Le soleil de mars tapait fort sur les hauteurs de Viana do Castelo, comme pour rappeler que l’été approchait à grands pas. Sur les terrains du centre d’entraînement, la tension était palpable, mais les visages restaient concentrés. Vianense, désormais rompu aux exigences du haut niveau, s’apprêtait à aborder un sprint final haletant. La Ligue Europa en ligne de mire, une Taça encore possible, et cette volonté farouche de prouver que le podium de l’an passé n’était pas un accident.
Mais à mesure que les matches défilaient, une autre forme d’inquiétude grandissait en coulisses. Elle ne concernait ni les blessures, ni les suspensions, ni les adversaires… Elle portait un nom : Altair. Du haut de ses 20 ans, le défenseur central brésilien, pilier inamovible de la charnière, venait d’enchaîner une quatrième saison d’un niveau stratosphérique. Formé au club, devenu international brésilien sous les couleurs bleu nuit de Vianense, il avait déjà connu la Ligue des Champions, affronté les meilleurs, et conquis le cœur des supporters. Mais dans ses yeux brillait une nouvelle envie. Celle de voir autre chose. Celle de partir.
AnĂbal GuimarĂŁes, qui avait toujours su lire entre les lignes du cĹ“ur de ses joueurs, ne s’y Ă©tait pas trompĂ©. Il avait vu le regard d’Altair s’assombrir lorsqu’il Ă©voquait ses ambitions, il avait notĂ© les silences Ă la fin des entraĂ®nements, les soupirs au moment de rentrer au vestiaire. Il savait que le temps de la sĂ©paration approchait. Il n’était pas du genre Ă retenir ceux qui rĂŞvaient plus grand. Il l’avait toujours dit : “On ne construit rien en enchaĂ®nant les âmes.”
Alors un matin, dans le calme d’un bureau baigné de lumière, le coach et son protégé s’étaient parlé à cœur ouvert. Altair, droit, les traits tirés par l’émotion, avait murmuré qu’il voulait tenter autre chose. Que son agent avait déjà reçu des offres. De l’Italie, de l’Allemagne, d’Espagne même. Des clubs aux noms ronflants, prêts à lui offrir les projecteurs qu’il méritait.
AnĂbal l’avait Ă©coutĂ© sans broncher, puis avait hochĂ© la tĂŞte, lentement.
« Je ne te retiendrai pas, Altair. Tu sais ce que tu représentes ici. Tu es l’un des nôtres. Si tu dois partir, ce sera par la grande porte. Mais j’ai une faveur à te demander. Juste une. »
« Tout ce que tu veux, mister. » répliqua le jeune défenseur.
« Ton premier maillot. Dédicacé. Le jour de ton premier match avec ton nouveau club. Promets-le-moi. »
Altair n’avait pu retenir un sourire. Ni une larme.
Quelques jours plus tard, les rumeurs s’intensifièrent , la presse parlait d’un duel entre le Borussia Dortmund , la Juventus et un Real Madrid en quête de renouvellement défensif . Les enchères montaient, les agents s’agitaient, mais une chose restait certaine : Vianense ne retiendrait pas son joyau . Par respect. Par amour. Et parce qu’à Viana, on avait toujours préféré les promesses de maillots signés aux poignets enchaînés.
