Réponses aux lecteurs
@Rhino c’est l’idée et puis Bruno Santana pousse le salaud.
@VertPourToujours Les lumières attirent et créé de la jalousie. On verra si ça déborde hors des gardiens.
@toopil ah oui quand même. C’est tombé quand j’ai un peu ralenti ça tombe bien ![]()
@RedM1nd ah ça c’est bien possible. On verra bien.
La nuit Ă©tait tombĂ©e depuis longtemps sur Viana do Castelo. Le vent qui s’engouffrait dans les ruelles de la vieille ville caressait les pavĂ©s froids comme une mĂ©moire qui refuse de mourir. Au loin, la mer battait ses vagues contre la cĂ´te, en une symphonie sourde et rĂ©gulière. Dans la villa d’AnĂbal GuimarĂŁes, le feu crĂ©pitait dans la cheminĂ©e du salon d’hiver. L’air sentait le bois, la cannelle, et un soupçon d’agitation silencieuse.
Assis dans un fauteuil en cuir usĂ©, Ganso, 19 ans, regardait le plafond avec des yeux de mĂ´me qui refusent de vieillir. Il portait un haut simple, une chaĂ®ne en or discrète, et un regard inquiet. En face de lui, AnĂbal, avec sa veste nike qui ne le quitte jamais et pantalon de survĂŞtement, terminait de verser deux verres de jus de maracujá dans des gobelets en porcelaine dĂ©poli. Un moment simple, presque banal, mais chargĂ© d’électricitĂ©. Le genre de scène qui ne dit rien, mais qui dit tout.
« T’es bien silencieux, gamin… » lança finalement AnĂbal, sans le regarder, les yeux fixĂ©s sur la cheminĂ©e.
Ganso ne répondit pas tout de suite. Il posa les coudes sur ses genoux, pencha la tête et soupira longuement.
« Ani… Je voulais pas t’en parler ici. C’est pas le bon endroit. Mais j’ai besoin de te le dire. »
AnĂbal tourna lentement la tĂŞte vers lui. Il savait. Il avait lu entre les lignes depuis des semaines. Les coups d’œil vers le banc. Les agents trop prĂ©sents Ă l’entraĂ®nement. Les regards fuyants. Les likes sur Instagram aux posts d’Arsenal, Liverpool ou Newcastle. Il savait.
« Vas-y, crache le morceau. » souffla-t-il.
Ganso prit une inspiration, comme pour se donner du courage.
« J’ai parlé avec mon père. Et avec ma mère aussi. Tu sais, cette maison… ce calme… ce luxe… ça me dépasse parfois. Je viens de là -bas, tu sais ? Du vrai Brésil. Pas celui des plages de Copacabana. Celui des favelas, des nuits sans lumière, des repas qu’on saute pour payer le loyer. J’ai bossé dur, coach. Très dur. Et je suis pas venu ici pour regarder les autres faire carrière. Je veux jouer. Plus. Être titulaire tout le temps. Me montrer. »
Il s’interrompit. La voix tremblait. L’émotion était là , brute, sincère.
« Et j’ai eu des touches. Des clubs immenses, coach. Everton. Aston Villa. Et même Arsenal. Des offres sérieuses. »
Le silence s’épaissit. Dans l’âtre, une bĂ»che se fendit en deux dans un craquement sec. AnĂbal se redressa, posa son verre sur la table basse, et se pencha vers Ganso, les coudes sur les genoux, les yeux dans les siens.
« Tu sais ce que tu es en train de me dire, là ? Que tu veux partir ? Ou que tu veux grandir trop vite ? »
« Je dis que j’ai un rêve, Coach. La Premier League. Et que je sens que c’est le moment. »
AnĂbal sourit. Tristement. Il avait eu cette mĂŞme conversation, ou presque, avec Gabriel, avec JoĂŁo Carvalho, avec Altair… Et il savait comment cela se terminait.
« Écoute, Ganso. T’as fait 29 apparitions cette saison. À ton âge. Dans un club qui joue le titre. Qui va en Europe. Qui mise sur toi. Tu crois vraiment que ce sera mieux ailleurs ? En Angleterre, t’auras peut-être un salaire doublé, triplé. Mais t’auras aussi trois mecs devant toi, dix derrière. Et personne pour te couvrir quand tu feras une erreur. Ici, tu bosses avec des gens qui t’aiment. Qui te protègent. Tu veux tout, tout de suite. Mais le football, c’est pas Uber Eats. »
Ganso baissa la tĂŞte. Il savait qu’AnĂbal avait raison. Mais son cĹ“ur battait au rythme d’un autre tambour, celui de l’ambition brĂ»lante, de la revanche sociale, de la fiertĂ© de sa mère qui l’appelait « meu campeĂŁo » mĂŞme après un match sur le banc.
« J’ai pas dit que je partais demain. J’ai juste dit que je veux plus. »
AnĂbal se leva. Il s’approcha de la baie vitrĂ©e et regarda la mer noire au loin.
« Je comprends. Mais moi aussi, j’veux plus. Plus de respect, plus de patience. Tu sais ce que j’ai vécu. Ce que j’ai dû sacrifier. T’as encore rien vu, Ganso. Et t’es déjà une star. Reste. Prends ton temps. T’auras ton heure. Mais pas maintenant. Pas comme ça. »
Le jeune brésilien hocha lentement la tête. Puis se leva à son tour.
« Merci pour le jus, coach. Je vais aller me reposer. »
« Tu veux que je te raccompagne ? »
« Non. Je vais marcher un peu. J’en ai besoin. »
La porte se referma dans un cliquetis discret. AnĂbal resta seul dans le salon. Le match du Real passait toujours en sourdine sur la tĂ©lĂ©vision. Mais il ne le regardait plus. Il pensait Ă Ganso. Ă€ cette jeunesse insatiable, impatiente, qui refusait d’attendre. Il savait que le lien Ă©tait fragile, dĂ©sormais. Qu’un souffle pourrait tout faire Ă©clater. Il fallait agir vite. Ou perdre une autre pĂ©pite.
Et dehors, la nuit s’étirait, longue et froide, comme un avertissement muet.
