grandir les deux.
