Réponses aux lecteurs
@Manthyz Poke.
@CaptainAmericka Les adversaires sont forts en effet et on espére faite une belle phase finale. Surtout que pour certains ce sera leur dernier tournoi avec la sélection.
La nouvelle s’était rĂ©pandue comme une traĂ®nĂ©e de poudre, Ă la vitesse d’un contre Ă©clair lancĂ© par MamadĂş : AnĂbal GuimarĂŁes, l’homme au bomber roi, avait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©. L’arène footballistique en fut secouĂ©e dans ses fondations. Ă€ cinq jours seulement de la grande finale d’Europa League contre le FC Porto, celle que toute la ville de Viana attendait depuis des gĂ©nĂ©rations, le mentor des Cavaleiros do Norte se retrouvait menottĂ©, escortĂ© hors du centre d’entraĂ®nement sous le regard hĂ©bĂ©tĂ© de ses joueurs.
Silencieux, le club se retrancha derrière un communiqué sec, sans fioritures, annonçant que João Infante prendrait le relais temporairement. Ni démenti, ni cri d’indignation. Juste le silence des grandes institutions qui ploient sans rompre. Dans les rues de Viana, les banderoles aux couleurs bleu marine tremblaient dans le vent, et dans les cafés du centre historique, les conversations se taisaient au passage du journal télévisé.
Les chefs d’accusation pesaient lourds. Corruption, diffamation, enlèvement, sĂ©questration et tentative de meurtre. Une liste longue comme un CV d’avocat pĂ©naliste, dressĂ©e au terme de 72 heures de garde Ă vue Ă Lisbonne, Ă la suite d’une dĂ©position glaçante de Lamar Jackson, le technicien sulfureux de Wrexham. Ce dernier, d’abord prĂ©sentĂ© comme la cible d’une machination ourdie par AnĂbal, s’était finalement glissĂ© dans le costume de la victime. Mais l’habit semblait trop large pour lui.
Alors que tout semblait plier, un nom surgit du néant médiatique et changea la donne. Un nom qu’on avait presque oublié, camouflé dans les sables du Qatar : Vitoriano Pignatelli.
L’ancien milieu dĂ©fensif de Vianense, transfĂ©rĂ© Ă Wrexham quelques annĂ©es plus tĂ´t dans une opĂ©ration jugĂ©e opaque, avait demandĂ© Ă tĂ©moigner. Selon les premières fuites de l’enquĂŞte, son rĂ©cit ne laissait guère de place au doute : manipulations mentales, pressions psychologiques, mensonges contractuels, menaces, montages vidĂ©os falsifiĂ©s… tout pointait vers un Lamar prĂŞt Ă tout pour Ă©liminer AnĂbal de l’échiquier mondial. Pire encore, Vitoriano aurait affirmĂ© avoir Ă©tĂ© utilisĂ© comme pion dans ce vaste jeu de dupe, destinĂ© Ă brouiller les pistes et salir le nom de celui qu’il appelait encore “Mister”.
Quelques heures après ce coup de théâtre, le procureur gĂ©nĂ©ral ordonna la libĂ©ration d’AnĂbal GuimarĂŁes, Ă la surprise gĂ©nĂ©rale. L’entraĂ®neur fut assignĂ© Ă rĂ©sidence sous bracelet Ă©lectronique, avec interdiction formelle d’approcher Lamar, ni mĂŞme de s’exprimer publiquement. Mais l’essentiel Ă©tait ailleurs : il serait sur le banc pour la finale.
Ce fut dans ce contexte brĂ»lant qu’eut lieu un Ă©change discret, Ă l’abri des regards et des micros indiscrets. Tard dans la nuit, alors que les joueurs dormaient au camp d’entraĂ®nement sous la surveillance bienveillante d’Infante, le tĂ©lĂ©phone d’AnĂbal vibra faiblement. L’écran affichait un numĂ©ro inconnu, avec l’indicatif qatari.
“Mister ?”
La voix Ă©tait hĂ©sitante, chargĂ©e de tension, presque coupable. Mais AnĂbal sourit.
“Vitoriano. Tu ne sais pas à quel point j’attendais cet appel.”
Un soupir traversa la ligne. Le genre de soupir qu’on pousse après des semaines à porter un secret plus lourd que soi.
“Je… j’aurais dû parler plus tôt. J’ai eu peur. Ils m’avaient promis tellement de choses, Mister. Et ils m’ont mis dans la merde aussi vite qu’ils m’en avaient sorti. Mais j’ai pas pu vous laisser tomber.”
“Tu as parlé au bon moment. C’est tout ce qui compte. Tu m’as sauvé. Et tu t’es sauvé aussi, fils.”
Un silence s’installa. Pas pesant, non. Un de ces silences d’homme à homme, où les mots ne sont plus nécessaires.
“Ils vont tout faire pour me salir maintenant. J’en suis conscient. Je suis grillé en Europe. Déjà qu’ils m’ont exfiltré rapidement au Qatar. Mais au moins je joue.”
“Alors viens à Viana. Le jour où tu veux redevenir footballeur, tu sais où est la maison. T’as été un Cavalheiro. Tu le resteras toujours. La porte te sera toujours ouverte.”
Un reniflement, discret. Puis une larme. Et une promesse.
“Regardez-les dans les yeux, samedi soir. Et faites-les tomber. Pour nous tous.”
AnĂbal raccrocha. Les poings serrĂ©s. Le regard fixĂ© sur l’horizon.
Dans le vestiaire de l’Emirates Arena, pendant que l’UEFA vérifiait les installations avant la finale, les regards de ses joueurs croisèrent le sien avant l’entrainement. Aucun mot ne fut prononcé. Pas besoin. Le Roi était de retour.
Et le monde du football allait comprendre, une fois encore, que tant qu’AnĂbal GuimarĂŁes se tiendrait debout, Vianense ne tomberait jamais.
